La Ligue islamique mondiale (LIM) renonce à gérer et à financer la Mosquée du Petit-Saconnex, à Genève. Dans une interview au quotidien 24 Heures du 18 janvier 2020, le secrétaire général de la LIM, Mohammed bin Abdulkarim al-Issa, annonce que l'institution genevoise sera remise aux musulmans de Suisse.
"Nous remettrons la mosquée à un organe représentatif de tous les musulmans", assure Mohammed bin Abdulkarim al-Issa Le responsable saoudien confirme ainsi que la mosquée ne sera plus gérée par la Fondation culturelle islamique, qu'il préside.
Un lieu de culte "à problèmes"
Le lieu de culte musulman est depuis un certain temps dans
le collimateur des médias, notamment après la révélation que quatre personnes
fichées "S" en France y ont travaillé. En visite à Genève en novembre
2017, Mohammed bin Abdulkarim al-Issa, avait assuré vouloir remettre de l’ordre
dans la mosquée de la ville, sous la tutelle de la LIM, elle-même reprise en
mains par le jeune prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed bin Salman.
Quelques mois plus tard, les changements promis avaient effectivement eu lieu. Les employés, dont deux imams, fichés "S" avaient été licenciés. Fahad Abdullah Sefyan, un diplomate saoudien modéré, avait remplacé le contesté Ahmed Beyari à la tête de la Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG). Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève, évoquait ce changement comme "le signe d’une nouvelle orientation voulue par les Saoudiens", soucieux de redorer leur image ternie par la propagation de la radicalisation.
Désengagement mondial
Dans 24 Heures du 18 janvier 2020, Mohammed bin Abdulkarim al-Issa affirme pourtant que le non accomplissement des objectifs fixés est à l'origine de la décision de désengagement de la LIM. "Trois objectifs essentiels n'ont pas été atteints. La mosquée devait devenir un facteur de cohésion. Les acteurs des diverses religions devaient pouvoir miser sur elle. Enfin, ce lieu de culte ne devait plus être un sujet d'inquiétude et de polémique".
Le responsable saoudien n'y voit cependant pas un échec de
la direction qu'il avait mise en place. "La gestion est plus transparente,
il y a eu des formations pour prévenir la radicalisation et des mesures au
niveau du choix des imams et de la qualité des sermons". Il s'agit ainsi
plutôt, selon le Saoudien, d'une volonté globale de démocratisation et
d'autonomisation. "Mais il est temps de confier la mosquée à un conseil d'administration
suisse, représentatif, avec un président élu. Une mosquée intégrée dans la
démocratie helvétique". Dans cette optique, la Fondation culturelle
islamique deviendra une entité séparée, qui se consacrera au dialogue entre
religions, en Suisse et dans le monde.
Mohammed bin Abdulkarim al-Issa assure également que la LIM
ne se décharge pas, dans le cas genevois, de ses responsabilités. Les mêmes
dispositions devraient ainsi être prises dans le monde entier. "Partout,
il y aura un conseil d’administration local, mis en place en coordination avec
les autorités nationales", affirme l'ancien ministre de la justice saoudien.
(cath.ch/24h/rz)
Ouverture inédite de l'Arabie saoudite?
Mohammed bin Abdulkarim al-Issa indique également dans 24 Heures qu'il sera à Genève le 17 et 18 février 2020 pour une grande conférence organisée par la LIM, sur des mesures concrètes pour tenter d’immuniser la jeunesse contre la radicalisation. Des responsables d'autres religions, notamment des chrétiens et des juifs seraient invités.
Une ouverture inédite de la LIM, et donc de l'Arabie saoudite? Car cette ONG musulmane, fondée en 1962 à La Mecque par le prince Fayçal d'Arabie saoudite avec le concours de représentants de 22 pays, est intimement liée au régime de Ryad.
Dans l'article du journal romand, le secrétaire de la LIM n'hésite pas à citer le pape François: "Les religions doivent faire partie de la solution et non pas du problème". Le politicien saoudien assure également que "toutes les confessions ont le droit d'exister". Il annonce la volonté du Royaume wahhabite de favoriser le dialogue entre les religions. Soulignant que l'interdiction des églises dans le pays "n'est pas une décision politique de la monarchie saoudienne, mais une coutume très ancrée, qu'il convient de respecter". "La construction d'une église, les terroristes n'attendent que ça pour attiser la violence!", fait valoir Mohammed bin Abdulkarim al-Issa. Il défend également l'Arabie saoudite comme un Etat de droit en affirmant que les médias en donnent une fausse image. RZ