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    Paul VI aux côtés du champion belge Eddy Merckx

    Le cyclisme, une passion papale

    Les papes et le sport Depuis le début du 20e siècle, le Saint-Siège montre un intérêt singulier à la pratique du sport. Ce phénomène social récent, les différents papes l’ont tous scruté d’un œil bienveillant, voire passionné, y décelant parfois même un vecteur d’évangélisation ou de perfection chr...

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    Paul VI aux côtés du champion belge Eddy Merckx
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    Le cyclisme, une passion papale 1/4

    Les papes et la montagne 2/4
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    Les papes et la montagne 2/4

    La danse a été une activité controversée dans l'Eglise catholique (Pixabay.com)
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    Connaissez-vous la "danse du pape"? 3/4

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    Paul VI aux côtés du champion belge Eddy Merckx © Vatican Media

    Le cyclisme, une passion papale 1/4

    Le cyclisme est devenu un sport populaire de premier plan au début du 20e siècle, dès la création du Tour de France en 1903 ou du Giro d’Italia (Tour d’Italie) en 1909. Un engouement qui va rapidement franchir les murs du Vatican. Les papes, de Pie X à François, ne sont pas restés indifférents au charme de la petite reine.

    Un prêtre peut-il enfourcher une bicyclette? La question est posée au début du 20e siècle dans une revue française pour prêtres – repérée par l’historienne Catherine Marneur – L’ami du clergé. Il s’agit de répondre à l’étonnement qui saisit toute la société européenne devant l’avènement et le succès de cet étrange véhicule à deux roues. Prudente, l’Eglise ne tranche pas: «Le Saint-Office n’a pas encore donné son avis sur le vélo. Avant tout, il faut tenir compte de l’effet que cela produira sur la population». Les doutes ne subsistent pas longtemps, et quand en 1948, Fernandel se met dans la peau de Don Camillo, adepte d’un joli cycle hollandais, plus personne ne doute de l’extraordinaire compatibilité de la soutane et du coup de pédale.

    Maillot jaune: Pie X, le premier

    Entre temps, le cyclisme est devenu un sport populaire de premier plan, en témoigne le succès qu’il rencontre dès la création du Tour de France en 1903 ou du Giro d’Italia (Tour d’Italie) en 1909. Un engouement qui va rapidement franchir les murs léonins, même si nul n’a encore osé transformer les pentes abruptes et goudronnées des jardins du Vatican en un circuit de critérium jusqu’ici. A la veille du conclave de 2013, on a vu le cardinal Philippe Barbarin, cycliste et alors archevêque de Lyon, arriver sur son célèbre vélo et le garer à l’entrée du petit État; car ferveur ne signifie pas fanatisme.

    Pie X (1903-1914), «l’Européen le plus moderne» de son temps selon Guillaume Apollinaire, ne s’y trompe pas: derrière toutes ces passions sportives qui prospèrent à son époque, il y a quelque chose de profondément chrétien dont l’Eglise doit s’emparer. C’est l’âge d’or des patronages. Pie X le premier, bénit une course amateur au départ de Rome, et son successeur Benoît XV (1914-1922) l’imite quelques années plus tard. Le vélo est dès lors perçu comme une pratique vertueuse, accessible à une petite bourgeoisie. Sur le vélo, le chrétien découvre l’intérêt d’un véritable dépassement de soi, ou le sens d’un sacrifice radical mais décorrélé de tous les penchants guerriers alors en vogue. Reste que sur le pavé ou l’asphalte, les spectateurs comprennent que la victoire finale nécessite d’unir initiative individuelle et esprit d’équipe.

    Maillot à pois: Pie XII, la passion au sommet

    Cependant, la passion papale pour le cyclisme va prendre une toute autre dimension avec un autre pape, Pie XII (1939-1958). Ce dernier est même célèbre pour avoir fait bâtir en 1948 une petite chapelle sur les hauteurs du col de Ghisallo, l’équivalent pour le Tour de Lombardie du mythique col du Galibier du Tour de France. Il baptise l’édifice «Notre-Dame universelle des cyclistes». Aux côtés du pontife de la Seconde guerre mondiale, un héros de l’asphalte comme il n’y en aura jamais plus démontre à lui seul à quel point les coureurs sont alors en odeur de sainteté au Vatican: Gino Bartali, dit «Gino le pieux».

    Ce membre de l’Action catholique, aussi rugueux dans l’effort que discret en dehors des terrains, n’est pas uniquement le héraut de la vertu et d’un certain conservatisme dans la gigantomachie qui l’a opposé à cet époque au très laïc et fantasque Fausto Coppi, légende du vélo dont le monde entier connaît encore le nom. Après la mort de Bartali, sa famille a en effet découvert que le double vainqueur du Tour de France avait été un des humbles et silencieux serviteurs des plus faibles dans la sourde lutte engagée par l’Eglise catholique contre le fascisme de Mussolini ou le nazisme d’Hitler lors de la Seconde guerre mondiale. Acheminant pour le Vatican des faux-papiers dans le cadre de son vélo, il les livrait à certains monastères pour permettre d’exfiltrer des familles juives. Gino Bartali est d’ailleurs aujourd’hui reconnu comme ‘Juste parmi les Nations’ par Israël.

    Le sportif, tertiaire carmélite, a indubitablement été le relais du pontife dans le peloton. En 1950, année jubilaire, le Giro d’Italia arrive à Rome, et le pape Pie XII décide d’accueillir en personne les champions. Cependant, le grand Bartali a trouvé plus fort que lui: le Suisse Hugo Koblet, un calviniste, réussit cette année-là l’exploit d’être le premier non-Italien à remporter le Giro. Le pontife, dans un geste où l’esprit sportif rejoint le désir de dialogue œcuménique, décide alors de bénir les deux champions.

    Maillot blanc: Paul VI, théologien du sens la course

    Son successeur, Jean XXIII, n’est pas un pape sportif. Paul VI (1963-1978), en revanche, fervent défenseur de l’exercice physique, est un digne successeur de Pie XII sur ce plan. Il reconnaît notamment avoir éprouvé une véritable passion pour ce sport depuis sa tendre enfance. En 1964, il prononce même un discours très inspiré, spécialement adressé aux coureurs au départ du Giro, notamment les célèbres Félice Gimondi et Eddy Merckx: "Le sport, en plus d’être une réalité sensible et vécue, est le symbole d’une réalité spirituelle, qui constitue la trame cachée, mais essentielle, de notre vie: la vie est un effort, la vie est une épreuve, la vie est un risque, la vie est une course, la vie est un espoir vers un but qui transcende la scène de l’expérience commune, et que l’âme entrevoit et la religion nous présente».

    Quelques années plus tard, aux participants du Tour de Sardaigne 1975 qui commence place Saint-Pierre à Rome, il réaffirme une fois de plus toute son admiration pour la discipline et la ferveur que demande la pratique de ce sport.

    Le «dossard rouge» de l’équipe cycliste de Jean Paul II

    Le pape Jean Paul II, grand sportif et cycliste amateur, reprendra le flambeau d’une toute autre façon. Alors que son pontificat est celui des premières révélations sur l’usage de produits dopants dans les compétitions cyclistes, qui jettent un discrédit très pénalisant sur la pratique sportive, c’est en soufflant à l’oreille d’un jeune directeur d’une équipe cycliste italienne, Ivano Fanini, qu’il marque la scène sportive. Il lui suggère de nommer son équipe Amore e vita (Amour et vie, en italien), car selon lui le sport est une affirmation puissante de ces deux principes catholiques quand il s’exprime pleinement. Fanini prend le pape au mot. Affichant sur le maillot de son équipe non plus un sponsor mais un message de foi qui lui donne des airs d’encyclique, l’écurie Amore e vita détonne dans ces années où l’appât du gain et l’obsession pour la performance individuelle, jusqu’à la triche, semble corrompre de toute part le bel idéal sportif autrefois tant aimé par Paul VI ou Pie XII.

    Ivano Fanini, catholique militant, décide même d’assortir son maillot d’un message anti-avortement lors d’une saison entière! La démarche est moyennement appréciée par le milieu, mais l’homme assume pleinement et sans scrupules de rouler pour le pape, qui s’est alors porté au front sur les questions de défense de la vie pendant ces dernières années du 20e siècle. Plus généralement, Amore e Vita est une équipe hors norme, en ce qu’elle décide de donner une seconde chance à des sportifs qui ont été bannis pour dopage, et qui servent trop souvent de boucs émissaires dans un sport où plus personne ne semble être propre. Au contraire, Amore e Vita propose de pardonner une fois la peine purgée.

    Le pape Jean Paul II reçoit plus d’une vingtaine de fois le fantasque Fanini. L’équipe de ce dernier n’a certes pas le plus grand palmarès de l’histoire du cyclisme. Mais contrairement à tant d’autres, elle existe toujours, faisant preuve de cet esprit de combativité si apprécié du public, pour lequel on attribue souvent aujourd’hui un dossard rouge dans les courses par étape.

    François, maillot vert?

    Depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II, le vélo est moins mis à l’honneur, Benoît XVI, dit-on, préfère la Formule 1. Le pape François, fervent amateur de football, a néanmoins été sollicité pour bénir le maillot rose, porté par le premier du classement sur le Tour d’Italie, dès son élection en 2013. S’il n’a pas des mots aussi inspirés que Paul VI sur le sens de la course, le chef de l’Eglise catholique insiste, dans un tout autre domaine, sur la nécessité de repenser les moyens de transports urbains.

    Avec Laudato si’, il invite notamment à sortir de la logique de transports polluants. Dans son encyclique, le pontife exhorte aussi à trouver une alternative en faisant preuve de créativité: le vélo semble être un bon candidat pour limiter la consommation énergétique excessive et polluante des hydrocarbures, tout en permettant une réelle mobilité dans les villes. Plus largement, la défense de la ‘Maison commune’ portée par le chef de l’Eglise semble d’ailleurs plaire aux cyclistes: le slovène Peter Sagan, la superstar du sprint depuis une dizaine d’années, a décidé d’offrir un vélo floqué aux couleurs du Vatican ainsi que son maillot de champion du monde – le mythique maillot arc-en-ciel – au pape argentin lors d’une visite en 2018. Mais peut-être aurait-il dû opter pour un maillot vert? (cath.ch/imedia/cd/bh)

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    © EnkayTee/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0

    Les papes et la montagne 2/4

    Nombreux ont été les papes attirés par la montagne, et chacun s’y rendait pour une raison particulière. Jean Paul II pour ses longues marches, Paul VI pour y retrouver une simplicité de vie, Pie XI quant à lui, alpiniste chevronné, y cherchait un moyen de se dépasser.

    Arthur Herlin, I.MEDIA

    C’est ainsi qu’en 1890, alors que l’alpinisme devenait à peine une activité sportive plus seulement réservée aux montagnards, que le futur pape Pie XI (1857-1939) a réalisé ni plus ni moins l’ascension du mont Blanc. L’ascension a duré deux jours, entrecoupée par une nuit dans la cabane Quintino-Sella, sur le versant italien. À la descente, il a ouvert un nouveau passage permettant d’accéder au sommet du mont Blanc.

    Alpiniste chevronné, Achille Ratti a réalisé de nombreuses expéditions en montagne, dont l’une des premières traversées, en 1889, du massif de Mont-Rose (entre Suisse et Italie) par le versant de Macugnaga (Italie).

    L’importance qu’il donnait à cette activité sportive est mesurable dans la lettre apostolique du 20 août 1923, adressée à l’évêque d’Annecy en l’honneur de saint Bernard de Menthon, proclamé à cette occasion patron des alpinistes :

    « Il est vrai que de tous les exercices du sport honnête, aucun ne l’est plus que celui-ci – quand on évite l’imprudence, on peut dire qu’il est bénéfique pour la santé de l’âme comme du corps. Si, av...

    Cette grande valeur donnée à la contemplation et à la recherche de l’air pur, était partagée par Jean Paul II qui n’a cessé de se rendre en montagne depuis l'époque où il était jeune prêtre. Tadeusz Styczen, un de ses amis proches, raconte que, quand ils skiaient en Pologne, l’archevêque Wojtyla préférait remonter les pistes à pied, ses skis sur l’épaule, pour demeurer dans un silence total et en méditation.

    Jean Paul II sous le charme des massifs et des sommets alpins

    Pour lui aussi, la montagne représentait « une école d’élévation spirituelle », comme l’affirme Mgr Alberto Maria Careggio, évêque de Vintimille et San Remo. Passionné d’alpinisme, le prélat a été le premier organisateur des vacances d’été du pape au Val d’Aoste et son fidèle accompagnateur.

    Tout a commencé selon lui lors d’un voyage pastoral du pape polonais dans le Val d’Aoste , les 6-7 septembre 1986, dans le cadre des célébrations du bicentenaire de la conquête du mont Blanc. « À cette occasion, le pape avait eu son premier contact avec la vallée et il avait pu y admirer, du haut du glacier de la Brenva, à 3'550 mètres d’altitude, la masse imposante du mont Blanc, tombant sous le charme des massifs et des sommets alpins ».

    À partir de cette date, la Vallée d’Aoste est devenue la destination privilégiée de vacances pour Jean Paul II. Il y retournera en effet une bonne dizaine de fois entre 1989 et 2004, période pendant laquelle il n’a pas hésité, tant que sa santé le lui permettait, à chausser les skis et à descendre les pistes des stations italiennes.

    Ce n’était plus l’archevêque, « mais bien notre oncle »

    C’est dans les montagnes suisses, à Engelberg, que Paul VI aimait se rendre, bien avant de devenir pontife. L’environnement qu’il y trouvait parvenait, dit-on, à le soulager des tensions psychologiques propres à ses grandes responsabilités au sein de l’Église. Sa nièce, Chiara Montini Matricardi, qui l’accompagnait, a témoigné de la merveilleuse atmosphère qui y régnait. « Ce n’était pas l’archevêque qui était avec nous, c’était bien notre oncle. Il jouait avec nous, nous prenions le petit déjeuner ensemble ».

    À la fin du 19e siècle, le pape Léon XIII a proposé la construction de vingt monuments pour un hommage grandiose à Dieu, à édifier sur autant de montagnes dans différentes régions d’Italie. L’idée a immédiatement été acceptée par les différents diocèses, qui ont créé un comité pour la décision des vingt sites où les monuments devaient être situés, allant même jusqu’à dresser d’autres cartes des sites. Parmi eux, un monument au Rédempteur est bâti sur le Mont Guglielmo. Le pape Paul VI s’y est rendu à de multiples reprises dans sa jeunesse avec son père. Des années plus tard, il fera rénover cette petite chapelle dont il a gardé un souvenir impérissable.

    Benoît XVI avait quant à lui sa façon propre de vivre la montagne. Outre la recherche d’une atmosphère propice à la lecture et à l’étude, le pontife allemand réalisait de longues promenades chaque jour. La montagne, avait-il affirmé en novembre 2010 à une délégation de skieurs professionnels, « nous fait sentir petits, nous restitue à notre juste dimension de créatures, nous rend capables de nous interroger sur la signification de la création, de lever les yeux vers le haut, de nous ouvrir au Créateur ». (cath.ch/imedia/ah/mp)

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    La danse a été une activité controversée dans l'Eglise catholique (Pixabay.com)

    Connaissez-vous la "danse du pape"? 3/4

    La danse a été une activité diversement considérée dans l'histoire de la papauté. Entre condamnation et passion, la pratique de ce "sport" est étroitement liée à la perception du corps et de la sexualité qu'ont pu avoir les différents pontifes.

    Claire Guigou, I.MEDIA

    "De tout mon cœur, Seigneur, je rendrai grâce, (…) pour toi, j’exulterai, je danserai, je fêterai ton nom". Le Psaume 9, comme de nombreux autres passages de la Bible, la plupart contenus dans l’Ancien Testament, donne la part belle à la danse et à la fête. L’histoire du peuple d’Israël nous rappelle que les femmes célébraient même les victoires militaires par ce biais, à l’image de la belle Myriam qui, après la traversée de la mer Rouge, s’empresse de former des "chœurs de danse" à la gloire de Dieu.

    Et pourtant, aux premiers temps du christianisme, ces expressions corporelles furent bannies par l’Église, la danse se rattachant pour bon nombre d’ecclésiastiques à la sphère païenne. Cette fronde contre la danse semble perdurer au cours des siècles et il faut attendre 1914 pour qu’une danse, précisément le tango, devienne le centre des préoccupations vaticanes.

    A l’époque, cette danse lascive venue des tréfonds de l’Argentine connaît un développement et un succès retentissant dans plusieurs pays européens dont la France et l’Italie. Devant cet engouement, bon nombre de prélats, tel le cardinal français Léon-Adolphe Amette, s’y opposent. L’affaire prend une telle proportion que le pape Pie X en personne aurait décidé de se faire sa propre idée sur le tango en demandant à un couple de jeunes aristocrates romains, frère et sœur bien entendu, d’exécuter devant lui quelques mouvements de cette danse si contestée.

    Cet épisode, raconté par le célèbre journaliste Jean Carrière, alors correspondant pour le journal Le Temps, est publié le 28 janvier 1914. "Les deux jeunes gens, émus et surpris, murmurant à voix basse les notes mélancoliques de la populaire musique argentine, esquissèrent devant le Saint-Père attentif les va-et-vient compliqués de la danse à la mode", écrit-il.

    La furlane, cette danse louée par saint Pie X

    Devant les courbettes des deux romains, le pape se montre quelque peu déçu, raconte le journaliste en rapportant ce dialogue: "C’est cela le tango? demanda Pie X. Oui, Sainteté, fut-il répondu. Eh bien, mes chers enfants, vous ne devez pas beaucoup vous amuser! Je comprends que vous aimiez la danse. (…) Mais au lieu d’adopter ces ridicules contorsions (…) pourquoi ne pas choisir cette ravissante danse de Venise, que j’ai souvent regardée danser dans ma jeunesse, et qui est si élégante, si claire (…): la furlana?".

    Il ne faut pas oublier que Pie X est né en Vénétie et qu’avant de devenir pape, il a été Patriarche de Venise, précise Jean Carrière dans ce récit. Et le journaliste de poursuivre que le pontife aurait ordonné à l’un de ses gens de s’adonner à une démonstration. Quelques jours plus tard, ces propos dignes d’un roman sont démentis avec véhémence par le Vatican: "Certains journaux [rapportent] qu’une démonstration de tango aurait été faite devant le pape, (…) ces propos offensent Sa Sainteté et sont totalement infondés", communique le Saint-Siège.

    Fier du succès de cette belle histoire, Jean Carrière n’en démord pas et se défend: "Deux points seuls sont intéressants et méritent de passer à l’Histoire: oui ou non, le pape, après s’être moqué du tango, a-t-il fait l’éloge de la furlana, cette jolie danse vénitienne qu’il avait vue souvent dans le pays de son enfance, auquel il reste attaché de toutes ses fibres? Sur ces deux points, il n’y a aucune espèce de doute. On s’est occupé du tango au Vatican; on a vanté la furlana au Vatican. Voilà l’essentiel. Tout le reste n’est que bavardage et chronique!", conclut-il.

    Quand Pie XI condamne la légèreté de la danse

    Légende ou réalité, nul ne le saura jamais. Ce qui est certain, c’est que le saint pape a bel et bien levé les sanctions ecclésiastiques prévues pour les danseurs de tango, n’en déplaise au cardinal Amette. Ce dialogue qu’on lui attribua au sujet de la danse vénitienne suffit quant à lui à créer un véritable engouement autour de la furlane, ou furlana, à tel point qu’on la baptise au début de ce XXe siècle "la danse du pape", en opposition au tango, cette danse "du péché".

    Dans son livre Danser en société, le sociologue Henri Joannis Debern rapporte même que bon nombre d’hôtels de la Côte d’Azur, pragmatiques, disposent de professeurs de danse qui enseignent à la fois le tango et la furlane, pour satisfaire les bons catholiques comme les autres.

    L’emballement autour de cette mystérieuse danse louée au Vatican ne dure qu’un temps et la furlane disparaît pendant la Première Guerre Mondiale. Quelques années plus tard, en 1922, le pape Pie XI semble, d’un même mouvement, condamner toutes les danses, sans faire d’exception pour la danse vénitienne. "Les limites imposées par la pudeur sont dépassées, surtout dans les modes et les danses, par suite de la légèreté des femmes et des jeunes filles, dont les toilettes fastueuses excitent la haine des déshérités", déplore-t-il dans un discours adressé aux évêques qui fait état des nombreux maux provoqués par le conflit. Nul salut pour le tutu…

    Jean Paul II, entre valse et mazurkas

    Il faut attendre Jean Paul II, poète et homme de théâtre, pour qu’un pape ose briller sur la piste, bien avant son élection, cela s’entend. Jeune homme, “Lolek”, comme le surnomme l’un de ses amis juifs, rejoint le cours de danse du lycée. Valse polonaise, valse viennoise, anglaise ou encore polonaise, mazurkas….il se plaît à faire tournoyer ses cavalières dans les salons sans pour autant accepter d’invitations privées. "Lolek, grâce à son sens de la musique, était peut-être le meilleur, le plus gracieux des élèves du cours, en particulier lorsqu’il avait Halina Krolikiewicz pour partenaire", raconte avec humour son camarade en faisant référence à une jeune femme que Karol Wojtyla admirait.

    S’il ne fait pas explicitement référence à l’art de la danse dans ses discours, le pape polonais place l’alliance nuptiale, entre l’homme et la femme, danse ô combien subtile, au cœur de son pontificat. En témoignent ses riches enseignements sur la théologie du corps, dans lesquels il rétablit le sens originel de l’union entre l’homme et la femme voulue par Dieu. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la comédienne Sophie Galitzine, dans son spectacle Le Fruit de nos entrailles, choisit la danse comme mode d’expression pour mieux valoriser son riche enseignement sur le mariage.

    ‘Le pape des artistes’ ne cessera de défendre un christianisme incarné, où la chair a toute sa place et rappelle l’extraordinaire vocation du couple. "L’homme et la femme, s’éloignant de la concupiscence, trouvent l’exact dimension de la liberté du don (…) dans la vraie signification sponsale du corps", écrit-il. Avec le pape polonais, disparaît le mépris du corps. La vie conjugale et toutes ses expressions, dont la danse peut faire partie, sont soudainement élevées au rang de "liturgie".

    François et la passion du Tango

    Sans conteste le plus danseur de tous les papes réunis, François n’a pour sa part jamais caché son amour inconditionnel pour le tango, un comble quand on connaît les critiques dont celui-ci a pu faire l’objet dans le passé… "Jorge était un merveilleux danseur de tango", confie son amie d’enfance Anna Colonna. "Le pape des périphéries a effet toujours écouté cette musique", précise son biographe Austen Ivereigh.

    Jésuite, le futur pape fait notamment la connaissance de l’une des plus grandes interprètes de tango qui soit, Azucena Maizani, et lui administre l’extrême-onction en 1970. Pas étonnant donc que pour célébrer ses 78 ans, une foule de passionnés de tango se presse place Saint-Pierre pour lui offrir, sous ses fenêtres, une démonstration de sa danse préférée. Lancée sur Facebook par Cristina Carmorani, professeur de danse de Conventello, cette initiative a permis de rassembler 3'200 danseurs.

    Au-delà de sa passion pour la danse argentine, le pape François rétablit une fois pour toutes le sens biblique de la danse et voit en ce sport une manière de louer Dieu. "Danser c’est exprimer la joie, l’allégresse", confie-t-il simplement à une petite fille albanaise dans une lettre recensée dans un ouvrage publié en 2016. Dans l’une de ses catéchèses, en 2014, il n’hésite d’ailleurs pas à opposer "la danse de la joie" effectuée par le roi David à la prière froide. Plus de doute, l’art du ballet est désormais consacré par le Saint-Siège. (cath.ch/imedia/cg/rz)

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