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    Les chrétiens représentent 25 à 30% de la population libanaise. Mosquée Mohamed al Amin et cathédrale maronite St Georges à Beyrouth

    Les chrétiens libanais, héritiers d’une histoire complexe

    Difficile de démêler l’imbroglio libanais sans évoquer la place des chrétiens au Pays du Cèdre. Explications sur le rôle des Eglises chrétiennes et leurs relations avec les autres communautés religieuses.

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    Les chrétiens représentent 25 à 30% de la population libanaise. Mosquée Mohamed al Amin et cathédrale maronite St Georges à Beyrouth
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    Liban: avec la crise, l'émigration des chrétiens s'accélère 2/2

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    Les chrétiens représentent 25 à 30% de la population libanaise. Mosquée Mohamed al Amin et cathédrale maronite St Georges à Beyrouth © Wikipedia/CC BY-SA 3.0

    Les chrétiens libanais, héritiers d’une histoire complexe 1/2

    Difficile de démêler l’imbroglio libanais sans évoquer la place des chrétiens au Pays du Cèdre. Explications sur le rôle des Eglises chrétiennes et leurs relations avec les autres communautés religieuses.

    Le nombre des chrétiens du Liban est habituellement estimé à 45% des Libanais. «Je dirais plutôt qu’ils sont entre 25% et 30% à l’heure actuelle, sur les 4 millions de Libanais, auxquels se sont ajoutés plus d’un million de réfugiés syriens, sunnites», indique Luc Balbont, journaliste et spécialiste du Moyen-Orient. Ce pourcentage est le plus élevé des pays du Proche-Orient. Au Liban, les chrétiens sont bien implantés, selon une configuration d’Eglises diverses, fruit d’une riche histoire.

    Saint Charbel

    La première confession chrétienne est incontestablement l’Eglise maronite qui représente environ 60% des chrétiens du pays. Rattachée à Rome, elle est placée sous la houlette du patriarche d’Antioche des Maronites (c’est son titre officiel), Mgr Béchara Boutros Raï. L’Eglise maronite est née dans le sillage de l’ermite Maroun al-Qorashi, qui vécut dans le nord de la Syrie au 4e siècle.

    Le cardinal Bechara Raï, patriarche maronite du Liban pourrait rencontrer le pape au mois de mai
    Le cardinal Bechara Raï, patriarche maronite du Liban pourrait rencontrer le pape au mois de mai @ Maurice Page

    Elle compte de grandes figures spirituelles et plusieurs communautés religieuses, très investies dans l’éducation et les soins. A côté de saint Maroun, l’ermite saint Charbel Makhlouf (1828-1898) est une figure dominante du panthéon religieux national. Saint thaumaturge, sa tombe au monastère d’Annaya, dans la montagne libanaise, ne cesse d’attirer les pèlerins et les malades de toutes les religions. C’est là que l’ermite, reclus, a vécu jusqu’à sa mort. Des guérisons qui s’y sont produites ont conduit aux procès de béatification en 1965 et de canonisation en 1977.

    Eglises unies à Rome

    Dans les communautés chrétiennes libanaises qui «viennent ensuite», la représentation numérique place en tête l’Eglise grecque-orthodoxe, puis l’Eglise grecque-catholique melkite (catholiques de rite byzantin), c’est-à-dire ralliée à Rome. Les Eglises arméniennes, apostolique et catholique, sont ensuite représentées.

    Au Liban existent aussi les Eglises catholiques orientales, possédant chacune un rite propre, tout en étant rattachées à Rome. C’est le cas de l’Eglise syriaque et de l’Eglise chaldéenne. Elles sont numériquement minoritaires en dépit des titres retentissants de leurs chefs spirituels : «patriarche d’Antioche et de tout l’Orient» pour les syriaques, et «catholicos-patriarche de Babylone des Chaldéens» pour ces derniers.

    L’Eglise assyrienne

    Les Eglises protestantes sont également présentes sur le territoire. Et l’Eglise catholique romaine, très minoritaire, figure en propre parmi les communautés religieuses libanaises. Reste une autre curiosité au Pays du Cèdre: l’Eglise apostolique assyrienne, dite Eglise nestorienne. Celle-ci, placée sous la houlette du catholicos-patriarche de la sainte Eglise apostolique assyrienne, est l’héritière directe de l’Apôtre Thomas, avec siège à Erbil, au Kurdistan irakien. Les connaisseurs du panorama libanais précisent toujours que le bouquet d’une dizaine de communautés chrétiennes ne serait pas complet sans l’Eglise copte. Celle-ci est la filiale directe de l’Eglise basée en Egypte.

    La montée de Daech

    Les communautés s’entendent entre elles, mais cela n’empêche pas les faux pas. «Un jour, raconte Luc Balbont, le patriarche maronite Béchara Raï avait invité les autres Eglises pour la fête de saint Charbel, une démarche habituelle car les patriarches s’invitent toujours pour leurs fêtes propres. Et il a oublié de convier les syriaques catholiques, qui en ont été vexés.»

    Saint Charbel
    Saint Charbel @ www.sainttherse.com

    Pourtant, de manière générale, les Eglises jouent la carte de la solidarité entre elles… Avec la montée de Daech, le prétendu Etat islamique, un vrai danger du côté musulman, les chrétiens se sont serré les coudes. Les mariages intercommunautaires sont également plus fréquents aujourd’hui. Un melkite peut épouser une chaldéenne, sans difficultés.

    Pourtant les communautés vivent aussi des jalousies, parfois. Les maronites, les plus nombreux, «sont souvent perçus comme arrogants par les autres chrétiens. Mais il faut bien dire que sans les maronites, il n’y aurait pas de Liban, dit Luc Balbont. Car ils ont défendu l’identité libanaise au moment des virages politiques.»

    «Sans les chrétiens, on est foutus»

    De fait, dans l’histoire religieuse du pays se côtoient des périodes plus ou moins harmonieuses ou orageuses, entre chrétiens et druzes (avec des massacres de chrétiens en 1860), chrétiens et sunnites, chrétiens et chiites. Lorsque les chrétiens étaient présents sur la plus grande partie du territoire, notamment en 1943, au moment de la naissance de la République du Liban, les relations entre communautés étaient plus pacifiques.

    Aujourd’hui, la présence chrétienne s’érode: les jeunes diplômés quittent le pays de plus en plus fréquemment. Et ils viennent souvent de familles chrétiennes, plus éduquées. La fragilité politique du pays, illustrée par les manifestations existant dès octobre 2019, l’explosion au port de Beyrouth et la démission du gouvernement, ne facilite pas la cohabitation. «Mais les musulmans eux-mêmes sont favorables à la présence chrétienne au Liban, martèle le spécialiste Balbont, au service de l’ONG L’Œuvre d’Orient à Paris. 'Si les chrétiens s’en vont, on est foutus', disent les musulmans modérés. Il faut donc bien connaître les chrétiens et connaître leur mentalité. Ils sont profondément religieux. Et j’admire le travail formidable des écoles chrétiennes qui éduquent ensemble les jeunes chrétiens et les jeunes musulmans. Quand on grandit côte à côte dès l’enfance, on voit l’autre autrement.» Espoirs d’un pays au bord du gouffre. (cath.ch/bl)

    CarteLibanReligions3
    CarteLibanReligions3

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    Mgr Issam Jean Darwish accueille les réfugiés syriens dans son école à Zahlé © Jacques Berset

    Liban: avec la crise, l'émigration des chrétiens s'accélère 2/2

    "Les chrétiens libanais ont toujours émigré, en Europe, en Amérique, et ailleurs encore. Mais cette année, s'ils le pouvaient, la majorité des chrétiens quitteraient le Liban pour la France ou le Canada. Ils ne voient plus d'avenir dans ce pays", confie Sabine Ramia, cheffe de projets à l'archevêché grec-melkite catholique de Zahlé, capitale du gouvernorat de la Bekaa.

    "Les gens ont perdu confiance dans le gouvernement et l'ensemble des politiciens. Ils en ont marre de la corruption et de l'immobilisme face à la crise qui a ruiné le pays, les écoles, les hôpitaux. Ils manifestent depuis octobre dernier pour un changement de régime, mais les explosions qui ont dévasté Beyrouth le 4 août 2020 ont encore augmenté la révolte populaire face à l'incurie des gouvernants", poursuit Sabine Ramia.

    "Les manifestants veulent que le système éclate, mais il y a un grand risque que le système se perpétue...", poursuit Sabine Ramia, au siège de l'archevêché sis dans le quartier Notre-Dame de la Délivrance (Saïdat an-Najat).

    "Que le système éclate!"

    "Beaucoup voient leur futur en Europe ou en Amérique. 50% des chrétiens libanais quitteraient le Liban si ces pays ouvraient leurs portes...", lance cette chrétienne responsable des projets d'aide humanitaire de l'archidiocèse grec-melkite catholique pour les réfugiés syriens et les familles libanaises dans le besoin. "Au Liban, nous n'avons pas de problèmes en tant que chrétiens, nous pouvons tout faire, mais la sévère crise économique et politique pousse les gens à partir. Les chrétiens sont désormais moins d'un tiers de la population".

    Le cheikh Akl des Druzes, Cheikh Naiim Hassan
    Le cheikh Akl des Druzes, Cheikh Naiim Hassan @ Jacques Berset

    Majorité musulmane

    Mgr Issam Jean Darwish confirme les dires de sa collaboratrice: "Les chrétiens ne sont plus que 32 à 34 %", ce qui reste  le pourcentage le plus élevé de tous les pays du Proche et du Moyen-Orient. L'archevêque melkite gréco-catholique de Furzol, Zahlé et la Bekaa explique cependant que la présence chrétienne s'étiole au sein des 18 confessions reconnues par l'Etat. La majorité de la population est désormais composée par les musulmans, à savoir chiites et sunnites, qui sont quasiment en nombre égal, avec des minorités druze, dont la religion est un islam hétérodoxe et ésotérique issu en partie du chiisme ismaélien, et alaouite.

    La communauté grecque-catholique melkite, une Eglise de rite byzantin unie à Rome depuis le XVIIIe siècle, qui compterait 700'000 fidèles au Proche-Orient, essentiellement au Liban, en Syrie et en Palestine, joue pourtant un rôle essentiel au Liban. Les melkites, à la différence des maronites, vivent majoritairement dans des zones mixtes, parmi les musulmans. Ils ont de ce fait développé depuis des siècles une culture de la coexistence avec la population musulmane.

    Une "Eglise-pont"

    "Nous sommes effectivement une 'Eglise-pont' entre les communautés – catholiques et orthodoxes, chrétiens et musulmans, Est et Ouest, c'est notre vocation", lance Mgr Darwish. "Nous avons toujours eu de bonnes relations avec les musulmans", assure-t-il.

    L'archevêque melkite est d'avis que le Liban doit sortir du système confessionnel qui partage l’influence entre les différentes communautés religieuses et règle la distribution des postes à tous les niveaux. En vertu de ce partage, le président, élu par le Parlement, doit être un chrétien maronite, le Premier ministre un musulman sunnite, et le président de l’Assemblée nationale un musulman chiite, tandis que le système électoral est segmenté par confession.

    Un "statut personnel" en fonction des communautés

    Mgr Issam Jean Darwish à l'archevêché grec-melkite catholique de Zahlé
    Mgr Issam Jean Darwish à l'archevêché grec-melkite catholique de Zahlé @ Jacques Berset

    "Nous avons besoin d'un Etat moderne, basé sur le droit civil et la citoyenneté, non pas sur la confession, c'est l'avis de la majorité des chrétiens. Les postes de la fonction publique sont répartis selon les confessions. Nous voulons qu'ils soient attribués selon la compétence, pas selon la confession, c'est mon point de vue! Il faut progresser lentement, mais cela doit changer, nous devons sortir du confessionnalisme !", assène Mgr Darwish.

    Chaque communauté ayant ses propres lois en matière de "statut personnel", il existe de facto une inégalité entre Libanais. En effet, chaque Libanais est soumis au droit relatif au statut personnel de sa communauté concernant le mariage, le divorce, la garde des enfants ou l’héritage. Etant donné de ce fait l’inégalité entre Libanais, à laquelle s’ajoutent des inégalités de traitement entre hommes et femmes, il n’est pas étonnant que le Liban occupait, en 2017, la 137e position sur 144 du classement sur l’égalité hommes-femmes du Forum économique mondial. Ainsi, à titre d'exemple, quand un couple islamo-chrétien veut se marier, il doit aller à Chypre, et faire ensuite enregistrer son union au Liban.

    La 'Table de Saint Jean le Miséricordieux'

    L'archevêque melkite de Zahlé aimerait que les choses changent. Il y contribue en organisant régulièrement des rencontres de leaders sunnites et chiites dans sa résidence, qui est considéré comme un endroit neutre où peuvent se rencontrer les divers protagonistes.

    Liban Camp de réfugiés dans la plaine de la Bekaa
    Liban Camp de réfugiés dans la plaine de la Bekaa @ Jacques Berset

    "Nous voulons donner un message de réconciliation, de paix et de coopération", assure Mgr Darwish. Pour le moment, ce qui préoccupe le plus l'archevêque, c'est d'assurer les moyens de venir en aide aux réfugiés syriens et aux Libanais sans ressources qui viennent quémander de l'aide, surtout depuis l'éclatement de l'épidémie du Covid-19, qui a aggravé la grave crise économique que connaît le pays. Les Libanais eux-mêmes souffrent depuis longtemps de cette grave situation économique, "c’est la principale cause qui a déclenché le soulèvement et les manifestations de rue depuis octobre dernier et avec les explosions qui ont dévasté Beyrouth le 4 août, la situation n'a fait qu'empirer!"

    Besoin d'aide

    "Nous avons mis en place la 'Table de Saint Jean le Miséricordieux', qui sert quotidiennement enter 1'500 et 2'000 repas aux réfugiés syriens et aux Libanais dans le besoin, ce qui leur donne la possibilité d’avoir un repas chaud tous les jours". Grâce notamment à l'aide accordée par l'organisation catholique "Aide à l'Eglise en Détresse" (ACN), l'archevêché peut fournir à ces populations toujours plus nombreuses de l’aide humanitaire, notamment des colis alimentaires, des trousses d’hygiène, des couches pour les bébés, du mazout pour le chauffage, ainsi que de l’aide au paiement des loyers, des frais de scolarité et de l’assistance médicale. Et de lancer un SOS: "Sans une aide financière extérieure accrue, je ne sais pas comment on va pouvoir continuer..." (cath.ch/be)

    Les chrétiens souhaiteraient sortir du "confessionnalisme
    Sabine Ramia détaille la démographie des chrétiens, tout en reconnaissant qu'il n'y a pas de statistiques très fiables: les maronites – qui occupent une position politique centrale au sein de la communauté chrétienne – seraient entre 40 et 45 % des chrétiens, les grecs-catholiques 20-25%, les grecs-orthodoxes 15 à 20%, tandis que les autres communautés chrétiennes représentent un très petit pourcentage. Il s'agit notamment des arméniens apostoliques et catholiques, des syriaques catholiques et orthodoxes, des assyriens (nestoriens), des chaldéens catholiques, des latins, des protestants et même des coptes. La plupart des juifs ont émigré vers Israël, le Brésil, l’Europe ou les Etats-Unis, mais il reste une petite communauté reconnue par l'Etat, qui vit essentiellement à Beyrouth. Ils seraient moins d'une trentaine, selon Nagi Georges Zeidan, spécialiste de la communauté juive du Liban.
    Sabine Ramia estime qu'au sein de la communauté chrétienne, les melkites n'ont pas le même poids et le même pouvoir que les maronites, même s'ils ont des députés et quelques ministres, en vertu du système de répartition confessionnelle qui, à son avis, n'est pas prêt de changer, "car il est très enraciné, bien que les chrétiens, en majorité, souhaiteraient sortir du système confessionnel  en vigueur dans le pays", qui n'a pas de statut civil unifié. Il existe 15 statuts civils pour une population de 4 millions de personnes. Tous les citoyens sont pourtant censés être égaux devant la loi, selon l’article 7 du chapitre II de la Constitution libanaise.  JB

    Il n’y a que Marie qui puisse rassembler chrétiens et musulmans
    Le 25 mars est férié au Liban à l’occasion de la fête de l’Annonciation, car pour beaucoup, il n’y a que Marie qui puisse rassembler chrétiens et musulmans. La journée du 25 mars a été désignée par le gouvernement libanais, en 2010, comme fête nationale pour célébrer la convivialité entre chrétiens et musulmans.Depuis cette date, cette fête est chômée officiellement.
    Depuis une bonne dizaine d’années, on assiste au Liban à une nouvelle culture mariale qui fédère chrétiens et musulmans autour de la figure de Marie. Cet événement contribue à abattre les barrières entre les communautés. C’est en février 2010 que le Premier ministre libanais Saad Hariri décrète le 25 mars «Journée nationale pour le dialogue islamo-chrétien», qui devient dès lors un jour férié au Liban. JB

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