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    Le pape François lors de la vigile pascale en 2019 © Antoine Mekary I.Media

    Des Etats-Unis et d’Allemagne, la contestation contre le pape François

    Les attaques contre le pape émanent des Etats-Unis, mais aussi d’Allemagne. Pour des motifs différents, les adversaires de François essaient de décrédibiliser les orientations du pontife argentin. Analyse d’une situation inédite dans l’histoire récente de l’Eglise.

    Les

    journalistes aiment monter dans l’avion du pape. Car les réponses spontanées de

    François alimentent leurs analyses. Nouvelle preuve, le 4 septembre, lorsque le

    Saint-Père s’envole vers le Mozambique. A bord, il commente le livre récent du

    journaliste français Nicolas Sénèze, de La

    Croix, en poste à Rome: Comment

    l’Amérique veut changer de pape (Bayard). "Pour moi, c’est un honneur

    que les Américains m’attaquent", lance François.

    Côté

    attaques, le livre détaille, en effet, comment l’Eglise catholique des

    Etats-Unis reste sous le coup de chocs récents liés aux affaires de pédophilie

    et aux révélations sur les comportements scabreux de Théodore Mc Carrick,

    l’ancien archevêque de Washington D.C. Il montre également combien,

    parallèlement, les milieux conservateurs ont gagné en importance. De

    richissimes catholiques ayant pignon sur rue ont trouvé l’oreille d’une frange

    d’évêques pour épouser leur vision libérale de l’économie. Du coup, les

    déclarations du pape actuel sur le capitalisme néolibéral qui génère une "culture

    du déchet", déchets humains et déchets de la consommation débridée, son

    ouverture envers les personnes homosexuelles, sa condamnation absolue de la

    peine de mort, sa défense des migrants font de François la cible de

    contestations bruyantes.

    Le cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago
    Le cardinal Blase J. Cupich, archevêque de Chicago @ Goat-Girl/Wikimedia Commons/CC BY 2.0

    "Je copie Jean Paul II"

    "Avez-vous peur du schisme dans l’Eglise américaine?": la question est lancée au pape, le 11 septembre, dans l’avion de retour de Madagascar. Et François d’affirmer: "Je n’ai pas peur, je réponds aux critiques". Et de contre-attaquer: "Les choses sociales que je dis, c’est la même que ce qu’avait dit Jean-Paul II. La même chose! Je le copie".

    "Les divisions politiques et sociales de l’Amérique de Donald Trump se perçoivent aussi en Eglise"

    François réplique ainsi à ceux qui mettent à l’honneur les pontificats de Benoît XVI et de Jean Paul II, en vouant le sien aux gémonies. La question sociale! Dans une Amérique imprégnée d’éthique protestante, baignée dans la pensée de la prospérité, la doctrine sociale de l’Eglise catholique perce plus difficilement. Et les encycliques précédentes, en particulier de Jean Paul II, sur l’éthique du travail, sur l’argent-roi ou la dignité humaine semblent ignorées des assaillants du pape argentin. Car les divisions politiques et sociales de l’Amérique de Donald Trump se perçoivent aussi en Eglise.

    "Des écoles de rigidité"

    Pourtant bien des évêques, comme celui de New York, le capucin Timothy Dolan, ou l'archevêque de Newark (New Jersey) Joseph Tobin, sont fidèles au pape actuel et à sa pensée. Mais des critiques ouvertes se font jour: des laïcs influents, comme le patron de Domino’s Pizza Thomas Monaghan, des universitaires, des financiers attaquent le pape parfois qualifié d’"hérétique".

    Dans l’avion de retour vers Rome, le pape les accuse de

    faire "entrer l’idéologie dans la doctrine". Et, ajoute-t-il, "quand

    la doctrine ruisselle d’idéologie, il y a la possibilité d’un schisme".

    Réponse du berger à la bergère: les rigidités idéologiques mettent en danger

    l’unité de l’Eglise. "Nous avons aujourd’hui tant d’écoles de rigidité à

    l’intérieur de l’Eglise, qui ne sont pas des schismes, mais des voies

    chrétiennes pseudo-schismatiques, qui finiront mal", analyse l’évêque de

    Rome. Mais il promet de les traiter avec douceur.

    En Allemagne, le traditionnel 'affect' anti-romain

    De l’autre côté de l’Atlantique, l’Eglise catholique

    allemande, évoluant également dans un contexte protestant, souhaite emprunter la

    voie synodale, une forme de co-gestion entre clercs et laïcs. Sur fond de

    scandales de pédophilie, l’Eglise d’outre-Rhin veut évoluer pour ne pas mettre

    en péril l’annonce de la foi.

    En ce sens, la période est agitée pour le président de la Conférence épiscopale allemande (DBK), le cardinal munichois Reinhard Marx. Lors d'une rencontre, les 14 et 15 septembre à Fulda, entre des représentants de la Conférence épiscopale et du Comité central des catholiques allemands (ZdK), évêques et représentants laïcs ont affirmé leur volonté de s'en tenir au "chemin synodal". Des sujets comme le rôle des femmes et la morale sexuelle ne devaient pas en être exclus.

    Le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich
    Le cardinal Reinhard Marx, archevêque de Munich @ Maurice Page

    Mais à Rome, on ne perçoit pas les choses de la même

    manière. Selon un avis du Conseil pontifical pour les textes législatifs,

    un synode allemand ne pourrait pas changer la doctrine de l'Eglise universellement

    valable. Les évêques allemands sont donc désavoués.

    Contre-projet au chemin synodal

    Certains prélats allemands ne l’entendent pas non plus de cette oreille. Et leurs critiques visent directement le pape qui veut instituer de nouveaux modes de gouvernance dans l’Eglise. Le 19 août dernier, le cardinal de Cologne Rainer Maria Woelki et l'évêque de Ratisbonne Rudolf Voderholzer ont présenté un contre-projet pour le "chemin synodal". Refus du Conseil permanent des évêques. Mais les contestataires ne s’avouent pas vaincus: Mgr Voderholzer a indiqué qu'il ne critiquait pas le "chemin synodal" en tant que tel, mais sa "mise en forme concrète". Ce qui est actuellement proposé comme réforme, dit-il, c'est "l'abandon du profil catholique et l'abandon d'éléments importants".

    "Les évêques progressistes se sentent encouragés par le pape"

    Coincé,

    le cardinal Marx juge qu’il aurait été utile que le Vatican recherche le

    dialogue avant d'"envoyer des documents". Et, ajoute-t-il, la

    majorité des accusations portées contre le processus synodal sont infondées.

    Primauté à à l'évangélisation

    La

    préparation de la voie synodale atteste donc d’une confrontation croissante au

    sein de l’épiscopat. Les évêques progressistes se sentent encouragés par le

    pape qui avait adressé, le 29 juin, une lettre au "peuple de Dieu

    cheminant en Allemagne (An das pilgernde

    Volk Gottes in Deutschland). Mais tous ne partagent pas cette vision.

    Aussi

    les participants de la rencontre de Fulda ont écrit une lettre au pape. Ils se

    déclarent "encouragés" par François qui partage leur préoccupation

    pour l'avenir de l'Eglise en Allemagne. Et ils se disent prêts à soutenir le

    "chemin synodal" qui doit être abordé à partir de la "primauté

    de l'évangélisation". (cath.ch/bl)

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