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    L'Eglise et le pouvoir des femmes

    L'Eglise et le pouvoir des femmes La “vague violette” du 14 juin 2019 ne s’est pas arrêtée aux portes de l’Eglise. Et au cours des douze derniers mois, les revendications d’égalité se sont intensifiées au sein de l’institution. Depuis, les nominations à des postes de responsabilité se sont succédé...

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    L'Eglise et le pouvoir des femmes

    Catherine Ulrich est responsable de l’Aumônerie catholique des personnes handicapées et de leurs familles. Elle travaille avec l'Eglise protestante de Genève
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    Marianne Pohl-Henzen, déléguée de l’évêque pour le
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    Marianne Pohl-Henzen, déléguée de l’évêque pour le "Deutschfreiburg"

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    "Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux!» Et, à l’heure même, sa fille fut guérie". Mt 15, 28 © Flickr/Lawrence OP/CC BY-NC-ND 2.0

    L'Eglise et le pouvoir des femmes

    La “vague violette” du 14 juin 2019 ne s’est pas arrêtée aux portes de l’Eglise. Et au cours des douze derniers mois, les revendications d’égalité se sont intensifiées au sein de l’institution. Depuis, les nominations à des postes de responsabilité se sont succédé en Suisse comme dans le monde entier.

    Davide Pesenti

    Qu’est-ce que signifie pour ces femmes «exercer le pouvoir» en Eglise? Quelles marges de manœuvres effectives ont-elles? Quels défis rencontrent-elles dans l’exercice de ces différentes formes de pouvoir ecclésial?

    Cette série vous propose un entretien avec cinq femmes qui, par leurs responsabilités, jouent un rôle pionnier dans l’Eglise catholique en Suisse.

    Cette série vous propose un entretien avec cinq femmes qui, par leura responsabilités, jouent un rôle de pionnier dans l’Eglise catholique dans notre pays. Astrid Kaptijn, professeure ordinaire de droit canon à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg, en donnera l’épilogue. Le 14 septembre 2019 elle a été nommée par le pape François, consulteur de la Congrégation pour les Eglises Orientales, au Vatican.

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    Catherine Ulrich est responsable de l’Aumônerie catholique des personnes handicapées et de leurs familles. Elle travaille avec l'Eglise protestante de Genève © Bernard Hallet

    Catherine Ulrich: «L’image de Marie pèse un peu sur nos épaules» 1/6

    En Suisse romande, les revendications d’une présence majeure des femmes à des postes à responsabilité de l’Eglise catholique sont portées principalement par le Réseau des femmes en Eglise. Parmi elles, Catherine Ulrich, pour qui le pouvoir ecclésial doit aller de pair avec la pleine participation des femmes aux prises des décisions.

    Davide Pesenti

    En tant que membre active du Réseau des femmes en Eglise vous étiez la coordinatrice genevoise de la Grève des femmes de 2019. Comment est né ce réseau?
    Catherine Ulrich
    : Le Réseau des femmes en Eglise est né de l’expérience de beaucoup de femmes, engagées professionnellement ou bénévolement dans l’Eglise catholique. Des personnes qui ont des responsabilités décisionnelles assez importantes et qui, finalement, sont confrontées à un manque d’écoute. Plusieurs éléments ont fini par faire «déborder le vase».

    Avez-vous un exemple?
    Il y a quelques années, j’étais responsable du catéchuménat pour les adolescents. Je n’ai pas de licence en théologie – À mon époque on ne se lançait pas dans ce genre d’études parce qu’il n’y avait pas de débouché pour les femmes, mais c’était possible –, mais j’ai d’autres formations, notamment dans la pastorale du catéchuménat. De plus, le Rituel du baptême prévoit clairement que les adolescents communient, pour la première fois, au Corps du Christ le jour de leur baptême, comme c’est le cas pour les adultes.

    Or, il m’est arrivé plusieurs fois que des prêtres refusent cela. Dans ces circonstances, je ne me sens pas reconnue, ni dans mes compétences, ni dans mon mandat, reçu de la main de l’évêque diocésain. Cela fut aussi le cas, par exemple, lorsque je proposais de traiter des sujets au sein de l’équipe pastorale, mais qui n’étaient jamais mis à l’ordre du jour. Ce sont de petites choses qui semblent anodines. Mais lorsqu’elles se réitèrent, c’est le genre de faits qui font monter la moutarde au nez!

    La parole que pourrait apporter une femme dans ces contextes n’est pas respectée. Voilà la raison principale qui nous a poussées à nous rassembler pour essayer de changer les choses. Notre réseau s’insère dans un très large mouvement en faveur des femmes et qui devient de plus en plus international. En Suisse romande, nous sommes un peu en retard par rapport à nos collègues suisses alémaniques, plus actives que nous.

    "Si on parcourt les sites internet de la COR ou de la Conférence des évêques suisses, on se rend rapidement compte du manque de femmes."

    Quels sont vos principales revendications?
    Lors de la Grève des femmes de juin 2019, nous avions posé plusieurs revendications à la Conférences des ordinaires romands (COR), pour lesquelles nous n’avons toujours pas reçu de réponses claires. Nous demandions d’une part, la pleine participation à des organes de décisions – et ceci, jusqu’au plus haut niveau. D’autre part, nous réclamions que les femmes soient beaucoup plus présentes au sein des différents parcours des formations, non seulement pour des laïcs, mais aussi pour les futurs ministres ordonnés.

    En effet, si on parcourt les sites internet de la COR ou de la Conférence des évêques suisses, on se rend rapidement compte du manque de femmes. Elles sont juste une ou deux présentes dans les diverses commissions, mais elles n’ont pas de vrai pouvoir décisionnel.

    Qui fait partie de ce mouvement suisse romand?
    Tout d’abord, il faut préciser que le Réseau des femmes en Eglise  a été plutôt actif dans le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg. Il s’est ensuite élargi à l’ensemble de la Suisse romande, au moment de l’organisation de la Grève des femmes l’année passée. Les femmes qui y participent activement partagent un même constat: elles sont convaincues qu’il faut changer l’Eglise de l’intérieur.

    Car il ne faut pas oublier qu’un grand nombre de femmes ont abandonné leur ministère dans l’Eglise catholique ou sont sur le point de le faire. Mais plutôt que de partir, nous nous sommes dit: «Il faut vraiment que maintenant on bouge!»

    Parmi nous, il n’y a pas beaucoup de jeunes femmes. Cela correspond aussi à des revendications de ma génération. Moi, je me rappelle très bien le jour où ma mère a pu aller voter pour la première fois. Je pense que c’est notre mission particulière, de contribuer à ce que les choses avancent.

    "Un grand nombre de femmes ont abandonné leur ministère dans l’Eglise catholique ou sont sur le point de le faire."

    Personnellement, qu’est-ce qui vous a motivée à vous engager dans ce réseau ?
    Ce sont surtout les images des cardinaux lors du Synode sur l’Amazonie qui m’ont poussée à me mobiliser. Quand j’ai vu cette grande assemblée composée uniquement d’hommes, j’ai pensé: «Au 21e siècle, ce n’est plus possible!» Car une Eglise qui n’est pensée que par des hommes, n’est pas une Eglise qui est en marche avec son peuple. Il faut vraiment que tous les membres de l’Eglise puissent être représentés dans les organes décisionnels.

    Même quand on a la bonne volonté d’accueillir des femmes, comme cela a été le cas pour ce Synode, elles étaient présentes juste à titre consultatif; elles n’avaient aucune voix à apporter. C’est inadmissible!

    Cela signifie que la question du partage du pouvoir est nécessairement liée à celle concernant l’accès au sacrément de l’ordre?
    C’est un chantier central au niveau de l’Eglise universelle. Car je considère que ce n’est pas une société égalitaire, lorsqu’il y a toute une marge de la population qui n’a pas accès à un des sept sacrements. C’est quelque chose que j’ai de la peine à comprendre, tout comme l’argumentaire théologique qui l’empêche.

    Parce que, comme l’énonce un poème allemand, c’est une femme qui a oint Jésus, mais les femmes ne peuvent pas donner l’onction des malades. Ceci, alors que ce sont majoritairement les femmes qui travaillent dans le domaine du prendre soin. Le même constat vaut pour le baptême ou le sacrement du pardon. Dans mon activité d’aumônier auprès de personnes en situation de handicap, j’ai été confrontée plusieurs fois à de telles demandes, sans pouvoir y répondre personnellement.

    Je ne dis pas que je dois pouvoir donner le pardon au nom de Dieu. Mais je trouve très important qu’on puisse avoir des gestes spécifiques qu’on puisse aussi poser dans notre activité quotidienne d’aumônier.

    "Je pense vraiment que la réponse au manque de prêtres, mais aussi aux abus de pouvoir au sein de l’Eglise, passe par une meilleure insertion des femmes, à tous les niveaux."

    Dans ce sens, le diaconat féminin pourrait être selon vous une solution?
    En ce moment, l’Eglise catholique est en train d’ordonner beaucoup d’hommes au diaconat permanent. Car cela répond à un problème du manque objectif de prêtres. Et moi, j’ai vraiment l’impression d’être sur le quai, de regarder le train passer et de ne pas pouvoir monter…

    Je pense vraiment que la réponse au manque de prêtres, mais aussi aux abus de pouvoir au sein de l’Eglise, passe par une meilleure insertion des femmes, à tous les niveaux. Et cela, pour le bien de l’avenir de l’Eglise. C’est un avis personnel, certes, mais qui est partagé par de nombreuses femmes. Cependant, pas par toutes, il faut quand-même le reconnaître.

    Quelles sont les raisons de ces divergences entre femmes?
    Honnêtement, je ne sais pas... Je pense qu’il y a des réflexes liés à notre éducation, en particuliers à propos du dévouement de la femme.

    Il y a en effet cette image de Marie qui pèse un peu sur nos épaules. Une femme qui doit être au service, qui doit prendre soin, qui doit souffrir en silence… alors que la première réponse que Marie donna à l’ange fut «Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge?»  Marie ne fait pas les choses sans réfléchir au sens!

    J’ai l’impression, parfois, qu’en Eglise la femme reste un peu notre maman, ou mieux, l’image qu’on projette sur la maman. Mais ceci ne se limite certes pas au milieu ecclésial. Même en politique, les femmes ne militent pas forcément pour plus de femmes en politique. Il reste encore des femmes qui pensent qu’elles ne sont pas compétentes. (cath.ch/dp)

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    La Lucernoise Renata Asal-Steger est présidente de la RKZ depuis le 1er janvier 2020 © Barbara Ludwig

    Femmes en Eglise: “Même dignité et mêmes droits vont de pair” 2/6

    En Suisse, les femmes sont en première ligne dans certains processus de prise de décisions au sein de l’Eglise catholique. Parmi elles, la présidente de la Conférence centrale catholique-romaine (RKZ), Renata Asal-Steger. Cependant, le chemin vers un partage du pouvoir sur une base égalitaire est encore long.

    Davide Pesenti

    Les femmes ne demandent pas seulement de contribuer à forger le futur visage de l’Eglise catholique. Aujourd’hui déjà, elles assument des responsabilités importantes à différents niveaux. Toutefois, l’accès à des compétences décisionnelles et leur participation au pouvoir demeurent assez limités. Même lorsqu’elles sont à la tête d’une institution ecclésiale nationale. C’est le cas de Renata Asal-Steger, depuis octobre 2019, présidente de la Conférence centrale catholique-romaine (RKZ).

    Vous êtes la deuxième femme de l’histoire à la tête de la RKZ. Selon votre expérience, comment définiriez-vous le pouvoir en Eglise?
    Renata Asal-Steger
    : avoir du pouvoir, c’est exercer une influence sur d’autres personnes; qu’il s’agisse d’individus isolés ou de groupes entiers. Récemment, la question du pouvoir dans l’Eglise est venue brutalement sur le devant de la scène avec la crise des abus sexuels. C’est une question essentielle et d’une haute actualité.

    De quel pouvoir parle-t-on en Eglise?
    Selon moi, le pouvoir dans l’Eglise se caractérise de trois manières. Premièrement, la tradition veut, qu’au sein de l’institution, la notion de pouvoir réponde à une logique masculine. Voilà pourquoi le débat sur la place des femmes dans l’Eglise est tellement important! Il convient de les faire aussi participer à l’exercice de ce pouvoir.

    Ensuite, le pouvoir en Eglise est lié à des symboles et à des rituels religieux. Cela donne l’impression que ce pouvoir est saint, voire d’essence divine. C’est ainsi que s’explique le fait que nous sommes aussi fortement confrontés à des risques d’abus. Le pouvoir doit donc être limité et contrôlé.

    Enfin, le pouvoir en Eglise appartient à des personnes spécifiques: le prêtre, l’évêque, le pape. Telle est la raison pour laquelle nous devons aussi nous intéresser à la question du partage du pourvoir.

    Vous prônez donc une présence plus ample des femmes dans les instances décisionnelles de l’Eglise catholique. Quelles formes de responsabilité y assumez-vous actuellement?
    Le système dual propre au catholicisme suisse fait cohabiter la hiérarchie canonique avec des structures laïques. Dans ce système, unique au monde, l’organe formé de laïcs qu’est le conseil synodal est responsable principalement des aspects financiers, administratifs et organisationnels de la vie de l’Eglise. En revanche, il ne jouit d’aucune compétence dans le domaine pastoral.

    Au sein de la corporation ecclésiastique cantonale lucernoise, je suis membre du conseil synodal. “C’est disposer de beaucoup de pouvoir”, me direz-vous. En réalité, les Eglises cantonales fonctionnent à l’image de l’Etat. Les décisions appartiennent au peuple et au parlement, c’est-à-dire le synode, tandis que le conseil synodal les met en œuvre.

    Dans le canton de Lucerne, les décisions importantes sont prises à l’échelon des paroisses et du synode. En tant que conseillère synodale, il m’appartient de les exécuter. Certes, je jouis d’une certaine marge de manœuvre, mais seulement dans les limites de ce processus démocratique.

    «En ce qui concerne ma fonction de présidente de la RKZ, je ne parlerais pas de pouvoir, mais plutôt de compétences et de leviers d’action»

    Et en tant que présidente de la Conférence centrale catholique romaine, la faîtière qui rassemble toutes les organisations ecclésiastiques cantonales de Suisse?
    En ce qui concerne ma fonction de présidente de la RKZ, je ne parlerais pas de pouvoir, mais plutôt de compétences et de leviers d’action. Certes, je peux exercer une influence au niveau national. Mais là aussi, je suis liée par les décisions de l’assemblée plénière des délégués qui est l’organe suprême. Et au sein de la présidence, qui est un organe collégial, je ne suis qu’un membre parmi d’autres.

    Cela dit, il m’appartient de diriger les séances de la présidence et de conduire les débats des trois assemblées plénières annuelles. En outre, je peux proposer des sujets de réflexion et des procédures à suivre. Je représente aussi la Conférence centrale vis-à-vis de l’extérieur; et cela en concertation avec mes collègues de la présidence. De la sorte, je lui donne un visage.

    Enfin, j’exerce une influence aussi au niveau des rapports de collaboration entre la RKZ et la Conférence des évêques suisses (CES), en particulier à l’échelon de leur organisme paritaire commun, le Conseil de coopération. C’est là que se traitent les questions d’intérêt mutuel. Car la vie de l’Eglise à l’échelon national obéit à la même logique duale: les questions pastorales sont du ressort des évêques, tandis que la Conférence centrale assume des tâches financières, administratives et organisationnelles.

    A vous entendre, votre pouvoir est très partagé et votre marge de manœuvre assez limitée…
    Dans des structures démocratiques, davantage en Suisse, le pouvoir est toujours partagé! De plus, son exercice est limité dans le temps. Mais cela n’empêche pas d’avoir une authentique marge de manœuvre.

    Au sein de la présidence de la RKZ, par exemple, nous sommes deux femmes et trois hommes. Ensemble, nous préparons les dossiers qui seront traités lors des trois assemblées plénières annuelles. En tant que présidente, je suis surtout responsable que les décisions soient le fruit d’un consensus. Si tel n’est pas le cas, il n’y a pas d’édification possible de l’Eglise. La devise de la Conférence centrale traduit bien cette préoccupation: «Parce qu’ensemble, on va plus loin.»

    Mais il faut reconnaître qu’il existe encore des limites importantes au partage du pouvoir dans la vie ecclésiale...
    Je vois surtout des limites dans le domaine pastoral. Dans ce domaine, les femmes catholiques restent discriminées. Certaines tâches dirigeantes, l’accès aux ministères consacrés, et par conséquent, la présidence des sacrements, leur sont interdits du fait de leur sexe.

    C’est choquant. Face au monde, l’Eglise catholique défend le principe selon lequel tous les humains ont la même dignité. Or, qui dit même dignité, dit aussi droits identiques. L’un ne va pas sans l’autre. Cet état de choses résulte de règles du droit canonique. Or, vouloir modifier celles-ci se heurte à un obstacle de taille, dans la mesure où seuls des hommes sont habilités à en décider et à reconnaître une participation égalitaire aux femmes.

    "Je vois surtout des limites dans le domaine pastoral. Dans ce domaine, les femmes catholiques restent discriminées."

    C’est pour cette raison que vous vous engagez pour un pouvoir partagé entre hommes et femmes dans l’Eglise?
    Le nœud du problème réside dans le fait que tous les humains ont la même dignité et les mêmes droits. Il est inadmissible qu’une Eglise défende les droits humains, tout en déniant aux femmes des droits identiques à ceux reconnus aux hommes en son sein.

    Je ne le répéterai jamais assez: même dignité et mêmes droits vont de pair! Oui, en ce sens, les femmes souhaitent avoir du pouvoir et influencer le cours des choses. Elles veulent participer à l’édification de l’Eglise, assumer des responsabilités et lui donner un visage qui ait de plus en plus aussi des traits féminins.

    Plusieurs réseaux de femmes s’engagent pour que ces revendications ne restent pas lettre morte. Quels sont les principaux chantiers intra-ecclésiaux, à votre avis?
    Le chantier le plus important de l’Eglise catholique est incontestablement celui du renouveau de l’institution. On attend de cette démarche qu’elle restaure sa crédibilité qui, en Suisse comme à l’échelle planétaire, a gravement souffert du scandale des abus sexuels et de leur dissimulation.

    Mais la question de la crédibilité est aussi étroitement liée à celle de l’implication des laïcs et particulièrement de la place réservée aux femmes. Personnellement, je suis convaincue que l’Eglise catholique ne retrouvera sa crédibilité que si les femmes participeront, sur une base égalitaire, aux processus de décision en son sein. (cath.ch/dp)

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    Genève le 10 juin 2020. Isabelle Hirt, agente pastorale, dirige l'UP Salève, dans le canton de Genève © Bernard Hallet

    Isabelle Hirt, une pionnière à la tête d’une UP en Suisse romande 3/6

    Isabelle Hirt est l’unique femme dirigeant une Unité pastorale (UP) en Suisse romande. Depuis le 1er septembre 2019, l’agente pastorale laïque est répondante des trois paroisses de l’UP Salève. Une première pour le vicariat de Genève. Une responsabilité pastorale qui toutefois n’est pas clairement définie.

    Davide Pesenti

    “Je suis en train de définir moi-même les contours de ma charge pastorale. En effet, n’ayant pas de cahier de charge, je ne sais pas exactement où commencent et où s’arrentent mes responsabilités”, explique Isabelle Hirt, à l’entrée de son bureau, installé à son domicile dans la campagne genevoise. Cette agente pastorale laïque dirige depuis neuf mois l’UP Salève, un rassemblement de paroisses qui réunit les clochers de Troinex, Veyrier et Compesières.

    “La communauté m’a accepté dans la liesse et m’a fait tout de suite confiance”, se souvient Isabelle Hirt, “Mais ensuite, j’ai dû défendre un peu ma place. Même si j’étais acceptée comme assistante pastorale, le fait qu’à certaines réunions le prêtre soit absent et que je sois la répondante de l’équipe pastorale, n’a pas toujours été bien compris”, précise la Genevoise. “Comme, par exemple, au sein du Conseil pastoral, lorsqu’ils m’ont demandé pourquoi le prêtre n’était pas là pour entendre leurs souhaits, j’ai leur expliqué que cela faisait justement partie de mon rôle”.

    «On a toujours fait comme ça»

    Une explication qui n’a pas convaincu, même si, dans les faits, elle assume la fonction du curé. “Les fidèles engagés ont besoin de rencontrer le prêtre aussi dans ces contextes-là. Ce n’est pas un manque de confiance envers moi. C’est plutôt qu’’on a toujours fait comme ça’. Quand on veut changer les choses, c’est compliqué”, analyse sereinement la responsable paroissiale.

    “Les fidèles engagés ont besoin de rencontrer le prêtre aussi dans ces contextes-là. Ce n’est pas un manque de confiance envers moi. C’est plutôt qu’’on a toujours fait comme ça’"

    Isabelle Hirt

    “Sur le terrain, ma responsabilité consiste essentiellement à rendre compte à l’équipe pastorale, composée de deux laïcs et deux prêtres, des besoins de la communauté ainsi que d’organiser la vie pastorale en collaboration avec mes collègues. Le tout, pour que la vie de la communauté se passe au mieux possible”, précise l’agente pastorale qui, avant l’été, aimerait finaliser le cahier de charge et donner un nom précis à son ministère. “Je ne sais pas si on y arrivera, mais il serait très important, pour mieux cerner ma charge. Car ‘répondante de paroisse’, ça ne veut pas dire grande chose...”

    Femmes en responsabilité minoritaires

    Dans les diocèses de Suisse romande, un peu plus d’un tiers des agents pastoraux de l’Eglise catholique sont des femmes. Cette proportion augmente largement si on considère uniquement les agents pastoraux laïcs. En revanche, la proportion de femmes assumant un poste à responsabilité diffère d’une région à l’autre. Même si plusieurs services pastoraux au niveau diocésain ou des vicariats sont aujourd’hui dirigés par des femmes, dans l’ensemble, elles demeurent fortement minoritaires.

    Une réalité évidente dans la “pastorale territoriale”. Isabelle Hirt en est l’exception. Formée au Centre catholique romand de formation en Eglise (CCRFE) de Fribourg.

    Partage des charges

    Une tâche d’organisation et de coordination qu’elle accomplit sous la responsabilisé canonique de l’abbé Gilbert Perritaz, prêtre responsable de l’UP Carouge-Acacias. Si, en tant que répondante, elle a une large marge de manœuvre, elle doit se référer à l’abbé Perritaz pour les actes officiels, comme l’exige le Code de droit canon.

    | © Davide Pesenti
    | © Davide Pesenti

    “Isabelle a reçu un mandat assez exceptionnel. Elle a la même charge qu’un curé pour administrer la vie des trois paroisses qui lui ont été confiées. Ma responsabilité est celle de collaborer avec elle dans l’accomplissement de sa charge”, précise le curé qui dans son ministère pastoral travaille à 80% avec des femmes.

    ”Je ne peux que rendre grâce de cette collaboration. Ce n’est pas un pouvoir qu’Isabelle a reçu. Et dans ce sens, elle ne m’enlève rien, au contraire! Elle me permet d’en faire davantage dans mon activité de ministre ordonné. En ce qui me concerne, ça se passe bien”, se réjouit l’abbé Perritaz.

    Ensemble pour servir

    Un partage des responsabilités entre agents pastoraux laïcs et ministres ordonnés semble donc être la recette pour le bon fonctionnellement de cette gestion pastorale expérimentale.

    Une recette partagée par le dernier arrivé au sein de l’équipe, l’abbé Elie Maomou, vicaire des deux UP et jeune prêtre, originaire de Guinée “C’est un fonctionnement assez nouveau pour moi. Je découvre. Mais j’ai l’habitude d’une telle organisation dirigée par un femme. Je suis issu d’une Eglise qui a une longue expérience de collaboration avec les laïcs. Depuis plus de 30 ans, les laïcs ont pris la pastorale en main, car nous n’avions que quatre ou cinq prêtres pour tout le pays”.

    ”Je ne peux que rendre grâce de cette collaboration. Ce n’est pas un pouvoir qu’Isabelle a reçu. Et dans ce sens, elle ne m’enlève rien, au contraire!"

    Abbé Gilbert Perritaz

    Pour le vicaire, ce n’est pas une question de genre. «Ce qui compte c’est le travail que nous réalisons, hommes et femmes ensemble, au service de l’Eglise et pour l’avancement du Royaume des cieux! L’essentiel est qu’on s’entre-aide, pour accomplir la mission qu’on a reçue”, affirme l’abbé Maomou qui se réjouit de la bonne collaboration au sein de l’UP.

    Travail de pionnier

    “Il ne faut pas penser qu’on célèbre une victoire, lorsqu’on voit une femme à la tête d’une UP. Ce n'est pas connaître l’histoire de l’Eglise. Il y a eu beaucoup de femmes qui ont soutenu l’évangélisation”, remarque le vicaire. «Il y a un vent qui souffle dans l’Eglise. Ce vent permet à chacun de se sentir concernés et responsables de la mission”.

    Si la collaboration à l’intérieur de l’équipe est essentielle, elle l’est également avec les membres des autres instances paroissiales. Et le rôle de répondante demande, dans ce cadre également, un travail de pionnier. Car dépasser les réflexes inconscients et changer les habitudes n’est pas une tâche facile.

    Avenir à construire

    Après la décision de réunir les UP Salève et Carouge-Acacias, dès le 1er septembre 2020, les responsabilités futures d’Isabelle Hirt restent à ce jour incertaines. Conservera-t-elle le mandat de répondante de cette partie de la nouvelle UP, dans une approche de coresponsabilité pastorale? Et si oui, sous quelle forme? Ou l’expérience de la seule femme à la tête d’une UP romande aura été une audacieuse et brève parenthèse de 12 mois? (cath.ch/dp)

    Femmes à des postes de responsabilité dans les diocèses de Suisse romande

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    Sœur Daniela Ardizzoni, nommée supérieure générale des Sœurs de Saint-Maurice le 30 août 2018 © Grégory Roth

    Sœur Daniela Ardizzoni: “Je n’ai pas de pouvoir, ma tâche est servir” 4/6

    Au-delà des revendications, plusieurs femmes assument déjà aujourd’hui des responsabilités au sein de l’Eglise catholique. C’est le cas de Sœur Daniela Ardizzoni, supérieure générale de la Communauté des Sœurs de Saint-Maurice, pour qui la responsabilité reçue n’est pas un pouvoir, mais un service à la suite du Christ.

    Davide Pesenti

    “Lors de la prière communautaire, je prends place au milieu de mes consœurs, en fonction de ma voix chantée”, explique Daniela Ardizzoni, assise dans la quiétude de la chapelle située au cœur du siège de la congrégation des Sœurs de Saint-Maurice, sur les hauteurs de Bex (VD). Une communauté apostolique qu’elle dirige depuis septembre 2018.

    “En tant que supérieure générale, je n’ai pas de tâches spécifiques durant les liturgies. Parfois, j’assume le rôle de chantre-animatrice, comme le font d’autres sœurs. Je suis une parmi elles. Dans les communautés apostoliques comme la nôtre, il n’y a en effet pas de signes distinctifs qui différencient la supérieure de ses consœurs, contrairement à la vie des communautés monastiques et leurs mère-abbesses”.

    À la suite du Maître

    Si aujourd’hui de nombreuses femmes demandent de pouvoir contribuer davantage à forger le visage de l’Eglise catholique, il y en a d’autres qui vivent leur responsabilité de gouvernance dans le dévouement serviable, loin des feux de la rampe.

    “Le mot pouvoir me gêne un peu”, s’exclame Sr Daniela. La Vaudoise est à la tête de la plus grande communauté de vie apostolique présente en Suisse romande. Une communauté qui compte plus de 100 religieuses entre la Suisse et Madagascar.

    Sa responsabilité ne rime toutefois pas avec pouvoir. “Souvent le pouvoir on le prend. Moi, je n’ai pas pris le pouvoir. Il m’a simplement été demandé de vivre un temps de service, précise-elle. Car être supérieure signifie fondamentalement être au service; au service de la vocation spirituelle de la congrégation et de celle particulière de chaque consœur”.

    «Je n’ai pas pris le pouvoir. Il m’a simplement été demandé de vivre un temps de service.»

    La religieuse en est convaincue: une telle responsabilité ne peut pas être vécue en dehors d’un relation personnelle au Christ-serviteur. “En mettant un tablier pour être au service de ses apôtres, le Christ nous a montré le chemin. Etre supérieure générale, c’est avoir une petite part à sa mission. Je n’ai donc pas à prendre un pouvoir, mais à consentir à cette mission, à la vivre en communion avec lui et en conformité à son enseignement”.

    “Il est sage de partager la responsabilité”

    Sœur Daniela partage sa responsabilité à la tête de sa congrégation avec le Conseil général. “Il ne faut pas considérer la supérieure générale indépendamment de son conseil! Avec trois consœurs, nous nous rencontrons trois à quatre fois par an pour régler ensemble les problèmes de notre congrégation, comme par exemple les enjeux économiques. Car une communauté doit pouvoir vivre avec l’argent qu’elle gagne et le redonner à ceux et celles qui en ont plus besoin. Mais nous sommes aussi garantes de la formation initiale des consœurs, du noviciat et de la vie de toute la congrégation”.

    Sa charge autorise la supérieure religieuse à prendre une décision en solitaire, mais seulement dans des rares cas. “Le Conseil général est là pour m’aider à prendre ma responsabilité. Il y a une certaine sagesse dans cette structure. Il pourrait être dangereux qu’une seule personne puisse décider de la pluie et du beau temps. Car on ne serait plus dans l’ordre du service”, affirme Sœur Daniela.

    La tentation de l’abus du pouvoir

    Sa charge de supérieure est limitée dans le temps. “Je trouve toujours intéressant cette idée que dans la vie apostolique on assume la responsabilité d’une communauté pour un temps prédéterminé. Ce temps accompli, on revient dans les rangs”, explique Sr Daniela. Car le but de la vie religieuse n’est absolument pas d’arriver à la tête de la congrégation. Il n’est pas souhaitable de le désirer; ce ne serait pas juste”.

    “Je trouve toujours intéressant cette idée que dans la vie apostolique on assume la responsabilité d’une communauté pour un temps prédéterminé."

    Car l’abus du pouvoir est une réalité bien réelle aussi dans la vie religieuse. “Toute personne qui arrive à un poste de responsabilité peut tomber dans le risque d’utiliser ce pouvoir de façon inappropriée; que ce soit au niveau politique ou ecclésial, prévient la sœur vaudoise. Mais si nous sommes chrétiens, nous sommes appelés à combattre ces tendances. Pour moi, cela fait partie du combat spirituel: échapper à la tentation de mettre la main sur l’autre et de croire que je suis au-dessus de lui”.

    Ministère de l’unité

    Mais la charge de la religieuse n’est pas ressentie de la même façon en Suisse qu’à Madagascar. “Ici en Suisse, la supérieure générale est vue surtout comme une sœur parmi d’autres. Cela est peut-être aussi donné du fait que je suis la plus jeune. À Madagascar, en revanche, il y a une sorte d’aura autour de la supérieure générale. Non seulement auprès de mes consœurs, mais aussi aux yeux du clergé et de la population locale”, témoigne Sœur Daniela qui va régulièrement rendre visite à ses consœurs malgaches. On lui laisse la place, on lui donne la parole, on la sert en premier... Je me sens gênée, car je suis européenne”, confie-t-elle.

    Ces différences culturelles sont parmi les chantiers principaux de sa mission. L’enjeu de l’unité de la congrégation étant majeur. “Que se soit en Afrique ou en Europe, nous avons la même foi. Elle est toutefois vécue différemment, comme c’est aussi le cas pour nos règles et notre façon de vivre en communauté. Un des plus grands défis de la supérieure générale est donc de maintenir le lien entre Madagascar et la Suisse. Elle doit être un pont au-dessus de ces différences culturelles”.

    "Comment vivre cette responsabilité particulière et, en même temps, demeurer une sœur à côté de mes consœurs?”

    La façon d’incarner et d’exercer le rôle de supérieure générale demeure une question constamment à redéfinir, surtout dans une telle communauté multiculturelle. “En 2018, pendant notre chapitre général, le pape François nous rendait attentives au danger du cléricalisme et il évoquait l’importance d’y échapper. Depuis mon élection, je continue à y réfléchir: comment vivre cette responsabilité particulière et, en même temps, demeurer une sœur à côté de mes consœurs?”

    Se préparer à transmettre

    Le mandat étant limité à cinq ans - avec possibilité de réélection - Sœur Daniela réfléchit, dès son élection, au moment où elle n’aura plus cette responsabilité. “Lorsque j’étais maîtresse des novices, j’ai suivi une formation à Paris, se rappelle-t-elle. Un jour, le jésuite qui nous formait, m’a dit: 'Quand on a des postes à responsabilité, il faut se préparer, dés le début, à passer la main’. J’ai trouvé ce conseil très intéressant. Car c’est la meilleure façon pour ne pas mettre la main sur la charge. Je commence donc déjà maintenant à réfléchir à comment transmettre ma responsabilité à celle qui me succèdera».

    Se préparer, dès le début, à lâcher le poste serait-il donc une sorte d’antidote contre le risque d’autoritarisme? “Certes, il ne s’agit pas de négliger sa responsabilité. Mais il faut pouvoir s’engager pleinement, tout en sachant qu’un jour cet engagement prendra fin. Cela change la donne!” (cath.ch/dp)

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    Franziska Driessen-Reding, présidente du Conseil synodal catholique zurichois © www.zhkath.ch

    «La collaboration homme-femme est essentielle au sein de l’Eglise» 5/6

    Présidente du Conseil synodal de l’Eglise catholique dans le canton de Zurich, Franziska Driessen-Reding est à la barre de la plus grande institution ecclésiale de droit public helvétique. Une responsabilité qu’elle n’envisage pas d’exercer en solitaire. Selon elle, le partage du pouvoir est en effet essentiel en Eglise.

    Davide Pesenti

    “Les hommes et les femmes autour de Jésus ont tout partagé. Le pouvoir également. J’aime que les hommes et les femmes, ensemble, débattent des problèmes et échangent sur les questions qui animent notre Église. Pour moi, c’est essentiel”, lance Franziska Driessen-Reding, la présidente du Conseil synodal de l’Église cantonale de Zurich.

    Combative et engagée, elle est à la tête de l’exécutif l’Eglise cantonale zurichoise depuis septembre 2018. Elle nous reçoit avec un grand sourire dans son lumineux bureau au Centre 66, le quartier général de l’Eglise catholique, en plein centre-ville sur la Limmat.

    Franziska Driessen-Reding n’en doute pas: il est essentiel que les hommes et les femmes travaillent ensemble à l’avenir de l’Eglise catholique. Et ceci, à tous les niveaux. La forme de distribution du pouvoir qu’elle envisage et prône s’inspire directement des récits bibliques.

    Au nom de la complémentarité

    Cette aspiration personnelle n’est pas toujours facile à réaliser. “Dans mon activité professionnelle, j’ai parfois l’impression que certains membres du clergé ont peur des femmes. Ou bien, qu’ils ne savent pas comment travailler avec les femmes. Parfois, c’est une situation difficile à gérer. Je n’en connais pas les raisons. Sinon, je m’engagerais personnellement pour changer cela”.

    Parmi ses collègues, le vice-président du Conseil synodal, Daniel Otth, partage la nécessité d’une complémentarité hommes-femmes dans la gestion de la vie ecclésiale.

    “Du point de vue professionnel, cela ne change absolument rien, si le président est un homme ou une femme. C’est la personnalité qui fait la différence! Les femmes et les hommes ont cependant une façon différente de penser et de travailler”, admet Daniel Otth. Il estime que la combinaison de l’approche plus émotionnelle des femmes et celle plus structurée des hommes, crée des synergies très importantes pour un service collégial.

    “Du point de vue professionnel, cela ne change absolument rien, si le président est un homme ou une femme. C’est la personnalité qui fait la différence!"

    Daniel Otth, vice-président du Conseil synodal zurichois

    Equilibre homme-femme représentatif

    “Travailler avec elle, c’est une grande richesse pour moi. Sans oublier le fait que, grâce à une femme présidente, une bonne moitié des membres de l’Eglise est aussi représentée au sein de notre Conseil”.

    Un équilibre entre hommes et hommes qui ne se reflète toutefois pas seulement dans le Conseil synodal, où siègent trois femmes, mais aussi dans le Synode, dont plus de la moitié de ses membres sont des femmes.

    Un système dual unique au monde

    Assise à son bureau donnant sur la Predigerkirche et l’Uetliberg, la présidente du Conseil synodal zurichois rappelle que les droits limités accordés aux femmes ne soit pas qu’un souci typiquement helvétique.

    “Le problème est le même partout. Mais en Suisse, grâce à notre système dual unique au monde, les femmes peuvent souvent prendre part au pouvoir, autant que les hommes”, se réjouit Franziska Driessen-Reding.

    Les responsabilités du Conseil exécutif qu’elle dirige avec engagement se limitent essentiellement à des questions d’ordre budgétaire. Mais cela n’enlève rien de l’empreinte qu’elle peut donner à la vie ecclésiale cantonale.

    Un budget de 60 millions

    “Certes, je ne peux pas décider de nos dépenses seule, précise la zurichoise. Mais quand les responsables de la pastorale ont une idée ou un projet, c’est à nous de dire si nous avons le budget à disposition et donc de consentir à sa réalisation. Ici à Zurich, nous sommes appelés à gérer un budget de 60 millions de francs par an. Si d’une part notre marge de manœuvre demeure restreinte, d’autre part, lorsqu’on parle d’une telle somme, notre pouvoir n’est finalement pas si limité...”

    Une séparation de compétences entre évêché et Eglise cantonale dont la présidente du Conseil synodale zurichois est bien consciente.

    “Au-delà de mes compétences financières, sur les grandes questions d’Eglise, comme la situation des femmes ou des homosexuels, le célibat des prêtres ou les critères pour d’admission à l’ordination, je n’ai rien à décider! Ou bien, je peux mentionner mon opinion, mais il ne faut pas qu’on m’entende. Car c’est du domaine pastoral”, explique Franziska Driessen-Reding.

    Pionnière?

    La première femme à la tête d’une institution ecclésiale cantonale confirme que son rôle institutionnel peut contribuer à encourager une plus grande présence des femmes dans l’Eglise.

    “Il se peut qu’il y ait des femmes qui soient restées dans l’Eglise en voyant que l'une d'entre elles assure la présidence."

    Franziska Driessen-Reding, présidente du Conseil synodal zurichois

    “Depuis mon élection, j’ai réalisé qu’être présidente va bien au-delà de mes tâches quotidiennes. Les gens attendent de moi que je m’engage davantage pour les droits des femmes”.

    Un engagement qui dépasse les frontières ecclésiales. “Il se peut qu’il y ait des femmes qui soient restées dans l’Eglise en voyant que l'une d'entre elles assure la présidence. Mais ma charge au sein de l’exécutif n’est pas très différente de celle d’une syndique d’une petite ville et du travail au sein d'une municipalité. Ce qui me caractérise est mon lien ecclésial. Toutefois, dans mon rôle institutionnel, je suis plutôt perçue comme responsable d’une instance politique avec ses règles propres. Dans un tel cadre institutionnel, le fait que je sois une femme, ne surprend pas vraiment".

    Voix au chapitre

    Depuis la grève des femmes, le mouvement de revendication s’est renforcé également en Suisse alémanique, en particulier à travers la création de différents réseaux de femmes, comme «Voice of Faith» ou la "Junia-Initiative". Des revendications que Franziska Driessen-Reding partage pleinement.

    “Je m’engage pour un débat ouvert au sujet de l’avenir de notre Eglise, à l’image du ‘Chemin synodal’ allemand. Une discussion, à laquelle tout le monde peut participer, sans devoir craindre de perdre son emploi dans l’Eglise catholique. Je veux être à cette table”. Ce n’est pas un rêve, ni une intimidation C’est une proposition de solution. (cath/dp)

    Revendications et nominations de femmes à des postes de responsabilité durant les derniers 12 mois

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    Astrid Kaptijn, professeure de droit canonique à l'Université de Fribourg © Maurice Page

    “L’Eglise a besoin de tous les talents, aussi celui des femmes” 6/6

    Au-delà des postes à responsabilité déjà assumés, la présence féminine dans les instances décisionnelles demeure un défi majeur pour l’Eglise catholique. L’interdépendance entre le pouvoir de gouvernement et le pouvoir d’ordre en est la cause principale selon Astrid Kaptijn, professeure de droit canon à l’Université de Fribourg, qui clôt notre série dans les coulisses du pouvoir au féminin.

    Davide Pesenti

    “Cela va être difficile, mais il faut nécessairement creuser les différentes possibilités, car il y a les nouveaux besoins qui apparaissent. Il sera nécessaire de changer les choses car il y a de moins en moins de prêtres”.

    Ce sont les convictions d’Astrid Kaptijn, professeure ordinaire de droit canon à la Faculté de théologie de l’Université de Fribourg. La canoniste, originaire des Pays-Bas, invite à repenser les modalités de gestion du pouvoir héritées du Concile Vatican II. Ceci, pour que les femmes soient mieux écoutées et intégrées, en valorisant davantage leurs compétences spécifiques, sans les dénigrer.

    Femmes et hommes laïcs, un même destin

    Le changement proposé par la professeure fribourgeoise est exigeant. D’autant plus que le code de droit canon réserve peu de marge de manœuvre aux femmes.

    “Ce n’est pas tellement un problème de distinction hommes-femmes - même si cet aspect joue un rôle important dans la question de l’ordination. Dans le droit canon, la différence principale est faite plutôt entre clercs et laïcs, précise Astrid Kaptijn. En effet, le droit de l’Eglise limite le pouvoir de gouvernement aux personnes qui ont reçu le sacrement de l’ordre. Cette limitation comporte tout de suite une claire distinction entre clercs et laïcs. Par conséquent, les laïcs peuvent simplement coopérer à l’exercice du pouvoir, dont les clercs sont les seuls titulaires. Les laïcs ne peuvent pas l’exercer eux-mêmes!”

    L’interdépendance entre le pouvoir de gouvernement et l’ordination est donc à la base de ce que plusieurs théologiennes considère être un “plafond de verre” infranchissable. “Ces deux formes de pouvoir vont aujourd’hui souvent ensemble. Cela est surtout le cas pour ce qui concerne la préparation et la célébration des sacrements”, explique Astrid Kaptijn.

    Le difficile héritage de Vatican II

    Mais au cours de l’histoire de l’Eglise, il n’en fut pas toujours ainsi. “Longtemps, on a distingué, voir même séparé, ces deux types de pouvoir”, explique la canoniste qui a été nommée consulteure de la Congrégation pour les Eglises Orientales au Vatican par le pape François, le 14 septembre 2019.

    “Dans le passé, nous avons eu, par exemple, des supérieures religieuses qui avaient un pouvoir ecclésial presque identique à celui d’un évêque; ou des abbesses ayant une crosse, et qui pouvait nommer le curé de la paroisse qui était sur le territoire de leurs abbayes. Ces deux exemples montrent clairement comme les deux pouvoirs n’étaient pas liés nécessairement l’un l’autre”.

    Mais des siècles plus tard, Concile Vatican II a unifié ces deux formes de pouvoir, en évoquant un unique et seul “pouvoir sacré”. “C’est justement à cause de cette décision conciliaire qu’il est devenu aujourd’hui beaucoup plus difficile pour des laïcs, qu’ils soient des hommes ou des femmes, d’exercer directement un pouvoir de juridiction.”

    Malgré cette contrainte, les laïcs ne sont toutefois pas complètement exclus du pouvoir ecclésial. “Il existe des responsabilités que même des laïcs - hommes ou femmes - peuvent assumer, aujourd’hui davantage qu’avant Vatican II. On peut citer, par exemple, la fonction de juge dans un tribunal ecclésiastique, chancelier ou économe diocésain. Car l’Eglise tient à une vraie compétence dans ces domaines spécifiques”, affirme la professeure.

    Status quo ou changements: challenge canonique

    Une attention aux compétences qui, dans la gestion pastorale, n’est pas le seul critère pris en considération. La charge de répondante d’une UP confiée à Isabelle Hirt en est l’exception. Un cas plus unique que rare en Suisse romande, qui permet toutefois d’ouvrir des scénarios nouveaux dans la gestion des responsabilités en Eglise.

    “Cet exemple pousse à une réflexion plus approfondie sur le rôle des femmes dans l’Eglise, commente Astrid Kaptijn. Quand on choisit ce type de solution, c’est qu’il y a une nécessité concrète. C’est un motif pratique qui conduit dans cette direction. Mais dans de telles situations, on se heurte inévitablement au fait que la présidence de la liturgie et celle de la communauté sont toujours liées l’une à l’autre. C’est difficile de séparer ces deux charges. Lorsque le cardinal Ratzinger était préfet de la Congrégation de la foi, il a insisté sur ce lien étroit entre ces deux formes de présidence. Mais je me demande vraiment, si aujourd’hui il ne faut pas interroger cela, pour vérifier si un tel lien doit nécessairement être maintenu. Ou si on ne pouvait pas réorganiser les choses.”

    La question à savoir, si à l’avenir l’Eglise catholique veut confier davantage des tâches matérielles et organisationnelles à des laïcs, en réservant tout ce qui relève du domaine de la sacramentalité aux hommes ordonnés, ne fait pas l’unanimité. Au Vatican, notamment, une telle éventualité, au moins pour l’instant, n’est pas à l’ordre du jour.

    Participer aux processus décisionnels

    L’enjeu est de taille, non pas individuellement, mais surtout pour les institutions ecclésiales. Selon la canoniste, les femmes pourraient et devraient jouer un rôle plus important dans les organismes collectifs, comme par exemple dans les Conseils pastoraux ou lors de synodes. Des contextes où elles sont encore faiblement représentées.

    “Si on veut donner aux laïcs un rôle où ils se sentent vraiment pris au sérieux et où ils ont l’impression de participer concrètement à la prise de décisions, il faut mieux valoriser la préparation ainsi que l’ensemble du processus qui amène aux décisions. Parce que c’est souvent là que des orientations décisives sont prises. Certes, c’est moins visibles que d’autres formes de pouvoir, mais les laïcs peuvent parfaitement y jouer leur rôle. Car quand on délibère ensemble, il ne faut pas oublier que le processus de discussion a toute son importance”, affirme la professeure.

    Un tel chemin de prise de décision collective présuppose le respect mutuel, une écoute réciproque, ainsi qu’une ouverture attentive à l’action de l’Esprit-Saint. “Comme le rappelle le pape François, il faut éviter de mettre en avant les intérêts particuliers et travailler pour le bien de toute l’Eglise. Les autorités ecclésiastiques doivent ainsi écouter et prendre au sérieux chaque personne, sans jugement. Une telle attitude relève plus d’un style de gouvernement que de l’exercice de pouvoir en lui-même. Car le pouvoir est un service offert à toute la communauté des fidèles!”, conclut Astrid Kaptijn. (cath.ch/dp)

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    Marianne Pohl-Henzen, déléguée de l’évêque pour le "Deutschfreiburg" © Georges Scherrer

    Marianne Pohl-Henzen, déléguée de l’évêque pour le "Deutschfreiburg"

    La Fribourgeoise Marianne Pohl-Henzen a pris, le 1er août 2020, la suite du Père Pascal Marquard comme responsable pastorale de la partie alémanique du canton de Fribourg. Son intérêt pour la foi s’est révélé à travers son destin personnel et la perte de deux enfants.

    Georges Scherrer, kath.ch/ traduction, adaptation Bernard Litzler, cath.ch

    Le titre officiel de Marianne Pohl-Henzen, nommée pour le 1er août 2020, est celui de déléguée épiscopale pour la partie germanophone du canton de Fribourg. Mais c’est depuis 2012 qu’elle travaille pour le Vicariat épiscopal alémanique. Elle est donc responsable de tous les domaines de la partie alémanique du diocèse (le «Deutschfreiburg»).

    Seule l'administration des sacrements ne la concerne pas: "Pour de telles tâches, il faut un prêtre", explique-t-elle. "Je souhaite d’ailleurs qu'un service d’accompagnement spirituel soit pris en charge par un prêtre et un laïc." Car, pour elle, les prêtres n'ont pas toujours les compétences que les laïcs peuvent avoir. Il est également plus facile de porter la responsabilité à deux. Mais il reste clair pour elle que les décisions importantes sont prises en accord avec l’évêque ou le Conseil épiscopal.

    Avec son parcours de vie

    En tant que femme, Marianne Pohl-Henzen arrive avec son parcours de vie. Deux de ses cinq enfants sont mort-nés. "J'étais alors professeur d'allemand. Après la mort de mon premier enfant, je me suis remobilisée et je suis restée à l'école". Elle s'occupe ensuite des deux enfants suivants, nés vivants, souhaitant "surtout être là pour eux. Je ne pensais qu'à ça". Puis son quatrième enfant est mort-né, lui aussi. "Du coup, j’ai commencé à me préoccuper des questions de la foi."

    De nombreuses questions existentielles se posent alors. "Par hasard, j'ai découvert qu'on pouvait se former comme catéchiste. Ainsi, je pourrai prendre en charge moi-même l'éducation religieuse de mes enfants". Elle suit ensuite des études de théologie à Zurich. Et la jeune famille déménage de Fribourg à Courtaman, dans le district du Lac. C'est là que Marianne commence à donner des cours d'éducation religieuse dans deux paroisses et est intégrée l'équipe pastorale de Morat.

    Avec le dialecte alémanique

    Bientôt, elle est nommée assistante pastorale, "parce que je ne dispose pas de la licence en théologie". De façon concomitante, elle devient la personne de contact pour les membres francophones de la paroisse. Maintenant, dans la région diocésaine de Fribourg alémanique, elle porte la responsabilité d’un vicaire épiscopal - en dehors des tâches sacramentelles. Et elle parle le dialecte alémanique local.

    En fait, peu de choses changeront dans sa nouvelle fonction. Depuis son entrée au Vicariat épiscopal en 2012 comme bras droit du vicaire épiscopal, l’abbé Nicolas Glasson, Marianne Pohl-Henzen a été active dans trois domaines : la gestion administrative, pastorale et les ressources humaines.

    Pour une Eglise proche des gens

    La nouvelle déléguée de l’évêque espère qu'à l'avenir, elle pourra travailler plus étroitement avec la Corporation ecclésiastique cantonale pour le recrutement et l’encadrement du personnel. "Parce que, dit-elle, il faut beaucoup d'énergie et de connaissances, par exemple pour rédiger un contrat de travail personnalisé".

    Son objectif est qu'à l'avenir, l'Église ne se préoccupe pas d’abord de ses propres problèmes, mais qu'elle se rapproche des gens. "Nous devons mieux écouter quand les familles, une mère, un père veulent nous dire quelque chose. Nous devons, être présents pour les gens, là où les choses se passent".

    "Dans la partie alémanique du diocèse, nous sommes depuis des années en processus d'apprentissage pour renforcer l'esprit d'équipe de tous les responsables pastoraux et façonner la responsabilité des dirigeants dans le sens de la coopération et du respect mutuel. Ma nomination montre que notre évêque veut rendre possibles de nouvelles voies pour l'ensemble du diocèse ici, qui soient compatibles avec le droit de l'Église": paroles d’une femme engagée. (cath.ch/kath.ch/bl)

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