Marguerite Bays: la vie d'une sainte
La couturière fribourgeoise Marguerite Bays (1815-1879) est canonisée par le pape François, le 13 octobre 2019. Humble femme laïque, elle est un exemple de la sainteté au quotidien.
Marguerite Bays: la vie d'une sainte
Une sainte, un pays, une époque
La couturière des âmes
Soleil de la Glâne
Enfin sainte!
Sainte Marguerite Bays: le pape loue la sainteté du quotidien
Siviriez: sainte Marguerite Bays a son nouveau reliquaire
Marguerite Bays: la vie d'une sainte
La couturière fribourgeoise Marguerite Bays (1815-1879) est canonisée par le pape François, le 13 octobre 2019. Humble femme laïque, elle est un exemple de la sainteté au quotidien.
Marguerite Bays: la vie d'une sainte
La couturière fribourgeoise Marguerite Bays (1815-1879) est canonisée par le pape François, le 13 octobre 2019. Humble femme laïque, elle est un exemple de la sainteté au quotidien.
Une sainte, un pays, une époque
Pour l'historien Patrice Borcard, actuel préfet de la Gruyère, l'évolution de la figure de Marguerite Bays depuis un siècle et demi illustre bien les changements de la société fribourgeois
La couturière des âmes
La profonde piété de Marguerite frappe ses contemporains. Entre le hameau de La Pierra, l’église de Siviriez, la chapelle de Notre-Dame du Bois, la Fille-Dieu et Einsiedeln, elle a tracé un chemin de foi confirmé par les stigmates.
Soleil de la Glâne
"Ma maman était très croyante et j'allais souvent avec elle sur la tombe de Marguerite Bays dans le cimetière de Siviriez. La figure de cette humble couturière m'a accompagné toute mon enfance... Après, j'ai suivi tout cela depuis un peu plus loin", relève René Gobet.
Enfin sainte!
Déclarer bienheureuse ou déclarer sainte… quelle est la différence entre la béatification et la canonisation? Avec la première, le culte d’un nouveau bienheureux est concédé à un diocèse, une région ou une famille religieuse. Avec la canonisation, la sentence est définitive, et le culte étendu à tou...
Sainte Marguerite Bays: le pape loue la sainteté du quotidien
Lors de la canonisation de la Fribourgeoise Marguerite Bays, dimanche 13 octobre 2019 à Rome, le pape François a loué la "sainteté du quotidien". Sainte Marguerite Bays montre combien est puissante la "prière simple" de même que le sont "l'endurance patiente" et le "don de soi silencieux", a lancé l...
Siviriez: sainte Marguerite Bays a son nouveau reliquaire
Deux ans après sa canonisation à Rome, sainte Marguerite Bays a un nouveau reliquaire dans l’église de Siviriez (FR).
Marguerite Bays: la vie d'une sainte
La couturière fribourgeoise Marguerite Bays (1815-1879) sera canonisée par le pape François, le 13 octobre 2019, à Rome. Humble femme laïque, elle est un exemple de la sainteté au quotidien.
Un lieu: le hameau de La Pierra
La Pierra, hameau de la paroisse de Siviriez, compte une quinzaine de fermes. Les parents de Marguerite, Pierre-Antoine et Joséphine se sont installés dans cette petite ferme qu'ils ont probablement construite eux-mêmes. Ils mettront au monde sept enfants dans ce lieu. Marguerite y vivra les 64 ans de son existence. A côté de son petit train de campagne avec quelques têtes de bétail, le papa exerce le métier de cordonnier. Ils vivent des produits de la terre. Marguerite est la deuxième de la famille après l'aîné Claude. Il y a ensuite Jean, Marie-Marguerite (dite Mariette) puis Joseph et Blaise qui mourra à l'âge de douze ans. Séraphique enfin est la dernière fille, née en 1826.
Marguerite fréquente l'école durant quatre ans à
Chavannes-les-Forts, le village voisin. On décèle chez elle une belle intelligence,
mais goûtant déjà le silence et la prière. Elle est vive et joyeuse. Ne la
voyant pas fréquenter les garçons, ses proches imaginent que la jeune fille
rentrera au monastère de la Fille-Dieu, non loin de là. Mais elle-même n'y
songe pas. On peut en déduire qu'elle a certes ressenti un appel à une vie de
chasteté et de célibat, mais en restant dans son terreau familial.
Une maison: la ferme des Bays
Pas mal de monde vit dans la petite maison des Bays.
Marguerite y est d’abord avec ses frères et sœurs et ses parents jusqu’à leur
décès, survenu en 1857 pour Antoine, et en 1859 pour Joséphine. Ensuite avec
ses trois frères, Claude, Jean et Joseph, auxquels s’ajoutent les deux
belles-sœurs, Josette l’épouse de Claude, et Marie-Joséphine l’épouse de Jean.
Plus tard, sa sœur Mariette reviendra à la maison après une séparation
conjugale.
Une famille: pas si exemplaire
Selon les normes de l'Eglise, la famille Bays n'est pas
exemplaire. Le papa, Pierre Antoine, n'avait pas pu être syndic parce qu'il
était un enfant illégitime. Le frère Claude, à l'age de 19 ans, aura lui-même
un fils illégitime avec une servante, François que Marguerite élèvera. Elle
avait beaucoup insisté pour éviter l'orphelinat à cet 'enfant du péché'. Claude
se mariera sur le tard avec Josette une servante qui deviendra de ce fait
maîtresse de la maison. Elle aura quatre enfants dont trois mourront en bas
âge.
Sa sœur Mariette, après l'échec de son mariage qu'elle vit
très mal, revient vivre dans la maison. Quant à Joseph, il restera célibataire.
Un peu handicapé, probablement abusé dans son enfance sur l'alpage puis devenu
alcoolique, il aura des écarts de conduite qui le méneront jusqu'à la prison. Il
survivra vingt ans à sa sœur qu'il appelait 'la sainte'. Il finira par
s'amender.
C'est d'abord dans ce milieu familial que Marguerite est
pour tous une présence bienveillante. Elle accueille son frère qui rentre ivre
à la maison après avoir abusé de l'alcool de pomme. Elle supporte les
récriminations de sa sœur et surtout de sa belle-sœur Josette qui lui reproche
de ne pas travailler à la ferme et d'être sans cesse 'malade'. Elle conseille
son frère Claude sur la marche de ses affaires et de celles de la commune, dont
il est devenu syndic. C'est probablement de Jean dont elle se sent la plus
proche. Elle aura avec lui de nombreuses conversations spirituelles sur le banc
devant la maison.
Un métier: couturière
Vers l'âge de 15 ans, Marguerite apprend le métier de
couturière. L'apprentissage est relativement simple. On la dit très compétente
dans ce métier qu'elle exerce à domicile, dans les familles de la région ou
chez elle. Elle est non seulement couturière mais aussi tailleuse, c'est-à-dire
qu'elle coupe elle-même les habits dans les pièces de tissu. Elle excelle dans
la confection de l'habit de fête des femmes le 'dzaquillon' dont quelques-uns
ont été conservés jusqu'à nos jours au Musée gruérien de Bulle. Elle a fait de
ce métier une sorte de vocation. On l'appelait familièrement la couturière de
la Pierra. A travers son travail dans les fermes, elle est aussi une oreille
attentive pour tous les soucis de la maisonnée. On se confie volontiers à elle.
Au lieu d'être la 'gazette' du village, elle est une confidente discrète. Ses
qualités d'écoute sont indéniables.
Un souci: les enfants
Son attention de femme célibataire se porte aussi beaucoup
aux enfants pauvres, orphelins ou jeunes domestiques. Ces enfants l'appellent
volontiers 'marraine' voire même maman. Elle leur donne des habits, veille à
leur bien-être. Si elle les rassemble le dimanche après-midi pour leur faire le
catéchisme, c'est aussi pour leur offrir un temps de détente et de repos et les
soustraire aux travaux de la ferme.
Les témoins raconteront combien ce contact fut important pour eux. Elle ne supportait pas que les enfants travaillent le dimanche, surtout que beaucoup des petits domestiques n'allaient pas à l'école. Elle les rassemble pour la prière à la chapelle de Notre-Dame du Bois. "Mais ses prières n'étaient jamais longues'. Elle avait conçu et construit dans sa chambre une crèche de Noël avec des petits personnages en cire qu'elle confectionnait elle-même. Sa 'crèche' s'étendait à d'autres scènes de la vie du Christ, y compris la passion et la résurrection.
Une attention: les malades
Marguerite est aussi très active dans l'accompagnement des malades auprès de qui on l'appelait souvent. "Ses paroles touchaient au coeur" dit-on. Notamment auprès des agonisants. Elle n'a jamais de livre pour accompagner les mourants. Sa parole et sa prière sont spontanées. Elles viennent du cœur et sont le plus souvent prononcées en patois. Elle leur porte aussi des soins matériels concrets.
Une femme forte et sévère
Sa bonté et son naturel souriant n'empêchent cependant pas Marguerite d'avoir un fort caractère. On craint ses réprimandes, qu'elle n'hésite pas à formuler fermement lorsqu'elle estime inconvenants certains comportements ou certaines paroles. Pour son biographe Robert Loup, "c'est justement à cause de cette sévérité – dure parfois comme une sentence – qu'elle se fit auprès de certaines personnes une réputation de méchante femme". "Avec elle, dit-on, il faut marcher de règle, sinon gare aux réprimandes et aux reproches." Sévère pour elle-même, elle ne tolère pas que l'on parle avec légèreté ou médisance.
Une grande marcheuse
Bien qu'elle ait toujours vécu dans sa maison natale de La Pierra,
Marguerite se déplace beaucoup, presque toujours à pied, été comme hiver. Elle
se rend chaque jour à l'église de Siviriez à 1,5 km. Elle circule de ferme en
ferme dans la région pour y exercer ses talents de couturière. Les témoins
racontent que son frère Jean s'arrange pour aller la chercher avec une carriole
les soirs de gros temps. Romont et la Fille-Dieu, à 5 km, font aussi partie de
ses déplacements réguliers. Elle vient aussi à Fribourg pour se rendre chez les
Filles de Saint Paul à la rue de Morat ou à Notre-Dame de Bourguillon. Elle
fréquente Notre-Dame des Marches, aux portes de Broc, à une vingtaine de
kilomètres.
Mais ses plus grands périples furent les pèlerinages à Notre-Dame
des ermites à Einsiedeln. Marguerite s'y rendra onze fois sa vie durant.
Toujours à pied. Les quelque 190 km sont parcourus habituellement en trois jours.
Munis d'un baluchon au bout d'un bâton, les pèlerins franchissent la première
étape qui les conduit jusqu'aux environs de Berne. La deuxième jusqu'à Lucerne
et enfin on atteint Einsiedeln le 3e jour. Après un ou deux jours de
dévotions, les pèlerins reprennent le chemin en sens inverse. En ramenant
quelques pieux souvenirs, images, médailles, chapelets, ou statuettes. Selon
Robert Loup, Marguerite aurait fait en train, dans les dernières années de sa
vie, le pèlerinage à Notre-Dame de Lourdes.
Une communauté paroissiale: Siviriez
Marguerite a une place importante dans sa communauté
paroissiale de Siviriez. Non seulement Marguerite est assidue à la messe
quotidienne et aux offices, mais elle est active dans les divers groupements
existants. Elle instaure dans sa paroisse l'Enfance missionnaire. Elle quête de
ferme en ferme au profit des bonnes œuvres. Elle a de bons contacts avec les
prêtres qui encouragent cet engagement et accompagnent sa vie spirituelle. Et
la protègent de toute curiosité trop insistante.
Guérison miraculeuse et stigmates
En 1854, Marguerite souffre d'un cancer aux intestins. Le 8
décembre 1854, jour de la proclamation de l'Immaculée Conception, elle est
miraculeusement guérie. Peu après, elle reçoit les stigmates dans ses mains,
ses pieds et sa poitrine.
Malgré ses stigmates, Marguerite, bien qu'affaiblie,
continue à travailler. Elle ne veut pas être une charge pour sa famille. Elle
ne se déplace plus dans les fermes, mais les gens viennent lui apporter du
travail chez elle.
La mort de Marguerite
A partir de 1878, Marguerite est fortement affaiblie et passe de longues périodes alitée. Le 27 juin 1879, elle vit une dernière fois la passion mais n'en reviendra pas. Pour la population, sa mort fut une grande émotion. Certains disaient "Notre paratonnerre n'est plus, notre sainte est morte". Pendant les trois jours qui précèdent les funérailles, la foule défile devant son cercueil installé dans sa chambre.
L'enterrement fut 'beau'. Il y régnait à la fois tristesse et espérance. "N'oubliez pas qu'on enterre une sainte, dans quelques temps on l'exhumera" aurait déclaré le fossoyeur. Sur son monument funéraire l'épitaphe est touchante: "Vénérée sœur, chère et tendre marraine, n'oubliez pas ceux que vous avez laissés sur terre". Dès le jour de son enterrement les gens viennent se recueillir sur sa tombe et lui confier leur vie.
Maurice Page
dessins: Raphaël Zbinden
Sur les pas de Marguerite...
L'humble couturière fribourgeoise Marguerite Bays (1815-1879) sera canonisée à Rome, le 13 octobre 2019. Elle est un exemple de la sainteté au quotidien chère au pape François. cath.ch vous emmène sur ses pas.
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Une sainte, un pays, une époque
Pour l'historien Patrice
Borcard, actuel préfet de la Gruyère, l'évolution de la figure de Marguerite
Bays depuis un siècle et demi illustre bien les changements de la société
fribourgeoise et de l'Eglise.
Dans le canton de Fribourg, comme en Suisse, le XIXe siècle est
marqué par de fortes rivalités autour du rôle de la religion dans la société. Après
la défaite lors de la guerre du Sonderbund en 1847, les catholiques doivent
reconquérir le terrain. Ils le font politiquement dès 1857 où les conservateurs
catholiques, évincés dix ans plus tôt, reprennent le pouvoir à Fribourg. Sans
révoquer tous les acquis du régime radical, ils amorcent une restauration
largement basée sur la religion et la morale. L'Eglise et le clergé y tiennent
une place prépondérante. Cela débouchera à la fin du siècle sur la 'république
chrétienne' de Georges Python.
Se développe alors une religion très démonstrative basée sur
les sens, avec de grands pèlerinages, de nombreuses manifestations populaires autour
notamment du Piusverein, du nom du
pape Pie IX. On assiste à une reconquête, y compris au niveau du territoire, à
travers les rogations et l'érection de croix, de chapelles et d'églises. A
partir de 1870, le Kulturkampf, lancé en Allemagne contre le cléricalisme,
atteint la Suisse et ravive les tensions religieuses. Les catholiques se
considèrent comme dans une citadelle assiégée.
Une religion des sens avide de signes
Lorsqu'on parle de Marguerite Bays, cette religion des sens
prend toute son importance. Sa guérison miraculeuse date de 1854. Peu après,
elle reçoit les stigmates et vit des extases. On assiste alors dans le canton de
Fribourg a une certaine effervescence d'une religion liée au surnaturel avec
les stigmates, les visions, les miracles, note Patrice Borcard. Dans un village
voisin, une jeune fille, Léonie Raboud, a des visions et fait des prédictions
qui suscitent un grand engouement, avant sa mort à l'âge de 16 ans. L'œuvre St-Paul
édite en 1883 une brochure qui raconte son histoire édifiante sous le titre Une fleur pour le ciel. A la chapelle de
Notre-Dame des Marches, qui est un pèlerinage traditionnel, on constate la
guérison miraculeuse de Léonide Andrey en 1884 et des milliers de pèlerins se
rendront au petit 'Lourdes' fribourgeois.
L'abbé Jean-Baptiste Jaccoud, devenu plus tard recteur du collège St-Michel à Fribourg, raconte que comme jeune prêtre à Siviriez, du vivant de Marguerite Bays, la soif de surnaturel de ses paroissiens l'avait frappé. On est aussi dans la foulée des apparitions de la Vierge à La Sallette en 1848 et à Lourdes en 1858. Des dizaines de grottes de Lourdes seront érigées dans nos campagnes. C'est un impact énorme. Le Piusverein et les autres associations populaires jouent à fond la carte de cette religiosité pour faire revenir les foules qui avaient en partie abandonné les églises.
Du côté des évêques, Mgr Etienne Marilley et ses successeurs
font preuve d'une grande prudence face à cette religion populaire. D'ailleurs,
il faudra attendre près de 50 ans pour voir lancer une première enquête en vue
de la béatification de Marguerite Bays que ces contemporains considéraient
comme une sainte.
Une société pauvre et fragile
Il faut aussi dire que la société rurale, notamment de la
Glâne, est fragile, rappelle l'historien. Elle subit des crises successives.
Celle des années 1818-1819 qui conduit à l'exil vers Nova Friburgo, au Brésil,
celle de 1845-48 qui appauvrit la région. Il y a aussi les problèmes de
l'alcoolisme et des maladies que l'on ne sait encore guère soigner. Le taux de
mortalité, notamment infantile, reste très élevé. On constate, et Marguerite
Bays le vit, une certaine violence dans les rapports sociaux. L'ordre moral
défendu par les curés peine à s'imposer. On compte par exemple beaucoup de
naissances illégitimes. Les prêtres tendent alors à présenter une autre facette
du religieux avec ce côté surnaturel ou merveilleux. Cela s'exprime aussi dans
les grandes liturgies et les réceptions. La venue de l'évêque dans les
paroisses donne par exemple lieu à des célébrations grandioses.
La stigmatisée
Pour Patrice Borcard, on peut voir diverses périodes dans la
perception de Marguerite Bays.
Durant sa vie, elle est considérée comme une personne qui a
une relation directe avec Dieu, manifestée par les stigmates et ses extases du
vendredi. C'est à ce titre qu'on vient la voir, parfois de loin, notamment
grâce au chemin de fer qui, depuis 1862, relie Fribourg à Lausanne en passant
par Romont et Siviriez.
L'évêque Marilley qui y voit une certaine superstition ne
veut pas trop s'en mêler. Il ordonne néanmoins une enquête sur les stigmates
qu'il confie à un médecin plutôt sceptique. Son rapport conforte les croyants
en éliminant la possibilité d'une supercherie. Marguerite Bays restera
cependant à l'écart du religieux officiel jusque dans les années 1920. Humble,
discrète, mais aussi avisée, elle ne se mêle pas du tout des questions
politiques.
Le 4 juillet 1879, La
Liberté relate la mort de la stigmatisée survenue le 27 juin à 3h de
l'après-midi. Son image mortuaire indique: Marguerite
Bays, de Siviriez, stigmatisée, enfant de saint Paul. Au bas de l'image figure les paroles de
l'apôtre: "Je porte en mon corps les stigmates du Seigneur Jésus: je veux
accomplir en ma chair ce qui manque aux souffrances de mon divin Maître. Ma vie
c'est Jésus Christ". Cette vision doloriste est basée sur saint Alphonse
de Liguori dont Marguerite aurait lu des ouvrages. Elle est aussi lectrice de
la douloureuse passion de Notre-Seigneur
Jésus-Christ d'après les visions d' Anne-Catherine Emmerich. Le journal Le Confédéré du 27 juillet 1879 se moque
du décès 'd'une stigmatisée fribourgeoise, miraculée à la Bernadette, objet de
l'adoration et des tendresses des Schorderet et consorts.'
Premier procès en 1927
Une nouvelle période s'ouvre en 1927. Mgr Marius Besson,
l'évêque du diocèse lance la première enquête officielle (procès informatif) en
vue de la béatification de Marguerite Bays. L'aspect de la stigmatisée est
encore extrêmement présent dans ce procès avec tous ses éléments extraordinaires.
Cette démarche implique aussi l'exhumation de son corps. Malgré la présence
d'un millier de fidèles, l'affaire se passe cependant dans une relative
discrétion. Tout en encourageant la dévotion personnelle envers Marguerite
Bays, Mgr Besson rappelle que, conformément aux prescriptions du droit
canonique, il est sévèrement défendu de rendre un culte public à la servante de
Dieu. On ne l'invoquera jamais dans une cérémonie officielle. On ne fera ni
processions, ni pèlerinages collectifs à son tombeau. Comme ses prédécesseurs,
Mgr Besson se méfie du miraculeux. Il fera ainsi retirer de la biographie
l'épisode selon lequel du sang serait sorti du crâne de Marguerite Bays après
son exhumation.
Dans son No 2 du 25 janvier 1930, L'Echo illustré de Genève, dans un portrait de la servante de Dieu
fait une large place au stigmates et aux extases de Marguerite. Il mentionne qu'elle
avait le don de révéler des faits futurs. "Elle ne se nourrissait que
d'une tasse de lait caillé, une infusion de mauve et tous les deux jours une
légère panade".
Immense hommage en 1953
Trop sommaire, le procès est considéré comme insuffisant par
Rome. Il ne reprend sérieusement qu'en 1946 sous l'impulsion de Mgr François
Charrière, nouvel évêque, ancien rédacteur ecclésiastique de La Liberté et membre de la commission
d'enquête de 1927. En 1953, a lieu la deuxième translation des reliques, à
l'occasion de l'ouverture du procès romain, en présence d'une foule de 20'000
personnes. C'est un immense hommage public qui lui est rendu avec cortège et
messe solennelle en plein air. Le Conseil d'Etat fribourgeois est présent in
copore. On insiste cependant moins sur les stigmates et les extases pour mettre
davantage l'accent sur l'humilité de sa personne et de sa charité pour les
pauvres. On décrit une femme très croyante et très pieuse.
Pour Pierre Barras, rédacteur en chef de La Liberté, l'exemple de Marguerite
Bays, doit inciter à "lutter résolument contre tous les ferments de
dissolution ou de faiblesse, qui, sous prétexte de tolérance ou de liberté, ne
tendent qu'à anéantir la famille et l'éducation chrétienne des enfants."
Laïque engagée
Une nouvelle phase s'ouvre à partir des années 1970, après
le Concile Vatican II, Marguerite devient le modèle de laïque engagée,
participant à la vie de la paroisse, faisant la catéchèse aux enfants, animant
les mouvements, s'occupant des mourants, relève Patrice Borcard.
L'abbé André Demierre, curé de Siviriez, établit en 1979,
pour le centenaire de la mort de Marguerite, une statistique des prières de demandes
adressées. 20% de remerciements, 20% pour la famille, 14% pour la santé, 12%
pour la fidélité dans la foi, 4% pour les vocations sacerdotales et religieuses,
4% pour des décisions difficiles et enfin 5% divers. Les vertus évoquées sont
la simplicité, l'humilité, la pauvreté, la pénitence, la piété, l'obéissance à
Dieu.
La sainte du peuple
Aujourd'hui, c'est-à-dire depuis sa béatification en 1995,
c'est la femme du milieu rural qui vient au premier plan porteuse de la
spiritualité franciscaine faite de simplicité, estime l'historien. Elle est
présentée comme la sainte du peuple. On parle peu des stigmates qui faisaient
sa particularité à sa mort. Face à la situation de l'Eglise et du monde, on
s'accroche à des figures qui pourraient ressembler à tout le monde. C'est là la
force de Marguerite. Elle n'est pas le curé d'Ars, ni Mère Teresa. Elle a eu
une vie simple, elle a été longtemps malade. Elle n'a rien écrit, rien fondé,
rien créé. C'est probablement ce qui plaît aussi au pape François.
Dans ce même élan de retour au terroir, en 2003 la fondation
Marguerite Bays, en collaboration avec l'office du tourisme de la Glâne, publie
deux itinéraires pédestres sur les pas de la bienheureuse, dans un paysage
encore préservé de l'urbanisation galopante.
Entretenir la flamme
Patrice Borcard identifie trois foyers qui ont entretenu la
flamme de la dévotion à Marguerite Bays:
Le premier est la famille Menétrey, dont le père est le
meunier de Chavannes les Forts. Sa fille Alphonsine est la filleule de
Marguerite Bays. Sous le nom de Lutgarde, elle deviendra Mère Abbesse de la
Fille-Dieu, à Romont. L'abbé François Menétrey, doyen d'Albeuve, a été le
principal moteur de la première commission d'enquête de 1927. Il y a aussi le
miraculé de la dent de Lys en 1940, Marcel Ménétrey qui deviendra prêtre et
longtemps curé dans la région. Aujourd'hui encore, cette même famille suit toujours
et soutient la cause de Marguerite.
Le deuxième foyer est l'abbaye de la Fille-Dieu, aux portes
de Romont, avec laquelle Marguerite entretenait de nombreux liens, qui en avait
fait sa 'sainte' bien avant sa béatification. Le premier portrait de Marguerite
est réalisé par une religieuse du monastère. Après Mère Lutgarde Menétrey, une
petite-nièce de Marguerite, Bernardette Fasel deviendra à son tour abbesse de
la Fille-Dieu jusqu'en 1961. C'est la Fille-Dieu qui produit et distribue les
reliques de Marguerite.
Fille de Saint Paul
Le troisième acteur est l'œuvre Saint Paul, à Fribourg. Cela
commence par la rencontre du fondateur Joseph Schorderet avec Marguerite. Le
chanoine appartient à cette tendance populaire voué au surnaturel et très
attachée au pape. Marguerite le conforte dans son projet de fondation d'une
congrégation et du journal La Liberté. Elle
est à ce titre vénérée comme enfant de saint Paul et co-fondatrice de l'œuvre.
Le journal travaillera grandement à son rayonnement. Il lui consacre très
régulièrement des articles, publie la liste des faveurs obtenues par son
intercession et même les noms des donateurs pour la cause.
L'œuvre St-Paul édite et réédite images, brochures et biographies, notamment celles de Mgr Ems (1929) puis de Robert Loup (1942) rééditée jusqu'en 1970, après le décès de son auteur. Les rédacteurs en chef du journal la brandissent comme un étendard de leur cause. "L'humble couturière qui ne lisait que des livres de piété, et se mêlait aussi peu que possible de la vie du monde, n'en comprend pas moins la nécessité de disposer d'un journal défendant chaque jour nos principes, nos idées chrétiennes", écrit ainsi Pierre Barras.
Le dernier acteur, qui gère aujourd'hui le pèlerinage, est la Fondation Marguerite Bays créée en 1968 pour perpétuer sa dévotion, notamment en rachetant et en entretenant sa maison natale tombée dans un état de vétusté assez avancé. Elle organise pour cela des manifestations et récolte des fonds. Aujourd'hui c'est elle qui assure l'accueil des pèlerins, l'information et la dévotion à travers la diffusion de brochures, de livres ou encore le site internet.
Maurice Page
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La couturière des âmes
La profonde piété de Marguerite frappe ses contemporains. Entre le hameau de La Pierra, l’église de Siviriez, la chapelle de Notre-Dame du Bois, la Fille-Dieu et Einsiedeln, elle a tracé un chemin de foi confirmé par les stigmates.
L’attrait pour la prière dans la solitude et le silence se manifeste
très tôt chez la jeune Marguerite. Aux dires des siens, "elle priait tout le temps, même en
travaillant. Elle était 'attelée' à son chapelet".
[storymapjs:98f4b828535b83128505054c353618fa/les-lieux-de-ressourcement-de-marguerite-bays]
Depuis sa chambre dans le hameau de La Pierra, elle voit l’église de
Siviriez. Elle se met alors en adoration, comme au pied du tabernacle. C’est là
aussi que Marguerite lit et médite la Bible.
Marguerite ordonne toute sa vie
selon l’Eucharistie, qu'elle vit d’une
manière hors du commun. Elle se rend tous les jours, été comme hiver, à la
messe matinale à l'église de Siviriez à environ une demi-heure de marche. Dans
ce sacrement, il n'y a, pour elle, plus de distance entre le Christ monté au
ciel et sa présence sur l'autel. Quand Marguerite prie à l’église, tout le
monde est impressionné par son profond recueillement. Certains parlent même
d’extase. Comblée de cette présence de Jésus, Marguerite peut ensuite
poursuivre sa journée, se mettant en chemin pour accomplir son travail et les
multiples tâches qui forment son quotidien.
Chemin de croix et Passion
Le chemin de la croix et la méditation de la Passion imprègnent toute la vie de Marguerite. Elle médite quotidiennement le mystère de la mort du Christ parfois pendant deux heures. Elle se sert pour cela d'une sorte de dépliant cartonné représentant chacune des scènes du chemin de Croix.
Elle répond ainsi au Christ qui demande à ses disciples à Gethsémani de veiller au moins une heure avec lui. Chaque soir, elle récite cette prière, la seule qu'elle ait composée elle-même:
"O Sainte Victime, attirez-moi après Vous, nous marcherons ensemble.
Que je souffre avec Vous, cela est juste.
N’écoutez pas mes répugnances;
que j’accomplisse en ma chair ce qui manque à vos souffrances.
J’embrasse la Croix, je veux mourir avec Vous.
C’est dans la plaie de votre Sacré-Cœur que je désire rendre le dernier soupir."
Elle confie
à quelques rares intimes ce qu’elle vit et voit de la Passion du Christ, lors
de ses transports extatiques du vendredi, surtout le Vendredi Saint. Elle
raconte que ce qu'elle voit dans ses extases n’est pas tout à fait semblable à
ce qui est décrit dans les Evangiles. Pour elle, la croix est la clef qui ouvre
le Ciel.
Dans cette ligne
Marguerite développe une grande dévotion envers le Sacré-Cœur, très en vogue à
l'époque. Instituée par le pape Clément XIII en 1765, la solennité du
Sacré-Cœur a été étendue à toute l'Église par le pape Pie IX en 1856. "L'esprit
d'expiation ou de réparation a toujours tenu le premier et principal rôle dans
le culte rendu au Sacré-Cœur de Jésus", explique le pape.
Marie dans la vie de Marguerite
La spiritualité
de Marguerite est aussi intensément mariale. La prière du chapelet y tient une
grande place. Lorsqu'elle se déplace dans les fermes pour son travail de
couturière, elle récite le chapelet avec la maisonnée avant de commencer son
ouvrage.
Le lieu
marial qu’elle privilégie est la chapelle de Notre-Dame du Bois, à un quart
d’heure de marche de chez elle. Dans ce sanctuaire, Marguerite fut bénéficiaire
d’une vision où Marie posa son regard sur elle pour l'enflammer de sa présence.
Une bonne pédagogue
La spiritualité de Marguerite se déploie dans son engagement pour la communauté. Le dimanche après-midi, elle rassemble les enfants pour une séance de 'catéchisme', chez elle ou à la chapelle de Notre-Dame du Bois, distante d’un kilomètre. "Les prières qu’on faisait avec Marguerite n’étaient pas trop longues, elle ne nous ennuyait pas", témoigneront les enfants qu’elle catéchise, ses petits voisins et les orphelins, placés dans les familles comme domestiques. Après quelques instants de prière et de chant, elle va jouer avec eux dans les prés autour de la chapelle.
Ces petits pèlerinages sont l’occasion pour elle de parler de Dieu à travers la contemplation de la nature, un passage de l’Evangile ou de la vie d’un saint.
Une spiritualité de l'action
Mais son apostolat s’exerce au-delà du cercle
enfantin: "Chaque soir du mois de mai, elle organisait dans sa chambre une
petite cérémonie avec prières, lectures et chants pour célébrer avec les
enfants et les gens du village le mois de Marie", racontent ses
laudateurs.
Sa spiritualité reste ancrée dans le quotidien.
Elle s'incarne dans la charité. Marguerite s’occupe des malades, soulage les
souffrances des plus démunis. "Elle allait porter du pain et du lait à de
pauvres enfants. De même, elle cousait gratis pour les pauvres, lavait les
enfants pauvres, raccommodait leurs habits et parfois les habillait de neuf.
Elle donnait beaucoup, tout ce qu’elle pouvait donner, et c’était de la vraie
charité," raconte un témoin.
Pour une "bonne mort"
On fait appel à Marguerite pour s’occuper des
malades et des mourants. Elle aide à une bonne mort. Marthe Bérard, ancienne
tenante de la laiterie de Chavannes-les-Forts et promotrice de la dévotion à la
"Goton", raconte qu’un homme, au seuil de la mort, avait refusé
l’intervention du curé. "On fait appel à Marguerite. Le malade accepte.
Elle va lui parler, puis ressort de la chambre en disant au prêtre: 'Vous
pouvez y aller, maintenant'".
Cette réputation d’aider à une "bonne
mort" se perpétue jusqu’à nos jours: "Je connais plusieurs proches
qui ont pu attester de l’aide de Marguerite au moment du passage, indique
Marthe Bérard. Aujourd’hui encore, elle est invoquée pour cela".
Un lieu de ressourcement: La Fille-Dieu
Un autre lieu de
vie important pour Marguerite est le monastère de la Fille-Dieu, au pied de la
colline de Romont. Elle s'y rend régulièrement pour visiter une moniale de
Prez-vers-Siviriez, Sœur Fidèle. Par la suite, elle devient la marraine
d'Alphonsine Ménetrey, la fille du moulin du Fahy, qui deviendra religieuse
puis abbesse du monastère sous le nom de Mère Lutgarde. Marguerite a reçu
l'autorisation d'y vivre la retraite annuelle. Bien souvent, on lui demande de
discerner les vocations. A la question sur une religieuse très fervente mais
toujours malade, Marguerite répond du tac au tac: "Ce qui lui faut, c'est
un homme!". Ce qui arrivera d'ailleurs puisque s'étant marié, elle aura une
fille qui deviendra religieuse à la Fille-Dieu! On peut penser aussi que sa
familiarité avec les écritures vient de la Lectio
divina pratiquée au monastère. A l'époque chez les catholiques, on ne
lisait pas la Bible dont l'usage était réservé aux clercs.
A la suite de François d'Assise
Le Tiers ordre franciscain
Le Tiers-Ordre franciscain est une association pieuse laïque fondée en 1222 dans la ville de Bologne, en Italie, par saint François d'Assise, à la demande de personnes mariées voulant vivre à l'exemple des frères franciscains sans entrer dans un ordre religieux. Cependant, au cours de l'histoire, de nombreux groupes issus du Tiers-Ordre franciscain se sont constitués en instituts de vie consacrée, un mode de vie auquel adhéra Marguerite Bays.
Les membres s'engagent à suivre les règles de l'Ordre de Saint-François, en vivant dans la prière, la charité et ne jamais utiliser une arme. On l'appelle Tiers-Ordre, car il est le troisième Ordre fondé par saint François, après celui des Franciscains (1209) et celui des Clarisses (1212).
Plus récemment la spiritualité franciscaine
de Marguerite a été remise en avant. Bien avant qu’elle fasse partie du Tiers
Ordre franciscain, Marguerite s'était imprégnée de l'esprit de saint François
d’Assise.
Grâce à la présence des capucins à Romont,
le Tiers Ordre franciscain était alors très répandu dans la Glâne. Lorsqu'elle
y prononce ses vœux en 1861, elle a 46 ans et a déjà reçu les stigmates.
Comme laïque dans le monde, Marguerite accomplit le vœu de frère François: que chacun embrasse le Christ d’une manière absolue. Sa vie humble et modeste, son amour pour les pauvres, sa soif d’annoncer Dieu, sa dévotion au mystère de la Croix font d’elle une vraie franciscaine.
Guérison miraculeuse et stigmates
En 1854, Marguerite souffre d'une maladie grave qu'on a identifié comme un cancer aux intestins, Selon la médecine d'alors elle est condamnée. Sa grande souffrance n'est pas tant de subir ce cancer, mais de se montrer au médecin ! Elle demande alors à Dieu de lui changer de maladie. Le 8 décembre 1854, jour de la proclamation de l'Immaculée Conception, elle est alitée dans sa chambre. Sa mort ne semble qu'une question de jours, voire d'heures. Ses proches sont partis à la messe au village.
L'Immaculée Conception, le 8 décembre 1854
"La bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception […], préservée intacte de toute souillure du péché originel", proclame le pape Pie IX le 8 décembre 1854. L'Immaculée Conception devient ainsi un dogme considéré comme révélé de Dieu, et "qui doit être cru fermement, et constamment par tous les fidèles."
La doctrine de l'Immaculée Conception s'est formée progressivement. Déjà au 4e siècle, les Pères de l'Eglise utilisaient l'expression "immaculée" pour parler de la Vierge Marie. Cette réflexion prend sa source dans l'Evangile selon Luc: "L’ange entra chez elle et dit: 'Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi.' (Lc 1, 28) En 431, le Concile d'Ephèse donne à Marie le titre de Mère de Dieu (Théotokos), d'où découleront les dogmes de l'Immaculée Conception et de l'Assomption.
Au moment où la cloche sonne l'élévation, elle se lève spontanément de son lit et vient s'asseoir sur le fourneau de la chambre principale. C'est là que son frère Jean, de retour de l'église, la retrouve rayonnante et en pleine santé.
Peu après,
semble-t-il dans la même journée, elle reçoit les stigmates dans ses mains, ses
pieds et sa poitrine. Les stigmatisés sont comme le miroir de Jésus, explique
son biographe l'abbé Martial Python. Pour lui, Marguerite est ainsi une géante
de la sainteté. Le médecin envoyé par l'évêque, qui n'y croit pas beaucoup, a
constaté des plaies traversant les mains qu'il qualifie de brûlures. Outre les
stigmates, Marguerite revit la passion du Christ dès le jeudi soir et les
vendredis. Un des rares témoignages négatifs envers la sainte parlait de "la
folle de La Pierra qui portait des mitaines en été". En fait, il
s'agissait de cacher à ses proches les plaies de ses mains. Peu de gens les ont
vues. A sa mort, elles avaient complètement disparu.
Au-delà du temps
Blessures physiques, les stigmates sont avant tout une expérience de l'Esprit-Saint. On peut dire que la stigmatisation se situe entre le monde intemporel et le temps. L'événement de la passion s'est déroulé il y a deux mille ans, mais Marguerite le vit comme un aujourd'hui. Elle peut ainsi décrire les scènes et les lieux de la passion à Jérusalem. Mais elle donne assez peu de détails, car on ne lui a pas beaucoup posé de questions. Ceux qui l'ont interrogé soulignent qu'elle 'vivait' la passion surtout le Vendredi Saint, où elle entre dans une mort apparente dont rien ne peut la tirer.
Les stigmates
L’existence de stigmates du Christ reste un phénomène qui interroge l’Eglise. La reproduction en son corps des plaies du Christ lors de la crucifixion (mains, pieds, tête avec la couronne d’épines ou côté avec le coup de lance) peut, selon les personnes, être temporaire ou durable. Elle peut aussi ne se produire que le vendredi, le jour de la Crucifixion. Dans la longue histoire de l’Eglise, il y a autant de formes de stigmates qu’il y a de stigmatisés.
Parmi les stigmatisés les plus connus, François d’Assise (1181-1226), Rita de Cascia (1381-1457), Catherine de Sienne (1347-1380), et plus récemment, Padre Pio (1887-1968) et Marthe Robin (1902-1981). Officiellement l’Eglise n’a cependant reconnu que deux stigmatisés: le saint d’Assise et Catherine de Sienne.
Le jour du Vendredi
Saint 1873, le docteur Pégaitaz, mandaté par l'évêque, tente en vain de la
faire sortir de ses extases à coup de scalpel ou d'aiguilles sous les ongles.
Revenue à elle-même, elle est joyeuse et lumineuse et invite même le docteur
"qui s'est bien donné de la peine pour la réveiller" à boire un bon
verre de vin. "Avec celle-là, on est forcé de croire!" aurait dit le
médecin fâché.
Un don: le discernement
Cette expérience
de l'Esprit-Saint s'accompagne de charismes particuliers. Pour Marguerite, il
s'agit notamment du don du discernement, de prophétie et de voyance. C'est
ainsi qu'on vient la consulter, parfois de loin, comme de Pologne ou de
Belgique. Elle reçoit en confidente toutes ces vies. Sa notoriété devient
grandissante. Mais Marguerite n’a
jamais rien révélé de ces conversations. Elle était une ‘tombe’, disent ces
contemporains.
Le chanoine Joseph Schorderet qui avait fondé, à Fribourg, l'œuvre St-Paul pour l'apostolat de la presse et le journal La Liberté en butte à de grosses difficultés et à l'hostilité de l'évêque, vient consulter Marguerite en 1873. Elle lui répond: "C'est l’œuvre de Dieu, allez de l'avant". Le soir même revenu à Fribourg, Schorderet réunit ses 'filles' et leur fait prononcer leurs premiers vœux à St-Nicolas. L'évêque fâché fait convoquer Marguerite pour lui jeter un blâme et la prier de s'occuper ses affaires, avant de se raviser et de reconnaître sa bonne foi. Il lui donnera même plus tard comme confesseur son vicaire général.
Quant au chanoine
Schorderet, il est parvenu à avoir une audience avec le pape Pie IX et a reçu
sa bénédiction pour son œuvre.
Vénérée dès sa mort
Depuis sa mort, le 27 juin 1879, des pèlerins se rendent sans
discontinuer dans ses lieux de vie et de prière: sa maison familiale, la
chapelle de Notre-Dame du Bois, l’église de Siviriez où se trouve son tombeau
et le monastère de la Fille-Dieu à Romont.
A l'annonce de sa canonisation, les gens ont été émus: "Elle le mérite. C’était déjà une sainte avant sa mort", déclare Norbert Baudois, le grand-père de la deuxième miraculée. Bernard Litzler / Grégory Roth
Louise Lateau, la stigmatisée belge
A la même époque que Marguerite Bays a vécu en Belgique Louise Lateau (1850-1883), dont l’existence présente de fortes similitudes avec la sainte fribourgeoise. Couturière, stigmatisée et vivant dans un milieu modeste, Louise a vécu à Bois d’Haine, dans la province de Hainaut, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bruxelles.
Les stigmates de Louise éveillent la curiosité du milieu ecclésiastique et du monde scientifique. L’évêque de Tournai ouvre une enquête canonique. L’Académie royale de médecine de Belgique qui ausculte Louise conclut qu’il n’y a pas de supercherie dans ses stigmates et ses extases mystiques.
Ce qui n'empêche pas les moqueries et les violentes diatribes des milieux scientistes et anti-cléricaux. La presse s'en mêle et les échos de la querelle parviennent jusqu'en Suisse.
Selon un témoignage de l'époque, Marguerite, au cours de ses extases, aurait rencontré Louise Lateau sur le chemin du Calvaire. C'est ainsi que ces deux âmes privilégiées se seraient connues. Marguerite avait obtenu une parcelle d'un linge taché du sang de Louise Lateau.
En milieu fribourgeois, à part quelques railleries des milieux radicaux, les stigmates de Marguerite Bays ne font pas l'objet de telles controverses. Marguerite est extrêmement discrète, l'évêque reste prudent et le curé monte la garde pour empêcher les curieux et les importuns de l'approcher. La foi et la piété du peuple fribourgeois ne remettent pas en cause de tels signes miraculeux.
Louise Lateau meurt à 33 ans. Les fidèles se rassemblent encore aujourd'hui sur sa tombe à Bois d'Haine. En 1991, le diocèse de Tournai ouvre officiellement une enquête préliminaire en vue de sa béatification. Mais en 2009, le Saint-Siège donne une réponse négative à la poursuite de la cause.
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Soleil de la Glâne
"Ma maman était très
croyante et j'allais souvent avec elle sur la tombe de Marguerite Bays dans le
cimetière de Siviriez. La figure de cette humble couturière m'a accompagné toute
mon enfance... Après, j'ai suivi tout cela depuis un peu plus loin",
relève René Gobet.
Le
contremaître maçon, conseiller communal de Siviriez depuis 2001, est l'actuel
syndic de la commune glânoise de 2'300 habitants, dont une partie de la
population cultive le souvenir de cette "petite sainte des humbles".
"Marguerite fait partie de notre quotidien"
René sera
de la partie sur la Place Saint-Pierre à Rome le 13 octobre, pour la messe de
canonisation de la sainte du hameau de La Pierra. Eliane Clerc, conseillère
communale depuis janvier 2019, née à Villaraboud, un des villages de la
commune, fera également le voyage. Responsable administrative au sein d’une
institution publique fribourgeoise, Eliane dit, elle aussi, "avoir grandi
avec Marguerite Bays".
"La
chapelle de Notre-Dame du Bois est à 500 m de la maison familiale. Je viens
aussi d'une famille très croyante, une famille de chanteurs", précise
celle qui est présidente des Céciliennes de Romont et environs.
"Marguerite fait partie de notre quotidien", assure la choriste du
chœur paroissial, qui chante la messe "Réjouis-toi" en l'honneur de
la Bienheureuse Marguerite Bays, de Jean-Marie Kolly, sur des textes de Raphaël
Pasquier.
"Tous les croyants en parlent"
Si le
syndic de Siviriez ne sait pas ce que la canonisation de Goton de La Pierra,
comme elle était surnommée, signifie vraiment pour ses citoyens, notamment pour
ceux qui viennent d'ailleurs, "dans le village son histoire est connue,
tous les croyants en parlent".
"Cela
devient plus difficile aujourd'hui au niveau des familles, mais il y a toujours
des gens très croyants, qui perpétuent la dévotion à Marguerite Bays. Des bus
de pèlerins arrivent dans le village, du canton de Vaud, du Valais, du Jura,
parfois de Suisse alémanique. Eliane se dit surprise de voir qu'il y a peu de
gens qui ne connaissent pas la nouvelle sainte: "Ils lisent les
journaux... Même des personnes athées s'intéressent au phénomène !"
La petite Virginie miraculée
Et de relever que la médiatisation, ces derniers temps, de la reconnaissance du miracle de la petite Virginie qui a permis la canonisation de la bienheureuse, a beaucoup fait pour relancer l'intérêt du public. Virginie avait 22 mois, ce 6 mars 1998, quand elle est tombée du tracteur de Norbert Baudois, son grand-père, passant sous une des roues. Le grand-père, le bébé inerte dans les bras, invoque Marguerite Bays, et la petite s'en sort quasiment indemne...
"Virginie,
qui travaille aujourd'hui comme esthéticienne à Bulle, suscite désormais
l'intérêt des médias, mais durant toute son enfance et sa jeunesse, ses parents
l'ont protégée et elle vivait comme tout le monde. Maintenant, elle accepte
d'en parler, avec simplicité. Elle fait partie du village, participe comme tout
le monde aux activités de la société de jeunesse".
La commune glânoise sur la carte du monde
Pour
marquer la canonisation d'une figure du village, la commune de Siviriez va sans
doute réfléchir à une démarche: baptiser une place ou une rue du nom de la
sainte de La Pierra? – Rien n'a encore été décidé. Pour le moment, elle va
terminer la liaison piétonne entre le village de Siviriez et le hameau de La
Pierra, pour la sécurité des pèlerins qui vont certainement venir en plus grand
nombre, la célébration de cet automne à Rome inscrivant, à l'ère d'internet, la
commune glânoise sur la carte du monde, en tous cas sur celle des pèlerins.
A l'Auberge du Lion d'Or, au centre du village, Sylvianne Brodard, la patronne, est dans l'expectative. Des cars de pèlerins, des membres de la Vie Montante, des ecclésiastiques, s'arrêtent à l'occasion pour manger, "mais c'est encore trop tôt pour dire si cette canonisation aura des effets sur la fréquentation du restaurant, ce qu'évidemment nous souhaitons. Revenez donc l'année prochaine pour voir!"
Jacques Berset
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Enfin sainte!
Déclarer bienheureuse ou déclarer sainte… quelle est la différence entre la béatification et la canonisation? Avec la première, le culte d’un nouveau bienheureux est concédé à un diocèse, une région ou une famille religieuse. Avec la canonisation, la sentence est définitive, et le culte étendu à toute l’Eglise.
La béatification
La béatification est l’acte solennel par lequel le pape déclare qu’un culte public peut être accordé à un serviteur de Dieu, selon les modalités prévues et dans des lieux déterminés. Elle est un degré indispensable dans le processus qui conduit à une canonisation. D’abord faite par simple décret, la béatification s’est entourée d’une cérémonie qui a pris de plus en plus d’ampleur. Depuis le pape Benoît XVI les béatifications ont désormais lieu dans le diocèse d'origine du bienheureux.
Avec les réformes de
Paul VI en 1969 et de Jean-Paul II en 1983, la procédure en vue de la
béatification a été grandement allégée. Elle commence par un "procès
diocésain", en précisant que "l’enquête sur les miracles proposés se
fera séparément de celle sur les vertus ou sur le martyre". La
Congrégation pour les causes des saints délibère ensuite.
Les miracles sont
examinés à trois niveaux: celle des experts (médecins, s’il s’agit de
guérisons), celle des théologiens, enfin celle membres de la Congrégation pour
les causes des saints . Un seul miracle est requis pour une béatification, et
le martyre en dispense.
La canonisation
La canonisation est
l’acte solennel par lequel le pape décrète qu’un bienheureux, peut être inscrit
au catalogue des saints (martyrologe romain) et vénéré dans l’Eglise
universelle. Avec la canonisation, la sentence est définitive, et le culte
étendu à toute l’Eglise. La canonisation est l’aboutissement d’un processus
parfois court par exemple pour Mère Teresa ou Jean Paul II, parfois très long
comme pour le saint national suisse Nicolas de Flue, mort en 1487, béatifié en
1669 et canonisé en 1947.
Dans la procédure actuelle, il est demandé l’examen d’un deuxième miracle intervenu après la béatification. Il faut aussi que le culte du bienheureux perdure et dépasse le cadre local ou celui d'une congrégation religieuse. A noter que la canonisation ne reprend pas l'examen de la vie et de l'œuvre de la personne déjà effectué pour la béatification.
Il existe enfin une
autre canonisation dite 'équipollente'. Il s’agit de cas de personnages
anciens, dotés déjà d’un culte local plus ou moins étendu, et dont l’étude est
confiée à la section historique de la Congrégation compétente. Comme saint
Albert le Grand, mort en 1280 et canonisé en 1931 Marguerite de Hongrie, morte
en 1270 et canonisée en 1943. Aucun miracle n'est alors requis. Dans de tels
cas, la canonisation se fait par la publication d’une bulle, sans autre
cérémonie.
Le miracle de la Dent-de-Lys
Le premier miracle qui a permis la béatification de Marguerite Bays est celui dit de la Dent-de-Lys. La plupart des miracles concernent des guérisons inexpliquées. Ce n'est pas le cas ici. Le 25 mars 1940, l’abbé Davet, curé de Chavannes-les-Forts, décide de partir en excursion à la Dent-de-Lys, un des sommets les plus escarpés et dangereux des Préalpes fribourgeoises. Bon connaisseur de la montage, il enmène avec lui, sa nièce Marguerite âgée de 24 ans, Louis Aubert, un servant de messe de la paroisse et Marcel Ménétrey, jeune homme de 19 ans du hameau de Marguerite Bays, La Pierra.
Après un
voyage en train et une montée pénible, mais sans histoire, la troupe atteint le
sommet de la Dent-de-Lys vers 14h. Le spectacle est grandiose, l’ambiance
malgré la fatigue est bonne. A 16h, il est temps d’entamer la descente. Les
quatres alpinistes s’encordent. Marcel pour qui c’est la première ascension en
montagne est très impressionné. Il se confie ardemment à la protection de
Marguerite Bays.
Dans une
paroi de rocher, Marcel s’engage en premier, suivit du jeune Louis. Ils
s’arrêtent à quelques mètres l’un de l’autre, sur une étroite corniche. Puis
c’est au tour de la jeune fille, qui soudain glisse et tombe dans le vide,
entraînant dans sa chute le garçon et l’abbé Davet. Marcel voit l’abbé passer à
environ 5 mètres au dessus de lui les bras étendus pour aller s’écraser environ
50 mètres plus bas. Il se cramponne à la corde, prêt à faire le bond de la
mort. Tout à coup, sans aucun choc, la corde se rompt à trois mètres du jeune
homme. Un cri sort de sa bouche: «Marguerite Bays merci!»
En choisissant ce miracle, en vue de la béatification de Marguerite Bays, le Père Conus, postulateur de la cause savait pouvoir l’étayer scientifiquement, toute la question tournant autour de l’origine de la rupture de la corde. L’enquête menée sur les lieux mêmes de l’accident avec le concours de spécialistes en 1987 infirme toutes les hypothèses de rupture accidentelle. La corde était de bonne qualité et avait été contrôlée par le curé Davet, alpiniste expérimenté.
Elle n’était pas gelée et n’a pas non plus été usée sur le rocher. Elle n’a pu être sectionnée ni par les tricounis des chaussures de la jeune fille, tombée en premier, ni par le piolet que l’abbé Davet a lâché dans sa chute.
L’hypothèse
de la rupture par une arête de rocher ou de glace n’a pas résisté non plus à la
vision locale. Quant à une éventuelle chute de pierres Marcel Ménétrey témoigne
que la jeune fille a glissé d’elle-même. Alpiniste novice, Marcel n’avait eu ni
le réflexe ni le temps d’assurer la corde au rocher.
La conclusion générale de l’ensemble des experts et de la commission des techniciens de la Congrégation pour la cause des Saints est qu’on ne peut trouver d’explication rationnelle à la rupture de la corde. Les théologiens tenant compte du contexte religieux et de l’invocation continuelle de Marcel Ménétrey à Marguerite Bays ont déclaré qu’on se trouvait en présence d’un authentique miracle.
Sous les roues d'un tracteur
Le deuxième miracle qui a permis la canonisation remonte à 1998. Il concerne lui aussi une protection particulière. Le 6 mars, Norbert Baudois, paysan à Siviriez, a la garde de sa petite-fille Virginie, de sa grande sœur et de ses cousins. Il part avec les enfants enlever les 'planches à neige' posées le long de la route pour empêcher les congères.
Virginie âgée de 22 mois est assise sur le tracteur. Soudain elle chute de l'engin et passe sous les roues arrière du lourd véhicule. Norbert se précipite pour la ramasser. "Je pensais qu’elle était morte, mais elle s’est mise à gémir. Et là, c’est sorti tout seul, directement du cœur, j’ai dit: Merci Marguerite!"
Le bébé est immédiatement conduit à l'hôpital. Les examens révèlent qu’elle ne souffre que de quelques égratignures. Ses organes sont intacts. En entendant le récit de l'accident, les médecins sont très étonnés. Certains rappellent qu'à cet âge les os d'un enfant sont souples. D’autres supposent que le corps de la petite s’est enfoncé dans la terre meuble. Dans les faits des traces de pneus sont retrouvées sur les habits de la fillette, mais pas dans le champ sur lesquels elle a été écrasée. Un médecin énonce déjà: "C’est un miracle!"
Le dossier diocésain, transmis à Rome en 2014, a été étudié par une commission médicale qui a conclu au caractère inexplicable de cette protection. Comme pour la béatification, le Vatican examine la chose. Il a notamment demandé de nouveaux examens médicaux de la miraculée pour vérifier qu’elle n’a bien aucune séquelle. Finalement le caractère miraculeux des faits a été reconnu par le Vatican en janvier 2019.
Maurice Page
Les autres saintes et saint du jour
Soeur Joséphine Vannini
Joséphine Vannini, née à Rome le 7 juillet 1859 et morte dans cette même ville le 23 février 1911, était une religieuse italienne. Elle fut la cofondatrice des Filles de Saint Camille avec le bienheureux Luigi Tezza, et dirigea la congrégation sans s'épargner et en donnant l'exemple d'une vie sainte et dévouée aux malades.
Judith Vannini, de son nom civil, naît en 1859. Son père meurt quand elle a 4 ans, trois ans plus tard sa mère décède à son tour. Judith, qui a alors 7 ans, est accueillie à l'orphelinat Torlonia, tenu par les Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul.
Après avoir obtenu le diplôme d'institutrice en maternelle, elle entre en 1883, au noviciat des Filles de la Charité à Sienne mais doit bientôt retourner à Rome pour raison de santé. Elle est de nouveau accepté puis définitivement renvoyée en 1888 mais ressent toujours la vocation religieuse. À 32 ans, elle participe aux exercices spirituels prêchés par Louis Tezza, religieux camillien. Le dernier jour de la retraite, elle demande conseil au Père Trezza. Le prêtre lui confie son intention de fonder une congrégation féminine selon l’esprit de saint Camille de Lellis. Après deux jours de réflexion et de prière, elle accepte de faire partie du projet.
Judith et
deux autres jeunes femmes forment la première communauté. En 1892, Judith revêt
l'habit religieux avec la croix rouge des camilliens et prend le nom de
Joséphine, le même jour elle est nommée supérieure. Le but de l'institut à
savoir l'assistance des malades même à domicile. A la fin de 1982, la jeune
congrégation compte déjà 14 membres. De nouvelles maisons sont ouvertes dès
l'année suivante.
Mais l'amabilité du Père Tezza à l'égard des religieuses, qu'il appelle « mes filles », fait l'objet d'interprétations malveillantes de la part de certaines personnes. Le cardinal-vicaire intervient et, sans s'être assuré de la vérité, enlève au prêtre la faculté de confesser et lui interdit de rencontrer les sœurs. Le Père Tezza ne veut pas se défendre et accepte silencieusement les dispositions. En 1900, il est chargé par son supérieur général d'aller au Pérou comme visiteur de la communauté de Lima; il ne reviendra jamais en Italie mais maintiendra des relations épistolaires avec la fondatrice5.
Le poids de la congrégation retomba inévitablement sur Joséphine Vannini, qui affronte la situation avec courage et détermination. Les Filles de Saint Camille, se développent en Italie, en France, en Belgique, à Buenos Aires. Malgré une santé fragile, la mère ne s'épargne pas, visite les maisons chaque année. Le 21 juin 1909, après de nombreux efforts, elle obtient que sa congrégation sous reconnue de droit diocésain. En 1910, après un dernière visite à toutes les maisons d'Italie et de France, elle est frappé par une maladie cardiaque grave et meurt le 23 février 1911.
Soeur Irmã Dulce
Maria Rita Lopes Pontes, connue sous le nom de Irmã Dulce, née à Salvador de Bahia le 26 mai 1914 et morte dans cette même ville le 13 mars 1992, était une religieuse brésilienne, de la congrégation des Sœurs missionnaires de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu. Connue pour ses nombreuses œuvres en faveur des plus nécessiteux, icône de la charité, elle était surnommée le « bon ange de Bahia ».
Maria Rita Lopes Pontes, naît en 1914 à Salvador de Bahia. À 6 ans, Rita perd sa mère, décédée à la naissance de sa dernière fille. À 13 ans, elle manifeste son désir de devenir religieuse, et accompagne volontiers son père, très religieux, apporter son aide aux habitants des quartiers les plus défavorisés.
Vers l'âge de 16 ans, elle prend elle-même des initiatives pour secourir les plus pauvres. Dans la cuisine familiale, elle recueille les enfants, les adultes et les personnes âgées les plus nécessiteux, pour leur donner de quoi manger ou de quoi se soigner. En parallèle de ses études à l'École magistrale de Salvador de Bahia, elle est un membre assidu du Tiers-Ordre franciscain.
Une fois diplômée en pharmacie, Rita intègre la congrégation des Sœurs missionnaires de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, en 1933. et prend le nom de sœur Dulce. Elle commence par se former aux soins comme infirmière, au Sanatorium espagnol de Salvador de Bahia. Dès 1935, elle fonde le premier mouvement ouvrier de la ville, pour organiser la solidarité et unir les travailleurs dans la foi chrétienne : l'Union ouvrière de Saint François.
Alors qu'elle-même ne possède rien, elle parvient en 1939 à ouvrir le Collège San Antonio, dans un quartier populaire de Bahia, pour offrir aux enfants d'ouvriers une éducation. La même année, elle commence à accueillir des malades dans des locaux abandonnés de Bahia. En 1949, avec la permission de sa supérieure, elle peut recueillir une soixantaine de malades dans un ancien poulailler du couvent. Dix ans plus tard, sœur Dulce fonde l'Hopitâl San Antonio. Dès lors s'organise un véritable réseau hospitalier pour chercher les sans abris dans la rue. Chaque jour 3'000 personnes sont prises en charge.
En 1960 est créé l'Hospice social Devant l'afflux des plus nécessiteux, ses œuvres grandissent et de nombreux volontaires la rejoignent. Elle fonde même l'Institut des Filles de Marie, Servantes des Pauvres, pour l'aider dans ses œuvres. En 1979, sœur Dulce rencontre Mère Teresa et l'année suivante, c'est le pape Jean Paul II qui lui rend visite au cours de son premier voyage apostolique au Brésil.
En 1988, la candidature de sœur Dulce est présentée au Prix Nobel de la Paix. Depuis quelques années, son état physique se dégrade fortement. Elle meurt le 13 mars 1992. Le « bon ange de Bahia », comme elle était surnommée par la population, eut droit à des obsèques officielles, avec une procession de 6 kilomètres escortée par la police nationale et suivie par des milliers de personnes.
Soeur Marie Thérèse Chiramel Mankidyan
Marie Thérèse Chiramel Mankidyan, née à Puthenchira le 26 avril 1876 et morte à Kuzhikkattusseny le 8 juin 1926, était une religieuse indienne, fondatrice des Sœurs de la Sainte Famille de Thrissur. Elle se dévoua tout au long de sa vie aux plus nécessiteux, toutes castes et religions confondues, malgré de nombreuses épreuves et en parallèle d'une intense vie mystique.
Marie Thérèse naît au Kerala dans une famille noble déchue appartenant à l'Eglise syro-malabare. Elle se met tôt au service de l'église paroissiale, visitant et réconfortant les plus nécessiteux, les orphelins et les malades, même ceux atteints de la variole et de la lèpre.
A
l'instar de Marguerite Bays, elle relate des expériences mystiques, des visions
et des stigmates, qui suscitent
dérisions et soupçons.
Son directeur spirituel, la conseille dans la
fondation d'une famille religieuse. Après une tentative chez les carmélites déchaussées, elle a la permission de
l'évêque d'établir la congrégation des sœurs de la Sainte Famille dont les
principaux objectifs sont l'éducation des filles, l'assistance aux malades, en
particulier les plus graves, l'aide aux plus nécessiteux.
Elle dirige la nouvelle congrégation pendant douze ans, formant les novices avec beaucoup de soin, fondant trois nouveaux couvents, deux écoles, deux pensionnats, une maison d'étude et un orphelinat, en quelques années difficiles, alors que la Première Guerre mondiale fait rage. Elle meurt à Kuzhikkattusseny le 8 juin 1926, à 50 ans.
Cardinal John Henry Newman
John Henry Newman, né à Londres le 21 février 1801 et mort à Edgbaston le 11 août 1890, est un ecclésiastique, philosophe, théologien et écrivain britannique. Converti au catholicisme en 1845, il deviendra cardinal en 1879.
Étudiant à l'Université d'Oxford, John Henry Newman est ordonné prêtre anglican. Ses travaux sur les Pères de l'Église le conduisent à analyser les racines chrétiennes de l'anglicanisme et à défendre l'indépendance de sa religion face à l'État britannique. Ainsi naît le Mouvement d'Oxford, dont John Newman est l'un des principaux acteurs. Ses recherches sur les Pères de l’Église et sa conception de l’Église l'amènent à se convertir au catholicisme, qu'il voit désormais comme la confession la plus fidèle aux racines du christianisme.
Sa conversion au catholicisme est incomprise et critiquée par ses anciens amis anglicans. Il est aussi regardé avec méfiance par une partie du clergé catholique anglais du fait de ses positions considérées comme très libérales. En réaction à des calomnies, John Newman décrit sa conversion au catholicisme dans Apologia Pro Vita Sua. Cet ouvrage change la perception des anglicans à son égard et accroît sa notoriété.
L’incompréhension suscitée par la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale conduit Newman à défendre l’Église et la place primordiale de la conscience dans sa Lettre au duc de Norfolk. Sa conception de la conscience sera en partie développée lors du Concile Vatican II. Le nouveau pape Léon XIII, élu en 1878, décide de le créer cardinal en 1879. John Newman meurt onze ans plus tard à l’âge de 89 ans.
Théologien et christologue reconnu, il est l'une des figures majeures du catholicisme britannique. Il a exercé une influence considérable sur les intellectuels catholiques. Ses œuvres sont une référence constante chez des écrivains des théologiens et des philosophes.
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Sainte Marguerite Bays: le pape loue la sainteté du quotidien
Lors de la canonisation de la Fribourgeoise Marguerite Bays, dimanche 13 octobre 2019 à Rome, le pape François a loué la "sainteté du quotidien". Sainte Marguerite Bays montre combien est puissante la "prière simple", a lancé le pontife sous le soleil radieux inondant la Place Saint-Pierre.
A première vue, a noté le
pape François, le chrétien paraît être une "personne ordinaire". Le
pontife a ainsi souligné la valeur de la "sainteté du quotidien", dont
parle également le saint cardinal Newman. Elle témoigne de la puissance de la "prière
simple", de "l'endurance patiente" et du "don de soi
silencieux", a expliqué le pape à la foule des pèlerins rassemblés devant
la basilique Saint-Pierre le dimanche matin, lors de la messe de canonisation
de cinq nouveaux saints.
Présence de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter
Outre les quelque 400 pèlerins qui avaient fait le déplacement de Suisse en l'honneur de la sainte de Siviriez, on notait la présence de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, des conseillers d'Etat fribourgeois Jean-Pierre Siggen et Didier Castella. Du côté de l'Eglise suisse, Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, son auxiliaire Mgr Alain de Raemy, et l'abbé Jean Glasson, vicaire épiscopal, représentaient le diocèse. Ils étaient accompagnés de Mgr Felix Gmür, évêque de Bâle et président de la Conférence des évêques suisses, et de Mgr Pierre Bürcher, administrateur apostolique du diocèse de Coire.
Ce 13 octobre, l'Eglise
est devenue riche de cinq saints de plus: le cardinal John Henry Newman
(1801-1890), les sœurs Giuseppina Vannini (1859-1911), Mariam Thresia Chiramel
Mankidiyan (1876-1926) et Dulce Lopes Pontes (1914-1992), et Marguerite Bays
(1815-1879), une simple couturière appartenant au tiers-ordre franciscain.
Préfet de la Congrégation
pour les causes des saints, le cardinal Giovanni Angelo Becciu a lu pour chacun
d'eux une courte biographie. Accompagné des différents postulateurs des causes,
le prélat sarde a demandé au pontife de procéder à la canonisation des cinq
bienheureux. Puis, après la litanie des saints, le chef de l'Eglise catholique
a autorisé que soient inscrits dans le catalogue des saints les noms du cardinal
britannique, des trois religieuses et de la stigmatisée du hameau de la Pierra,
dans la commune glânoise de Siviriez, dans le canton de Fribourg.
Des saints devenus intercesseurs
"Remercions le
Seigneur pour les nouveaux saints qui ont marché dans la foi et que nous
invoquons maintenant comme intercesseurs", a indiqué le pape François dans
son homélie. Les trois religieuses témoignent, a-t-il relevé, d'un "chemin
d’amour dans les périphéries existentielles du monde".
Pour le cardinal Newman,
converti au catholicisme en 1845, "le chrétien possède une paix profonde,
silencieuse, cachée, que le monde ne voit pas", a rappelé le pape
François. "Le chrétien est joyeux, tranquille, bon, aimable, poli,
innocent, modeste, a-t-il encore indiqué citant encore le fondateur des religieux
oratoriens en Angleterre, il n’a pas de prétentions, […] son comportement est
tellement éloigné de l’ostentation et de la sophistication qu’à première vue on
peut facilement le prendre pour une personne ordinaire".
Trois étapes pour la guérison du cœur
Par ailleurs, dans son homélie, le pontife est revenu sur trois étapes du parcours de foi permettant aux fidèles de guérir leur âme. Il s'agit en premier lieu d'invoquer le Seigneur. "La prière est la porte de la foi, la prière est la médecine du cœur". C'est ensuite sur "le chemin de la vie que l’on est purifié", a-t-il assuré. "La foi grandit avec le don et croît avec le risque". Les fidèles doivent donc avancer dans la foi par "l'amour humble et concret" et par la "patience quotidienne".
Le dernier aspect
consiste en rendre grâce pour les dons reçus, a estimé le pontife argentin. Il
s'agit selon lui du "sommet du chemin de foi". Remercier n’est pas
une question de "politesse", de "bienséance", mais bien une
question de foi, a-t-il expliqué. Pour l'évêque de Rome, "un cœur qui
remercie reste jeune". C'est pourquoi, il recommande d'apprendre à
remercier le Seigneur dès le réveil, en pleine journée ou avant de se coucher. "Merci
est le mot le plus simple et le plus bénéfique", a-t-il certifié.
Plusieurs délégations officielles se sont jointes aux fidèles pour ces canonisations. Notamment le prince Charles de Galles, mais aussi le président de la République italienne, Sergio Mattarella, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, ou encore le vice-président de la République de Chine (Taïwan), Chen Chien-Jen. (cath.ch/imedia/pad/be)
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Siviriez: sainte Marguerite Bays a son nouveau reliquaire
Un an et demi après sa canonisation à Rome, sainte Marguerite Bays a un nouveau reliquaire dans l’église de Siviriez (FR). Les restes mortels de Goton de la Pierraz ont été transférés le 24 juin 2021 dans cet écrin placé dans le transept, à la veille de sa fête liturgique le 27 juin.
L’abbé Martial Python, curé modérateur et biographe de la sainte, a tenu à donner la solennité voulue à cette translation des reliques. Le trajet de quelques mètres, d’une petite chapelle latérale à la nef principale de l’église, s’est fait en procession et au son des hymnes. Le coffret en verre contenant les ossements de la sainte a intégré le nouveau reliquaire placé dans le transept gauche de la nef.
Un transfert nécessaire
Ce transfert était nécessaire car la petite chapelle, aménagée en l’an 2000, était vraiment trop petite. Elle ne pouvait recevoir en même temps que deux ou trois pèlerins, explique Jean Paul Conus, président de la fondation Marguerite Bays. Lorsqu’un car de pèlerins arrivait, c’était la cohue.
Déplacer simplement le reliquaire actuel n’aurait pas convenu, car l’objet aurait été perdu dans l’immensité de la nef de l’église. La commande pour un nouveau reliquaire a été alors passée à Jean-Pierre Demierre, un artiste qui a déjà réalisé du mobilier liturgique pour plusieurs églises de la région. Le coût du projet, à charge de la paroisse et de la fondation, a été couvert grâce à un donateur anonyme.
Une commande peu banale
Réaliser un reliquaire n’est pas un travail artistique fréquent, surtout au XXIe siècle, relève l’artiste. «Ce travail m’a préoccupé pendant deux ans. Il fallait réaliser un objet qui corresponde à la vie et à la spiritualité de Marguerite Bays, mais aussi s’intègre harmonieusement dans une église déjà riche d’éléments artistiques assez divers. Après de nombreuses esquisses, j’ai réalisé deux maquettes grandeur nature en bois, avant la réalisation de l’objet en bronze», explique-t-il à cath.ch.
La forme générale est basée sur le cercle qui évoque le monde et la nature, elle reprend celle de la voûte de la nef. Sur la partie circulaire, figure la croix du Christ avec en arrière-plan la marguerite dont le centre en or évoque l’eucharistie. Les parties latérales arborent des reliefs en bronze représentant le tétramorphe, c’est-à-dire les symboles des quatre évangélistes: l’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’aigle pour Jean.
La châsse est installée sur un plateau de cerisier, le bois avec lequel on faisait les beaux meubles de la région. Le tout repose sur une structure en verre dont la forme reprend celle des arcs de l’église. Le reliquaire sera enfin surmonté d’un nouveau portrait de la sainte ‘plus jeune et plus souriante’ réalisé par le peintre valaisan Roger Gaspoz.
Une amie au ciel
Le culte des reliques remonte aux premiers temps de l’Eglise, lorsque les fidèles ont construit des mémoriaux sur les lieux de la mort des martyrs, rappelle Martial Python. Aujourd’hui la vénération des reliques rappelle combien les saints ont répondu à l’appel de Dieu. «Avec Marguerite Bays, nous avons, nous pèlerins sur la terre, une amie au ciel qui nous accompagne de sa prière et de sa protection.»
Une fête sans contraintes sanitaires
Les fidèles pourront découvrir le nouveau reliquaire à l’occasion de la célébration de la fête de la sainte le 27 juin. Avec la levée des restrictions sanitaires, nous pouvons accueillir plus de 500 personnes dans l’église, se félicite Jean-Paul Conus. La messe de 15h30, présidée par l’évêque du diocèse Mgr Charles Morerod, sera transmise dans les homes de personnes âgées de la région et sur youtube: à suivre en direct sur cath.ch. (cath.ch/mp)
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