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  • DOSSIERS

    Dante parlant au pape Nicolas III (Giovanni Gaetano Orsini)

    Les Orsini, une lignée faite et défaite par les papes

    Les familles romaines Certaines familles romaines sont si profondément enracinées dans l’histoire de la Ville Éternelle qu’il est parfois difficile de démêler la réalité de la légende. Certaines ont compté plusieurs papes dans leurs rangs. D'autres faisaient ou défaisaient les papes.

    Contenu du dossier
    Dante parlant au pape Nicolas III (Giovanni Gaetano Orsini)
    Actualités

    Les Orsini, une lignée faite et défaite par les papes (1/5)

    Alexandre Farnèse, le pape Paul III (1534-1549) convoqua le Concile de Trente
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    La famille Farnese, toute dévouée à la papauté (2/5)

    Buste de Camillo Borghese, Paul V (1605-1621) par Le Bernin
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    Les Borghese, politiques et mécènes dans le sang (3/5)

    L'arrestation du pape Boniface VIII à Agnagni, en 1303 selon une chronique de l'époque
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    Les Colonna, les frères ennemis des papes (4/5)

    Maffeo Barberini, Urbain VIII par Le Bernin
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    Dante parlant au pape Nicolas III (Giovanni Gaetano Orsini) © gravure de Gustave Doré (1861)

    Les Orsini, une lignée faite et défaite par les papes (1/5)

    Certaines familles romaines sont si profondément enracinées dans l’histoire de la Ville Éternelle qu’il est parfois difficile de démêler la réalité de la légende. La famille Orsini, une des plus puissantes de toute la péninsule italienne, est de celles-là, même si son ascension au sein du panthéon des grandes lignées de Rome est plus une histoire faite de conquêtes que de fondations.

    I.MEDIA

    Les origines romaines des Orsini remontent au 4e siècle: le général Orsicino, au service de Constantinople, est démis de ses fonctions par l’empereur Constant Ier pour diffamation. Il fuit la capitale d’Orient, siège de l’Empire, et va se réfugier à Rome. Ainsi naissent les "Orsi" – les ours en italien –  plus tard "Orsini", dont l’emprise sur la Ville éternelle va prendre peu à peu une importance phénoménale. Si certains affirment que Stéphane II (752-757) et son frère Paul Ier (757-767) étaient des Orsi, l’origine de la fortune et de la grandeur de la famille Orsini est indubitablement liée à la papauté. L’élection sur le trône de Pierre à l’âge de 85 ans de Célestin III (1191-1198), né sous le nom de Giacinto di Pietro di Bobone Orsini, en est la première étape.

    Ce dernier pratique un népotisme très intense, nommant cardinaux deux de ses neveux et permettant dès son élection à son cousin Giovanni, dit 'Giangaetano', de s’emparer des fiefs de Licenza, Nettuno, Roccagiovine et Vicovaro, des bourgs situés à proximité de Rome. Ces terres riches et convoitées seront le noyau du pouvoir territorial de la famille, qui abandonne à la même époque le nom Bobone pour celui d’Orsini.

    L’art du népotisme

    L’ascension est stupéfiante: le fils de Giangaetano, Matteo Rosso, devient sénateur de Rome en 1241, et chasse de la capitale une puissante famille concurrente, les Colonna. En soutenant sans faille le parti guelfe – partisan du pape – contre les gibelins – qui soutiennent l’empereur, il voit son prestige et son territoire augmenter. Au point de permettre au fils de Matteo Rosso, Giovanni Gaetano, dans un premier temps habile nonce au service des pontifes, de se constituer un solide réseau dans toute la chrétienté de l’époque, notamment auprès de Charles d’Anjou. Grâce à celui-ci, il se fait élire pape sous le nom de Nicolas III (1277-1280), profitant de la charge pour donner encore plus de pouvoir à sa famille.

    En tant que citoyen romain, il se fait élire sénateur, profitant du prestige de son statut de pape, et offre la charge à son neveu. Mais son emprise devient encore plus importante, puisqu’il est à l’origine de l’institutionnalisation du passage d’une noblesse traditionnelle à une noblesse pontificale, où le pape seul peut faire et défaire les aristocraties. Évidemment, il renforce ainsi le pouvoir du pape, seul vrai souverain à Rome, et des cardinaux, en profitant pour offrir la pourpre à son neveu. Dante, qui fut son contemporain, lui donne la parole dans le huitième cercle de l’Enfer, dans des vasques enflammées réservées aux simoniaques (ceux qui vendent des biens spirituels):

    "Je fus vraiment fils de l’Ourse [en référence au nom Orsini], et si avide que, pour enrichir les oursons, je mis là-haut l’or, et ici moi-même dans la bourse. Sous ma tête sont couchés les simoniaques qui me précédèrent, tirés par la fente de la pierre. Là aussi je tomberai, quand viendra celui que je te croyais être, lorsque je fis la soudaine demande. Mais plus de temps il y a déjà que mes pieds brûlent et que j’ai été ainsi renversé, qu’il ne le sera lui-même, et que ses pieds ne brûleront ; car, souillé de plus laides œuvres, après lui viendra du Couchant un pasteur sans loi, tel que lui et moi il convient qu’il recouvre."

    La main mise sur la Ville éternelle

    La mort rapide du pontife n’empêche en rien l’essor stupéfiant de ses proches, qui sont alors alliés aux Colonna, leurs anciens ennemis. À la tête d’une faction qui domine à la fois l’État et l’Église, et fournit régulièrement d’importants cardinaux, leur territoire s’étend et des branches apparaissent. Les Orsini de Monte, pour ceux régnant sur le cœur de la ville, les Orsini de Campo, qui administre le Campo de' Fiori, plus au sud, et les Orsini de Ponte qui résident au château Saint-Ange, tiennent de fait une grande partie de la Ville éternelle.

    La politique d’expansion ne s’arrête pas là, et, s’implantant en Romagne, dont ils sont devenus les comtes, il s’installent à Naples avec le soutien de la dynastie angevine, puis en Calabre, par un mariage habile avec une grande dynastie locale. Cependant, l’Église reste leur vecteur principal d’expansion, grâce aux charges ecclésiales de vicaire ou de cardinal qu’ils reçoivent à loisir, leur permettant d’intégrer des terres diocésaines à leur empire. Leur puissance s’étend même jusqu’à l’actuelle Albanie, au 14e siècle, et comprend le duché de Bari.

    Arrive le 15e siècle, et les différentes branches des Orsini dominent l’Italie du Sud. Seigneurs versés dans l’art de la guerre, ils se mettent au service des grandes dynasties tout en gardant un ancrage à Rome. Ils bataillent contre Milan pour Naples et pour Florence, face à la puissante famille Visconti. Une de leurs filles, Clarice, épouse Laurent le Magnifique.

    Contre les Borgia

    Mais le prestige principal vient une nouvelle fois du Saint-Siège, par le Collège des cardinaux. le cardinal Giovanni Battista Orsini, élevé à cette charge en 1483, s’oppose au pape Innocent VIII et va œuvrer avec succès à l’élection de Rodrigo Borgia, qui prend le nom d’Alexandre VI, en 1492. Cependant, l’ambition du pontife espagnol, qui tente de tailler un royaume à son fils César dans les terres pontificales, va pousser les Orsini à un premier et terrible revers.

    Complotant avec d’autres grands seigneurs dans ce qui est retenu comme la "Conspiration de la Magione", lieu où fut scellé la forfaiture, ils tombent sur plus forts qu’eux. Les conspirateurs sont démasqués, capturés et tous mis à mort. Le cardinal et le reste de la famille subit le courroux des Borgia, au point qu’au début du 16e siècle, les Orsini de Rome disparaissent peu à peu. Signe d’un changement d’époque, le domaine familial est finalement vendu à une autre grande famille romaine, les Barberini, en 1641.

    Un dernier pape

    Benoît XIII (1724-1730), né Pietro Francesco Orsini, n’a plus rien de l’ambition de ses prédécesseurs: il est doux, vit très frugalement et soutient les arts et les sciences. Un procès en béatification de celui que l’Église reconnaît déjà comme vénérable est d’ailleurs en cours depuis le dépôt de son dossier à la Congrégation pour la cause des saints en 2017 par le cardinal Augusto Vallini.

    Avec trois papes et une vingtaine de cardinaux, les Orsini, dont la lignée existe encore, sont toujours aujourd’hui des princes de Rome, mais leur puissance a largement décru après le 16e siècle. Ces authentiques créateurs de l’autorité papale au 12e siècle auront, ironiquement, subi le courroux du trône de Pierre qu’ils avaient pourtant tant renforcé. (cath.ch/imedia/cd/rz)

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    Alexandre Farnèse, le pape Paul III (1534-1549) convoqua le Concile de Trente © Ecole du Titien Kunsthistorsches Museum Vienne

    La famille Farnese, toute dévouée à la papauté (2/5)

    Devenue puissante dès le 10e siècle, la famille Farnese est systématiquement à compter parmi les guelfes (dévoués au pape) et vassaux des États pontificaux. Au 12e et 13e siècles, ses membres sont considérés comme des opposants farouches aux gibelins (opposés au pape).

    Arthur Herlin. I.MEDIA

    En 1340, l’ensemble de la famille jure obéissance aux domaines papaux du nord de Rome. Elle est aussitôt récompensée par l’obtention de fiefs et de grands domaines notamment dans cette région des États pontificaux. Dès lors, les Farnese engagent de fortes relations avec l’aristocratie romaine de l’époque: les Orsini, les Savelli ou les Colonna.

    Cette ascension au sommet de la société romaine est illustrée parfaitement par le parcours éloquent d’Alexandre Farnese, né à Rome le 29 février 1468, il est créé cardinal en 1493, à peine âgé de 25 ans, par Alexandre VI (1492-1503). Cette rapide consécration est en partie due à sa sœur Giulia Farnese, maîtresse favorite du pontife d’alors.

    Il porte ainsi la pourpre cardinalice pendant plus de quarante ans, traversant tous les grades jusqu’à devenir doyen du Sacré Collège. Cette longue expérience lui vaut un grand prestige au sein du Collège cardinalice, d’autant plus que son Palais Farnèse – aujourd’hui résidence de l’ambassade de France en Italie – dépasse en splendeur toutes les autres places prisées de Rome.

    Le palais Farnese est devenu l'ambassade de France à Rome
    Le palais Farnese est devenu l'ambassade de France à Rome @ wikimedia commons Myrabella CC-BY-2.0

    Sans grande surprise, il est donc élu le 13 octobre 1534, 220e pontife à l’âge de 66 ans prenant le nom de Paul III (1534-1549). Pape mécène et réformateur, il créé la Compagnie de Jésus (les jésuites) et en fait même son bras armé pour le représenter au Concile de Trente (dit aussi "concile de la Contre-Réforme catholique »), dont il est l’initiateur. Il réorganise par ailleurs l’Inquisition, mettant en place l’Inquisition romaine et autorisant la création de l’Inquisition portugaise.

    Les Indiens sont de "véritables êtres humains"

    On lui doit également la condamnation officielle par l’Église catholique de l’esclavage des Indiens "ou de tout autre peuple qui viendrait à être découvert". Paul III y déclare encore que ceux qui présentent les Indiens comme des bêtes, devant être utilisés sous prétexte qu’ils ne connaissent pas la foi catholique, sont des "suppôts de Satan" dont le but est d’"empêcher que la parole de Dieu soit annoncée pour le salut de ces nations ".

    Dès 1537, Paul III condamne fermement, par la lettre apostolique Veritas ipsa et la bulle pontificale Sublimis Deus, la pratique de l’esclavage en général, et des Indiens en particulier. Paul III y déclare que les Indiens sont de "véritables êtres humains", "capables de comprendre la foi catholique". De plus, il leur reconnaît le droit de vivre libres et de posséder des biens, "même s’ils demeurent en dehors de la foi de Jésus Chris". Dans la réalité ces bulles resteront cependant lettre morte.

    Voulant inscrire sa famille dans la durée, Paul III voit son règne quelque peu entaché par le népotisme, après avoir créé son neveu Alessandro Farnese cardinal à seulement 14 ans. Le pontife ne s’arrête pas là lorsqu’en 1537, il fait de son fils Pier Luigi Farnese – qu’il avait eu avec Silvia Ruffini avant de devenir prêtre – Duc de Castro, détenant ainsi tous les fiefs du nord-Latium. Un peu plus tard, en 1545, c’est le duché de Parme et de Plaisance qu’il inscrit dans les possessions de la famille grâce à son intervention.

    Le Vatican embelli

    Paul III est également reconnu pour sa modernisation de Rome où il installe de nouvelles fontaines, rénove les rues et embellit considérablement le Vatican. Il appelle Michel-Ange pour réaliser le Jugement dernier dans la chapelle Sixtine et afin de planifier la place du Capitole. Il commande encore à l’artiste florentin la chapelle Pauline réalisée de 1537 à 1539 au Palais apostolique, ornée de deux fresques célèbres représentant la Crucifixion de Saint-Pierre et la Conversion de Saint-Paul, les toutes dernières œuvres peintes de Michel-Ange. En possession de sculptures antiques amassées par la famille, Paul III crée en 1543 la Collection Farnese conservée aujourd’hui au Musée archéologique national de Naples.

    La mort du pontife en 1549 marque le début du déclin de cette grande famille enviée par les autres clans romains, cible du Saint-Empire romain germanique, et soumise à la couronne d’Espagne. En 1731 Antoine Farnese meurt sans héritier, les possessions de la famille reviennent alors aux Bourbons, descendants et légataires des derniers Farnese. (cath.ch/imedia)

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    Buste de Camillo Borghese, Paul V (1605-1621) par Le Bernin

    Les Borghese, politiques et mécènes dans le sang (3/5)

    Connue comme l’une des grandes lignées romaines, la famille Borghese puise pourtant ses origines près de Sienne. C’est un homme dont le prénom était Borghese, petit-fils d’un marchand de laine du 13e siècle nommé Tiezzo de Monticiano, qui aurait donné son nom à cette illustre descendance. Ambassadeurs, capitaines, magistrats ou encore juristes, ses membres font donc partie de l’intelligentsia de la cité toscane à la fin du Moyen-Âge. Et c’est la domination de la famille Médicis à Sienne qui va leur ouvrir les portes de la Cité Éternelle entre 1551 et 1554.

    Claire Guigou, I.MEDIA

    Premier chef de famille à s’installer à Rome, Marcantonio Borghese est considéré comme le fondateur de la “dynastie Borghese” romaine. Quelques années plus tard, la famille, pourtant bien loin des ors du Vatican, est bouleversée par un événement de taille : le 16 mai 1605, Camillo Borghese, le fils de Marcantonio, est élu pape sous le nom de Paul V (1605-1621). Son pontificat est marqué par une application stricte du droit canon, s’inscrivant dans le courant de la Contre-Réforme, mais qui témoigne également d’une grande richesse artistique.

    Paul V est en effet connu pour avoir achevé la basilique Saint-Pierre de Rome et avoir fait graver la frise qui surplombe la loge des bénédictions – la loge centrale de la basilique, qui domine la place Saint-Pierre. Fondateur des Archives apostoliques du Vatican, ce pape à la fibre mécène agrandit également la bibliothèque du petit État. S’il laisse condamner les travaux de Copernic en 1616, il nourrit indéniablement une grande passion pour la science et confie au botaniste Jean Faber la tâche d’enrichir les jardins du Vatican de plantes rares. Enfin, il embellit Rome de nombreuses fontaines, dont une, l’Acqua Paola, sur le Janicule, porte encore son nom.

    Le pape place ses proches à des postes-clés

    Pratiquant le népotisme, le seul pape de l’illustre famille siennoise effectue une série de nominations qui marquent le début de l’ascension des Borghèse à Rome. Il commence tout naturellement par ses propres frères : l’un est nommé général de l’armée papale et le second gouverneur du Borgo, le “bourg” situé au pied de la colline du Vatican. Mais l’une des nominations les plus significatives de son pontificat reste celle de son neveu, Scipione Caffarelli-Borghese (1577-1633), qu’il créé cardinal.

    Considéré comme l’une des plus grandes figures de l’art baroque, celui-ci est connu pour avoir “découvert” le Bernin dont il favorise allègrement l’ascension. Répondant à ses multiples commandes, le sculpteur conçoit pour ce féru d’art de multiples chefs-d’œuvres dont le célèbre David (1623). Il soutient encore Michel-Ange et tous les plus grands : Le Caravage, Le Dominiquin, Pierre Paul Rubens ou encore Guido Reni bénéficient chacun à un moment de leur carrière de son immense influence.

    La Déposition de Raphaël (1507) fut acquise par les Borghese
    La Déposition de Raphaël (1507) fut acquise par les Borghese

    On ne dit pas non aux offres d’un Borghese : afin de mettre la main sur les œuvres qu’il convoite, le cardinal n’hésite d’ailleurs pas à utiliser la coercition. C’est ainsi qu’il jette le Cavalier d’Arpin derrière les barreaux pour qu’il peigne les œuvres exigées. Et la célèbre Déposition de Raphaël est, quant à elle, secrètement enlevée de la chapelle Baglioni de l’église de San Francesco de Pérouse où elle se trouvait, et transportée à Rome pour être donnée à Scipione qui confirme cette acquisition grâce à un Motu proprio du pape. Afin d’abriter son incroyable collection, le neveu du pontife fait construire la célèbre Villa Borghèse, dont il conçoit lui-même les plans, et aménage tout autour un parc immense, le plus important construit à Rome depuis l’époque antique.

    Le prince de Sulmona

    Cette passion pour les arts semble être la ligne directrice qui guide bon nombre de membres de la famille Borghèse et contribue à leur incroyable enrichissement au 17e siècle. À côté des grandes lignées ancestrales que sont les Savelli et les Colonna qui croulent à l’époque sous les dettes, les Borghèse parviennent petit à petit à bâtir leur fortune. Grâce à l’élection de Paul V, la famille bénéficie en outre de nombreux titres. Marcantonio II Borghèse, autre neveu du pontife et grand amateur d’art, est successivement anobli par la République de Venise puis celle de Gênes. Et, encore grâce à la médiation de son cher oncle, il devient le premier prince de Sulmona, titre créé spécifiquement pour lui par Philippe III d’Espagne le 14 janvier 1610.

    Le népotisme pratiqué avec ferveur par Paul V contribue à ancrer pour longtemps cette nouvelle famille romaine dans les arcanes du Vatican. Deux autres cardinaux portent le nom de cette illustre lignée:  Francesco Scipione Maria Borghese (1697-1759), créé cardinal par le pape Benoît XIII en 1729 et Scipione Borghese (1734-1782), qui obtient la barrette rouge des mains du pape Clément XIV en 1770.

    Au 18e siècle, le cinquième prince de Sulmona, Marcantonio Borghese (1730-1800) continue quant à lui de nourrir le lien que la famille entretient historiquement avec le monde de l’art. Collectionneur invétéré, il restaure la Villa Borghèse et fait appel à de nombreux sculpteurs, peintres et marbriers pour réaliser de nouvelles décorations spectaculaires.

    Mais les temps changent: alors que Marcantonio s’oppose hautement aux principes de la Révolution française, ses fils Camille et François décident quant à eux de rejoindre les rangs de l’armée révolutionnaire. Lorsque les Français se rendent maîtres de Rome (1798), les deux frères se joignent à la population qui brûle les titres de noblesse familiale sur la place publique.

    Pauline et Camille, ou l’alliance Borghèse-Bonaparte

    Cet amour pour la France conduit Camille Borghèse à rejoindre Paris en 1803 pour y rencontrer le Premier Consul. Frappé par l’enthousiasme que lui démontre le jeune prince et soucieux d’allier les membres de sa famille avec les grandes familles d’Europe, Napoléon le marie avec Pauline Bonaparte, sa sœur préférée. Si ce mariage n’est pas connu pour être heureux, Pauline multipliant les amants, la beauté légendaire de la sœur du premier Consul ajoute au prestige de la famille. Loin d’être pudibonde, la belle Pauline pose nue pour le grand Canova. Représentée sous les traits de Vénus, la princesse immortalise ainsi sa beauté dans le marbre. C’est aussi à cette époque que Pauline Bonaparte acquiert la villa du même nom, aujourd’hui ambassade de France près le Saint-Siège.

    À Camille, qu’il nomme chef d’escadron dans la Garde impériale, puis prince français et duc de Guastalla, Bonaparte confie de nombreuses missions. Cette alliance conduira le prince romain à vendre une grande partie de ses sculptures et œuvres d’art pour huit millions de francs au Premier Consul. Une acquisition encore perçue comme un pillage par les Italiens aujourd’hui.

    Du mécénat à la politique

    Après cette alliance avec l’empereur français, l’illustre famille continue de s’éloigner des arcanes du Vatican pour peu à peu investir d’autres sphères notamment celles de la politique.

    L’Histoire italienne reste ainsi marquée par la figure de Scipione Borghese, député de la circonscription d’Albano Laziale (1871-1927). Ce dernier siège alors au sein du Parti radical et de l’extrême-gauche historique et fonde avec le socialiste Errico De Marinis la revue Lo Spettatore. L’homme politique s’est encore illustré comme explorateur et pilote d’automobiles.

    Bien plus controversé est Junio Valerio Borghèse (1906-1974), partisan convaincu du régime fasciste. Celui qu’on surnomme aussi le “Prince noir” est à l’origine d’une tentative mystérieuse de coup d’État avorté, le Golpe Borghese, qui aurait dû avoir lieu dans la nuit du 7 au 8 décembre 1970. L’opération est finalement arrêtée par Borghese lui-même sans raison apparente, et constitue la dernière action en date de cette famille qui a bâti l’Italie. (cath.ch/imedia)

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    L'arrestation du pape Boniface VIII à Agnagni, en 1303 selon une chronique de l'époque

    Les Colonna, les frères ennemis des papes (4/5)

    L’histoire de la papauté, élective depuis au moins le 11e siècle, est pourtant intimement liée au rôle crucial joué par les grandes dynasties d’aristocrates romains. Bâtisseuses, législatrices, ou parfois comploteuses et intrigantes, ces lignées extraordinaires ont servi l’Église catholique romaine et ont joué un rôle essentiel dans sa transformation au cours des siècles. Aujourd’hui : les Colonna.

    Anne-Quitterie Jozeau / Camille Dalmas I.MEDIA

    Jean XII, Benoît IX, Martin V … Peu nombreuses sont les familles qui peuvent prétendre avoir mis trois de leurs membres sur le trône de Pierre. Le lien qui unit la ville de Rome et les Colonna précèderait l’avènement du christianisme : les racines familiales les feraient descendre, selon la légende, de la gens Julia, la lignée à laquelle appartenait Jules César. Mais le nom des Colonna resplendit – ou fait frémir – à partir du Moyen Âge, quand les premiers membres de cette famille mettent la main sur la papauté.

    Le premier membre attesté des Colonna, Teofilatto de Tusculum est un sénateur romain de la fin du 9e siècle, faisant partie de ce qu’on appelle les optimates, c’est-à-dire la haute aristocratie de Rome. Il s’illustre par son opposition féroce au pape de l’époque, Formose, qui refuse de se soumettre aux puissants ducs de Spolète, alors à la tête du Saint-Empire romain germanique. S’affrontent donc “formosiens”, partisans du pape, et “spolétains”, soutenus par les nobles de Rome. Ces derniers l’emportent. Le célèbre “concile cadavérique” verra Étienne VI sortir la dépouille de Formose de sa tombe pour la juger et la condamner. Cet épisode macabre signe de fait la perte d’autonomie de la papauté vis-à-vis des intérêts des grandes familles de la ville de Rome. Et les Colonna, peut-être plus que nulle autre famille, tiennent fermement, pendant de nombreux siècles, les rênes qu’on leur met alors dans les mains.

    Adultère, simonie, inceste, sacrilège, meurtre et parjure

    Quelques décennies plus tard déjà, un des membres de la famille est élu pape sous le nom de Jean XII (955-964). Ce fils de l’union de la famille Colonna aux ducs de Spolète a été mandaté par son père pour obtenir son poste, et son pontificat fut tout sauf exemplaire. De mœurs très légères, pratiquant le népotisme sans scrupules, il abuse de son pouvoir avec outrance. Le 6 novembre 963, un synode romain et allemand organisé par Otton Ier, ancien duc de Saxe et désormais empereur aux dépens des Spolète, accuse Jean XII d’adultère, simonie, inceste, sacrilège, meurtre et parjure, et est appuyé par toute l’assemblée ecclésiastique. Le pontife se rebelle et, après de violentes altercations militaires avec le pouvoir impérial, meurt. Les circonstances de son décès demeurant incertaines, mais, selon les chroniques de l’époque, peu flatteuses : quand ce n’est pas de la luxure, c’est le diable en personne qui, selon le chroniqueur Liutprand de Crémone, aurait décidé de le faire passer à trépas.

    Le pape suivant de la lignée Colonna n’est pas plus vénérable que son prédécesseur :  Théophylacte de Tusculum, devenu Benoît IX (1032-1044) est un pur produit du népotisme alors très courant : il est ainsi le neveu de deux papes, ses oncles Benoît VIII (1012-1024) et Jean XIX (1024-1032). À peine pubère, le jeune pape est totalement dans les mains de son clan, et donne un nouvel exemple de vie marquée par la débauche et le stupre. S’opposant encore aux pouvoirs – les Tusculum ayant la dent dure – et abusant de son autorité, il est chassé du trône de Pierre en 1044 par une émeute dirigée contre sa famille. Pendant l’exil de Benoît IX, un nouveau pape est élu, Sylvestre III.

    Cependant trois mois plus tard, les Tusculum reprennent Rome et replacent leur pape à la tête de l’Eglise. Mais Benoît IX va cette fois-ci abdiquer en 1045, pour une raison obscure. Certains chroniqueurs disent que c’était pour épouser sa cousine, d’autres que c’est par remords. Le tout est qu’il cède sa place et disparaît d’une vie publique romaine désormais déchirée par les guerres claniques entre familles.

    Toutefois, cela n’est pas terminé, puisque Benoît IX va connaître un troisième pontificat : en 1047, à la mort du pape Clément II (1046-47), les Tusculum remettent habilement leur pape en place. Certaines familles protestent auprès de l’empereur, qui fait élire son propre pape, Damase II, qui ne règne cependant que 23 jours, sans rejoindre Rome. En 1048, Benoît IX est cependant définitivement chassé, et après une tentative avortée de reconquête du Saint-Siège, se réfugie dans un monastère des terres de sa famille et meurt en 1055, laissant dans les mémoires l’image d’un des pires papes de l’Histoire.

    Au 12e siècle, la famille Tusculum prospère encore, et c’est à cette époque que le nom de Colonna, ville qu’ils gouvernent, est pris par la famille. À la tête de milliers d’hectares, la famille romaine possède de nombreux châteaux et terres agricoles situés autour de la Ville Éternelle et développe de multiples activités commerciales faisant d’elles l’une des familles les plus riches d’Italie.

    Une vengeance familiale, la “gifle d’Anagni”

    Affublée de ce nouveau patronyme, la famille Colonna va encore entacher l’histoire de la papauté d’un méfait. Ayant perdu la main sur le Saint-Siège au profit des Caetani et de leur candidat Boniface VIII (1235-1303), Giacomo Sciarra Colonna, alors sénateur romain, organise un complot en collaboration avec le roi de France Philippe IV dit le Bel, en très mauvais termes avec le pontife. Envoyant son homme de main, le puissant Guillaume de Nogaret, Philippe IV tente de renverser ce pape qui l’empêche de mener des réformes dans son royaume. Le projet échoue, et deux frères cardinaux, Pietro et Giovanni Colonna sont excommuniés.

    En septembre 1303, le pape se réfugie à Agnani, au sud-est de Rome pour fuir la chaleur de la Ville. Une cohorte de mercenaires et de soldats se dirige vers son palais. À leur tête, Sciarra Colonna et Guillaume de Nogaret, dépêchés par le roi de France. Leur but : forcer le pape à démissionner. Le prenant par surprise, le sénateur romain s’en prend alors violemment au souverain pontife, l’insultant et lui assénant la célèbre “gifle d’Anagni”, crime considéré comme une des plus viles atteintes à la papauté de son histoire. Refusant de coopérer, le pape est fait prisonnier par les Colonna. Nogaret aurait eu l'intention de le ramener en France pour le faire juger. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Les habitants de la ville, apprenant que leur pape est attaqué, foncent vers sa résidence pour le délivrer. Les Colonna sont chassés de la ville, et Nogaret s’enfuit. Sciarra est de plus chassé de Rome, et la famille Colonna se voit éloignée pendant un temps des affaires du Saint-Siège.

    Martin V, le rétablissement de la puissance familiale 

    Oddone Colonna, le pape Martin V (1417-1431) restaura l'unité de l'Eglise romaine
    Oddone Colonna, le pape Martin V (1417-1431) restaura l'unité de l'Eglise romaine

    La famille latiale redevient cependant un des clans régnant de la cité, bataillant avec leurs rivaux Orsini. Le Grand Schisme d’Occident va lui permettre de remonter sur le trône de Pierre. Oddone Colonna est élu lors du Concile de Constance et rétablit la papauté romaine, qui s’était éloignée de Rome en s’installant à Avignon pour éviter l’influence des seigneurs romains. Il prend le nom de Martin V (1417-1431). Les États pontificaux, occupés par Jeanne II de Naples sont reconquis, et débarrasé de toute tutelle, vont pouvoir prospérer. Martin V permet à sa famille de recouvrer sa fortune. Mais il se met aussi au service des Romains : il reconstruit d’importants édifices religieux tels que Saint-Jean-de-Latran, basilique ayant été saccagée pendant le Grand Schisme d’Occident. Ses travaux en termes d’aménagement assainissent considérablement la cité.

    De ce fait, ce dernier pape issu de la famille Colonna laisse à sa mort un souvenir très positif auprès des habitants de Rome, celui de l’ordre et du prestige retrouvés. Son règne n’est pas dénué de manigances pour autant : en récupérant les droits et les biens de sa famille, Martin V en profite pour détrousser les Orsini. Leur querelle ne prendra fin qu’en 1511 : lors d’une cérémonie solennelle, deux chefs des familles respectives s’embrassent devant le pape Jules II, afin de proclamer et de souligner leur désir de paix entre les familles. Un événement si important pour la cité qu’on le nommera Pax Romana.

    Une famille au service de l’art

    La famille Colonna, qui continue de donner de nombreux cardinaux au Sacré Collège, n’échappe pas à la règle des grandes familles romaines en mettant en place un authentique mécénat. En 1540, Raphaël prend Vittoria Colonna, femme cultivée et réputée pour sa grande beauté, comme modèle et la peint à ses côtés dans la chapelle Sixtine.

    Mais les affaires politiques restent importantes, et Marcantonio II Colonna est nommé gouverneur de la flotte papale de Pie V (1566-1572) qui, à la tête de 12 flottes terrasse les Turcs lors de la glorieuse victoire de Lépante en 1571.

    Durant le 17e siècle, le cardinal Girolamo Colonna et son neveu Lorenzo Onofrio Colonna, grands amateurs d’arts, poursuivent les rénovations au sein de leur palais et appellent les plus grands artistes pour enrichir de beauté les pièces de leur palace, qui devient rapidement une belle résidence aristocratique baroque. Les deux hommes profitent de cette époque de paix pour promouvoir l’art et la culture chez eux. La galerie des Colonna est construite à cette époque-là, et le cardinal Girolamo Colonna entreprend d’y exposer la collection familiale d’œuvres d’art.

    De nos jours, ce palais ayant survécu aux nombreux sacs de Rome à commencer par celui de Charles Quint puis aux diverses guerres ayant ravagé le pays, est la preuve directe du prestige et de la puissance qu’ont réussi à véhiculer la famille romaine des Colonna. (cath.ch/imedia)

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    Maffeo Barberini, Urbain VIII par Le Bernin

    Les Barberini, bâtisseurs de Rome (5/5)

    Contrairement à de nombreuses grandes familles romaines, la place des Barberini dans l’histoire de la papauté est relativement récente, mais fulgurante et particulièrement décisive, malgré une période d’influence assez restreinte.

    Camille Dalmas, I.MEDIA

    Le prestige des Barberini commence par un étrange tour de passe-passe. Originaire d’une petite ville de Toscane, Barberini Val d’Elsa, une famille de marchands nommée les Tafani – littéralement, les "taons" – commence à prospérer et s’installe à Florence au début du 16e siècle. Alors que les armes de leur famille portent trois de ces insectes, ils décident de "redorer" leur blason en changeant de patronyme, empruntant pour l’occasion le nom de leur bourg d’origine. Ils seront désormais baptisés Barberini, et ce seront trois abeilles, insectes industrieux et bâtisseurs, qui représenteront désormais la famille.

    Dès lors, leur réussite commerciale se poursuit, et la famille se construit un magnifique palais à Florence sur la Piazza de la Santa Croce. C’est alors que naît Maffeo Barberini, en 1568. Un enfant brillant, qui reçoit une des meilleures éducations de l’époque, celle dispensée par les jésuites. Son remarquable parcours universitaire se poursuit à Pise, puis à Pérouse et Bologne, les plus grandes universités d’Italie de l’époque. Il en tire une immense culture, un esprit rationnel et un goût immodéré pour les arts.

    Prêtre à 32 ans, cardinal à 35 et pape à 55 ans

    À cette époque, il décide de devenir prêtre, et est ordonné après une longue formation à 32 ans en 1604. Son oncle était encore plus riche que son père, et n’avait pas d’héritier : sa mort quelques années plus tard met Maffeo à la tête d’une fortune gigantesque pour l’époque. Il s’achète un palais à Rome très rapidement, le meuble et le pare de manière somptueuse, se faisant ainsi remarquer par toute la ville ainsi que par le Saint-Siège. Et cinq mois à peine après avoir été ordonné, il devient archevêque.

    Deux ans plus tard, il est créé cardinal à 35 ans. Mais sa place au cœur du pouvoir est déjà consolidée depuis plusieurs années: il est nommé en 1601 légat apostolique pour présenter à Henri IV les félicitations pontificales pour la naissance du futur Louis XIII, puis en 1604 nonce en France auprès du même roi, un poste de confiance essentiel. Le Roi sera d’ailleurs celui qui lui remettra sa barrette cardinalice, signe d’une proximité importante. On l’envoie ensuite en Écosse, terre en pleine ébullition intellectuelle, avant d’être rappelé à Bologne, où il devient le cardinal légat.

    En 1623, le pape Grégoire XV meurt, et c’est le cardinal Maffeo Barberini qui est élu à l’issue du conclave, devenant le 253e pape sous le nom d’Urbain VIII. Là encore, un nom prédestiné à son avenir de constructeur – Urbain venant de urbs, c’est-à-dire la ville en latin. Comme nombre de ses prédécesseurs, il pratique le népotisme et place deux neveux à des postes clés de cardinaux, ces derniers servant de relais pour l’aider à mener à bien les très nombreux projets qu’il met à l’étude puis en chantier dès les premiers mois de son pontificat.

    Un pape scientifique qui condamne Galilée

    Son règne est marqué par un événement: le procès de Galilée, qu’Urbain fait condamner malgré une admiration véritable pour son travail scientifique, qu’il est en mesure de comprendre et de discuter. Lui-même a écrit plusieurs thèses sur les astres, et encourage dans un premier temps le savant à poursuivre ses études, lui demandant cependant de ne pas s’appuyer uniquement sur les mathématiques.

    Le procès de Gallilée devant le Saint-Office
    Le procès de Gallilée devant le Saint-Office

    Mais Galilée, pour qui "La nature est un livre écrit en langage mathématique", ne prend pas en compte le conseil du pontife et publie son œuvre sans grand changement. Pire, il se moque ouvertement d’une thèse du Souverain Pontife dans son Dialogue sur les deux grands systèmes du monde (1632). C’en est trop, et le pape, pourtant sensible à ses recherches, lui demande d’abjurer. Paradoxalement, c’est donc probablement un des papes les plus scientifiques de l’Histoire de l’Église qui deviendra le symbole de la censure – voire pour certains de l’obscurantisme – exercée par l’Église contre la science.

    Un pape humaniste

    Sa proximité avec les humanistes de l’époque est très importante : le philosophe allemand Athanasius Kircher correspond avec lui, tout comme le mathématicien et physicien Benedetto Castelli – un défenseur de Galilée. C’est aussi le cas des grands artistes d’alors qu’il fait venir de toute l’Europe, tels les Français Nicolas Poussin ou Claude Gellée, dit le Lorrain pour la peinture, ou le théorbiste de génie vénitien Giovanni Girolamo Kapsberger ainsi que le compositeur Gregorio Allegri – qui en revanche est un pur romain.

    Mais plus que dans le domaine scientifique, artistique, ou littéraire – il fait publier de très nombreux volumes de poésie de son temps – c’est dans le domaine de l’urbanisme qu’Urbain VIII va laisser une trace indélébile. Il commence stratégiquement par fortifier Civitavecchia, le Quirinal et le Château Saint-Ange, qui lui assurent une vraie puissance militaire sur l’ensemble de la cité. Et les autres travaux peuvent alors commencer.

    Un des fondateurs de Rome?

    Pour cela, il a un allié, qui est avant tout son protégé, le grand Gian Lorenzo Bernini, dit Le Bernin, mais aussi l’architecte Pietro da Cortona qui conçoit pour le pape sa résidence d’été, le fameux Castel Gandolfo tel qu’il existe encore aujourd’hui, et dans lequel Urbain VIII commence à s’installer dès 1626.

    La liste de constructions ordonnées par Urbain VIII est presque innombrable: on peut citer la façade de l’église Santa Bibiana, mais surtout le baldaquin torsadé du Bernin dans la basilique Saint-Pierre, sommet de l’art baroque. En face du splendide palais Barberini, le Bernin conçoit aussi la fontaine du Triton. Le Bernin poursuivra sa collaboration avec Alexandre VII, notamment pour bâtir les colonnes de la place Saint-Pierre, mais sans la prodigalité d’Urbain VIII.

    Des milliers de constructions dans toute l'Italie

    La liste des interventions des Barberini est trop fastidieuse pour être intégralement citée, mais il faut aussi noter qu’ils feront bâtir non seulement à Rome, mais aussi dans d’autres villes italiennes, signe d’une frénésie architecturale significative. Et comme son règne dure plus de vingt ans – une éternité pour les pontifes de l’époque – la marque laissée dans Rome est indélébile.

    Une locution latine résume très bien cette influence : ‘Quod non fecerunt barbari, fecerunt Barberini’. Ce qui signifie : “ce que les barbares n’ont pas fait, les Barberini l’ont fait". Cette boutade qui sous-entend que les Barberini ont plus détruit Rome que les barbares eux-mêmes est le fruit de l’humour grinçant des Romains qui ne supportent pas tous de voir le pontife se permettre de piller les œuvres antiques de la cité pour ériger ses palais et églises modernes.

    Le grief le plus important concernent le revêtement de plomb du Panthéon, démonté pour fondre des canons des garnisons papales. Mais c’est aussi le cas des marbres du Colisée, aujourd’hui éparpillés dans les mille demeures bâties sous le pontificat d’Urbain VIII.

    Pour autant, au regard des constructions laissées par le pontife, le bon mot peut aisément être discuté. Pour les Barberini, moins intéressés par les luttes de pouvoir que les autres grandes familles romaines, la fin du pontificat en 1644 ne les amènera plus à rechercher une place sur le trône de Pierre, quand bien même ils s’allient par mariage aux Colonna, et règnent en maîtres sur leur fief de Palestrina pour une de ses branches, qui a obtenu cette terre grâce à Urbain VIII. Ils resteront d’importants mécènes, entretenant l’héritage intellectuel et artistique légué par leurs ancêtres. Et peuvent se targuer de la place immense que ceux-ci occupent encore aujourd’hui dans la Ville Éternelle. (cath.ch/imedia)

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