Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • no_image
    L'actuel directeur de Caritas Suisse Hugo Fasel avec la présidente Mariangela Wallimann-Bornatico © Jacques Berset

    Caritas Suisse dénonce les attaques populistes contre l'aide sociale

    Près de 700'000 personnes, dont 120'000 enfants, sont en situation de pauvreté en Suisse, et la tendance  est à la hausse. Les milieux populistes de droite, cependant, prennent toujours davantage  l'aide sociale pour cible en stigmatisant les personnes en difficultés, voire en les qualifiant de "parasites sociaux", a dénoncé Caritas Suisse le 31 janvier 2020.

    Pour analyser cette situation préoccupante, Caritas Suisse avait rassemblé ce vendredi à Berne quelque 300 participants de toute la Suisse, à l'occasion de son Forum sociopolitique annuel intitulé pour cette édition "L’aide sociale est indispensable !" L'œuvre d'entraide catholique a dû refuser du monde, les inscriptions étant complètes, tant l'intérêt est grand pour tenter de faire face à ces développements dangereux pour la cohésion sociale dans le pays.

    300 participants au Forum sociopolitique de Caritas Suisse le 31 janvier 2020
    300 participants au Forum sociopolitique de Caritas Suisse le 31 janvier 2020 @ Nique Nager

    Développements dangereux pour la cohésion sociale

    En introduction du Forum, Mariangela Wallimann-Bornatico, présidente de Caritas Suisse, a déploré que,  malgré l'article de la Constitution fédérale qui garantit, à son article 12, "le droit d’obtenir de l’aide dans des situations de détresse", il existe une volonté croissante, non seulement au niveau des cantons et des communes, mais également au niveau de la Confédération, de restreindre l'aide sociale et d'augmenter les contrôles visant les bénéficiaires d'aide sociale. La juriste grisonne a clairement dénoncé les attaques des milieux populistes et néo-libéraux.

    "Chacun doit pouvoir participer à la vie sociale et culturelle, malgré sa situation de détresse"

    L'ancienne secrétaire

    générale de l'Assemblée fédérale a rappelé que l’aide sociale concernait des

    personnes dans le besoin "qui ont le droit de vivre dignement". Or ce

    droit n’implique pas seulement un minimum vital financier, mais aussi un

    minimum vital social. "Chacun doit pouvoir participer à la vie sociale et

    culturelle, malgré sa situation de détresse".

    De gros trous dans le dispositif social

    "Il y a de gros trous dans le dispositif social en Suisse, mais il semble que le Département fédéral de l'Intérieur d'Alain Berset n'ait pas encore saisi tous les enjeux", confie Hugo Fasel à cath.ch. Le directeur de Caritas Suisse déplore que l'on se concentre uniquement sur l'assainissement des assurances sociales – AVS, AI, PC, 2ème Pilier, Assurance-maladie – mais le problème est bien plus vaste.

    "Nous sommes confrontés à de nouvelles exclusions, qui ne sont pas prises en charge par ces dispositifs". Et de pointer, dans une société qui change et se complexifie, le manque de formation continue qui exclut certaines catégories de personnes du marché du travail, les difficultés des mères devant élever seules leurs enfants, alors qu'il y a trop peu de solutions de garde, des crèches dont les horaires sont inadaptés à ces catégories ou trop chères par rapport à leurs bas revenus...

    Le directeur de Caritas Suisse Hugo Fasel relève que le coronavirus affecte en premier lieu les plus pauvres
    Le directeur de Caritas Suisse Hugo Fasel relève que le coronavirus affecte en premier lieu les plus pauvres @ Jacques Berset

    "Des professions

    disparaissent avec la digitalisation, laissant des personnes sur le carreau.

    Certaines professions offrent des salaires si bas qu'ils ne permettent pas de

    faire vivre une famille. Il y a encore la fin de droit de chômeurs, dont le

    problème est délégué à l'aide sociale..."

    Et la dignité humaine ?

    "Ce sont des problèmes structurels, alors que la droite et les milieux populistes reportent la 'faute' sur les individus en difficultés. Leur seule réponse est de taper sur les pauvres, c'est la personne elle-même qui devient la cause de son problème, elle est considérée comme responsable, paresseuse, pas motivée. On assiste, dans l'histoire sociale de notre pays, à une forte régression. On en revient à une politique punitive envers les pauvres. Au bout du compte, il s'agit de la dignité humaine, pourtant défendue dans la Constitution fédérale!"

    Débats constants sur les abus de l'aide sociale

    Le sociologue Jean-Pierre Tabin, professeur de politique sociale à la Haute école de travail social de Lausanne EESP (HES·SO), a relevé que la perception de l’aide sociale est marquée actuellement par des débats constants sur les abus de l'aide sociale, alors que le problème le plus important est la forte proportion de personnes en situation de pauvreté qui renoncent volontairement à l'aide sociale.

    Le sociologue Jean-Pierre Tabin, professeur de politique sociale à la Haute école de travail social de Lausanne EESP (HES·SO)
    Le sociologue Jean-Pierre Tabin, professeur de politique sociale à la Haute école de travail social de Lausanne EESP (HES·SO) @ Jacques Berset

    Il a lui aussi parlé

    d'une régression sociale, en montrant toutes les dispositions prises légalement

    ces dernières années pour restreindre l'accès aux prestations et aides

    sociales. Et de signaler les derniers développements dans le canton de Vaud:

    pour lutter contre la fraude au revenu d'insertion (RI), les enquêteurs sociaux

    pourront désormais installer des GPS pour traquer les suspects.

    Retour de la "chasse aux pauvres"

    "On a l'impression d'un retour en arrière, à l'époque où dans certains cantons, on organisait la 'chasse aux pauvres'", a-t-il lancé, en relevant le discours sur les "abus" de l'aide sociale. Il est omniprésent dans les médias et le monde politique, alors que l'on se soucie peu des inégalités sociales, du fait qu'une petite minorité devient toujours plus riche, alors qu'il y a tant de pauvres. On développe une "police des pauvres", tout en faisant croire que le statut de pauvre est "enviable"... Les étrangers sont particulièrement visés par les modifications législatives qui vont toutes dans le même sens.

    Etrangers particulièrement visés

    Ainsi, d'après l'article 63 de la Loi fédérale sur les étrangers et l’intégration (LEI) de 2005, l’autorisation d’établissement peut être révoquée si l'étranger "lui-même ou une personne dont il a la charge dépend durablement et dans une large mesure de l’aide sociale". Dans le même sens, l'Ordonnance sur la nationalité (OLN) de 2016, à son article 7, prescrit que "quiconque perçoit une aide sociale dans les trois années précédant le dépôt de sa demande ou pendant sa procédure de naturalisation ne remplit pas les exigences relatives à la participation à la vie économique ou à l’acquisition d’une formation, sauf si l’aide sociale perçue est intégralement remboursée".

    La pauvreté en Suisse est souvent cachée
    La pauvreté en Suisse est souvent cachée @ Caritas Suisse

    Le professeur a insisté

    sur le fait qu’en Suisse, il faudrait enfin poser la question de l’inégalité

    sociale, au lieu de promouvoir - par une "politique sociale

    d’activation" -  l’idée que chacun

    est lui-même responsable de sa situation. "Car cette attitude occulte les

    causes structurelles telles que la répartition inégale des richesses ou

    l’importance des héritages. Le fait que le marché de l’emploi n’offre souvent

    pas les possibilités d’intégration nécessaires figure également parmi les déterminants

    sociaux".

    300'000 personnes à l'aide sociale en Suisse

    Alors que 300'000

    personnes sont à l'aide sociale en Suisse, les "programmes

    d’activation", s'ils peuvent être utiles pour éviter l'isolement social,

    s'ils peuvent contribuer à garder l'estime de soi, permettent rarement de

    réintégrer le 1er marché de l'emploi. Nombre d'études le montrent, estime le

    professeur de l'EESP. Qui dénonce le risque que fait courir à la société la

    tendance à l'"ubérisation" du monde du travail: une dérive

    dangereuse, des personnes forcées à devenir des 'auto-entrepreneurs' prenant

    tous les risques sur eux... Cela convient peut-être pour un job d'étudiant, par

    pour faire vivre une famille!" (cath.ch/be)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus