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    Notre-Dame des Marches dans le canton de Fribourg

    Série d'été: des lieux de ressourcement à découvrir en Suisse romande

    Vous aimez les balades? En cette période de déconfinement où de nombreux Suisses passeront leurs vacances d’été au pays, la rédaction vous invite à partir à la découverte en Suisse romande de lieux de ressourcement, dont le rayonnement spirituel et artistique vaut le détour. Nichés dans des écrins d...

    Contenu du dossier
    Notre-Dame des Marches dans le canton de Fribourg
    Actualités

    Série d'été: des lieux de ressourcement à découvrir en Suisse romande

    L'abbaye de Bonmont
    Actualités

    Bonmont, l’abbaye oubliée continue de rayonner

    Construite en 1705 dans un magnifique écrin de verdure, la chapelle de Notre-Dame des Marches est devenue un haut-lieu de pèlerinage suite aux guérissons miraculeuses qui s'y sont produites.
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    Notre-Dame des Marches: le petit Lourdes fribourgeois

    Situé à 1271 mètres d'altitude le Christ-Roi domine la vallée du rhône
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    Notre-Dame des Marches dans le canton de Fribourg © Carole Pirker

    Série d'été: des lieux de ressourcement à découvrir en Suisse romande

    Vous aimez les balades? En cette période de déconfinement où de nombreux Suisses passeront leurs vacances d’été au pays, la rédaction vous invite à partir à la découverte en Suisse romande de lieux de ressourcement, dont le rayonnement spirituel et artistique vaut le détour. Nichés dans des écrins de verdure, ces sanctuaires de paix offrent au visiteur leur énergie paisible et inspirante. Bonne balade!

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    L'abbaye de Bonmont © Bernard Litzler

    Bonmont, l’abbaye oubliée continue de rayonner

    A Bonmont, première abbaye cistercienne en Suisse, ne subsiste que l’église abbatiale et les bâtiments conventuels repris par un golf. A quelques encablures de Nyon, coexistent deux mondes différents. L’âme de ce magnifique endroit, marqué par l’austérité chère à saint Bernard, perdure cependant.

    Bernard Litzler

    Il est, pour arriver à Bonmont, deux chemins. Celui du visiteur suivant les panneaux «Abbaye de Bonmont»: du parking extérieur, il va rejoindre à pied l’église abbatiale. L’autre chemin est celui du Golf de Bonmont: un portail chic, une allée d’arbres qui mène à un élégant country club, hôtel de charme et restaurant. Bonmont, deux chemins pour une réalité longtemps unique, aujourd’hui scindée.

    Charles Ansermet et Hélène Lasser
    Charles Ansermet et Hélène Lasser @ Bernard Litzler

    Tout ici est reliques de l’abbaye du 12e siècle. Les deux mondes cohabitent: pour les passionnés de spirituel s’impose l’église abbatiale, pour les golfeurs, installés dans les bâtiments conventuels de jadis, le sport est roi. Du haut de sa tour carrée, l’abbatiale domine les lieux verdoyants.

    Un son durant sept secondes

    A l’intérieur de l’église, Hélène Lasser, «intendante» et guide, fait l’accueil. Le bâtiment est épuré, les lignes claires. Pas de décor mural apparent, ni bancs, ni chaises dans la nef, volume sobre qui élève le regard. Des vitraux modernes, superbes grisés, ajoutent à la sensation de dépouillement.

    Dans le chœur, des micros et une table de mixage, signes d’un enregistrement en cours: «Des disques sont souvent enregistrés ici. Et des concerts ont lieu régulièrement», indique la guide des lieux. Il suffit de chanter. Le son monte, se prolonge, comme suspendu aux voûtes séculaires. «L’écho dure sept secondes, c’est pourquoi l’église est si recherchée par les chorales à cause de l’acoustique. Mais pas de Mozart, il y a trop de notes… Il faut des chants méditatifs».

    AbbayeBonmont-intérieur_DSC_0460
    AbbayeBonmont-intérieur_DSC_0460

    Puissance agricole

    Charles Ansermet, jeune hydro-géologue, officie également comme guide. Un passionné qui prépare un ouvrage sur l’abbaye. Il est natif du village voisin de Chéserex, où son père a été syndic. «Bonmont a été l’une des plus riches abbayes de l’arc lémanique», note Charles pour situer les lieux.

    Un rayonnement difficile à imaginer dans cette église austère. Blanchie à la chaux, elle reflète la simplicité chère à Bernard de Clairvaux, fondateur de l’ordre cistercien. «C’est la première abbaye cistercienne de Suisse, la 8e dans l’ordre de saint Bernard», ajoute Hélène. Les bénédictins de Bonmont adoptent la règle cistercienne en 1131: ils construisent en 60 ans une église conventuelle reflétant leur nouvel élan spirituel. «Et pourtant les moines n’étaient qu’une quinzaine au maximum, indique Charles Ansermet. Mais Bonmont a été une puissance agricole régionale, au Moyen Age. Elle faisait vivre et travailler des dizaines de familles mercenaires».

    Du vin livré à Genève

    Témoins de cette richesse, les bâtiments conventuels, repris par le Golf de Bonmont. Car l’abbaye a vécu, de sa fondation au 12e siècle à l’invasion bernoise en 1536, un âge d’or de quatre siècles. Elevage, moulins, pisciculture, forge, vigne, fabrication de chaux, faïencerie, fonderie de cloches, scierie: une vraie industrie est née dans le sillage des moines, grâce à la situation idéale du monastère au pied du Jura, pourvoyeur en eau.

    Pourtant, la réforme initiée par Bernard de Clairvaux insistait sur la pauvreté et le refus d’exploiter les serfs. Mais l’évolution économique du monastère a fait bouger les lignes: « On estime que, vers 1260, environ 200 hommes-liges travaillaient pour l’abbaye, confie Charles Ansermet. Bonmont était une vraie seigneurie ecclésiastique. Et l’abbé était souvent issu d’une famille noble de la région, un de Gingins ou de Divonne. Même Genève était dépendante de Bonmont: la chaux des fortifications de la ville et bien du vin livré au bout du lac venaient de l’abbaye, car il était meilleur que le vin local!».

    AbbayeBonmont_DSC_0490
    AbbayeBonmont_DSC_0490

    Restauration à partir de 1980

    Avec l’arrivée des Bernois, l’abbaye disparaît. L’église conventuelle devient tour à tour grenier et cave, boulangerie et fromagerie sous l’Ancien Régime bernois. A partir du 19e siècle, elle sert même de garage et de dépôt agricole.

    La roue tourne au 20e siècle. Le canton de Vaud se lance entre 1980 et 1995 dans la restauration complète de l’édifice. L’église vient de lui être cédée par le propriétaire du domaine, Henry-Ferdinand Lavanchy, fondateur de l’entreprise Adecco. En 1979, il ne restait qu’un superbe bâtiment abandonné: façades recouvertes de lierre et encombrement total à l’intérieur.

    Grâce à la restauration, l’«agglomération de Bonmont» reprend vie. Séparé de l’église, le domaine passe au golf en 1982. Les efforts des restaurateurs permettent de redonner une âme au vénérable édifice. Il a fallu enlever des éléments, obturer des ouvertures parasites, essayer de restituer les éléments d’origine.

    En 1998, les cisterciens pour les vêpres

    Aujourd’hui, l’abbatiale vaudoise est utilisée pour des concerts (les Vibrations de Bonmont) et parfois pour certains offices religieux, mariages, culte et messe. Le dimanche du Jeûne fédéral, les paroisses de la région célèbrent un office œcuménique.

    Bonmont domine le Lémam
    Bonmont domine le Lémam @ Bernard Litzler

    Les amoureux de Bonmont se souviennent qu’en 1998, pour les 900 ans de l’ordre fondé par saint Bernard, six communautés cisterciennes de Suisse romande, femmes et hommes, avaient chanté les vêpres sous l’antique voûte de l’abbatiale. Pourtant, pour Hélène Lasser, Bonmont n’est pas assez connue. «Ce site est unique, dit-elle. Et l’église a été construite par le même architecte que celui de la célèbre abbaye de Fontenay, en Bourgogne. «Car l’Europe était le terrain de jeu de l’ordre cistercien», renchérit Charles Ansermet. Enthousiastes, les amoureux de Bonmont perpétuent son esprit.

    Visites

    Tous les après-midis en juillet et en août, il est possible de visiter l’abbatiale.

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    Construite en 1705 dans un magnifique écrin de verdure, la chapelle de Notre-Dame des Marches est devenue un haut-lieu de pèlerinage suite aux guérissons miraculeuses qui s'y sont produites. © Carole Pirker

    Notre-Dame des Marches: le petit Lourdes fribourgeois

    Située près de Broc (FR), Notre-Dame des Marches est un haut-lieu de pèlerinage dédié à Marie. Connu pour ses guérisons «miraculeuses» et son rayonnement artistique, ce petit Lourdes fribourgeois s’est aussi ouvert aux amoureux de la nature, qui viennent y chercher l’énergie que dégage ce paisible sanctuaire. Un attrait que le récent confinement lié à la pandémie ne dément pas. 

    Carole Pirker

    On la découvre au bout d’un long chemin de croix, après avoir bifurqué à droite avant le village de Broc (FR). Nichée au pied de la Dent-de-Broc, sur la butte qui surplombe le paysage de la Gruyère, elle jouxte un majestueux tilleul, qui ressemble de loin à un gardien protecteur. «La chapelle Notre-Dame des Marches accueille chaque année près de 10 000 visiteurs et beaucoup d’hommes politiques de Suisse romande viennent s’y recueillir», glisse Sœur Anne-Françoise Camélique, l’une des trois sœurs en charge de ce haut-lieu de pèlerinage dédié à Marie.

    Sœur Anne-Françoise Camélique s'occupe depuis 19 ans de l'accueil  des pèlerins
    Sœur Anne-Françoise Camélique s'occupe depuis 19 ans de l'accueil des pèlerins @ Carole Pirker

    Membre de la congrégation des sœurs de la Sainte-Croix d’Ingenbohl, qui a repris depuis 1987 la gestion des Marches, la religieuse y assure depuis 19 ans l’accueil des pèlerins, l’animation liturgique et l’accompagnement des groupes: «Certains souhaitent une messe, d’autres une demande de prière, mais il y a aussi des randonneurs qui s’arrêtent». Amoureux de la nature, ces pèlerins d’un nouveau genre viennent surtout y chercher l’énergie que dégage ce sanctuaire paisible. A la fenêtre de la cure où elle me reçoit, la Sœur pointe un petit sentier qui descend vers la Sarine: «En 45 minutes au bord de la rivière, on rejoint à pied Gruyères, en passant par le fameux Pont tremblant… une très jolie balade».

    Le petit Lourdes fribourgeois

    C’est surtout la guérison de la jeune Léonide Andrey, le 17 mai 1884, qui contribue au succès du lieu et à la ferveur envers la Vierge des Marches: «Cette jeune fille de Broc ne pouvait plus marcher et a été amenée ici sur un brancard avant d’en repartir à pied», raconte la Sœur. Par la suite, les pèlerinages et les guérisons se succèdent et on construit en 1886 le premier Abri des Marches, l’actuel restaurant du site, dont la terrasse, très appréciée des randonneurs, offre une vue splendide sur les Préalpes.

    La chapelle Notre-Dame des Marches
    La chapelle Notre-Dame des Marches @ Carole Pirker

    Le célèbre chant de l’abbé Bovet Nouthra Dona di Maortsè contribue aussi, dès 1933, à la renommée des Marches. Mais selon la religieuse, c’est en 1945, alors que la guerre empêche les pèlerins de rejoindre Lourdes, que le site s’affirme véritablement comme lieu de pèlerinage et lui vaudra son surnom de petit Lourdes fribourgeois: «C’est alors que s’est constitué le comité de l’œuvre des malades, qui aurait dû fêter cette année son 75ème pèlerinage, mais la pandémie en a voulu autrement…».

    Mai et septembre: les deux temps forts de l’année

    Depuis 1945, chaque 19 mai, le pèlerinage des malades attire entre 600 et 700 personnes: «L’accueil nécessite une organisation importante, avec le montage d’une cantine de 1'000 places et le recours à une centaine de bénévoles». Et pour accompagner les pèlerins, la religieuse peut toujours compter sur les jeunes des classes de la région.

    Le second temps fort est le pèlerinage d'automne, le 14 septembre. Situé juste après la bénichon, il était jusqu’en 1920 un pèlerinage de pénitence contre les excès d’alcool… Depuis, il est devenu une tradition, tout comme l’accueil des pèlerins le Vendredi Saint ou le pèlerinage des gens du voyage, le premier week-end de mars. Or malgré la pandémie, qui a reporté à 2021 tous ces rendez-vous, Notre-Dame des Marches ne désemplit pas: «Nous avons accueilli énormément de monde durant le confinement, se réjouit la Sœur. Je crois que cette foi en Marie explique une telle fréquentation».

    Toujours pas de messes…

    Sur la porte de la chapelle, l’écriteau mentionnant l’absence de messe pour cause de pandémie lui rappelle sa séance du matin: «On vient de renoncer aux messes, car on ne peut pas respecter la distance de 1 m 50, lâche-t-elle, dépitée. On pensait pouvoir recommencer avec les masques, mais l’évêché a dit non.»

    A l’intérieur de l’édifice, trois femmes se recueillent et interpellent la religieuse sur le sujet. «Normalement, chuchote-elle en me rejoignant, on donne ici trois messes par semaine, et le dimanche, on sort des chaises pour que les gens puissent suivre la célébration à l’ombre du tilleul, car nous avons un dispositif audio qui la transmet sur l’esplanade». Ainsi, le dimanche, la petite chapelle, qui dispose d’un maximum de 120 places, peut accueillir jusqu’à 300 personnes.

    La Vierge des Marches

    La Vierge à l'enfant
    La Vierge à l'enfant @ Carole Pirker

    Au-dessus de la sacristie, sur une plaque commémorative, apparaît le nom de Jean-Jacques Ruffieux. En 1705, lui et ses deux frères Nicolas et François ont bâti cette chapelle dédiée à Marie. Et la voici, justement, la Vierge des Marches, qui trône au-dessus du retable: «La couleur crème de sa parure est celle du temps ordinaire. Elle est rouge pour les temps de pèlerinage et bleue pour l’Avent et le Carême. Nous en avons aussi une blanche, brodée par les Sœurs de la Fille-Dieu, ajoute la Sœur, mais le coton des broderies était de trop mauvaise qualité pour être nettoyé. Il a fallu le remplacer et refaire toutes les broderies».

    Coût de l’opération: 13'000 francs, offerts par une bienfaitrice prodigue. Car les pèlerins, nombreux, se montrent généreux. Le site ne vit pas des impôts ecclésiastiques, m’explique la religieuse, mais de leurs dons et des rentrées d’argent, qui proviennent surtout de la vente de lumignons. Contrairement à nombre d’églises qui ont vu leurs revenus baisser durant la pandémie, Notre-Dame des Marches se porte bien, m’assure-t-elle tout sourire.

    Les vitraux de Cingria

    Derrière nous, la lumière de l’après-midi irise deux vitraux d’Alexandre Cingria. On peut y lire les noms de Fatima, Lourdes, le Bourguillon, autant de lieux de pèlerinages suisses et internationaux. «Voyez, dit-elle en m’indiquant les panneaux à géométrie libre du maître verrier, c’est la première fois qu’il utilise comme support une plaque de verre transparente. Cela donne au vitrail beaucoup plus de lumière que la technique au plomb». Les couleurs y sont flamboyantes.

    Soudain, le bruit métallique d’une serrure résonne dans l’espace. Ma guide a disparu. Elle revient de la sacristie, et de ses doigts fins, dépose délicatement sur l’autel un calice, un ciboire et un magnifique ostensoire décoré par six émaux bleus: «Ces pièces d’orfèvrerie sont dans le coffre-fort, murmure-t-elle, car elles sont sans prix». Captant mon regard sur l’ostensoire, elle me lance: «Il est beau, n’est-ce pas? Son style paraît contemporain, et pourtant, il date de 1946!». Nul doute, le rayonnement artistique du lieu éclaire aussi une part de son attrait.

    Calice et ciboire
    Calice et ciboire @ Carole Pirker

    Rayonnement spirituel

    Mais une part seulement, car les nombreux ex-voto disposés de part et d’autre de la porte de la chapelle témoignent aussi de la gratitude des pèlerins. Leurs demandes et leurs remerciements sont consignés ici dans des carnets d’intentions. Rédigés surtout en français, mais aussi en allemand, anglais et espagnol, ils expriment qui, le désir d’un enfant ou d’un conjoint, qui une guérison, la réussite professionnelle ou une aide face aux coups durs de la vie. «Hier soir, lorsque j’ai poussé la porte de la chapelle, un homme d’une trentaine d’années s’est retourné et m’a dit, les yeux tout embués: «Voyez ma sœur, je viens aujourd’hui remercier, car j’ai reçu une grâce.» (cath.ch/cp)

    Pour découvrir Notre-Dame des Marches 
    Contact : Route des Marches 18, 1636 Broc, +41 26 921 17 19
    Site et chapelle ouverts aux visiteurs, mais aucune messe ni célébrations n’ont lieu actuellement, en raison de la pandémie.
    Liens internet http://www.lesmarches.ch
    Randonnées : https://www.schweizmobil.ch/fr/suisse-a-pied/itineraires/route-0285.html
    Pour aller plus loin : Les Marches, le petit Lourdes fribourgeois, histoire d’un lieu sacré, François et Jacques Rime, édité par la Fondation du Rectorat Catholique de Notre-Dame des Marches, 2016 (rééd.), 143 p.

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    Situé à 1271 mètres d'altitude le Christ-Roi domine la vallée du rhône © Bernard Hallet

    Valais: tous les chemins passent au Christ-Roi

    La statue du Christ-Roi située sur la colline du Châtelard au-dessus de Lens, dans le Valais central, est de nos jours moins un lieu de pèlerinage et de dévotion qu’un but de randonnée. Son érection, en 1935, renvoie à une époque où l’on sentit la nécessité de consacrer le diocèse au Christ-Roi alors que l’Europe de l’entre-deux guerres était sous haute tension.

    Bernard Hallet

    Passé le terrain de football qui surplombe Lens, un chemin amorce la montée vers le sommet de la colline du Châtelard. Une clairière offre deux possibilités: A droite une ascension en pente douce a été aménagée pour les personnes à mobilité réduite. On peut aussi choisir le sentier de gauche: un chemin de croix (érigé en 1933 il est antérieur au Christ-Roi) dont la première station marque le départ. La pente est plus abrupte.

    Jean-Daniel Emery, président du Conseil de Gestion de la paroisse de Lens
    Jean-Daniel Emery, président du Conseil de Gestion de la paroisse de Lens @ Bernard Hallet

    Un climat méditerranéen

    Avec mon guide d’un jour, Jean-Daniel Emery, président du Conseil de gestion de la paroisse de Lens, nous optons pour le chemin de croix. En simples touristes, nous ne marquons pas les stations qui jalonnent la montée. La forêt procure une fraîcheur agréable en cette chaude après-midi de juin. Nous progressons à l’ombre des mélèzes, des genévriers et des pins alpestres qui parfument délicatement une atmosphère quasi méditerranéenne.

    La première halte sera pour la vue à couper le souffle sur toute la vallée du Rhône qui s’étend sous nos pieds, à 1250 mètres en contre-bas. Les taillis abondants tout au long du chemin nous laissent apercevoir les alpes valaisannes et sur notre droite, perdue dans la brume de chaleur, Sion. Splendide!

    Vue imprenable sur la vallée du Rhône au détour du chemin de Croix
    Vue imprenable sur la vallée du Rhône au détour du chemin de Croix @ Bernard Hallet

    A la huitième station, la silhouette du Christ-Roi émerge des arbres et se découpe dans le ciel. Quelques minutes de progression nous amènent au sommet de la colline sur une esplanade. Ce Christ-Roi impressionne. Paisible, massive, juchée sur son socle de pierre, la statue en cuivre de 30 mètres de hauteur surplombe tout le Valais à 1271 mètres d’altitude. Le soleil pourtant ardent fait briller modestement le cuivre. Le style de la statue, que certains jugent 'mussolinien' renvoie à une autre époque.

    Le chanoine du Grand-Saint-Bernard et prieur Pierre Gard eut l’idée d’ériger ce Christ-Roi en 1933. Il voulait marquer le 19e centenaire de la mort de Jésus. «Le contexte géopolitique la crise économique et les tensions croissantes en Europe, incitent aussi le chanoine à prendre cette initiative», explique Jean-Daniel Emery (voir encadré).

    Une colline aux allures de calvaire

    Par ailleurs la colline du Châtelard suggérait, pour nombre de Lensards et d’habitants d’un Valais profondément catholique, le Calvaire où Jésus avait été crucifié. En 1908 l’écrivain Charles Ferdinand Ramuz y a même vu «une colline, un véritable Golgotha de primitif, derrière le gros bloc de l’église». Et cette statue s’inscrit bien dans la suite logique du chemin de croix béni en 1933: «En effet il est naturel qu’après le chemin de croix, qui nous rappelle les humiliations et les souffrances de l’Homme-Dieu, suive un monument en souvenir du triomphe de ce roi de gloire», écrit Pierre Gard dans le bulletin paroissial de septembre 1933.

    Une première collecte de fonds est lancée. Les nombreux dons reçus, entre 1 et 20 francs, n’atteignent cependant pas les 15'000 francs nécessaires au premier projet d’une statue de 15 mètres. Les difficultés économiques ont eu raison de l’engouement populaire pour le projet.

    Une collecte populaire

    Le prieur ne se décourage pas. Sur une suggestion de ses confrères et avec l’autorisation de l’évêque de Sion, à l’époque Mgr Victor Bieler, il lance une nouvelle souscription à l’échelle du Valais par le truchement de la presse.

    Le succès est cette fois-ci au rendez-vous. Début 1935, l’obstiné prieur Gard obtient 20'000 francs. Le canton y participe pour 500 francs. Encore insuffisant pour une statue d’une taille de 30 mètres et dont le projet est devisé à 35'000 francs. La divine Providence «daignera nous aider à mener à bonne fin cette sainte entreprise», espère toutefois le chanoine.

    De la mitre à la couronne

    La statue est finalement inaugurée et bénie en grande pompe le 22 septembre 1935 par Mgr Bieler lors d’une messe rassemblant de plus de 4'000 personnes enthousiastes. Le diocèse est alors consacré au Sacré-Cœur.

    Seul bémol à ce concert de louanges: la mitre dont est coiffé le Christ ne fait pas l’unanimité. Elle est disproportionnée et on la compare à un bonnet militaire qui sied mal à ce Christ en majesté. Une couronne ornée de pierres de différentes couleurs remplace rapidement la mitre ratée. La couronne actuelle, réalisée par des apprentis poly-mécaniciens, a été installée lors de la restauration du monument en 1985.

    «Le lieu a fait longtemps l’objet de dévotions, de pèlerinages. On y venait pour prier à l’oratoire niché dans le socle de la statue, indique Jean-Daniel Emery. Mais aujourd’hui les pèlerins ont cédé la place aux randonneurs et aux amateurs de panoramas».

    Une chapelle dans le socle

    «L’esplanade où nous nous trouvons n’est pas naturelle. Elle a été aménagée par des paroissiens durant l’hiver 1934-1935. Ils ont démoli un grand roc pyramidal qui terminait le Châtelard», détaille mon guide. Le socle de la statue paraît ainsi comme enchâssé dans la pierre.

    Le socle abrite une minuscule chapelle dédiée à Notre-Dame du Perpétuel Secours. Les murs peints du bleu marial le rappellent. La copie d’une icône orthodoxe, la Madonne dite de saint Luc, y tient la place centrale.

    Deux rangées de bancs meublent un porche dont l’arche d’entrée montre les armoiries des districts valaisans. Une fresque représente Saint-Bernard de Menthon, patron des chanoines, et saint Pierre-Aux-liens, patron de la paroisse de Lens sur un côté. De l’autre, saint Théodule, patron du Valais, et saint Maurice, tenant la palme du martyr toisent le visiteur. Tous se situent sous le regard du Christ-Roi qui orne la voûte.

    Une colline pour les marcheurs

    Mis à part un couple de retraités, l’esplanade est déserte. «On est loin de la fréquentation qu’a connue la colline pendant le confinement. Les gens venaient prendre l’air, c’était tous les jours dimanche», relate Jean-Daniel Emery. Le Châtelard reste très prisé des marcheurs.

    En tout 16 sentiers quadrillent la colline et offrent de belles randonnées. Au gré des intersections des parcours, tous ou presque passent au pied du Christ-Roi.

    Plusieurs chemins partent ou arrivent au sommet. On peut notamment rejoindre Saint Léonard, dans la plaine, en une heure 20 ou suivre la crête du Châtelard jusqu’au sommet. Il est aussi possible de filer le long du Grand Bisse de Lens, restauré et «remis en eau» en 2010.

    Une statue de la Vierge dans une excavation rappelle la grotte de Lourdes
    Une statue de la Vierge dans une excavation rappelle la grotte de Lourdes @ Bernard Hallet

    Dévotion à la Vierge

    Le président du Conseil de gestion m’entraîne dans un chemin en pente douce qui mène en quelques enjambées à un petit sanctuaire à ciel ouvert. Trois bancs posés dans un écrin de verdure permettent de se reposer et de se recueillir au pied d’une statue de la Vierge.
    Elle trône dans une modeste excavation gagnée sur la roche. Une paroissienne fleurit encore régulièrement ce petit Lourdes sous-bois où quelques cierges brûlent en permanence. Des pèlerins passent encore. L’expression de la foi perdure discrètement à l’ombre de la forêt.

    Malgré le dénivelé et les arbres, ce Christ-Roi est souvent visible. La tête penchée vers la terre, impassible, le colosse de cuivre couronné continue de veiller sur le Valais. (cath.ch/bh)

    Le pape Pie XI (1922-1939) a nommé 76 cardinaux lors de 17 consistoires
    Le pape Pie XI (1922-1939) a nommé 76 cardinaux lors de 17 consistoires

    La royauté sociale du Christ
    «Il faut tenir compte du contexte géopolitique de l’époque, bien au-delà du Valais, dans lequel le chanoine Pierre Gard a voulu ériger le Christ-Roi», note François Schmitt, enseignant à l’Ecole de Commerce et de Culture Générale de Sierre. Il s’est intéressé de très près à l’histoire du Christ-Roi.
    En 1935, à l’heure où Mgr Victor Bieler bénit la statue nouvellement érigée, l’Espagne voit s’affronter dans une guerre fratricide la société traditionnelle et l’idéologie du temps, Mussolini règne sur une Italie qu'il a mise au pas, Adolf Hitler conduit l’Allemagne dans le totalitarisme nazi et Staline a pris le pouvoir absolu à Moscou. Le nouveau mode de production industrielle bouleverse les schémas sociaux dans les pays européens où les tensions sont fortes.
    Le pape Pie XI met donc en garde les catholiques contre un ordre sans Dieu et «intrinsèquement pervers». Le problème de l'athéisme public, dont la meilleure représentation est à ce moment l'Union soviétique, oblige Pie XI à entrer dans une discussion sur le rapport entre le règne du Christ et le gouvernement des Etats temporels. Selon Pie XI, Jésus n'est pas seulement Roi dans un sens figuratif, mais aussi dans un sens humain effectif. Et selon la doctrine catholique, Jésus occupe une double fonction de Rédempteur et de Législateur.
    Le pontife publie le 11 décembre 1925 son encyclique Quas primas, sur la royauté sociale de Jésus-Christ. «Face à tous ces périls, détaille François Schmitt, le pape recommande à chacun de reconnaître le Christ comme son roi. Il prône le respect du bien du prochain dans une perspective sociale». Le pape institue la fête du Christ-Roi  célébrée aujourd'hui le dernier dimanche de l'année liturgique soit  la fin du  mois de novembre.
    La réalisation d’une statue du Christ-Roi est une manière de matérialiser la royauté sociale du Christ. L’Eglise catholique, hostile au communisme, y trouve une réponse adéquate. Le Christ-Roi du Valais n’est pas un exemple isolé: en 1934, un Christ-Roi est érigé dans la vallée des Houches, près de Chamonix.  Au Brésil la célèbre statue du Christ rédempteur sur le pic du Corcovado dominant la baie de Rio de Janeiro a été érigée en 1931-32.
    A Fribourg, on décide en 1930 de construire une nouvelle église du Christ-Roi dans le quartier de Pérolles. Sa réalisation ne sera cependant effective qu'au début des années 1950. BH

    >Tous les vendredis, du 3 juillet au 7 août, si la météo le permet, un chemin de croix est organisé à 18h30, suivi d'une messe célébrée à 19h à la chapelle du Christ-Roi.
    >Nombreuses possibilités de randonnées sur la colline du Châtelard. Un guide présentant 16 marches est disponible auprès de l'office du tourisme.

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    L'abbaye de Bellelay, avec l'église au premier plan © Raphaël Zbinden

    Bellelay: "îlot" de baroque autrichien aux confins ouest

    L'ancienne abbaye des Prémontrés de Bellelay, dans le Jura bernois, est surtout connue comme le berceau de la "Tête de moine", le fromage aux rosettes. Mais le lieu, qui abrite aujourd'hui un institut psychiatrique, attire également encore beaucoup par son architecture grandiose et originale, ainsi que par une riche offre culturelle.

    Raphaël Zbinden

    Le grand bâtiment blanc se dévoile au bas d'une colline, après une longue route sinueuse à travers le relief jurassien. Le lieu, entouré de profondes forêts, semble imposer solitude et sérénité. Un endroit idéal pour la contemplation et la prière, même si l'on n'y voit plus guère de têtes de moines. Ce sont surtout des blouses blanches qui sont visibles autour de l'abbaye. L'endroit accueille en effet les Services psychiatriques du Jura bernois – Bienne-Seeland.

    Ecrin d'art visuel et de musique

    Pierre-Yves Moeschler m'accueille devant l'église. Il dirige la Fondation de l'Abbatiale de Bellelay, mandatée par le canton de Berne pour gérer ce qui est à présent un espace culturel. Passé la porte, je suis impressionné par la hauteur des plafonds du bâtiment déjà imposant de l'extérieur.

    L'abbaye de Bellelay est entourée de denses forêts
    L'abbaye de Bellelay est entourée de denses forêts @ Raphaël Zbinden

    La "nudité" de l'endroit me frappe également. Un immense espace libre s'étend devant moi. Il est en fait occupé principalement lors des concerts et des expositions d'art contemporain, que l'église désacralisée accueille habituellement dans la période printano-estivale. Cette année, coronavirus oblige, le programme musical, qui commence en mai, a dû être reporté au mois d'août.

    Pierre-Yves Moeschler assure que des gens viennent de loin pour assister aux concerts et admirer les expositions. Les œuvres d'artistes de renommée suisse voire internationale doivent "entrer en dialogue" avec l'architecture du lieu, assure l'historien. Le travail de la Fondation est d'organiser ces manifestations culturelles. Elle veille également à ce que les œuvres musicales correspondent à l'acoustique du lieu, plus adapté aux créations médiévales que modernes.

    Sobriété heureuse

    Etonnante est aussi la sobriété de la décoration à l'intérieur de l'église. Outre quelques fresques, des orgues et un autel, cette simplicité contredit l'image "foisonnante" que l'on a de l'architecture baroque.

    "C'est que tout le mobilier a été vendu", remarque Pierre-Yves Moeschler. Le dépouillement de l'église coïncide avec le départ définitif des religieux, en 1798.

    Un abandon qui s'est produit dans le sillage de l'invasion, en 1797, de l'évêché de Bâle par les troupes françaises et le rattachement de la région à la République. Les règles françaises de nationalisation des biens du clergé et de fermeture des abbayes se sont immédiatement appliquées. Les Pères de Prémontré ont dû quitter les lieux et tout le mobilier a été vendu aux enchères au 18e siècle.

    L'intérieur de l'abbatiale de Bellelay est particulièrement dépouillé
    L'intérieur de l'abbatiale de Bellelay est particulièrement dépouillé @ Raphaël Zbinden

    Des pièces existent encore dans les églises, catholiques ou protestantes, des environs. Le grand orgue, une structure impressionnante, n'est qu'une reproduction à l'identique de l'instrument d'origine. Ce dernier a été détruit dans l'incendie du temple protestant de La Chaux-de-Fonds, qui l'avait acquis lors des enchères du 18e siècle. Les plans avaient heureusement été conservés.

    Rayonnement multiple

    L'histoire avait pourtant bien commencé pour cette abbaye fondée au 12e siècle par l'ordre des chanoines réguliers de Prémontré. Elle-même une filiale de l'abbaye du Lac de Joux, elle avait essaimé dans la région, notamment à Grandgourt (JU) et à Gottstatt (BE). Bellelay, reliée à toutes les autres abbayes de l'ordre, est devenue au fil du temps un centre spirituel, économique et politique majeur dans la région. L'abbaye possédait de nombreuses terres céréalières et des vignes au bord du lac de Bienne. Elle avait aussi acquis un important rayonnement intellectuel, avec la création d'un collège, en 1772, dont le bâtiment n'existe plus aujourd'hui.

    Pierre-Yves Moeschler est président de la Fondation de l'Abbatiale de Bellelay
    Pierre-Yves Moeschler est président de la Fondation de l'Abbatiale de Bellelay @ Raphaël Zbinden

    Même l'arrivée de la Réforme, au 16e siècle, n'a pas ébranlé outre mesure le monastère. Dans une forme de particularisme régional, les paysans continuaient à payer, sous régime protestant, leurs impôts aux seigneurs catholiques. L'Abbé de Bellelay était même chargé de nommer le pasteur local.

    L'église "phénix"

    L’abbaye de Bellelay fut frappée trois fois par des incendies. Le premier intervint en 1402 et fut suivi d’une reconstruction immédiate. Pendant la Guerre de Souabe, qui opposa en 1499 la Confédération suisse au Saint-Empire romain germanique, sévit le deuxième incendie, allumé par des soldats pillards. La consécration solennelle de la nouvelle église, de style gothique, a lieu en 1513. Vers la Pentecôte de 1556, un troisième incendie dévasta l’abbaye qui se releva grâce à des contributions venues des paroisses de Soleure et de Delémont.

    Mais l'église "phénix" a acquis le visage baroque qu'elle a toujours aujourd'hui entre 1710 et 1714. Un choix architectural un brin "exotique", puisque les Prémontrés ont fait appel à l'architecte Franz Beer von Blaichten, spécialiste du baroque dit "du Vorarlberg", une région d'Autriche proche de la Suisse. L'architecte avait déjà bâti deux églises du même style en Suisse, à Rheinau, actuellement dans le canton de Zurich, et à Saint-Urbain, dans celui de Lucerne. Des ouvrages toutefois moins imposants que l'abbatiale jurassienne, qui est devenue l'exemple le plus occidental de l'architecture du Vorarlberg.

    Son apparence a cependant changé depuis cette époque. Les clochers, surmontés à l'origine de deux bulbes en cuivre, ont été tronqués dans les opérations de récupération du métal, après que le monastère ait été abandonné.

    Le grand orgue de l'abbatiale de Bellelay a été reproduit à l'identique de celui d'origine
    Le grand orgue de l'abbatiale de Bellelay a été reproduit à l'identique de celui d'origine @ Raphaël Zbinden

    Suite au départ des moines, en 1797, l'abbatiale a été utilisée comme grange ou comme remise. L'idée d'une réaffectation du lieu commence malgré tout à germer dans les années 1890. En 1891, le canton de Berne rachète toute la propriété de Bellelay. Après une première rénovation, le monastère est transformé en hôpital psychiatrique en 1899.

    Regain de spiritualité

    Quant à l'abbatiale, elle reste à l'abandon durant les décennies suivantes. Les catholiques de la région ne revendiquent pas le lieu, les villages avoisinants ayant tous leur propre église. Dans les années 1950, alors que le Jura est moins divisé confessionnellement que par le passé, le gouvernement bernois finit par s'intéresser à l'édifice. Pour faire en sorte qu'aussi bien les communes protestantes que catholiques participent au financement, le lieu est dédié à une utilisation laïque.

    Après une restauration terminée en 1960, le nouvel espace est finalement consacré en priorité à la culture. Depuis 1970, des expositions d'art contemporain s'emploient chaque année à mettre en valeur le lieu. Actuellement, la musique et les arts visuels magnifient l'endroit en alternance.

    L'orientation entièrement profane donnée à l'abbatiale a tout de même interrogé des acteurs religieux de la région. "Certains pensaient qu'un tel lieu devait retrouver une forme d'aspiration spirituelle", souligne Pierre-Yves Moeschler. Un comité interconfessionnel, qui réunit les communautés anabaptiste, réformée et catholique, s'est donc créé pour apporter une touche religieuse au programme culturel. Cela se concrétise principalement par des concerts de musique sacrée.

    "L'offre globale de Bellelay en fait un rendez-vous culturel obligé pour toute la région", assure Pierre-Yves Moeschler. L'abbaye, si elle n'est plus dédiée directement à la louange divine, a donc trouvé de multiples autres façons d'élever les âmes. (cath.ch/rz)

    La Tête de moine, l'héritage culinaire des Prémontrés

    La production du fromage appelé "Tête de moine" a été lancée il y a de cela très longtemps par les religieux de Bellelay. Il s'agissait d'une petite meule d'un fromage à pâte mi-molle, au goût particulier, explique Pierre-Yves Moeschler. Une fois les moines partis, en 1797, les producteurs laitiers de la région ont conservé la tradition.

    Dans sa jeunesse, l'historien se rappelle que la Tête de moine se râpait, avec une certaine difficulté. Il y a environ 30 ans, quelqu'un a eu l'idée de la découper à l'aide d'une girolle, qui façonne des "rosettes" de fromage, esthétiques et faciles à consommer. Cette invention a rendu le fromage célèbre dans le monde entier et a dopé sa production.

    La promotion de la Tête de moine est également dans l'agenda de la Fondation de l'Abbatiale de Bellelay. Il est prévu que de prochaines manifestations à l'abbaye associent les thèmes du fromage et de la musique. RZ

    Des visites guidées de l'abbatiale sont possibles sur réservation.

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    La chapelle de Lorette à Porrentruy: témoin immobilier de la dévotion bruntrutaine et ajoulote à la Vierge Marie © Grégory Roth

    A Porrentruy, Notre-Dame de Lorette ou la Vierge de l'Ajoie

    La ville de Porrentruy (JU) est fière de son petit sanctuaire marial dédié à Notre-Dame de Lorette. Construite au 17e siècle, la chapelle rappelle que la Vierge est intervenue pour protéger la capitale de l'Ajoie des assauts suédois, lors de la Guerre de Trente Ans. Rencontre avec le chapelain du lieu, le chanoine Jacques Oeuvray.

    par Grégory Roth

    Silhouette proéminente de l'aile périphérique nord-est de Porrentruy (JU), la chapelle de Lorette accueille les pèlerins venus d'Ajoie et d'ailleurs. "Beaucoup viennent ici pour demander protection à la Vierge. Elle a sauvé la ville de Porrentruy une fois, elle continue de nous protéger aujourd'hui…", explique le chapelain de Lorette. "Chaque jour, des gens visitent les lieux. Ils cherchent avant tout le calme et la paix. Ils allument volontiers un cierge et déposent des fleurs quelques fois".

    Une permanence spirituelle

    Résidant dans l'annexe de la chapelle depuis sa retraite en 2009, le chanoine Jacques Oeuvray assure une sorte de permanence spirituelle pour ceux et celles qui viennent vers lui avec des demandes particulières. Il accueille des personnes pour le sacrement du pardon et bénit régulièrement des anniversaires de mariages et décès, entre autres fêtes familiales. Et tous les mardis soir à 18h – en temps normal–, il célèbre la messe dans une chapelle comble, réunissant des fidèles de tout le doyenné d’Ajoie-Clos-du-Doubs.

    Incontournable Assomption

    La chapelle bruntrutaine de Lorette a son rendez-vous annuel incontournable. A la fête de l'Assomption, chaque 15 août, près d'un millier de fidèles avancent en procession jusqu'à Notre-Dame de Lorette, en marchant à la suite de la Vierge des Annonciades – ladite statue que les Sœurs tournèrent face aux troupes suédoises afin que Porrentruy  soit épargné et dont la prière fut exaucée le lendemain, jour de l'Annonciation, le 25 mars 1634, avec l'apparition d'une épaisse nuée qui contraint les envahisseurs à passer à côté de la ville. Et c'est en l'honneur de cette protection, qualifiée de miracle, que l'on érigea la chapelle en 1653-57. (cath.ch/gr)

    En 2020, le coronavirus pousse les organisateurs de la solennité de l'Assomption à imaginer une formule différentes pour que les participants puissent vivre leurs dévotions de manière sécurisée, sous le thème: Marie, Mère de l'Espérance. Les précisions du chanoine Oeuvray:

    https://youtu.be/CytgW4kT9Ns

    La chapelle de Lorette à Porrentruy, de Michel Hauser
    La chapelle de Lorette à Porrentruy, de Michel Hauser @ Grégory Roth

    Les archives de la chapelle de Lorette
    Un récent travail de recherche a été effectué par l'historien ajoulot Michel Hauser sur la chapelle de Lorette au fil du temps et des transformations:

    Michel HAUSER, La chapelle de Lorette à Porrentruy. Au fil du temps, Editions D+P SA, Delémont, 2019.

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    Devant l'accueil de la Communauté œcuménique de Grandchamp © Jacques Berset

    Grandchamp: un havre de paix sur le littoral neuchâtelois

    A moins de 10 km de Neuchâtel, juste avant la plage de Boudry, voici le hameau d'Areuse, non loin de l'embouchure de l'Areuse qui dévale depuis le Val-de-Travers pour se jeter dans le lac. Sœur Anneke m'attend à l'accueil de la Communauté de Grandchamp, une communauté de tradition protestante ayant adopté la règle et la liturgie de Taizé.

    Jacques Berset

    Le hameau d'Areuse, rattaché à Boudry depuis un siècle et demi, est un ensemble de maisons historiques bien conservées qui abritèrent au XVIIIe siècle des fabriques d'indiennes. Ces toiles de coton imprimées étaient en partie acheminées vers les ports négriers de France, notamment Nantes, Bordeaux ou La Rochelle, et servaient alors de monnaie d’échange pour acquérir des esclaves en Afrique, déportés ensuite vers les Amériques dans le cadre du commerce triangulaire.

    Soeur Anneke, de la Communauté de Grandchamp
    Soeur Anneke, de la Communauté de Grandchamp @ Jacques Berset

    A la chapelle de l’Arche

    Tout sourire, Sœur Anneke, qui me guide vers la magnifique chapelle de l’Arche, le cœur de la vie spirituelle de cette communauté de religieuses adonnées à la vie contemplative, connaît ce pan sombre de l'histoire de la région, où émergent les noms de Neuchâtelois fameux comme David de Pury, Pierre-Alexandre du Peyrou ou encore Jacques-Louis de Pourtalès. La chapelle est justement installée à l'étage d'un haut bâtiment en bois qui servait à l'époque au séchage des cotonnades imprimées. L'esprit de ces lieux, comme nous le verrons plus loin, est aux antipodes de ce passé longtemps ignoré.

    C'est là, dans cette chapelle, une vaste salle de bois brun, éclairée par d'étroites verrières multicolores percées dans les parois, qu'ont lieu les quatre offices (7h15, 12h15, 18h30 et 20h30) qui rythment la journée des 38 sœurs venant de différentes traditions protestantes: réformée, luthérienne, baptiste, méthodiste...

    8 novices et des sœurs âgées

    "Nos sœurs viennent de toute l'Europe: Suisse, France, Autriche, Allemagne, Pays-Bas, Tchéquie, Lettonie, sans oublier une sœur originaire de la République démocratique du Congo. La plus jeune a 27 ou 28 ans, la plus âgée près de 90 ans. La tranche d'âge des 65-80 ans est la plus nombreuse, mais nous avons quand même 8 novices. On demande une expérience de vie avant d'entrer, il faut avoir plus de 25 ans!", détaille la religieuse néerlandaise d'origine frisonne. A Grandchamp, la langue parlée est le français.

    Communauté de Grandchamp Chapelle de l'Arche
    Communauté de Grandchamp Chapelle de l'Arche @ Jacques Berset

    La Communauté a également une maison en Suisse alémanique, le Sonnenhof, à Gelterkinden (Bâle-Campagne), où vivent six sœurs. Dans cette "Maison du silence", la langue utilisée est l'allemand. D'autres religieuses affiliées à la Communauté assurent une simple présence d’amitié et de prière en divers endroits, actuellement en Suisse et aux Pays-Bas.

    Des musulmans soufis

    Suspendu à une poutre, un tableau de couleur noire où est inscrit en langue arabe: "Au nom de Dieu, le clément, le miséricordieux..."  Face à ma surprise de trouver ces paroles utilisées au commencement de chacune des sourates du Coran, Sœur Anneke m'explique: "Nous avons des relations avec des musulmans de tradition soufie. Une de nos sœurs, aujourd'hui décédée, a vécu en Algérie, et des liens d'amitié ont subsisté. Des musulmans viennent prier à la chapelle...".

    Des musulmans soufis viennent prier dans la chapelle de l'Arche
    Des musulmans soufis viennent prier dans la chapelle de l'Arche @ Jacques Berset

    De la guerre d’indépendance de l'Algérie à la "décennie noire" de la guerre civile, Sœur Renée Schmutz, native de Sugiez (FR), a consacré plus de 50 ans de sa vie aux pauvres et à l’émancipation des femmes, notamment en fondant une coopérative rassemblant quelque 250 d'entre elles dans le bidonville de Oued Ouchayah, à Alger.

    Un Christ torturé

    Quand on pénètre dans la chapelle, à droite de l'entrée, un Christ torturé pendu au bois de la croix m'intrigue particulièrement. "Il a été sculpté par l’artiste brésilien Guido Rocha, qui a lui-même été sauvagement torturé par les sbires des dictatures militaires au Brésil et plus tard au Chili.

    Le cri du Christ torturé de Grandchamp ne se trouve pas dans la chapelle de la Communauté par hasard. Alors que les Eglises évangéliques brésiliennes se taisaient face aux violations des droits de la personne au Brésil, Guido Rocha, alors en exil à Genève, avait trouvé du soutien à Grandchamp.

    "Il nous a offert une de ses sculptures en signe de gratitude". La Communauté a aussi été le refuge de la poétesse et théologienne guatémaltèque Julia Esquivel, aujourd'hui décédée, qui a également été persécutée par les militaires dans son pays.

    Le Christ torturé de l’artiste brésilien Guido Rocha dans la chapelle de l'Arche
    Le Christ torturé de l’artiste brésilien Guido Rocha dans la chapelle de l'Arche @ Jacques Berset

    L'irruption du Covid-19

    Si la vie de la Communauté repose sur trois piliers, à savoir la vie de prière, la vie commune et l'accueil, relève Sœur Anneke, le quotidien des sœurs a bien changé depuis le semi-confinement imposé en mars dernier par la pandémie de Covid-19. "Nous n'accueillons plus d'hôtes, que ce soit ceux qui venaient à titre individuel ou en groupes. Nous avons fermé, non seulement pour nous protéger, mais surtout pour protéger les autres", souligne la religieuse. Qui estime qu'il faut s'adapter et suivre les directives sanitaires émises par les autorités.

    "C'est une expérience unique, j'espère, mais c'est aussi un temps de prière intensive. Nous n'avons pas chômé pendant ce semi-confinement, profitant d'effectuer des tâches pour lesquelles d'ordinaire nous n'avons pas le temps. Nous n'avons jamais eu autant de contacts par téléphone, par courriel. Nous recevons davantage de demandes d'intentions de prière, et nos temps de prière sont accessibles par internet. Les dimanches, nous avons repris les célébrations de l’eucharistie à l’interne, c’est-à-dire pour nous et nos volontaires".

    Trou financier

    "Depuis l'éclatement de la pandémie de coronavirus, la fréquentation sur internet a explosé. Les gens ont pu suivre les retraites de Pâques et de Pentecôte sur la toile et faire le cheminement avec nous, et certains depuis l'autre bout du monde. Sans internet, on n'aurait pas pu le faire, et dans ce sens, ce moyen de communication est magnifique !"

    Pandémie du Covid-19  Les fidèles n'assistent plus aux offices dans la chapelle
    Pandémie du Covid-19 Les fidèles n'assistent plus aux offices dans la chapelle @ Jacques Berset

    En temps normal, la communauté peut accueillir dans sa trentaine de chambres 35 hôtes, au maximum 40, qui dorment dans de petites cellules très simples, "de style monastique". Parmi eux, un nombre non négligeable de catholiques, qui apprécient l’esprit œcuménique qui anime toute la communauté. Les retraites qui y sont organisées rassemblent en effet des chrétiens de diverses confessions.

    En cette période de pandémie, la Communauté, qui vit en partie des rentes AVS des sœurs âgées, ne dispose plus des ressources provenant de l'accueil d'hôtes, ou de la vente de cartes et de livres, ainsi que de bougies, icônes ou tissages réalisés sur place. "L'accueil est la principale source de rentrées et l'absence d'hôtes cause un gros trou dans les finances!". Cependant, des dons sont envoyés par des personnes solidaires, désireuses de soutenir la Communauté en ces temps difficiles. Et surtout, la Communauté espère pouvoir accueillir à nouveau des hôtes à partir de la mi-août.

    Dialogue interreligieux

    Le hameau n'appartient pas entièrement à la Communauté. "On y vit comme dans un petit village, notre clôture est très ouverte. Au réfectoire, nous mangeons tous ensemble, sœurs, hôtes et volontaires. Nous avons des locataires, des familles avec des enfants, qui jouent dans la cour avec les enfants des voisins. C'est une joie de les voir!", insiste Sœur Anneke, qui vient de la localité néerlandaise de Dokkum, où fut assassiné en 754 saint Boniface, moine missionnaire d’origine anglaise, envoyé dans la province de Frise pour y convertir les païens.

    S'il n'y a pas officiellement de religieuses catholiques dans la Communauté de Grandchamp, "souvent des sœurs d'autres communautés viennent prier avec nous, et nous avons de très bonnes relations avec des monastères catholiques". (cath.ch/be)

    La relation avec Taizé
    C'est dans ce lieu chargé d'histoire que des retraites spirituelles furent organisées dès 1931 par des "Dames de Morges", une association de femmes mariées protestantes qui seront à l’origine de la Communauté. En 1936, une de ces femmes s’y établit, puis deux autres en 1940, et ainsi de suite.
    En 1952, les premières sœurs s’engagèrent pour la vie, en prononçant les vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Elles adoptèrent la règle et l’office de Taizé, et revêtirent une robe et un voile bleus.Les premières sœurs à l'époque ont pris leur engagement avec Frère Roger de Taizé, mais depuis l'époque de Sœur Minke de Vries, prieure de la communauté de Grandchamp de 1970 à 1999, la profession se fait en face de la prieure, en présence de pasteurs. La Communauté est absolument indépendante et la structure ne rend pas de comptes à l'Eglise Réformée Evangélique du Canton de Neuchâtel, (EREN), avec laquelle les relations sont par ailleurs excellentes. JB

    Sauvegarde de la création
    Si le principe de la communauté religieuse a été rejeté dès les premiers temps de la Réforme, Grandchamp fait certainement œuvre de pionnier: "Nous avons beaucoup d'influence de l'Eglise orthodoxe". Au début, venant de la tradition réformée, les sœurs n'avaient que la Bible, pas même des bougies. "Nous avons par la suite découvert les beautés de la liturgie orthodoxe, les icônes. Si nous n'avons pas autant de saints que chez les catholiques, nous  faisons tout de même mémoire des saints bibliques et d'autres saints, comme Nicolas de Flue, ou Dietrich Bonhoeffer". Ce pasteur luthérien allemand, théologien et essayiste, fut exécuté par les nazis le 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière.
    A Grandchamp, les sœurs ont une forte sensibilité pour la défense des droits humains et le respect de la création.Dans la bibliothèque qui se trouve dans la salle d'accueil, une rangée de livres est placée sous la rubrique "Notre vocation œcuménique", et le pape François n'est pas absent des étagères. Sœur Anneke cite volontiers "Laudato si'", l'encyclique du pontife argentin "sur la sauvegarde de la maison commune". "Depuis l'éclatement de la pandémie, nous prions tous les jours à 15h pour que, quand ce sera fini, nous ne revenions pas à la vie d'avant, mais que l'on change vraiment, dans le sens d'une écologie intégrale!" JB

    Grandchamp choisi pour préparer la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2021
    Dès les tout premiers débuts de la Communauté, des liens étroits se sont instaurés avec la communauté de Taizé et l'abbé Paul Couturier, figure marquante dans l'histoire de la Semaine de prière pour l'unité des chrétiens. Fermement attachées à l’œcuménisme spirituel, les sœurs de Grandchamp ont accepté l’invitation à préparer les documents de référence pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens de 2021, célébrée entre le 18 et le 25 janvier.
    Un groupe international parrainé par le Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens et la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Eglises (COE) s'est réuni à Grandchamp du 15 au 18 septembre 2019, pour en préparer les textes. La réunion était présidée par le pasteur Odair Pedroso Mateus, directeur de la Commission Foi et Constitution du COE, et par le Père Anthony Currer, du Conseil Pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens.

    "Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance"
    Le thème choisi par le groupe d’écriture local est "Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance" (Jean 15: 5-9). Ceci a permis aux sœurs de partager l’expérience et la sagesse de leur vie contemplative dans l’amour de Dieu et de parler du fruit de cette prière: une communion plus étroite avec leurs frères et sœurs en Christ et une plus grande solidarité avec l’ensemble de la création. Les sœurs de Grandchamp viennent de différentes origines culturelles et confessionnelles. Depuis les débuts de la Communauté, dans les années 1940, elles ont été confrontées aux difficultés que présentent la vie et la prière ensemble dans la diversité et parfois les divisions. Cela les a rapprochées de pionniers de l’œcuménisme spirituel du 20e siècle tels que le Père Paul Couturier, qui a renouvelé l’octave de la prière pour l’unité des chrétiens, et Frère Roger, qui fonda par la suite la Communauté de Taizé. JB

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    Selon la tradition, ce sanctuaire a été fondé à la suite de l’apparition de la Vierge Marie au frère cordelier Bartolomeo Piatti d’Ivrea © Davide Pesenti

    Madonna del Sasso, entre ciel et terre

    Surplombant le lac Majeur au-dessus de Locarno (TI), Madonna del Sasso est le sanctuaire marial le plus visité de Suisse italienne. Derrière la façade néoclassique de l’église se cache un riche patrimoine historique et artistique, témoin d’une dévotion qui se poursuit depuis le jour de l’Assomption de 1480.

    Il y a trois façons de rejoindre Madonna del Sasso. Si on veut suivre les ormes des pèlerins médiévaux, on peut emprunter l’itinéraire qui longe la rivière Ramogna, ou monter les 343 marches du chemin de croix en bas-reliefs de bronze. Si, en revanche, on préfère une manière plus commode, on s’y rend avec le funiculaire, réalisé en 1906, à initiative du célèbre entrepreneur tessinois Giovanni Pedrazzini.

    Lieux saints à portée de main

    Frère Agostino
    Frère Agostino @ Davide Pesenti

    Fidèle à la tradition qui remonte à la fin du Moyen Age, je décide de me rendre dans ce sanctuaire tessinois par le chemin le plus ancien. Avec ses 214 marches (je les ai comptées!), le sentier escarpé permet d’arpenter les 180 m de dénivelé qui séparent le bourg tessinois du sanctuaire. Je quitte la frénésie de la ville et, depuis l’église de l’Annunciata (1502), sur les hauteurs de la ville, le sentier défile à côté de cinq chapelles datant du XVIe siècle, qui représentent des scènes de la vie du Christ.

    Après une bonne demi-heure de marche, j'atteins les 378 m du sanctuaire situé dans la commune d’Orselina. Immergé dans une végétation méditerranéenne verdoyante, avec une vue panoramique à couper le souffle sur le lac et les préalpes environnants, le lieu est un havre de paix et de ressourcement spirituel.

    "Bienvenus à Madonna del Sasso!" Depuis le sommet du pittoresque éperon rocheux, Frère Agostino del Pietro me voit arriver un peu transpirant. "Vous êtes monté sur notre 'Sacro Monte' de la bonne manière: à pied, depuis la plaine!" Avec son sourire qui met tout de suite à l’aise, le capucin m’accueille sur le parvis du sanctuaire où il vit avec sept autres frères. Le soleil matinal de l’été donne une lumière brillante à la façade baroque.

    Plus d’un demi-millénaire d’histoire

    La présence pluriséculaire des frères franciscains à Madonna del Sasso est en relation étroite avec sa fondation. "Selon la tradition, ce sanctuaire a été fondé à la suite de l’apparition de la Vierge Marie au frère cordelier Bartolomeo Piatti d’Ivrea, la veille de la fête de l’Assomption, en 1480", nous explique d’emblée le guide, dans la galerie latérale donnant sur le petit jardin fleuri qu’il vient d’arroser.

    La vue imprenable sur le lac de Locarno incite à la méditation
    La vue imprenable sur le lac de Locarno incite à la méditation @ Davide Pesenti

    “Depuis sa fenêtre du Couvent de Saint-François de Locarno, fondé en 1230, il a vu apparaître Marie sur cette colline. Elle lui demanda d’y donner naissance à un lieu dédié particulièrement à la vénération mariale”. Le franciscain italien a réalisé ainsi le vœu de la Vierge. Il y passera les dernières 30 ans de sa vie comme ermite.

    "Mais les historiens ont une autre explication des origines de cet endroit, ajoute promptement Frère Agostino. Ils inscrivent Madonna del Sasso dans le sillage du phénomène des ‘Sacri Monti’, ces lieux de pèlerinage très répandus dans le nord de l’Italie”.

    Classés au patrimoine de l'UNESCO

    Le premier de ces "Monts Sacrés" a été érigé à Varallo Sesia (I) à l’initiative de Bernardino Caimi, durant le Moyen Age. Afin d’éviter aux chrétiens transalpins le voyage, souvent périlleux, en Terre Sainte, le frère franciscain a décidé de reproduire les lieux sacrés de la vie de Jésus sur des collines de sa région. "Car le fait de voir les lieux du Seigneur avait certainement un effet majeur pour l’évangélisation, plus même que la simple prédication”, indique Frère Agostino, ancien provincial des capucins suisses. Le Piémont et la Lombardie abritent de nombreux «Monts sacrés». Ils sont classés au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

    À la fin du XVe siècle, naît donc aussi à Locarno l’idée d’ériger une telle “montagne sacrée”. Au sommet de la colline on construit les deux premières chapelles: l’une dédiée à la Vierge de l’Assomption - qui est la partie plus ancienne de l'église actuelle - et l’autre, un peu plus loin, dite de "La Pietà". Les deux églises furent consacrées en 1487. L’actuel complexe architectural est le fruit des importantes transformations réalisées à partir du XVIIe siècle, en particulier la prolongation de la nef en style baroque.

    Le tournant

    "L’année 1848 est une date capitale pour notre sanctuaire, explique mon guide, qui est entré chez les capucins en 1991. Suite au 'Kulturkampf', le Canton du Tessin sécularise de nombreux bâtiments ecclésiastiques, dont le sanctuaire de Madonna del Sasso". Beaucoup de religieux italiens sont ainsi contraints de rentrer dans leur pays.

    "Deux ans plus tard, en 1850, on demande alors à deux de nos confrères suisses de reprendre la direction du sanctuaire. Cette année 2020, on y commémore donc les 170 ans de l’arrivée des capucins". Dès 1880, avec l’arrivée au gouvernement tessinois des conservateurs, on donne plus d'importance à l’expression de la vie religieuse au Tessin et le monastère reprend de l’importance.

    Riche patrimoine historique et culturel

    Ce qui avait été considéré, au milieu du XIXe siècle, comme une grave perte pour la communauté, est aujourd’hui vécu avec soulagement et reconnaissance. Car l’entretien de ce joyau artistique demande un engagement financier non négligeable que la petite communauté ne pourrait pas assurer.

    La dernière restauration du complexe remonte aux années 2006-2015. On a enlevé la couche noire qui s’était déposée sur les murs de l’église, lui redonnant ainsi sa splendeur originale. Le Canton du Tessin, qui en est le propriétaire, y a investi plus de 8 millions de francs. "Car le sanctuaire abrite de nombreuses œuvres d’art remarquables, dont une toile du célèbre peintre italien Bramantino (1456-1530), Fuite en Egypte, réalisée spécialement pour le sanctuaire."

    La statue de la Vierge
    La statue de la Vierge @ Davide Pesenti

    "Quand j’observe ces toiles, je suis toujours surpris par la capacité de nos ancêtres à trouver des 'sponsors'. Et c’est par exemple grâce à des familles riches comme les Rusca, des importants mécènes de Locarno, qu’on a pu réaliser ces chefs-d’œuvre ici".

    Le riche patrimoine et son histoire ont porté le Canton du Tessin à proposer à la Confédération d’intégrer Madonna del Sasso dans la liste suisse adressée à l’UNESCO. Grande a été la déception de la communauté et des autorités locale, lors qu’en 2017, le Conseil fédéral a refusé de retenir cette candidature.

    Ferveur mariale suisse italienne

    Si durant les premiers siècles, le "Sacro Monte" a été principalement un lieu christologique, dès la fin du XIXe siècle, la dévotion mariale prend clairement le dessus. La célèbre statue de la Vierge Marie, placée au-dessus du maître-autel, en témoigne. Réalisée en 1485 par Domenico Merzagora, la statue en bois a connu une grande popularité dès 1949, lorsqu’elle a été transportée dans les paroisses du diocèse de Lugano en signe de reconnaissance pour avoir épargné à la Suisse les affres de la Deuxième Guerre Mondiale.

    "On l’a prise, mise sur le toit d’une voiture et portée en procession dans tout le canton. Une chose impensable, aujourd’hui! s’exclame en souriant Frère Agostino. Les responsables des monuments historiques ne le permettraient certainement plus". Le développement de la dévotion mariale a laissé des traces importantes dans la foi des habitants locaux. "C’est pour cela que dans de très nombreux foyer tessinois on retrouve souvent une copie de cette statue de la Vierge avec l’enfant".

    Je remercie mon guide avant de redescendre à Locarno en empruntant le Chemin de croix. Le voyage en funiculaire attendra ma prochaine visite. La beauté et le silence des lieux murmurent en effet de revenir bientôt sur ce "Sacro Monte". Car, aujourd’hui comme hier, "c’est dans le silence que les prières sont mieux entendues". (cath.ch/dp)

    Mariages d’antant
    Lorsque en 2008, on a déplacé l’autel de cinq tonnes, "une prouesse technique!", selon notre guide, on a retrouvé plus de 100’000 petits feuillets des années 1940/1950. Ils témoignent de la consécration au cœur de Marie d’autant de personnes.
    Entre 1900 et 1960, le sanctuaire était connu comme un lieu privilégié pour la célébration de mariages. A ce propos, avant de reprendre la route, le capucin nous raconte une anecdote révélatrice de l’importance de Madonna del Sasso au cours du XXe siècle. “La célébration de mariages était une tradition répandue bien au-delà des frontières cantonales, relate Frère Agostino. Cela peut paraître surprenant aujourd’hui, mais beaucoup de Valaisans ont choisi de se marier ici. C’était le cas notamment lors qu’ils ne voulaient pas inviter trop de personnes à la cérémonie, ou pour éviter le scandale dans leurs paroisses, lorsque le couple attendait un enfant.”
    Aujourd’hui, Madonna del Sasso est visitée surtout par des touristes suisses et étrangers. DP

    Comment s’y rendre?
    En train via Lucerne-Bellinzone-Locarno ou via Brigue-Domodossola-Centovalli-Locarno (Centovallina). En voiture, via A2 du Gothard ou Domodossola-Centovalli. Le départ des deux chemins ou du funiculaire est à 200 mètres de la gare de Locarno. Attention: le balisage des chemins, au début, n’est pas si facile à trouver.
    Quoi faire?
    Au-delà du sanctuaire de l’Assomption, le complexe de Madonna del Sasso abrite aussi le couvent des Capucins, ainsi qu’un petit musée qui retrace l’histoire de ce lieu et de son patrimoine. Dès le XXe siècle, on célèbre la fête patronale le 1er dimanche de septembre. Une occasion spéciale pour vivre de près la richesse spirituelle de ce sanctuaire. À 100 m de l’arrivée du funiculaire, part la cabine pour Cardada, une destination idéale pour ceux qui aiment se balader dans la nature, avec une vue imprenable sur toute la région. DP

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    La chapelle Notre-Dame de Bourguillon nsur les hauteurs de la ville de Fribourg © Maurice Page

    Notre-Dame de Bourguillon pose les yeux sur sa ville

    Lèpre, grandes pestes, Réforme protestante, Guerre de 14-18, grippe espagnole et coronavirus, dans toutes leurs épreuves et leurs succès, les Fribourgeois sont montés sur la colline de Bourguillon pour y implorer ou remercier la Vierge. Depuis plus de six cents ans, membres du clergé, bourgeois, autorités civiles, hautes personnalités et petit peuple ont fait et font toujours le pèlerinage auprès de leur 'gardienne de la foi'.

    Maurice Page

    Bien que colonisée par les villas et les immeubles, la colline de Bourguillon a gardé un caractère bucolique a proximité de la forêt, des gorges du Gottéron et des champs. Les débuts de son histoire sont cependant moins charmants, relève le Père Ludovic Nobel, recteur du sanctuaire depuis dix ans.

    Le Père Ludovic Nobel, recteur de Bourguillon depuis 10 ans
    Le Père Ludovic Nobel, recteur de Bourguillon depuis 10 ans @ Maurice Page

    Au Moyen Age, Bourguillon est en effet une léproserie. A partir de la moitié du XIIIe siècle, les lépreux y sont parqués à l'écart de la population, hors des murs de la cité. En tant que maladie de la peau contagieuse, incurable mais pas mortelle, la lèpre est particulièrement infamante. La peur de la contagion amène à une ségrégation toujours renforcée. Les malades, on en recense en moyenne une vingtaine jusqu'à la fin du XVIIe siècle, qui ne peuvent sortir qu'a de très strictes conditions, disposent d'une chapelle et d'un chapelain pour leur permettre de remplir leurs devoirs religieux. La Vierge les soutient, les console et parfois les guérit. Cette origine explique le lien permanent de la Vierge de Bourguillon avec les malades, note Ludovic Nobel.

    La première chapelle est remplacée au milieu du XVe siècle par une construction de style gothique dont subsistent le chœur, la tour et sa flèche élancée. Fribourg est alors une cité florissante, enrichie par la tannerie et la draperie. Elle est quasiment égale à sa sœur la cité rivale de Berne. La chapelle devient assez vite non seulement un refuge pour les malades et les pèlerins, mais aussi une symbole du pouvoir de la cité des Zaerhingen. Au XVIIe siècle, la nef est rénovée dans un style baroque.

    Une vierge mutilée

    En entrant dans la chapelle, les statues, le mobilier, les peintures, les vitraux et les ex-voto racontent avec abondance l'histoire du lieu si intimement liée à celle des Fribourgeois. En 1982, la statue de Notre-Dame a retrouvé son état d'origine de la fin du XIVe siècle. De style gothique, l'image de noyer polychrome se présente comme une jeune femme élancée dans un déhanché élégant, aux cheveux ondulés cachés sous un léger voile, vêtue d'une robe verte et d'un manteau pourpre aux larges plis, tenant fièrement sur son bras gauche son fils déjà grand.

    "La Vierge de Bourguillon a une majesté simple, presque familière"

    Si beaucoup de pèlerins furent ravis de retrouver ce visage éclairé d'un doux sourire, d'autres ne reconnurent pas leur madone. Trop habitués qu'ils étaient de la voir habillée d'un lourd manteau de broderies précieuses à la mode 'espagnole' du XVIIe siècle et coiffée d'une haute couronne en métal précieux. A une période indéterminée, elle avait été amputée d'une trentaine de centimètres, ses épaules avaient été rabotées et la position de ses bras déplacée. Installée sur le maître-autel baroque au dessus du tabernacle en 1915, comme son regard penchait vers la gauche il avait fallu lui tordre un peu le cou pour lui permettre de voir les pèlerins.

    Placée désormais à gauche sur un autel latéral, elle a retrouvé une majesté simple, presque familière. "C'est aussi sa place théologique, commente Ludovic Nobel. Elle accueille le fidèle et lui présente son fils en lui indiquant le tabernacle."

    Notre-Dame de Bourguillon et la ville de Fribourg

    En 1914, l'artiste Jean de Castella dota la chapelle d'une série de vitraux de style art nouveau évoquant quelques-unes des grandes heures du sanctuaire à travers les siècles et le lien étroit qui unit la Ville de Fribourg à sa Vierge.

    Un des premiers grands pèlerinages remonte à 1438. Cette année là, les autorités religieuses et civiles de la ville montent à Bourguillon accompagnées par la population pour obtenir la guérison de leur suzerain le duc Frédéric IV d'Autriche. (Fribourg n'avait pas encore rejoint la Confédération helvétique ndlr).

    Quelques décennies plus tard, Peterman de Faucigny, vainqueur de la bataille de Morat en 1476, vient, toujours en grandes pompes, déposer aux pieds de la Vierge, un calice pris à Charles le Téméraire sur le champ de bataille.

    Gardienne de la foi

    En 1523, la bataille de la foi succède aux batailles militaires. Fribourg est sous la pression de la nouvelle foi réformée. Autorités civiles et religieuses se mettent en rang pour repousser les idées nouvelles. Le Petit-Conseil décide le 7 mai que l'on irait en procession à Bourguillon tous les vendredis jusqu'au 15 septembre pour empêcher l'hérésie de se propager. La Vierge reçoit alors son titre de gardienne de la foi. A la prière, l'autorité ajoute les autodafés et le bannissement pour tous ceux qui s'opposent à la vraie foi. Une profession de foi sera jurée par tout citoyen dès l'âge de 14 ans.

    "Lors de la peste de 1588, le Père Canisius dirige un pèlerinage de 3'000 personnes vers la Vierge de Bourguillon"

    Bourguillon fut aussi au cœur de la Contre-Réforme qui suivit avec en particulier la figure de saint Pierre Canisius. Le jésuite hollandais débarqué à Fribourg en 1580 pour y implanter le Collège St-Michel est un dévot de la Vierge. On dit qu'il montait tous les jours à Bourguillon. Il entraînera à sa suite les pèlerinages d'étudiants et des congrégations mariales qui perdurèrent jusqu'au milieu du XXe siècle. Lors de la peste de 1588, le Père Canisius dirige un pèlerinage de 3'000 personnes vers la Vierge de Bourguillon pour implorer sa protection.

    En 1655, une nouvelle vénération s'installe à Bourguillon avec l'érection d'une confrérie du Mont Carmel et la dévotion au scapulaire. Cette petite pièce de tissu symbolisant le manteau des religieux que l'on porte au cou, est une signe de la relation filiale avec Marie. La Vierge est alors invoquée sous le vocable de Notre-Dame du Mont Carmel comme l'atteste encore l'inscription du porche.

    Les grandioses cérémonies du couronnement

    La Grande guerre de 1914-18 est aussi une période de dévotion intense. Les soldats fribourgeois déposent à la chapelle un grand ex-voto pour remercier la Vierge de les avoir protégés de la grippe espagnole.

    Un autre ex-voto rappelle les grandioses festivités du couronnement de la Vierge en 1923. Durant trois jours du 3 au 6 octobre les cérémonies se succèdent en présence d'une foule de pèlerins. La Vierge de Bourguillon est descendue en procession à la collégiale Saint-Nicolas: "Placée sur un char drapé de velours bleu, tout rutilant de fleurs de lis d'or, trainé par des chevaux caparaçonnés de velours ivoire, conduits par des lansquenets dont le costume faisait revivre les preux du Moyen Age, la statue de Marie, entourée de prêtres et de pieux fidèles apparut soudain à l'entrée de la ville", relate le chroniqueur de l'époque.

    Les festivités sont organisées sous l'égide de l'œuvre des malades fondée en 1921. Dans les semaines suivantes la Semaine catholique rapporte plusieurs témoignages de guérisons inexpliquées. Dont celle d'une fillette du quartier de la Neuveville qui, allongée sur une 'voiturette' prêtée pour la circonstance, alla non seulement la rapporter elle-même à son propriétaire, mais s'engagea a pousser celles des autres malades.

    "Merci de ne m'avoir pas exaucé"

    "O Marie, merci de ne m'avoir pas exaucé puisque je vous demandais mon malheur." L'ex-voto le plus surprenant et le plus célèbre de Bourguillon, rappelle bien aussi combien le sanctuaire est un lieu de dévotion populaire. Les anonymes sans titres ni fonctions y sont certainement beaucoup plus nombreux que ceux qui ont laissé une trace dans l'histoire. Pour Ludovic Nobel, c'est même ce qui fait la force et la résistance de Bourguillon par rapport à l'érosion vécue dans les paroisses. "Depuis 10 ans que je suis ici, je ne constate pas de baisse de fréquentation. Pendant le coronavirus, la vente de cierges a même augmenté."

    "Notre Dame de Bourguillon a ceci de particulier qu'elle est la Vierge de tous"

    "Notre Dame de Bourguillon a ceci de particulier qu'elle est la Vierge de tous. La dévotion n'est liée à aucun groupe, à aucune spiritualité particulière. Ce n'est pas un pèlerinage de niche, mais un lieu ouvert à tous. Romands et alémaniques le fréquentent de même, ce qui est assez rare en Suisse. De nombreuses personnes viennent prier à la chapelle sans que je les voie pour autant à la messe ou lors des célébrations. En outre contrairement à d'autres lieux de pèlerinage actifs surtout en été, Bourguillon, aux portes de la ville, est fréquenté en continu, durant toute l'année.

    Avant de descendre à la cathédrale Saint-Nicolas où ils pourront tamponner leur crédential, les pèlerins de St-Jacques de Compostelle font une halte à Bourguillon. (cath.ch/mp)

    Une paroisse sans territoire

    Propriété de la bourgeoisie de la ville de Fribourg, le sanctuaire de Bourguillon est un rectorat. "Le recteur est pour ainsi dire curé d'une paroisse sans territoire", explique Ludovic Nobel. "Non seulement je célèbre la messe et d'autres services religieux. Mais je peux aussi donner le baptême, bénir des mariages ou présider des funérailles." La chapelle est toujours entourée de son cimetière.
    En 1996, l'Association des brancardiers a construit un centre d'accueil, non loin de la chapelle, pour le service aux pèlerins; permettant de se rencontrer en un lieu propice à l'échange. Traditionnellement le pèlerinage des malades a lieu au mois de juin. De nombreuses paroisses romandes et alémaniques viennent également en pèlerinage à Bourguillon chaque année. On peut retenir aussi le pèlerinage militaire en novembre. MP

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    La Bénite Fontaine a été consacrée par François de Sales, il y a 400 ans © Pierre Pistoletti

    La petite Lourdes savoyarde

    A un jet de pierre de Genève, la Bénite Fontaine attire pèlerins et curieux. On attribue à sa source de nombreuses vertus. Et même des miracles, attestés par saint François de Sales, ce qui lui vaut son surnom de "Petite Lourdes savoyarde".

    Pierre Pistoletti

    Depuis 400 ans, on y vénère Marie sous le vocable de la "visitation". Une référence à la rencontre, dans l'évangile de Luc, entre le Vierge et sa cousine Elisabeth, toutes deux enceintes. Raison pour laquelle, aujourd'hui encore, le sanctuaire accueille la prière de couples qui ne parviennent pas à avoir d'enfants, espérant un coup de pouce céleste.

    Visite des lieux avec son recteur, le Père Christian-Marie, Marie-Claire, qui a longtemps travaillé à l'accueil du sanctuaire et Clarisse, fidèle bénévole.

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