Les frères de Saint-Jean face au choc des abus sexuels
Le chapitre général des Frères de Saint-Jean, achevé le 10 mai 2019, a procédé à un examen de conscience approfondi sur les abus sexuels qui ont gangrené la communauté. Outre les turpitudes du fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, une commission a mis en cause 30 frères accusé...
Les frères de Saint-Jean face au choc des abus sexuels
La terrible histoire 'incestueuse' des Frères de Saint-Jean
Frères Philippe: "une subversion dont la durée dit la force"
Yves Hamant: "Il faut sortir de l'omerta sur les abus spirituels"
Fribourg: le Père Marie-Dominique Philippe cachait bien son jeu
Rapports «sidérants» sur Jean Vanier et les frères Philippe
Renvoi de l’état clérical du Père Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve
Les frères de Saint-Jean réforment leur gouvernance
Les Frères de Saint Jean déboulonnent la 'statue' de leur fondateur
Les frères de Saint-Jean face au choc des abus sexuels
Le chapitre général des Frères de Saint-Jean, achevé le 10 mai 2019, a procédé à un examen de conscience approfondi sur les abus sexuels qui ont gangrené la communauté. Outre les turpitudes du fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, une commission a mis en cause 30 frères accusé...
Les frères de Saint-Jean face au choc des abus sexuels
Le chapitre général des Frères de Saint-Jean, achevé le 10 mai 2019, a procédé à un examen de conscience approfondi sur les abus sexuels qui ont gangrené la communauté. Outre les turpitudes du fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, une commission a mis en cause 30 frères accusé...
La terrible histoire 'incestueuse' des Frères de Saint-Jean
Le troisième rapport sur le Père Marie-Dominique Philippe révèle une terrible histoire «incestueuse», dans laquelle le fondateur des frères de St-Jean, et pas moins de 72 frères ont commis des abus sur au moins 167 victimes, en majorité des femmes dont beaucoup des religieuses.
Frères Philippe: "une subversion dont la durée dit la force"
L’ombre blanche du Père Marie-Dominique Philippe (1912-2006) a hanté, le 16 mai 2023, les couloirs et les bancs de l’Université de Fribourg où il fut professeur de 1945 à 1982. Après la révélation de ses abus 'mystico-érotiques' sur de nombreuses femmes, historiens, théologiens et anciens étudiants...
Yves Hamant: "Il faut sortir de l'omerta sur les abus spirituels"
Les deux récentes enquêtes historiques sur les frères Thomas et Marie-Dominique Philippe ont permis de mettre au jour les mécanismes de l’abus spirituel précédant les abus sexuels. Depuis dix ans, Yves Hamant enquête et dénonce ce phénomène au sein des communautés religieuses.
Fribourg: le Père Marie-Dominique Philippe cachait bien son jeu
Une petite enquête dans le milieu catholique fribourgeois confirme que le Père Marie-Dominique Philippe (1912-2006), coupable d’emprise et d’abus sexuels sur de nombreuses femmes, était un maître dans l’art de la dissimulation. On ne trouve cependant pas trace, ni dans les archives, ni dans les mémo...
Rapports «sidérants» sur Jean Vanier et les frères Philippe
Les commissions indépendantes chargées de faire la lumière sur les abus sexuels et spirituels commis par Jean Vanier et les frères Philippe ont publié leurs rapports le 30 janvier 2023. Les documents font état d’une véritable «secte» au sein de l’Eglise, ayant développé des pratiques mystico-érotiqu...
Renvoi de l’état clérical du Père Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) a définitivement renvoyé de l’état clérical Benoît Peltereau-Villeneuve. Ce Frère de Saint-Jean, convaincu d’abus sexuels, avait été prieur à Genève pendant douze ans entre 1988 et 2008.
Les frères de Saint-Jean réforment leur gouvernance
Lors de leur chapitre général, tenu du tenu du 11 au 24 octobre 2022 à Troussures (Oise) les frères de Saint-Jean ont poursuivi leur travail de réforme de leur gouvernance entamé au printemps. Il ont mis en place cinq provinces régionales pour «décentraliser» les décisions et revu leur système de fo...
Les Frères de Saint Jean déboulonnent la 'statue' de leur fondateur
A l'issue de la seconde session de leur Chapitre général, tenue du 22 octobre au 1er novembre 2019, les Frères de Saint-Jean ont formellement reconnu que leur fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, en raison des graves abus commis, ne peut pas être un modèle de vie, ni une référence de leur co...
Les frères de Saint-Jean face au choc des abus sexuels
Le chapitre général des Frères de Saint-Jean, achevé le 10 mai 2019, a procédé à un examen de conscience approfondi sur les abus sexuels qui ont gangrené la communauté. Outre les turpitudes du fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, décédé en 2006, une commission a mis en cause 30 frères accusés d'abus. Le nouveau prieur général, le Frère François-Xavier Cazali s'est dit résolu à assainir ce qui doit l'être.
Après le choc de la révélation en 2013 "d'actes contraires à la chasteté" commis par le fondateur le Père Marie-Dominique Philippe et la nomination d'une commission SOS-abus en 2015, les frères de Saint-Jean, connus aussi sous le surnom de 'Petits-Gris', ont affronté un nouveau chapitre sombre de leur histoire. Le communiqué, publié à l'issue du chapitre tenu du 30 avril au 10 mai 2019, évoque la prise de conscience douloureuse des frères sur le besoin de rectification et la nécessité de réformes.Le rapport de la commission SOS-Abus, présenté lors du chapitre général, quantifie et caractérise les situations d’abus. Il est riche d’enseignements sur les abus commis, leurs causes, leurs conséquences sur les victimes et ce qui doit encore être poursuivi ou entrepris pour aller au bout des réformes engagées, note le communiqué .
Demande de pardon
Le Frère François Xavier Cazali, prieur général nouvellement élu, a exprimé une demande pardon à toutes les personnes blessées par le fondateur ou par un frère. "Nous devons reconnaître clairement les aspects déviants de notre fondateur. Reconnaître que la grave confusion qui l’habitait, véhiculée par certains aspects de son enseignement, a engendré ou permis des abus qui ont marqué son histoire, et celle de la communauté."Interrogé par le quotidien La Croix, le Frère François-Xavier, qui a été responsable de la commission SOS-abus, se refuse cependant à parler de système, "au sens de quelque chose de pensé et organisé de manière consciente" par le Père Philippe. "Mais de fait, les lignes d’influence remontent à lui: la confusion qui était la sienne s’est propagée. Il ne peut être considéré comme un modèle de vie chrétienne, encore moins une référence dans la conduite des âmes."
Des abus essentiellement commis sur des personnes majeures
A défaut de système, l'étude des cas d'abus sexuels et de conscience, sur mineurs et sur majeurs, permet d'identifier des éléments constituant une "structure d'abus". 80% d'entre eux ont eu lieu dans le cadre de la relation d'accompagnement spirituel. "Soit l’accompagnateur n’avait pas de superviseur, soit son conseiller était ou maladroit, par manque de formation humaine, ou auteur d’abus lui-même. Ce qui nous a marqués, ce sont les justifications spirituelles, théologiques, que les abuseurs s’étaient construites et parfois transmettaient à d’autres", a déclaré à La Croix le Frère François-Xavier. Des auteurs ont pu justifier leurs abus sexuels en expliquant qu'ils étaient "l'expression spirituelle de l'amour d'amitié qui unit le père spirituel à la personne qu'il dirige."
Plus de 30 frères mis en cause
Au plan quantitatif, le bilan de la commission est lourd. Six frères ont été mis en cause pour abus sexuels sur mineurs, dont quatre ont fait l'objet de procédures judiciaires. Mais les abus sur des personnes majeures constituent 90% des cas. Dans un tiers de ces cas, les victimes ont été des frères ou des sœurs de la communauté. 32 plaintes ont été reçues visant 27 frères, 86 % portant sur des faits antérieurs à 2013. Pour les affaires jugées avant la création de la commission en 2015, 7 frères ont fait l'objet d'une procédure civile. La justice n'a pas donné suite dans 4 cas, les 3 autres sont en cours.Au niveau des sanctions, quatre frères ont été condamnés par la justice civile pour abus sur mineurs, un pour abus sur majeur. Treize frères font l'objet d'une procédure canonique. Deux affaires devraient être classées sans suite conformément aux conclusions de l’enquête civile. Une autre va aboutir à un renvoi de l’état clérical et à la sortie de la communauté. Selon le rapport, plusieurs autres affaires devraient aboutir à la même conclusion et d’autres à des peines temporaires.
Abus de conscience et de pouvoir
"Nous sommes consternés de cette part de notre histoire. Le travail de vérité que nous avons engagé depuis plusieurs années concernait d’abord notre fondateur et son enseignement. Le chapitre comprend qu’il faut prendre aussi en compte des lignes d’influence ayant favorisé l’emprise et des abus dans notre communauté. Il faut considérer aussi que les abus sexuels ont souvent été accompagnés ou précédés d’abus de conscience et de pouvoir", admet le communiqué.
Bannir l'enseignement du Père Philippe?
Après la publication du rapport et les discussions du chapitre, la place à conserver au Père Philippe dans la communauté reste un sujet de débat entre les frères. "Il est incontestable qu’historiquement il est à l’origine de la communauté. Mais le charisme d’une communauté ne se confond pas avec la vie du fondateur. À part encore tel ou tel, aucun frère aujourd’hui ne remet en question les faits reprochés au Père Philippe, mais la question reste ouverte de savoir si son enseignement doit encore être étudié par les frères en formation et de quelle manière" a commenté, pour La Croix, le prieur général. Rappelons qu'il fut professeur à l’Université de Fribourg, en Suisse, de 1945 à 1982.Cette question ainsi que celles concernant la gouvernance de la communauté seront examinées lors d'une deuxième session du chapitre agendée en octobre.La communauté des Frères de Saint Jean compte aujourd'hui environ 500 frères, dont 270 prêtres, issus de 34 pays et répartis dans une cinquantaine de prieurés sur les cinq continents. (cath.ch/mp)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
La terrible histoire 'incestueuse' des Frères de Saint-Jean
Le troisième rapport sur le Père Marie-Dominique Philippe révèle une terrible histoire «incestueuse», dans laquelle le fondateur des frères de St-Jean, et pas moins de 72 frères ont commis des abus sur au moins 167 victimes, en majorité des femmes dont beaucoup des religieuses.
La congrégation des Frères de St-Jean, née à Fribourg en 1975, a été longtemps considérée comme «la relève de l’Église». Après les premières révélations de “gestes contraires à la chasteté” de son fondateur Père Marie-Dominique Philippe en 2013, les témoignages de ses dérives spirituelles et sexuelles n’ont cessé de s’accumuler. Le rapport de 800 pages de la Communauté St-Jean, publié le 26 juin 2023, retrace ‘de l’intérieur’ la terrible histoire ‘incestueuse’ de la congrégation.
En effet, depuis 1975, date de la fondation, en plus du Père Marie-Dominique, pas moins de 72 frères dont 8 formateurs (sur 871) sont impliqués dans des abus sur au moins 167 victimes,dont une majorité de femmes (128), et pour beaucoup des sœurs. Fruit d’un travail mené avec des historiens, des psychologues et des théologiens, le rapport, intitulé Comprendre et guérir, décrypte le système d’emprise et d’abus spirituels et sexuels mis en place par son fondateur et reproduit par de nombreux frères.
La majorité des faits ont été commis par des frères prêtres, dans le cadre de l’accompagnement spirituel de femmes majeures. Le terme abus va de paroles inadéquates, des sollicitations équivoques, des attouchements sexuels à des viols caractérisés.
Un édifice d’abus systémiques
Ce rapport complète les deux précédents commandés par les dominicains et par l’Arche de Jean Vanier. Il en diffère cependant dans le sens où c’est la communauté Saint-Jean elle même qui interroge ses origines et son passé. Une interrogation redoutable qui pourrait mettre en péril son existence même. Les abus multiples du fondateur, sa gouvernance déviante, sa doctrine dévoyée constituent des mécanismes implacables qui ont entraîné la communauté dans une «culture de l’abus».
Les révélations sont accablantes. Le système d’emprise généralisé au sein de Saint-Jean est largement documenté. Dès les années 1950, le Père Marie-Dominique Philippe a couvert son frère, Thomas Philippe, condamné en 1956 par Rome, pour des abus sur des femmes qu’il accompagnait spirituellement dans le cadre de l’Eau Vive. Lui-même, usant de justifications «mystiques» héritées manifestement de son oncle le Père Dehau, dominicain comme lui, n’a pas tardé à adopter des comportements déviants. Les gestes sexuels qu’il impose à des femmes à la faveur d’un accompagnement spirituel sont placés sous le sceau du secret face à des responsables hostiles qui ne ‘peuvent pas comprendre’. Cette rhétorique, sous le couvert d’un langage spirituel de grâces et d’amour souvent confus, va se développer dans les décennies suivantes et surtout après la fondation des frères de St-Jean.
Parmi les premières femmes sous emprise, figure Alix Parmentier, pièce maîtresse dans l’édifice des abus. Intellectuelle elle aussi, elle est obsédée par «le Père» à qui elle écrit des lettres de dévotion amoureuse. Leur relation équivoque tourne vite en rapports charnels. A partir de 1962, après quelques années de vie religieuse, elle devient son assistante à l’Université de Fribourg. Lorsqu’elle devient en 1983 prieure générale des sœurs contemplatives de Saint-Jean, elle va elle-même initier des frères à ces pratiques et justifications, qui, à leur tour, vont les reproduire sur d’autres.
Dévoiement de l’accompagnement spirituel
«La relation personnelle d’accompagnement apparaît comme étant au centre des abus commis dans la famille Saint-Jean», note le rapport. La direction spirituelle dérive rapidement vers l’abus, toujours au nom de l’amour mystique.
Pire, lorsque les abuseurs sont confrontés à des dénonciations, ils trouvent le soutien de leurs supérieurs, ceux-ci étant parfois être eux-mêmes des abuseurs. Et le cercle vicieux se referme. Quand Marie-Dominique Philippe lui-même a été mis au courant d’abus, «il n’a pas essayé de dissuader les auteurs, ni de protéger les victimes. Dans certains cas, il a seulement cherché à vérifier que l’intention était bonne, ce qui peut être une forme subtile d’approbation », souligne le rapport. «Les abus sexuels n’ont été qu’une traduction, particulièrement grave, de cette emprise, qui s’est aussi traduite par des abus spirituels, des abus de conscience ou de pouvoir».
Justifier les abus par la doctrine
L’analyse de la doctrine de Marie-Dominique Philippe constitue l’apport nouveau de ce rapport. On y découvre que non seulement le dominicain n’avait pas le niveau que lui prêtaient ses admirateurs, mais qu’il avait dévoyé sciemment l’enseignement du magistère et de la tradition sur Aristote ou saint Thomas d’Aquin. «Ces modifications nettes de la doctrine aristotélicienne ou thomasienne vont toujours dans le même sens, celui d’une justification des abus», note le rapport.
Il en résulte une obéissance absolue au père spirituel, seul à connaître la volonté divine; le primat de l’intention dans le jugement moral d’un acte, au-delà de sa réalité objective; l’appel aux ‘motions’ de l’Esprit Saint, contre l’exercice de la raison. Au final, le Père Philippe a développé et enseigné une conception déviante de la vie religieuse et spirituelle. Le brouillage des repères et des consciences s’est infiltré à tous les niveaux. Ce qui explique pourquoi la communauté a eu autant de mal à sortir son emprise.
Comment guérir?
La parole courageuse des victimes d’abus a permis à la famille St-Jean d’ouvrir un chemin de vérité et de guérison assure le communiqué de présentation. Depuis une dizaine d’années, la communauté a questionné l’héritage de son fondateur et mis en place des réformes. Depuis 2015, la commission SOS abus recueille les témoignages.
En 2022, tout comme les communautés religieuses féminines de la famille St-Jean, les frères ont décidé de ne plus se référer à la règle de vie écrite par le Père Philippe. Une nouvelle organisation de la gouvernance plus décentralisée et un nouveau cursus de formation ont été mis en place. Le travail de la commission s’inscrit dans cet effort de vérité de réformes et de guérison qui doit se poursuivre, conclut le communiqué. L’exercice de purification pourrait se montrer redoutable. (cath.ch/mp)
Une première condamnation en 1957 levée en 1959
En 1956, le Père Marie-Dominique Philippe se trouve déjà dans le viseur du Saint-Office pour ses pratiques déviantes envers des jeunes femmes et des religieuses. Quelques extraits des témoignages de l’époque:
Mère Marie René Seuillot, fondatrice et supérieure des Soeurs de Ste-Marie écrit en 1952 au Père Paul Philippe (chargé d’enquêter sur Thomas Philippe NDLR): “En outre, l’un et l’autre (des frères Philippe) gardent volontiers auprès d’eux des filles qui pourraient faire de bonne religieuses ailleurs, afin de les mener plus sûrement à la contemplation à deux dont ils sont friands.”
“Marie Dominique Philippe (...) avait toujours donné le conseil de se taire en fondant ce mot d’ordre sur l’argument suivant: ‘Quand on est seul en cause on doit parler, mais quand on risque de mettre en cause d’autres, on doit se taire’”, lettre du provincial des dominicains au Saint Office, le 16 juin 1956.
“J’ai entendu parler du Père Marie-Dominique Philippe par la maîtresse des novices d’Estavayer- le-Lac. Elle m’a dit que l’action du Père dans ce couvent avait jeté le trouble et la division” Père Vincent Ducatillon, provincial des dominicains.
Le maître général des dominicains, le Père Michael Brown, prend la défense de Marie-Dominique Philippe: “Il admet de sa part une certain affectivité un peu exagérée envers quelque personne troublée et agitée en priant avec elle. Pourtant dans ce qu’il m’a décrit, il n’y avait rien d’impur, ni même d’impudique à proprement parler.”
Le 6 février 1957, le Saint Office condamne le Père Marie-Dominique Philippe à ne plus pouvoir écouter les fidèles en confession, ni exercer une quelconque direction spirituelle. En outre il lui est interdit d’enseigner des matières touchant à la spiritualité. Cette peine, prononcée pour une durée indeterminée, sera levée deux ans plus tard. A l’Université de Fribourg, où Marie-Dominique Philippe enseigne, on ignore tout de cettte sanction. Il trouvera un prétexte pour être mis en congé de son enseignement durant deux ans. Cette condamnation n’a été rendue publique qu’en 2019 ! MP
Les abus dans la communauté St-Jean
Avec la fondation de la communauté St-Jean, les abus du Père Marie-Dominique Philippe se sont poursuivis sur de nombreuses femmes. La première est sa collaboratirce Alix Parmentier dont il a déjà été question. Elle éprouvait d’ailleurs une vive jalousie envers les jeunes soeurs qu’elle voyait proches du Père Philippe. Mais elle était évidemment contrainte de fermer les yeux, au sens figuré comme au sens propre.
Dans les années 1985-1995, désormais en assez mauvaise santé, elle se sentit de plus en plus mise à l’écart. Selon les auteurs du rapport c’est aussi pour garder une place auprès de lui qu’elle avait accepté de prendre la responsabilité des soeurs de St-Jean tâche pour laquelle elle n’avait apparemment ni attirance ni compétence.
Les plus anciens abus commis par le Père Philippe sur des femmes à partir de la fondation de la communauté St-Jean datent de la période de Fribourg, de 1975 à 1982. Trois femmes ont témoigné à ce sujet.
Après leur installation en France, ce sont les maisons de formation qui ont été le cadre des abus. D’autres abus sont décrits à Paris, où le Père Philippe se rendait souvent le week-end. Alors âgé de plus de 70 ans, il vivait entouré de femmes 50 ans plus jeunes que lui. Pour les années 1983-85 six témoignages de religieuses ont été recueillis. Les abus se poursuivent ensuite dans la branche des religieuses contemplatives où au moins sept cas sont signalés. Chez les soeurs apostoliques on recense neuf dénonciations.
Des religieuses d’autres communautés sont également concernées. L’enquête évoque aussi le cas d’un jeune fille mineure âgé de 16 ou 17 ans lors d’un Festival St-Jean. Au total le nombre des femmes identifiées se monte à 24.
Ces pratiques: embrassades forcées, attouchements sexuels sur ou sous les habits, masturbation ou fellation, se répètent parfois sur des années. Dans les années 1980 on peut estimer qu’il entretenait ce genre de relations avec quatre femmes parallèlement. MP
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Frères Philippe: "une subversion dont la durée dit la force"
L’ombre blanche du Père Marie-Dominique Philippe (1912-2006) a hanté, le 16 mai 2023, les couloirs et les bancs de l’Université de Fribourg où il fut professeur de 1945 à 1982. Après la révélation de ses abus 'mystico-érotiques' sur de nombreuses femmes, historiens, théologiens et anciens étudiants se sont interrogé sur la genèse de ses dérives.
Comment n’avons nous pas vu ce qui était sous nos yeux? La question lancinante de la duplicité des frères dominicains Thomas et Marie-Dominique Philippe, et de leur disciple Jean Vanier, a été au cœur d’une journée d’études qui a rassemblé une centaine de personnes dont nombre de ses anciens étudiants de l’Université de Fribourg.
Parlant des frères Philippe, l’historien Tangi Cavalin, maître d’œuvre du volumineux rapport intitulé L’Affaire, évoque “une subversion dont la durée dit la force”. “Comment comprendre ce qui semble échapper à toute catégorie? D’où cela vient-il, comment cela naît-il, se construit-il? Telle a été l’intention de mon travail.”
Premières révélations en 2013
“Ces gens ne sont pas des monstres, mais des personnes douées d’une intelligence supérieure, dotées d’une formation solide, souvent admirées voire adulées. Ils ont su mettre en avant tous les éléments pour faire d’eux des personnages 'inquestionnables’.” Tangi Cavalin plaide pour le respect de la complexité historique. Au-delà des trajectoires individuelles, il faut se pencher sur leur histoire familiale, sur le contexte religieux et ecclésial. Il ne s’agit pas de faire des révélations, ni de mener des procédures policières ou judiciaires, mais de tenter de comprendre.
Révélés depuis 2013, à travers de propos très euphémisés de "gestes contraires à la chasteté", les abus spirituels et sexuels sur des femmes adultes de Marie-Dominique Philippe traversent plusieurs décennies. “La parole de quelques victimes a été déterminante. Nous sommes dans quelque chose d’assez différent de la pédophilie. La question des abus sur les personnes adultes ne s’est posée qu’à la fin des années 2010. Nous savons qu’il faut souvent des décennies pour parvenir à mettre des mots sur un vécu.”
Intellectuels brillants, doués d’un fort charisme
Le contexte familial des frères Philippe se rattache à leur oncle, le Père Thomas Dehaut, lui-même dominicain, qui aurait eu et propagé des comportements dévoyés. Mais pour Tangi Cavalin, évoquer une famille incestueuse, comme l’ont fait certains, n’est pas une clé d’explication suffisante, même si son rôle est indéniable.
"Comme théologiens et comme prêcheurs, les frères Philippe font figures de références de l’orthodoxie"
Le rôle des responsables dominicains, lui, semble plus décisif. Les frères Philippe apparaissent rapidement comme des intellectuels brillants, dotés d’un fort charisme personnel. Comme théologiens et comme prêcheurs, ils font figures de références de l’orthodoxie dans un ordre divisé entre progressistes et conservateurs. On les appelle et on les utilise pour remettre de l’ordre là où il le faut, ou pour défendre des positions. Comme les deux dominicains ont leurs accès directs au sein de la curie romaine, les responsabilités remontent jusqu’au sommet de la hiérarchie de l’Église.
Doctrine contre vie religieuse
Pour Tangi Cavalin, l’insistance de l’époque sur les questions doctrinales occulte la vie religieuse proprement dite et permet aux frères Philippe de "passer sous les radars". On ne leur demande pas de compte, ni sur leur vie communautaire, ni sur leur vie de prière, ni sur leurs vœux religieux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Ils gèrent leur vie comme ils l’entendent, sans quasiment aucun lien communautaire. "J’ai toujours été ingouvernable", avouera le Père Marie-Dominique peu de temps avant sa mort.
Si les frères Philippe bénéficient de la mansuétude de leurs supérieurs, ils instrumentalisent leur habit dominicain, dont ils ne se séparent quasiment jamais, pour afficher leur respectabilité. De fait, ils n’ont de dominicain que l‘apparence. Et de leur côté, ils n’hésitent pas à dénoncer leurs confrères dont les comportements, les idées ou les critiques les dérangent.
Persuadés de devoir 'sauver l’Eglise'
Les frères Philippe 'règnent’ sur des 'communautés secrètes’ autres que la leur et justifient cette attitude pour des raisons 'supérieures’. Ils se sont auto-persuadés qu’ils ont pour mission de 'sauver l’Eglise’ et que, face à cet enjeu, les règles ordinaires ne sont plus de mise. Rares sont les confrères ou les personnes à déceler leurs dérives et leur double jeu.
"En 1957, Marie Dominique Philippe met en place, avec le maître général des dominicains, un scénario pour cacher son procès et sa condamnation"
L’ambiguité des condamnations romaines
L’ambiguïté n’est pas moins grande quant aux condamnations romaines des frères Philippe. Suite à des dénonciations de victimes, Thomas Philippe est condamné en 1956 et effectivement mis à l’écart pour quelques années avant de lancer la fondation de l’Arche et que sa condamnation tombe dans l’oubli.
En 1957, Marie-Dominique Philippe met en place, avec le maître général des dominicains, un scénario pour cacher son procès et sa condamnation pour «une direction spirituelle considérée comme trop mariale et affective dans plusieurs monastères». Selon la sentence canonique, il n’a plus le droit de confesser, ni de diriger spirituellement, ni d’enseigner ce qui touche à la spiritualité. Prétextant qu’on a besoin de lui à Rome, le supérieur le fait venir à la curie générale. Sa condamnation se transforme ainsi en promotion! Deux ans plus tard, toujours sur intervention personnelle du maître de l’Ordre dominicain, Marie-Dominique Philippe est réhabilité, sans être blanchi, c’est-à-dire qu’il retrouve ses prérogatives. Le tour de passe-passe a fonctionné, la condamnation est occultée et restera inconnue de l’Université de Fribourg.
L’affaire est une énigme
Le philosophe et directeur de l’institut Philanthropos, Fabrice Hadjadj, a proposé une lecture biblique de l’Affaire qui pour lui reste une énigme. Comment de telles dérives ont-elles été possibles au sein d’œuvres comme l’Arche et la communauté St-Jean qui, pour beaucoup, ont été vraiment des chemins de conversion? Après le coup de massue des révélations, il faut passer de la sidération à la considération.
Le récit des “grâces très obscures” d’une “emprise divine du corps nettement localisée dans la région des organes sexuels” reçues par Thomas Philippe, en 1938 à Rome, aurait dû éveiller les soupçons. Alors qu’il affirme avoir reçu une "nouvelle connaissance de la Vierge Marie”, Thomas Philippe s’affranchit de la morale ordinaire, de la raison théologique et du sens commun. “Nous n’avons pas affaire à un prêtre pédophile, mais à un religieux qui prétend se laisser aller aux mains d’une Vierge 'pédophile’ et qui le revendique comme un privilège!” On assiste à un écrasement du mystique sur l’affectif et le sexuel.
"N’éteignez pas l’Esprit"
Au miroir de l’Ecriture, Fabrice Hadjadj cite la figure du roi Salomon. Son règne commence par le meurtre de son frère Adonias et s’achève par le rétablissement du culte des idoles. Dans l’entre-deux cependant, l’héritier de David demande à Dieu un cœur intelligent pour gouverner son peuple et dispenser autour de lui la sagesse.
"Leur orgueil d’autant plus spécieux s’est revêtu des ornements de l’orthodoxie, de l’humilité et de la compassion.”
L’apôtre Paul ordonne aux Thessaloniciens (5,19-22): "N’éteignez pas l’esprit. Ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose: ce qui est bien, gardez-le; éloignez-vous de toute espèce de mal."
Pour Fabrice Hadjadj, au terme du procès et de la condamnation, il faut considérer la perspective d’un rachat. “Nos pères à l’évidence se sont livrés à l’orgueil. Un orgueil d’autant plus spécieux qu’il s’est revêtu des ornements de l’orthodoxie, de l’humilité et de la compassion.”
Une théologie des temps anciens
Joachim Negel, doyen de la faculté de théologie a évoqué le contexte historique de l’affaire des frères Philippe. Alors que Marie-Dominique enseigne à Fribourg, l’Université est secouée par l’affaire de son confrère dominicain Stefan Pfürtner. Le professeur rejette la condamnation par l’Église des relations sexuelles hors mariage et de la contraception. La violente querelle qui s’ensuit conduira à son départ de l’Université puis de l’ordre dominicain. Face à lui, Marie-Dominique Philippe se présente comme le garant d’une “théologie des temps anciens”. Il demeure insoupçonné et insoupçonnable.
"Faire le ménage ne suffit pas"
Marie-Jo Thiel, professeur à Strasbourg et spécialiste des abus sexuels, évoque la fascination de figures narcissiques séductrices. Par une distorsion cognitive assez invraisemblable, les dominicains n’identifient pas cette mystique dévoyée qui prospère sous leur yeux. Un aveuglement signe d’un entre-soi. L’Affaire la frappe aussi par l’ampleur de ses ramifications.
Le comportement des frères Philippe, dénote une perversion personnelle. Un clivage de leur personnalité entre le dire et le faire qui répond à la seule loi du plaisir 'mystique’. Chez eux s’exerce un sentiment de toute puissance.
La loi et les règles devaient permettre de se reconnecter à la réalité. Or elles n’ont été rappelées ni par les évêques, ni par les responsables religieux. “Une autorité qui n’agit pas devient complice”, dénonce Marie-Jo Thiel.
“Aujourd’hui, il ne suffit pas de faire le ménage.” Il faut mettre en place des mesures structurelles comme la publicité des procès et des sanctions, la séparation des pouvoirs, le recours à des experts externes, la réflexion sur les voeux religieux. “Si les abus ont perduré c’est souvent par la lâcheté des responsables”, conclut-elle. (cath.ch/mp)
L'affaire
de Tangi Cavalin 766 pages - févr. 2023

En 2020, le provincial des dominicains de France a demandé à Tangi Cavalin de constituer une commission historique «chargée de faire toute la lumière» sur le cas des frères Thomas et Marie-Dominique Philippe pour «notamment permettre de préciser le rôle de l’institution dominicaine dans son traitement depuis l’origine».
Le travail, conduit sur trois ans, a été mené en toute indépendance. La commission a défini seule sa perspective de recherche, sa méthodologie, ses lieux d’investigation, les témoins à rencontrer. Le rapport remis au provincial, n’a pas été revu par lui avant publication. MP
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Yves Hamant: "Il faut sortir de l'omerta sur les abus spirituels"
Les deux récentes enquêtes historiques sur les frères Thomas et Marie-Dominique Philippe ont permis de mettre au jour les mécanismes de l’abus spirituel précédant les abus sexuels. Depuis dix ans, Yves Hamant enquête et dénonce ce phénomène au sein des communautés religieuses.
Yves Hamant était l'invité par visioconférence de l'assemblée générale du groupe SAPEC (Soutien aux personnes abusées dans une relation d’autorité religieuse ) qui s'est tenue le 16 mars 2023 à Lausanne.
Comment vous êtes-vous intéressé à ces questions de l’abus spirituel?
Un membre de ma famille a été impliqué dans l’association Points-Coeur fondée par Thierry de Roucy (renvoyé de l’état clérical en 2018, ndlr). Ce fut une expérience douloureuse dont j’ai découvert les séquelles. Je me suis senti alors le devoir de faire quelque chose. De fil en aiguille j’ai reçu d’autres témoignages et en 2013, avec un groupe de quelques personnes, nous avons lancé 'l’Appel de Lourdes' à la Conférence des évêques de France (CEF). En 2015 la CEF a mis sur pied une cellule pour les dérives sectaires avec laquelle nous sommes en contact. Je me suis concentré sur les abus spirituels dans les communautés, même s’ils peuvent exister aussi au niveau individuel.
Comment jugez-vous les progrès réalisés depuis?
Les récentes révélations, notamment sur les frères Philippe, font qu’on commence à admettre que cela existe et à en prendre la mesure. Mais la prise de conscience me semble encore insuffisante aussi bien dans le clergé que dans la communauté des fidèles.
Abus de conscience, abus spirituel, emprise, dérive sectaire… divers termes sont utilisés. Peut-on préciser un peu les choses?
Le terme d’abus spirituel s’est imposé par analogie avec celui d’abus sexuel. Cependant, concernant l’abus sexuel, on comprend immédiatement que c’est quelque-chose de mal. L’abus spirituel, au contraire, est une réalité complexe parfois assez difficile à saisir. Le ressort psychologique de l’abus est l’emprise qui peut d’ailleurs se trouver également en dehors d’un contexte religieux.
"Comme pour les abus sexuels, les victimes d'abus spirituels ne parlent que longtemps après"
Les abus spirituels seraient plus répandus et plus fréquents que les abus sexuels?
C’est difficile à mesurer, mais diverses sources au Vatican et à la CEF confirment ce sentiment. Souvent, comme pour les abus sexuels, les victimes ne parlent que longtemps après. Elles ont honte de s’être laissées berner, mais il leur faut surtout rompre les attaches personnelles et les liens affectifs qui ont pu se nouer avec la communauté.
Comment caractériser l’emprise?
Il s’agit de la confiscation totale de la volonté propre, la privation de la liberté personnelle et de la captation de la relation personnelle à Dieu. C’est ce dernier aspect qui distingue l’emprise en contexte religieux. Et c’est ce qui fait le plus de dégâts. Les victimes éprouvent souvent le plus grand mal à renouer leur lien avec Dieu.
Le phénomène est progressif. Il joue sur la séduction, puis sur la grâce et la disgrâce. Les abuseurs savent bien repérer leur proie et utiliser leur failles et leurs aspirations. C’est le jeu du chat et de la souris. Les jeunes qui s’engagent dans ces communautés ont une grande soif d’idéal, ils désirent s’engager au service de Dieu avec toute la générosité de leur personne.
Comment repérer l’emprise?
Pour quelqu’un d’extérieur, c’est très difficile. Les 'gourous’ montrent un double visage. Déceler leur perversité est ardu, voire impossible. Le récent exemple de Jean Vanier le démontre parfaitement. Beaucoup de gens n’y croyaient pas et l’ont défendu en toute bonne foi, jusqu’à ce que l'évidence des faits s’impose. Ou comme le disait la philosophe Hannah Arendt: “les gens refusent de croire que tout est possible.” Vue de l’extérieur, l’affaire Santier où un prêtre obtient de ses pénitents de se déshabiller entièrement devant la Saint-Sacrement parait totalement aberrante.
"Une vraie enquête canonique exige des conditions rigoureuses. Elle devrait pouvoir se faire sans être annoncée"
Peut-on énumérer quelques critères de discernement?
En 2014, Soeur Chantal-Marie Sorlin avait établi pour le bureau des dérives sectaires de la Conférence des religieuses et religieux de France (CORREF) Une grille d’identification des dérives sectaires à l’intérieur même d’institutions d’Eglise. La liste qu’elle donne reste une excellente référence. Outre l’abus de conscience ou le culte du fondateur, elle évoque aussi le rapport à la pauvreté, la gestion frauduleuse des dons, l’exploitation de la force de travail des membres, la mise en danger de la santé, etc.
Comment les autorités ecclésiales peuvent-elles réagir pour prévenir et sanctionner ?
Une des premières mesures serait de renforcer les visites canoniques. Trop souvent il s’agit de représentations où on met les petits plats dans les grands pour faire plaisir aux visiteurs, où les réponses à ses questions sont préparées et répétées. Et où les visiteurs se contentent de mots d’encouragement très généraux.
Une vraie enquête canonique exige des conditions rigoureuses. Elle devrait pouvoir se faire sans être annoncée, permettre de rencontrer suffisamment longuement tous les membres de la communautés si possible dans lieu neutre, être menée par des personnes spécifiquement formées et ne provenant pas elles-mêmes de communautés dysfonctionnelles. Il faut veiller à l’indépendance des enquêteurs afin d’éviter les possibles conflits de loyauté ou d’intérêt.
"Les sanctions sont le plus souvent des mesures de replâtrage"
Une autre lacune est l’absence d’interrogatoire des personnes qui ont quitté la communauté et des familles des membres. Tout en sachant que certaines familles préféreront ne pas parler plutôt que de prendre le risque de se couper des leurs. Je ne crois pas aux 'cellules d’écoute’ mises en place par les communautés elles-mêmes.
Qu’en est-il des sanctions?
On assiste le plus souvent à des mesures de replâtrage. J’ai été récemment choqué d’apprendre qu’un prêtre impliqué dans des affaires d’abus sexuels dans un internat dans les années 1990 puisse se retrouver aujourd’hui No2 de sa communauté. Je crois qu’il n’y pas de volonté suffisante pour sanctionner les abus.
Dans quelques cas, l’autorité ecclésiale est allée jusqu’à la dissolution de communautés.
Quand j’ai été confronté à ces problèmes en 2013, j’ai consulté le cardinal suisse Georges Cottier, ancien théologien de la maison pontificale. Il n’excluait pas que la dissolution puisse s’imposer. Ce qui exige évidemment d’offrir un accompagnement adéquat. Or ces dispositifs n’existent pas à l’heure actuelle. Les personnes qui sortent ont été infantilisées, désocialisées, privées de leur capacité de décision. Elles peuvent se retrouver sans argent, sans logement, sans travail, ignorantes de leurs droits.
Sans parler du nécessaire soutien moral et psychologique qu’elles ne trouveront peut-être pas auprès leur famille soit parce que les ponts ont été coupés, soit parce que les familles leur reprochent leur abandon de leur vocation.
Comme outil de prévention vous évoquez la possibilité de créer un 'fichier S' des communautés, comme celui qui été établi en France pour les terroristes?
Répertorier dans un fichier les communautés à problèmes pourrait s’avérer un instrument utile pour les évêques lorsqu’ils sont confrontés à une demande d’installation d’une communauté ou pour les responsables des vocations chargés d’orienter de jeunes. Il y a quelques années, le nouvel évêque de Blois était prêt à accueillir une communauté, heureusement des amis ont pu le prévenir à temps et l’affaire ne s’est pas faite.
"Il faut sortir de l’omerta. Sinon la justice ecclésiale passe à côté de son but qui est de prévenir et de guérir"
La publicité des enquêtes et des éventuelles sanctions serait une autre mesure nécessaire.
Même s’il remonte à la fin des années 1950, le cas des Frères Philippe est emblématique. L’absence de publicité des sanctions leur a permis de continuer à sévir durant des décennies.
Dans les cas récents, l’absence de publicité est à peine moins flagrante. Souvent, on ne connaît les sentences que grâce à des fuites. Pour Points Coeur, que j’ai suivi de près, aucun élément d’enquête n’a pratiquement jamais été publié. Il faut sortir de l’omerta. Sinon la justice ecclésiale passe à côté de son but qui est de prévenir et de guérir.
On constate aussi fréquemment un lien entre abus spirituel et dérive doctrinale.
Je ne suis pas théologien ni philosophe, mais on s’aperçoit en fouillant un peu qu’il y a souvent à l’origine une faille théologique. Le problème est que ces théories déviantes ne sont pas écrites. Pour revenir aux frères Philippe, elles n’apparaissent pas dans leurs écrits, mais ont été transmises oralement ou dans des courriers privés.
On peut y voir une tendance gnostique. Dans la gnose, le vrai et le faux sont étroitement mêlés et les initiés se considèrent comme au-dessus de la loi commune, y compris morale. Je suis frappé de voir comment la 'gnose’ de frères Philippe s’est transmise à leurs disciples jusque dans les communauté actuelles créant ainsi une sorte de constellation. (cath.ch/mp)
Yves Hamant
Spécialiste de civilisation russe, soviétique et post-soviétique, Yves Hamant a été attaché culturel près l’Ambassade de France en URSS et a enseigné à l’Université de Nanterre. Son engagement en faveur des chrétiens d’URSS lui a valu d’être reçu plusieurs fois par Jean Paul II et de gagner l’amitié du cardinal Lustiger. Il est connu pour ses liens avec Soljénitsyne et on lui doit une biographie du Père Alexandre Men, prêtre de l’Eglise orthodoxe russe assassiné en 1990. MP
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Fribourg: le Père Marie-Dominique Philippe cachait bien son jeu
Une petite enquête dans le milieu catholique fribourgeois confirme que le Père Marie-Dominique Philippe (1912-2006), coupable d’emprise et d’abus sexuels sur de nombreuses femmes, était un maître dans l’art de la dissimulation. On ne trouve cependant pas trace, ni dans les archives, ni dans les mémoires, d’agressions commises dans le cadre de son enseignement universitaire à Fribourg entre 1945 et 1982.
En juin 1945, le jeune et brillant dominicain de 33 ans, Marie Dominique Philippe, est nommé professeur de philosophie à l’Université de Fribourg. Un poste qu’il occupera pratiquement sans discontinuité jusqu’à sa retraite en 1982, à l’âge de 70 ans.
D’abord professeur 'extraordinaire', il est titularisé en 1950. Il enseigne, l’épistémologie, la théologie naturelle et l’histoire de la philosophie grecque, mais aussi, à partir de 1947 des «Éléments d’esthétique» qui deviennent «Philosophie de l’art» en 1955. Il continue à enseigner ponctuellement dans divers lieux et institutions en France. Il se trouve assigné au couvent de l’Albertinum qui dépend de l’autorité du maître général des dominicains à Rome.
Selon les témoignages de l’époque, le Père Philippe arrive généralement le mardi à Fribourg, pour ses cours, et en repart le vendredi pour rejoindre Paris ou d’autres lieux de séjours. On sait aujourd’hui qu’il en profite pour rejoindre une ou plusieurs de ses 'dirigées’. Comme en témoigne, dans son livre L’emprise, Michèle-France Pesneau: “A cette époque (en 1971, ndlr) j’ai renoué avec le Père Marie Dominique que je revois environ une fois par mois, sauf pendant l’été, dans un appartement parisien.” Là, ils passent leur nuit “à prier ensemble étendus” selon sa formule «avec ou sans vêtements, le plus souvent sans ...” Outre l’enseignement universitaire, il voyage passablement pour donner des retraites, la plupart du temps dans des communautés religieuses féminines, anciennes et nouvelles, ou des conférences aux quatre coins de la France et au-delà. Le cadre de l’Albertinum lui est visiblement très lâche.
Des archives diocésaines quasi muettes
L’historien Tangi Cavalin, auteur de l’Affaire, les dominicains face au scandale des frères Philippe, et un second chercheur, sont venus deux jours à Fribourg pour consulter les archives de l’évêché sur la période fribourgeoise de Marie-Dominique Philippe, a indiqué à cath.ch l’archiviste Nathalie Dupré.
“Le dossier concernant l’Université de Fribourg n’a rien livré de parlant. On n’y retrouve même pas la mention de l’arrivé de Marie-Dominique Philippe comme professeur à Fribourg en 1945.” Pour l’archiviste, la chose n’est pas étonnante, dans la mesure où le diocèse n’a pas autorité sur la Faculté de théologie qui dépend de Rome, de l’Ordre dominicain et de l'Etat de Fribourg. “Il ne fait qu’entériner les décisions prises à un autre niveau.”
Le dossier “dominicains” ne s’est pas révélé plus bavard. “On y retrouve quelques lettres de louanges et de remerciements pour l’enseignement du Père Marie-Dominique, mais aucune dénonciation de comportements inappropriés.” Ce qui ne surprend pas non plus Nathalie Dupré. “C’est assez commun pour ce genre de cas et de personnalités dont la capacité de dissimulation est grande.”
L’étude du troisième dossier concernant la “Congrégation Saint-Jean” fondée à Fribourg en 1975 avec un groupe d’étudiants du Père Philippe, n’a pas été plus fructueuse. Là encore, le diocèse n’a pas été impliqué dans la reconnaissance canonique de cette fondation rattachée d’abord à l’abbaye de Lérins, dans le Var, puis au diocèse d’Autun.
“La dernière piste fribourgeoise pour les historiens était les archives de l’Albertinum, la maison des professeurs dominicains de l’Université”, explique Nathalie Dupré. Là aussi ils font chou blanc. Le Père Philippe semble avoir emporté tous ses dossiers avec lui, lors de son départ de Fribourg en 1982.
Pas de trace d’abus à l’Université
Rien non plus du côté de l’Université de Fribourg. «Dans le cadre de la diffusion du documentaire d'Arte des informations sur cette période et sur d’éventuels événements documentés», a expliqué à kath.ch le porte-parole du rectorat.
«En dehors des documents administratifs habituels, nous n’avons cependant rien pu trouver. Nous ne savons donc pas, à ce jour, si la condamnation du Vatican de 1957 était connue ou non des instances de notre université à l’époque. Nous n’avons pas non plus connaissance d’accusations d’abus sexuels ou d’autres comportements répréhensibles dans le cadre universitaire».
Ignorance des dominicains
Chez les dominicains à Fribourg, on partage la même ignorance. Le Père Jean-Michel Poffet, ancien professeur à l’Université et ancien prieur, rappelle que le Père Marie-Dominique Philippe n’a jamais été rattaché à la province suisse de l’Ordre. “Lors de ses séjours fribourgeois, il habitait à l’Albertinum. Je n’ai pas souvenir de l’avoir jamais vu dans notre couvent de Saint Hyacinthe.” Il le côtoyait à l’Université, mais sans avoir jamais eu connaissance à l’époque de faits répréhensibles. “Dans tous les cas, sa parfaite orthodoxie doctrinale lui assurait des protections solides”, note le Père Poffet.
Condamné par le Saint-Office en 1957, il conserve son enseignement
De protections solides, Marie Dominique Philippe a incontestablement profité au moment de sa condamnation par le Saint Office en février 1957. La sanction canonique qui fait suite à des dénonciations et à une enquête du Père Paul Philippe (un homonyme mais sans lien de parenté), mentionne “une direction spirituelle considérée comme trop mariale et affective dans plusieurs monastères”. Il n’a plus le droit de confesser les hommes ni les femmes, ni de diriger spirituellement, ni d’enseigner ce qui touche à la spiritualité, explique l’historien Florian Michel, dans le rapport commandé par la communauté de l’Arche. Seul l’intéressé lui-même, quelques membres de la curie générale dominicaine à Rome et le provincial de France sont mis au courant.
Malgré sa condamnation, Marie-Dominique Philippe conserve son poste universitaire à Fribourg, mais obtient un congé en prétextant que le maître de l'ordre a besoin de lui à Rome et il continue à publier de nombreux ouvrages, sauvant ainsi les apparences.
Réhabilité en 1959
A la demande du maître général de l’Ordre, il est réhabilité, mais pas blanchi, par Rome, en juin 1959. Il récupère ses fonctions cléricales avec l’exhortation de mener une “vie vraiment sacerdotale”. Pour Florian Michel, l’avènement du pape Jean XXIII et l’annonce de la convocation du Concile Vatican II poussent le Saint Office à se montrer moins rigoureux dans ses condamnations. Quelques semaines après Marie-Dominique Philippe, les Pères de Lubac et Congar, religieux français comme lui, sont ainsi réhabilités: un conservateur pour deux progressistes.
Un professeur entouré de sa cour
“Le Père Marie-Dominique Philippe a prêché ma retraite de profession en mai 1968”, se souvient Soeur Marie-Emmanuel. L’ancienne supérieure générale des Soeurs hospitalières de Fribourg, raconte qu’il donnait des conférences le soir à l’Université. Certaines de ses consoeurs lui étaient très fidèles, mais elles remarquaient qu’il était entouré d’une sorte de cour de gens 'un peu bizarres'. Cela les gênait, mais elles ne semblent jamais avoir soupçonné de comportements abusifs. “Si la supérieure de l’époque, Mère Canisia, avait eu le moindre doute, elle ne l’aurait pas invité à prêcher une retraite de professions.” On voit le Père Philippe aussi au Rwanda, où il visite le foyer de charité de Ruhengeri et prêche une retraite à Butare, mais prend à peine le temps de saluer ses confrères dominicains.
La même gêne est ressentie par André Kolly. “J’ai suivi son cours d’esthétique qui était en tous points remarquable. Mais je n’appréciais guère le style du personnage et le clan qui gravitait autour de lui. Je n’ai dû le saluer personnellement qu’une ou deux fois,” se souvient l’ancien directeur du Centre catholique de radio et télévision (CCRT). Mais là non plus, pas de soupçons sérieux d’abus.
En l’état, il n’est donc pas possible d’imputer au Père Marie Dominique Philippe des abus manifestes dans le cadre de son enseignement et de sa présence à Fribourg. Mais les historiens savent que l’absence de preuves n’est pas la preuve de l’absence. Suite à la publication des deux enquêtes historiques, de nouveaux témoignages pourraient surgir, même si l’affaire remonte désormais à une bonne cinquantaine d’années. (cath.ch/mp)
Un déni total
Le 4 février 2006, un peu plus de six mois avant sa mort, le Père Marie Dominique Philippe reste dans un déni quasi total. Il écrit au Prieur de Saint-Jean: “Je tiens à dire que ce dont je suis accusé ouvertement n’est pas vrai et que ces accusations reposent sur des jalousies. (...) On attaque la communauté par un 'chef d’oeuvre’ d’amalgame, qui, à la fois, masque les véritables intentions des personnes accusées et dévoilent les intentions de de ceux qui les accusent.” Avant d’ajouter de manière un peu énigmatique: “le problème de la conscience personnelle est quelque chose de tellement secret, que Dieu seul a le droit d’en juger. Les hommes n’ont pas le droit de juger les intentions.”
Une affaire de famille
L’affaire Philippe concerne les deux frères de sang et de religion Thomas et Marie-Dominique Philippe. Thomas Philippe, fondateur de l’Arche avec Jean Vanier, sera, au nom d’une mystique dévoyée, un abuseur encore plus implacable que son frère.
Les rapports et le degré de complicité entre les deux frères sont néanmoins difficiles à démêler. Florian Michel évoque trois hypothèses. La première, mais qu’aucun élément matériel ne vient étayer, est que les deux hommes échangent en pleine lumière sur leurs pratiques sexuelles et la réalité des abus. Une autre à l’opposé voudrait que leurs abus se déroulent de manière parallèle, sans points de tangence.
La réalité complexe se situe probablement entre les deux: les hommes, les femmes, les pratiques circulent, mais il semble que Marie-Dominique n’appartienne pas au premier cercle du groupe gnostique et sectaire de Thomas. “Il savait, mais il a voulu tout couvrir et ne pas juger”, estimait en 1956 l’enquêteur du Saint Office, Paul Philippe. MP
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Rapports «sidérants» sur Jean Vanier et les frères Philippe
Les commissions indépendantes chargées de faire la lumière sur les abus sexuels et spirituels commis par Jean Vanier et les frères Philippe ont publié leurs rapports le 30 janvier 2023. Les documents font état d’une véritable «secte» au sein de l’Eglise, ayant développé des pratiques mystico-érotiques particulièrement perverses.
Une histoire «à peine croyable sur certains points», «encore plus sidérante que ce qu’on pouvait imaginer», relèvent les experts qui ont enquêté sur les agissements du laïc Jean Vanier et des frères dominicains Marie-Dominique et Thomas Philippe. C’est ce qui ressort de deux rapports mandatés par L’Arche et les dominicains, publiés le 30 janvier 2023, après six ans d’investigations. Des documents de 700 et 900 pages résumés par le quotidien La Croix, qui a pu les consulter à l’avance. Une troisième enquête a été lancée par les Frères de Saint-Jean, qui n’a pas encore été publiée.
Abus sexuels, délire collectif, corruption théologique
Les recherches révèlent principalement l’existence d’un noyau sectaire aux croyances et pratiques mystico-érotiques, qui a réussi à se maintenir dans la clandestinité au cœur de l’Église, pendant des décennies.
L’affaire est sortie au grand jour en février 2020, lorsque la fondation de L’Arche (qui prend en charge des personnes en situation de handicap dans plusieurs pays) a révélé que son fondateur Jean Vanier s’était rendu coupable d’abus spirituels et sexuels sur des femmes majeures qui étaient sous son emprise. A partir de là, les trois commissions indépendantes et pluridisciplinaires ont été lancées. «Emprise, abus sexuels, délire collectif, corruption théologique de notions au cœur du christianisme, dévoiement spirituel, manipulation, représentations incestueuses des relations entre Jésus et Marie. Le dossier est lourd…», note Florian Michel, l’un des historiens mandaté par L’Arche.
"Les frères Philippe ont fait courir le bruit que le théologien avait été victime de luttes idéologiques"
Les enquêtes ont notamment permis de savoir que les pratiques d’exploitation sexuelle étaient anciennes. Jean Vanier avait non seulement été au courant des agissements de son mentor, le dominicain Thomas Philippe (1905-1993), mais les avait lui-même reproduits. Les premiers signalements de femmes, parvenus à L’Arche peu avant sa mort, en 2016, laissaient entendre qu’il avait participé à des croyances et des pratiques mystico-érotiques dès les années 1950.
Condamnation vaticane
En 1945, le Père Thomas Philippe, étoile montante de l’ordre dominicain, avait fondé le centre spirituel de L’Eau vive, à Soisy-sur-Seine (Essonne), où il avait mis en place son système d’emprise. Dans ce lieu, s’est formé autour du religieux un groupe d’initiés, dont des femmes, qui ont participé activement à ses délires mystiques et aux pratiques sexuelles associées.
Des plaintes émanant de deux femmes qu’il accompagnait spirituellement parviennent cependant après quelques années aux supérieurs du religieux. En avril 1952, il est sommé de venir à Rome, et la direction de L’Eau vive est confiée à son fils spirituel, Jean Vanier, tandis qu’un procès s’ouvre au Vatican qui va durer quatre ans. En 1956, le Père Thomas n’a plus le droit de célébrer les sacrements, ni d’occuper un quelconque ministère.
Mais seuls les responsables dominicains avaient été mis au courant de la gravité des accusations portées contre lui. Profitant de ce silence, les frères Philippe ont fait courir le bruit que le théologien avait été victime de luttes idéologiques.
Avortement «mystique»
Les archives de la Congrégation pour la doctrine de la foi, consultées par les enquêteurs, confirment toutefois que Thomas Philippe entretenait, depuis au moins 1942, des relations sexuelles avec des femmes qu’il accompagnait spirituellement, assorties de justifications théologiques dans une emprise spirituelle très profonde.
Les archives vaticanes décrivent des faits particulièrement sordides. Notamment qu’Anne de Rosanbo, une membre du cercle étroit autour de Thomas Philippe, tombée enceinte, avait avorté en 1947. L’avortement s’était vu attribuer un «sens» mystique, toutes les initiées étant «conviées à vénérer l’enfant mort comme quelque chose de sacré, en raison du secret de la T.S. Vierge».
La Mère de Dieu est très présente dans les délires mystiques du groupe. Dans la défense que le Père Thomas rédige en 1956, il affirme avoir connu en 1938, à 33 ans, «certaines grâces très obscures» en priant dans des églises de Rome, qui «impliquaient une emprise divine du corps nettement localisée dans la région des organes sexuels…». Il raconte en avoir tiré «une nouvelle connaissance de Marie», selon laquelle elle aurait eu avec Jésus un lien mystique à caractère sexuel durant leur vie terrestre dans le but de réhabiliter la chair et de préfigurer celles qui se vivront au Ciel.
«Transmission de génération»
Mais une hypothèse plus probable, selon l’auteur du rapport des dominicains Tangi Cavalin, est que le Père Thomas aurait lui-même été initié, dès la période de l’avant-guerre, par Hélène Claeys-Bouuaert (1888-1959), une «mystique» flamande accompagnée spirituellement depuis sa prime jeunesse par le Père Dehau, le propre oncle de Thomas et Marie-Dominique.
"Le Saint Office dépeint Jean Vanier comme le 'disciple le plus fanatique' du Père Thomas"
C’est ainsi que les rapports constatent une «transmission de génération». Plusieurs témoignages laissent penser que l’oncle a lui-même eu des relations sexuelles avec des contemplatives dans les couvents dont il était directeur spirituel et dont il a transmis la charge à son neveu. La sœur de Thomas Philippe, Mère Cécile, l’ancienne prieure du couvent voisin de L’Eau vive, est elle aussi sanctionnée pour avoir poussé des moniales dans les bras de son frère, avoir elle-même eu des rapports homosexuels avec plusieurs d’entre elles ainsi que des rapports incestueux avec son frère Thomas.
Aucune preuve n’indique que Marie-Dominique Philippe soit lui aussi passé à l’acte dès la première moitié des années 1950, mais de forts soupçons pèsent sur lui. Il sera condamné en 1957, dans une sentence qui restera secrète, camouflée notamment par le maître de l’ordre dominicain. Ce dernier le protégeait pour des raisons doctrinales, car il était vu comme un gardien éminent de l’orthodoxie.
Marie-Dominique, «caché» à Fribourg
Le Vatican a tenté d’empêcher Thomas Philippe de nuire en lui imposant un séjour dans un hôpital psychiatrique et interdit à Jean Vanier et aux autres initiées tout contact avec lui. Après le départ forcé de Thomas Philippe pour Rome, en 1952, Jean Vanier, nommé pour lui succéder à la tête de L’Eau vive à 24 ans, va prendre une place centrale dans le groupe des «tout-petits». Le Saint Office le dépeint comme le «disciple le plus fanatique» du Père Thomas.
En ce qui concerne Marie-Dominique Philippe, la situation est plus délicate car il fonde une congrégation religieuse dynamique (les Frères de Saint-Jean) dont il devient le modérateur général, explique Tangi Cavalin dans La Croix. Cette double appartenance interroge à plusieurs reprises les responsables dominicains. Ils devront se plier aux dispenses romaines obtenues par Marie-Dominique Philippe. Grâce à ses appuis au Vatican, le fondateur des Frères de Saint-Jean va imposer à l’ordre tout entier une situation d’exception qui lui permet de maintenir extérieurement son appartenance à la province de France tout en se soustrayant en pratique à son obéissance. Après leur condamnation dans l’affaire de l’Eau vive, Thomas Philippe choisit d’être exclaustré. Marie-Dominique devient enseignant à l’Université de Fribourg jusqu’à sa retraite en 1982, ce qui le place directement sous la juridiction du maître de l’ordre et non du provincial de France.
Jean Vanier et le succès inattendu de L'Arche
En 1956, quand Rome décide de la fermeture de L’Eau vive, Jean Vanier va résider dans divers lieux, solitaire, cherchant toujours le contact avec son mentor. À partir de 1952, le dominicain étant sous surveillance, et son courrier intercepté, ses adeptes vont développer des stratégies pour rester en contact en toute discrétion.
"Marie-Dominique et Thomas Philippe jouent de leur connaissance de l’institution et de ses failles"
En 1964, naît L’Arche, qui serait née, au départ «du projet du petit noyau de se retrouver autour du Père Thomas, 'paravent’ idéal à leurs retrouvailles…» «Il y a bien une logique sectaire à la fondation, et en même temps, le projet de vivre avec des personnes ayant un handicap rejoint une intuition profonde et sincère chez eux. Ils vont être dépassés par ce qu’ils ont eux-mêmes fondé», souligne toutefois Florian Michel. Le succès inattendu de L’Arche et l’aura grandissante de Jean Vanier les protègeront. Il accompagne de plus en plus de monde, et pour un bon nombre de femmes. Le laïc canadien fait glisser l’accompagnement spirituel progressivement et habilement vers des relations sexuelles sous emprise.
Art consommé de la manipulation
Les historiens soulignent également dans les rapports l’insistance de Jean Vanier à vouloir être ordonné. Ce désir va l’animer pendant un quart de siècle, jusqu’à un refus définitif de Rome. Néanmoins, «la célébrité grandissante de Jean Vanier, bien souvent confortée par la hiérarchie catholique, et la réussite de L’Arche ont remédié à cet échec», note La Croix.
Un des apports de cette remarquable investigation, note La Vie, est de montrer précisément comment, dans le temps long, les frères Marie-Dominique et Thomas Philippe jouent de leur connaissance de l’institution et de ses failles pour renvoyer les niveaux d’autorité dont ils dépendent dos à dos, dans un art consommé de la manipulation. L’Affaire montre aussi les problèmes soulevés par le secret sur l’origine des sanctions (dès les années 1950), car c’est grâce à ce secret que Thomas Philippe réussit à se faire progressivement passer pour une victime de Rome, relève le magazine. (cath.ch/cx/lavie/arch/rz)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Renvoi de l’état clérical du Père Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve
Le Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF) a définitivement renvoyé de l’état clérical Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve. Ce Frère de Saint-Jean, convaincu d’abus sexuels, avait été prieur à Genève pendant douze ans entre 1988 et 2008.
Dans un communiqué du 24 janvier 2023, les Frères de Saint-Jean prennent acte de cette décision sans appel possible, datée du 15 décembre 2022. Cette décision attendue est venue conclure des années de procédures, longues et douloureuses pour les personnes concernées, note la communauté. Elle vise une figure importante de la congrégation au regard des responsabilités qu’il a eues jusqu’en 2008. Benoît-Emmanuel Peltereau-Villeneuve avait été prieur à Genève pendant 12 ans entre 1988 et 2008 et l’organisateur d’événements importants tels que le Festival Agapé ou le forum Amour et Vie.
Des abus sexuels nombreux et graves
Les faits qui sont reprochés à Benoit Peltereau-Villeneuve sont nombreux et graves. Ils remontent aux années 1990 pour les plus anciens, relèvent les frères de Saint-Jean. Le Frère a fait l’objet de plusieurs signalements pour de graves agressions sexuelles dans le cadre de son ministère, et en plusieurs cas dans le cadre de l’accompagnement spirituel de sœurs de Saint-Jean et de femmes majeures.
Selon les témoignages, au moins deux victimes auraient parlé au Père Marie-Dominique Philippe (le fondateur des Frères de Saint Jean, lui même coupable d’abus sexuels NDLR) du temps où il était Prieur général, avant 2001. En 2007, des plaintes ont été connues de plusieurs frères de Saint-Jean en responsabilité.
Début 2008, suite à des plaintes, Mgr Bernard Genoud, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, avait relevé le frère de son ministère et fait un signalement à la justice suisse. La procédure qui s’en est suivie a abouti en septembre 2008 à une ordonnance de classement pour prescription des faits. Le procureur général affirma néanmoins publiquement que le mis en cause avait commis des actes d‘abus de détresse sur au moins deux personnes.
Sur la base de cette ordonnance, en février 2011, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (CDF) a renvoyé le frère de l’état clérical avec interdiction supplémentaire de prêcher, d’avoir une charge de formation ou d’enseignement, et de se marier (sauf dispense pour cette dernière interdiction).
Benoît Peltereau-Villeneuve a fait appel de cette décision de la CDF et saisi la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) à l’encontre de la justice suisse. Il a également déposé plainte à l’encontre d’un frère, d’une sœur, de plusieurs laïcs et du diocèse de LGF, leur reprochant de l’avoir calomnié.
En décembre 2012, la CDF a commué la peine de renvoi de l’état clérical par l’imposition d’un «remède pénal». En octobre 2014, la CEDH a condamné la Suisse pour violation de la présomption d’innocence.
Egalement exclu de la communauté
Exclaustré depuis 2013 dans le diocèse de Saltillo au Mexique, Benoît Peltereau-Villeneuve n’était plus autorisé à porter l’habit des Frères de Saint-Jean. Une demande de sortie de la Congrégation avait été faite à cette époque, mais elle n’avait pas pu aboutir, à cause de la relance de la procédure canonique avec le dépôt de nouvelles plaintes. Dans ce contexte, Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun qui restait son autorité, lui avait cependant interdit par décret d’écouter les confessions ainsi que de faire de l’accompagnement spirituel. Le décret du DDF met également fin à son état de religieux.
“À notre connaissance, une enquête judiciaire est par ailleurs en cours à l’encontre de l’ancien frère”, indique le communiqué.
Demande de pardon
“Nous sommes honteux face à ces femmes tant à cause des actes reprochés que de la lenteur et parfois de l’inefficacité des différentes instances ecclésiales qu’elles ont pu saisir. Nous savons que dans le cas de situation d’emprise instaurée dans le cadre de l’accompagnement spirituel, une position de pouvoir, des minimisations décourageantes et les résistances rencontrées rendent les démarches de plaintes particulièrement difficiles. Nous leur demandons humblement pardon pour les réactions blessantes, inadéquates ou trop lentes de membres de notre Congrégation auxquelles elles ont pu s’adresser”, soulignent les frères de Saint-Jean. (cath.ch/com/mp)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Les frères de Saint-Jean réforment leur gouvernance
Lors de leur chapitre général, tenu du tenu du 11 au 24 octobre 2022 à Troussures (Oise) les frères de Saint-Jean ont poursuivi leur travail de réforme de leur gouvernance entamé au printemps. Il ont mis en place cinq provinces régionales pour «décentraliser» les décisions et revu leur système de formation.
La congrégation des frères de Saint-Jean, réunie sous l’autorité du prieur général frère François-Xavier, a poursuivi le travail d’inventaire de cette communauté qui souffre encore des révélations d’abus spirituels et sexuels par le fondateur Marie-Dominique Philippe (1912-2006) ainsi que par plusieurs frères, rapporte le quotidien La Croix
L’examen de conscience comportait des dimensions historiques et théologiques mais aussi psychologiques et systémiques, souligne le message final du chapitre. Ainsi, la commission historique confirme qu’il y a un lien entre l’histoire du Père Philippe, son enseignement, ses actes graves et les abus commis par des frères.
Travail de vérité
Évoquant le volet théologique, les rapporteurs soulignent "la confusion", "une conception faussée de l’action de l’Esprit Saint", "des actes intrinsèquement mauvais" qui nécessitent encore la prise de parole et un travail de vérité. D’ores et déjà, les personnes faisant l’objet d’une procédure ou d’une condamnation civile ou ecclésiastique ne prendront plus part aux votes de la congrégation et ne pourront pas être élues.
La formation a retenu une bonne part du temps du chapitre. Il s’agit de proposer un cursus solide tout en tenant compte des diverses cultures, notamment par le recours aux prieurés de formation dans les différentes régions du monde. Un collège général de théologie anglophone sera installé à Rome.
Cinq provinces
Dans le sens d’une décentralisation des structures de gouvernance, le chapitre a concrétisé la mise en place de cinq provinces régionales plus autonomes pour la France, l’Europe, l’Afrique, les Amériques, l’Asie-Océanie ne constituant pour l’instant qu’une "vice-province" encore attachée au prieur général.
Réforme de la liturgie
À ces grands dossiers se sont ajoutées de nouvelles questions, notamment la non-conformité des pratiques liturgiques de la congrégation. Les experts consultés ainsi que le dicastère pour le culte divin ont souligné quelques difficultés sur des traductions approximatives, des mélodies inadaptées et des choix liturgiques "non conformes au droit de l’Église".
Au cours de sa réunion, le chapitre a reçu la visite de leur référent Mgr Benoît Rivière, évêque d’Autun, Chalon et Mâcon, ainsi que de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France. (cath.ch/cx/mp)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...
Les Frères de Saint Jean déboulonnent la 'statue' de leur fondateur
A l'issue de la seconde session de leur Chapitre général, tenue du 22 octobre au 1er novembre 2019, les Frères de Saint-Jean ont formellement reconnu que leur fondateur, le Père Marie-Dominique Philippe, en raison des graves abus, de conscience, de pouvoir et sexuels commis, ne peut pas être un modèle de vie, ni une référence de leur communauté. Ils ont entamé un processus de refondation complète.
A travers de la diversité des avis, une convergence de fond s’est
dégagée autour des sujets fondamentaux du charisme de la communauté et du
rapport au fondateur. Dans une déclaration, élaborée et votée par les 50
membres du Chapitre, venus de divers pays et continents, les frères de
Saint-Jean affirment ne plus se référer au Père Marie-Dominique Philippe
"comme à une norme pour actualiser leur charisme aujourd’hui. Si le charisme
est une vie selon l’Esprit-Saint, le Père M.-D. Philippe, en raison des graves
abus qu’il a commis, ne peut pas être un modèle de cette vie", note encore
déclaration publiée le 5 novembre. Professeur de philosophie à l'Université
de Fribourg de 1945
à 1982, le Père Marie-Dominique Philippe a fondé les Frères de Saint-Jean, en
1975, à Fribourg.
Plus de photos ni de livres du Père Marie-Dominique Philippe
Très concrètement les Frères de Saint-Jean ont décidé de réviser
leur règle de vie et leurs constitutions, d’appeler au sens critique dans la
lecture des écrits de leur fondateur, de retirer de tous les couvents et lieux
publics ses photographies, et de revisiter tout leur patrimoine spirituel. Ses
livres ne seront plus mis en vente dans les couvents, et ses enseignements
audios ne seront plus diffusés à l’extérieur, en attendant qu’un discernement
soit fait.
Il s'agit de faire la distinction entre le fondateur historique et
le charisme de l’institut lui-même qui seul est discerné et approuvé par
l’Église, a indiqué Mgr José Rodriguez Carballo, secrétaire de la Congrégation
pour la vie consacrée, invité à ce chapitre.
Un système d’abus mis en place dès les origines
Les membres du chapitre ont également repris la question des abus,
en particulier l’accompagnement des victimes, mais aussi des auteurs d’abus, la
réparation due, et la poursuite du travail de recherche sur les causes. La
première session du chapitre, en mai 2019, avait permis de découvrir que 27
frères s'étaient rendu coupables d'abus. Des témoignages internes à la
communauté, illustrant notamment comment certains frères avaient pu reproduire
le modèle du fondateur déviant, ont provoqué un nouveau choc révélant un
système d’abus mis en place dès les origines.
"Nous avions connaissance de l’enseignement extérieur, la
doctrine publique, du Père Marie-Dominique Philippe, a expliqué à La Croix le prieur général, le Frère François-Xavier
Cazali. Mais à travers les témoignages des victimes, nous avons découvert un
deuxième niveau de discours choquant dont nous n’avions pas idée, qu’il
distillait dans le cadre de la direction spirituelle et qui a paralysé la
conscience et autorisé une auto-justification des abuseurs. Ils se sont crus
au-dessus de la morale commune. C’est quand on découvre les témoignages des
abus, et ce qu’ils révèlent de la doctrine cachée du Père Philippe, qu’on voit
apparaître les défauts de sa doctrine publique."
Décentralisation et réforme de la formation
Au-delà des abus directs, le mode de fonctionnement du Père
Marie-Dominique Philippe a eu aussi des incidences sur le gouvernement de la
congrégation organisé pour garder le 'père' au centre de toutes les décisions.
Le chapitre a ainsi travaillé sur une structure décentralisée, qui laissera
plus d'autonomie aux provinces régionales. La formation sera aussi réformée.
"On ne mesure pas encore toutes les conséquences de ce
chapitre fondateur. Pendant neuf ans, on a cherché à soigner le cancer à dose
homéopathique, aujourd’hui, c’est une amputation pour sauver le corps", note,
dans des propos rapportés par le journal La
Croix, le Père Barthélémy Port, curé de Sainte-Cécile à
Boulogne-Billancourt.
Si
la plupart des frères saluent le courage du chapitre, d’autres ne manqueront
pas d’être profondément déstabilisés, admet le Frère Cazali. "Nous avons
un travail à faire pour permettre à toute la communauté d’entrer dans ce
mouvement." La déclaration précise que "quand les conditions seront
réunies", une célébration liturgique de demande de pardon à l’égard des
victimes sera organisée en concertation avec celles-ci.
Ce chapitre des Frères de Saint-Jean aura probablement des
répercussions plus vastes. Les dominicains notamment devraient s’expliquer sur
la manière dont ils ont laissé les deux frères Philippe, malgré leurs
condamnations, fonder les deux communautés de l’Arche et de Saint-Jean.
(cath.ch/com/cx/mp)
Une sinistre affaire de famille
Une nouvelle page des révélations sur les abus du Père Marie-Dominique Philippe (1912-2006) s'est ouverte lors de ce chapitre. L'accès aux archives des dominicains a révélé qu’en 1957, le Saint-Siège avait infligé des sanctions au religieux dominicain: interdiction de confesser, de diriger spirituellement des religieuses, de séjourner et de prêcher dans des monastères et d’enseigner la spiritualité. Ces sanctions ont duré deux ans.
Le Père Marie-Dominique avait été jugé gravement complice des agissements de son frère aîné. Le Père Thomas Philippe (1905-1993), inspirateur de l’Arche de Jean Vanier, avait été condamné en 1956 par le Saint-Office à ne plus avoir aucun ministère sacerdotal, car il avait entraîné des femmes vers des moments d’intimité sexuelle par des justifications mystiques et théologiques, allant parfois jusqu’à fausser leur conscience.
Ont été également reconnus comme ayant une responsabilité dans les agissements du P. Thomas Philippe, sa sœur, Mère Cécile Philippe, prieure du monastère dominicain de Bouvines, et son oncle, lui aussi dominicain, le Père Pierre-Thomas Dehau. Mère Cécile a été déposée de sa charge de prieure. Le Père Dehau, eu égard à son âge et à sa maladie, n’a reçu qu’une monition canonique. Il est mort peu de temps après.
Pour mieux comprendre ce péché des origines, la communauté mettra en place une commission interdisciplinaire, qui travaillera à la fois sur les plans historique, théologique et psychologique.
"Supprimer la communauté serait une solution trop simple"
La théologienne Sœur Noëlle Hausman participait au chapitre général des frères de Saint-Jean. Interrogée par La Croix, elle rappelle que la fidélité est due d'abord à l'appel de Dieu et pas à un fondateur.
"Si telle personne, ou tel groupe de personnes, dévie, Dieu ne reprend pas ses dons, explique Sœur Noëlle Hausman.Ils sont là mais ils n’ont pas été honorés. Le charisme est transmis, c’est à la génération qui le reçoit de le faire croître nouvellement.
Pour la religieuse, supprimer la communauté "aurait été la solution simple, mais elle n’était pas en accord avec la vitalité qui continue à se manifester chez un certain nombre. Le plus étonnant, pour moi, c’est que les Frères ou les Sœurs soient encore là. On ne peut faire comme si ce n’était pas."
Selon elle, il 'agira aussi de s'interroger du côté des autorités de l'Eglise en France. "Beaucoup de garde-fous n’ont pas fonctionné. Évêques et familles religieuses alentour peuvent s’interroger eux aussi." (cath.ch/cx/mp)
Articles les plus lus
20/04/2026 - 16:05
Le nombre de paroisses réformées dans le canton de Vaud sera divisé par trois
Le nombre de paroisses de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) doit passer de 86 à environ 30 d’ici 2029.
22/04/2026 - 19:00
"En Suisse, il y a une forte augmentation des demandes d'exorcisme"
En Suisse romande comme en Europe et aux États-Unis, le nombre de personnes se disant possédées ne cesse de croître, tout comme les demandes d’exorcisme. La possession serait-elle un simple trouble psychique? Une croyance teintée d’obscurantisme? La psychanalyste Marie Renaud-Trémelot répond.
23/04/2026 - 19:00
Léon XIV, un lion qui n’hésite pas à rugir
La tournée africaine qui s’achève ce 23 avril 2026 a agi comme un révélateur, imposant la stature internationale de Léon XIV et dévoilant des facettes jusque-là méconnues de son pontificat. Par ses paroles fermes dans chacun des quatre pays visités, Léon XIV est apparu comme ‘un lion qui sait rugir...