"Il est l'heure de mourir", vers un accompagnement du suicide assisté?
L'accompagnement pastoral du suicide assisté L'Eglise catholique n'accepte pas l'aide au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu'à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d'expériences vécues.
"Il est l'heure de mourir", vers un accompagnement du suicide assisté?
"Je ne me suis pas sentie appelée à empêcher son suicide"
"J'ai réalisé que je ne pouvais pas le laisser seul" dans son suicide
"Il est l'heure de mourir", vers un accompagnement du suicide assisté?
L'accompagnement pastoral du suicide assisté L'Eglise catholique n'accepte pas l'aide au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu'à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d'expériences vécues.
"Il est l'heure de mourir", vers un accompagnement du suicide assisté?
L'accompagnement pastoral du suicide assisté L'Eglise catholique n'accepte pas l'aide au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu'à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d'expériences vécues.
"Je ne me suis pas sentie appelée à empêcher son suicide"
L’Eglise catholique n’accepte pas l’assistance au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu’à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d’expériences vécues. Le deuxième d'entre eux est celui de Beata Pedrazzini (66 ans), professeur de re...
"J'ai réalisé que je ne pouvais pas le laisser seul" dans son suicide
L’Eglise catholique n’accepte pas l’assistance au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu’à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d’expériences vécues. Le troisième d’entre eux est celui de Susanne Oberholzer, aumônier de maison de...
"Il est l'heure de mourir", vers un accompagnement du suicide assisté?
L'Eglise catholique n'accepte pas l'aide au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu'à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d'expériences vécues. Le premier est celui d'Ingrid Grave. La religieuse dominicaine d'Ilanz est connue comme ancienne animatrice de l'émission "Sternstunde", à la télévision suisse alémanique.
Barbara Ludwig, kath.ch/traduction: Raphaël Zbinden
"J'ai rencontré Anna Müller* dans les locaux d'un journal, raconte Sœur Ingrid Grave. Le média voulait faire une double interview avec une religieuse et une prostituée. Même si Anna ne présentait pas comme telle, elle faisait des séances SM (sado maso). Le journaliste a donné des mots-clés pour orienter notre conversation. Le premier était 'amour'. Anna a dit spontanément: 'L'amour, c'est juste un mot'. C'est dans ce cadre que nous avons fait connaissance. Après l'interview, elle a voulu absolument m'inviter à boire un café. J'ai accepté.
Pendant plus de dix ans, j'ai eu des contacts occasionnels avec elle, qu'elle a toujours recherchés. De temps en temps, elle venait manger avec moi. Elle m'a également invitée dans son studio, dans une rue commerçante de Zurich. Là, elle m'a montré son livre de prières, qu'elle avait gardé de sa jeunesse, déchiré et jauni. Elle avait aussi une bouteille d'eau bénite. Elle avait l'habitude de faire des aspersions pour les hommes et pour le monde en général. Ce fut le point de départ de nos conversations sur la religion.
"Un cierge qui brûle pour toi"
Anna était croyante, mais d'une manière que je ne saisissais pas vraiment. L'eau bénite était importante pour elle. Ainsi que le fait d'allumer des cierges. Un jour, elle m'a appelée pour me dire que ses affaires n'allaient pas bien, et que je devais prier pour qu'elles se rétablissent. Je lui ai dit : 'Je vais allumer une bougie pour toi'. Et elle en a été très heureuse. Alors j'ai continué à allumer des bougies pour elle jusqu'au jour de sa mort.
Chaque fois que quelque chose lui arrivait, j'allumais une bougie et lui écrivais une carte postale, parfois du monastère d'Ilanz (GR) en lui disant: "Il y a une cierge qui brûle pour toi". C'était là ma façon de l'accompagner. Plus tard, je lui ai également rendu visite quand elle est entrée en maison de retraite.
"Je n'ai a eu que des déceptions dans ma vie. Je ne veux plus continuer à vivre"
Un jour, elle m'a signifié qu'elle voulait mourir avec l'organisation d'aide au suicide Exit, et qu'elle voulait que je sois là. J'ai hésité. Elle me répétait: 'Je n'ai a eu que des déceptions dans ma vie. Je ne veux plus continuer à vivre'. A ma connaissance, elle n'avait pas de maladie particulière. Cependant, elle avait fait plusieurs séjours en clinique psychiatrique.
Puis, elle m'a rappelée, me demandant de bien vouloir venir [à son rendez-vous avec Exit]. Elle ne cessait de dire: 'Je n'ai personne d'autre'. Elle était effectivement complètement seule. Cela m'a amenée à accepter.
"Tu iras au paradis"
Le rendez-vous était fixé le 15 août à 11 heures. J'y suis allée une heure plus tôt parce que je ne savais pas si elle attendait encore autre chose de moi. Dans une conversation précédente, elle m'avait dit qu'elle pensait aller en enfer. En lui disant aurevoir, je lui ai glissé: 'Tu vas au paradis'. Parce que, sur cette terre, elle avait déjà été en enfer. Je me tenais au pied du lit.
Les gens d'Exit l'ont préparée pour la perfusion. Ils lui ont expliqué chaque action et ont demandé à chaque étape: 'Est-ce toujours votre volonté?' Elle a répondu à chaque fois avec calme: 'Oui, je le veux'. Elle n'était pas nerveuse, en proie à aucune panique, rien. Elle a tiré elle-même le petit levier qui a fait couler la substance létale dans ses veines. Elle l'a fait dans la plus grande sérénité et le plus grand calme. Moi, je suis restée au pied du lit et je me suis inclinée. J'avais joint mes mains pour qu'elle puisse voir que j'étais en train de prier. Puis elle s'est endormie définitivement.
"Je ne pouvais pas me dérober face à une personne en détresse"
L'heure de mourir
Le plus étrange pour moi fut la date et le moment: il était 11h, l'heure de mourir. Normalement, lorsqu'on accompagne un mourant, on s'assoit, on le regarde, on lui tient la main et on pense: 'Combien de temps cela va-t-il encore durer?'. Mais tous ces sentiments disparaissent. On sait juste que la personne va mourir. Sur rendez-vous. Pendant le processus, j'ai eu l'impression que l'on préparait la personne à une opération. En rentrant chez moi, j'éprouvais un sentiment vraiment étrange, que je n'arrive pas à décrire. Il n'y a pas eu de funérailles, car elle voulait être enterrée dans une fosse commune.
Il s'agit de personnes et non de lois de l'Eglise
Je n'ai jamais eu de cas de conscience. Dès le départ, je me rendais compte que si je lui disais non, ce serait terrible pour cette femme, qui n'avait personne et qui ne voulait pas mourir seule. Il était clair pour moi que je ne pouvais pas me dérober face à une personne en détresse. Je n'avais pas le droit de dire que l'Eglise ne le permet pas. Il s'agit de personnes et non de lois de l'Eglise.
L'Eglise ne doit en aucun cas soutenir Exit. Moi-même je ne soutiens pas le suicide assisté. Mais ni l'Eglise ni moi ne pouvons empêcher que cela se produise. Par conséquent, je pense que l'Eglise devrait autoriser ses agents pastoraux à décider selon leur conscience s'ils veulent ou non accompagner les personnes dans de telles situations." (cath.ch/kath/bal/rz)
*Nom fictif
Les agents pastoraux approchés par kath.ch n'ont pas proposé leur accompagnement suite à une demande d'une organisation d'aide au suicide, mais suite à la requête des personnes concernées.
Un accompagnement envisageable
Le suicide assisté qui risque de devenir "une prestation de service normal et socialement reconnue", ne peut pas être soutenu par le message chrétien, expliquait en 2019 Mgr Jean Marie Lovey. L'évêque de Sion rappelait que différentes options existent pour l’accompagnement en fin de vie.
Néanmoins selon lui, la présence d’un prêtre pour accompagner les personnes qui ont fait une demande d’assistance au suicide est tout à fait envisageable. «Il ne faut pas les exclure. Cette attitude serait inacceptable. Il faut bien distinguer la réalité du suicide assisté de celui qui en fait la demande». Mais l’évêque posait clairement les limites de cet accompagnement: Le refus éventuel du prêtre, «que je peux comprendre». Il est également impossible que le prêtre reste présent au moment de l’acte. Ce qui signifierait que l’Eglise cautionne le geste. BH
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"Je ne me suis pas sentie appelée à empêcher son suicide"
L’Eglise catholique n’accepte pas l’assistance au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu’à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d’expériences vécues. Le deuxième d'entre eux est celui de Beata Pedrazzini (66 ans), professeur de religion à la retraite, à Lucerne, qui a accompagné une de ses amies jusqu'à une mort choisie.
Barbara Ludwig, kath.ch / traduction Maurice Page
"Dora Martin* vivait dans un appartement pour personnes âgées dans le quartier où je travaillais comme employée de la paroisse et aumônière. Elle était arrivée de l'étranger en Suisse centrale après la Guerre comme femme de ménage, s'était mariée et avait eu des enfants. Son mari s'est ensuite attaché à une femme plus jeune. Le couple a divorcé. Dora s'est installée en ville de Lucerne, elle est tombée en dépression. J'ai eu contact avec elle par l'intermédiaire de l'assistante sociale de la paroisse. Nous avons essayé de l'intégrer dans la vie de quartier. Un travail bénévole pour le "Mittagstisch" (table de midi) s'est imposé, car elle était une très bonne cuisinière. Elle y a apporté son aide pendant des années.
"J'étais un substitut de sa fille."
Je la voyais chaque semaine et une relation plus étroite s'est développée entre nous. Pour elle, j'étais devenue une 'fille de remplacement'. Car elle n'avait pas de contact avec ses propres enfants et la relation avec eux très tendue à cause du divorce.
Dora a dû affronter deux cancers. Elle a beaucoup souffert. Entre-temps, elle a vécu de graves dépressions. Sans que je le sache, elle avait contacté de longue date l'organisation d'aide au suicide Exit et en était devenue membre. Elle a eu l'idée de quitter sa vie librement. C'était déjà décidé quand elle m'a demandé de l'accompagner. A part moi, elle avait une autre confidente qu'elle considérait comme sa fille adoptive. Toutes les deux, nous nous sommes retrouvées là.
Dora était une catholique très pieuse
Dora était une catholique très pieuse. J'ai donc été très surprise qu'elle veuille faire cela. Elle me disait "J'ai passé un accord avec le bon Dieu pour quitter cette vie avec Exit." Elle me donnait toujours cette réponse quand je lui demandais si elle le voulait vraiment. Sa vie était une torture, elle n'avait plus de force, et beaucoup de souffrances. C'est ainsi qu'elle a fondé sa décision. Elle voulait que je lui tienne la main pendant sa dernière heure et que nous priions ensemble.
Je lui ai dit : "Dora, je serai triste quand tu ne seras plus avec nous. Mais si c'est la bonne voie pour toi, je serai avec toi. C'est tout ce que j'ai fait. Je n'ai pas essayé de l'arrêter. Je ne lui ai pas fait la morale. Je n'ai pas dit que l'Eglise pense que c'est mal. Elle le savait déjà. Il y a certainement des cas où il est bon d'empêcher quelqu'un de se suicider. Mais dans son cas, j'ai senti que je n'étais pas appelée à le faire. J'avais beaucoup de respect pour sa position individuelle et sa foi qui lui permettaient ce choix.
"J'avais un grand respect pour sa foi."
Je ne me sentais pas très rassurée. Je savais que ça allait se passer un jeudi à 17h30. Nous avions convenu que je viendrais une heure plus tôt. Savoir que c'est à ce moment-là que cela va se produire est la partie la plus difficile du processus. C'est un défi émotionnel. Mais quand je suis arrivée sur place, ce sentiment a disparu.
Dora n'a pas douté
La femme d'Exit était très attentionnée, bien préparée. Dora a dû subir une perfusion intraveineuse. La responsable a tout expliqué. Dora répondait toujours : "Oui, c'est ce que je veux. Je suis heureuse de partir maintenant". Elle n'a jamais douté un seul instant. Moi non plus. J'ai réalisé que c'est ce qu'elle voulait. Le médecin est venu régler la perfusion et lui a expliqué qu'elle devait actionner elle-même l'interrupteur.
"Puis j'ai dit la prière du Frère Nicolas"
Je m'étais assise sur le lit et je lui tenais la main. Nous avons parlé aussi avec le médecin. Je l'ai regardée déplacer l'interrupteur et s'allonger sur l'oreiller, le visage détendu. Puis j'ai récité la prière de Frère Nicolas. Elle est passée dans l'autre monde. C'était une chose très douce.
Le tumulte après la mort
J'ai trouvé indigne ce qui s'est passé ensuite. Des policiers en uniforme sont arrivés. Il y a eu du trouble dans les appartements des personnes âgées. Presque tout le monde est venu. Dora ne l'aurait pas voulu. Le médecin de district et le procureur sont arrivés. Le petit appartement de deux pièces était plein de monde. C'était mouvementé, même s'ils ont fait leur travail dans le calme. Finalement, les pompes funèbres ont débarqué. Tout cela en un peu moins d'une heure. Ce n'était plus un repos digne. Malgré la précipitation, j'y suis resté et j'ai essayé de prendre congé d'elle. Puis je suis rentré tranquillement chez moi.
"C'est la tâche des agents pastoraux d'accompagner les personnes"
Dans les semaines qui ont suivi, l'expérience m'a beaucoup préoccupée. Il est clair que je le referais si quelqu'un me le demandait. Mais pas fondamentalement et pas dans tous les cas. Il faudrait toujours que je puisse parler à la personne concernée afin de comprendre sa motivation et sa souffrance.
Devoir quitter la pièce quand une personne demande à être accompagnée, je trouve cela absurde. Sur ce point, je ne comprends pas la position de la Conférence des évêques suisses. C'est la tâche des agents pastoraux d'accompagner les personnes dans toutes les situations où la vie et la mort sont en jeu. Je comprends cependant qu'un agent pastoral ne puisse ou ne veuille pas le faire; il y a la conscience qui indique la voie". (cath.ch/kath.ch/bal/mp)
*nom fictif
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"J'ai réalisé que je ne pouvais pas le laisser seul" dans son suicide
L’Eglise catholique n’accepte pas l’assistance au suicide. Il arrive néanmoins que des agents pastoraux accompagnent jusqu’à la fin ceux qui ont décidé de mourir. kath.ch présente trois témoignages d’expériences vécues. Le troisième d’entre eux est celui de Susanne Oberholzer, aumônier de maison de retraite en Suisse alémanique, qui a accompagné un résident jusqu’à une mort choisie.
Barbara Ludwig, kath.ch/traduction: Raphaël Zbinden
"Lorsque j'ai rencontré Martin Koller* pour la première fois, il était déjà dans un fauteuil roulant, qu'il peinait à manier. Il souffrait d'une maladie musculaire incurable qui s'était développée dans sa jeunesse. J'étais aumônier dans la maison de retraite où il a vécu plusieurs années. Il y était arrivé alors qu'il avait moins de 50 ans. Et il savait déjà que ce serait sa dernière demeure. Dès nos premières conversations, il a mentionné qu'il était membre d'Exit.
Martin ne pouvait que rarement quitter la maison à cause de sa maladie. Il était donc particulièrement heureux quand nous allions sur une terrasse, en été, pour boire une bière et discuter. J'ai été longtemps bouleversée par son degré de dépendance. Il me disait: "Voici ma clé de coffre-fort, voici mon portefeuille. Apporte-moi ma casquette". Au restaurant, je devais lui donner une paille. Il avait vraiment constamment besoin d'aide, et c'était une chose difficile à supporter pour lui.
Souffrance et peur
La maladie a progressé, et il est arrivé un moment où il ne pouvait plus m'écrire de courriels. Il savait qu'il finirait par être sous oxygène tout le temps, et qu'il pourrait juste rester allongé dans son lit. Et cela lui faisait vraiment peur. Il ne voulait pas être dans cet état. L'idée de mourir lui venait très souvent à l'esprit.
Martin était religieux, mais il avait quitté l'Eglise. En partie parce qu'il savait que l'Eglise rejetterait son cheminement. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, parmi toutes les personnes possibles, il voulait qu'un aumônier soit présent à sa dernière heure, il m'a dit que je devais lui tenir la main au dernier moment et prier avec lui. À partir de ce moment, nous avons eu des conversations très profondes - également sur la vie après la mort, la souffrance et la question de savoir si Dieu accepterait sa décision.
Sa décision de quitter la vie avec Exit a été prise indépendamment de moi, bien avant que nous nous rencontrions à la maison de retraite. Il ne m'a jamais demandé s'il devait le faire ou non. Si j'avais essayé de l'arrêter, il se serait braqué et cela aurait détruit sa confiance en moi.
"Il n'était pas de mon ressort de juger"
Pendant cette période, de nombreuses questions m'ont traversé l'esprit: ai-je le droit, ou l'Eglise a-t-elle le droit de refuser le service pastoral à une personne dans une telle situation? Puis-je laisser tomber une personne dans un tel besoin existentiel? Pourquoi une personne dont l'existence est si fortement touchée par la souffrance ne peut-elle pas remettre sa vie entre les mains de Dieu? De quel droit puis-je dire à une telle personne: "Votre vie vaut encore la peine d'être vécue, alors accrochez-vous"? Je ne pouvais pas revendiquer une telle opinion.
J'ai réalisé qu'en tant qu'aumônier, je ne pouvais pas laisser Martin seul. Je ressentais de mon devoir d'être auprès de tout être humain dans le besoin. Et qu'il n'était pas de mon ressort de juger. C'est pourquoi j'ai finalement accepté de le faire.
Pour sa dernière nuit, je suis restée à la maison de retraite. C'était son souhait. Il avait peur de cette dernière nuit. Je suis restée dans sa chambre jusqu'à l'aube. Nous avons bu un verre de vin, parlé, prié, ri et pleuré ensemble.
Nécessaire accompagnement
À huit heures, la préposée au suicide d'Exit est arrivée. Comme aucun proche n'était présent, j'ai pris en charge la tâche du témoin. J'ai dû valider le procès-verbal des événements et les signatures. Il s'est révélé impossible de faire une perfusion. Martin a donc dû boire le poison. La femme d'Exit a signifié qu'elle devait prendre l'affaire en main très rapidement et de manière décisive: "Il ne faut pas qu'il n'en boive que la moitié et qu'ensuite il tousse ou ait des difficultés à respirer et ne puisse pas boire l'autre moitié". Si cela se produit, il doit selon la loi être réanimé. Régulièrement, elle lui demandait s'il voulait toujours mourir. Elle lui a fait remarquer qu'il pouvait en tout temps revenir sur sa décision.
"Je me suis sentie portée par ma propre foi et ma confiance en un Dieu d'amour"
Après avoir bu le médicament, Martin a dit: "Susanne, s'il te plaît, viens me voir maintenant". Je suis allée vers son lit et je lui ai tenu la main. L'accompagnateur d'Exit lui a tenu l'autre main. Ensuite, je lui ai relu tous les passages de la Bible qui nous avaient accompagnés ces derniers mois. À la fin, nous avons tous prié ensemble le Notre Père, comme il l'avait souhaité. Ce fut un moment émouvant. Au bout de 20 minutes environ, nous avons compris: "Voilà, il l'a fait".
C'était une tâche touchante et en même temps très exigeante. Les séances de supervision individuelle, dans lesquelles j'étais bien accompagnée, m'ont beaucoup aidée. J'ai réalisé: "Ce n'est pas ce que je pense qui compte. Il s'agit d'une personne qui a besoin de moi maintenant, en tant que personne, mais surtout en tant qu'aumônier. Pendant tout cet accompagnement, j'ai ressenti beaucoup de force en moi, je me suis sentie portée par ma propre foi et ma confiance en un Dieu d'amour." (cath.ch/kath/bal/rz)
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