Une essence complexe et profondément humaine
Le mot ›résilience’ a une forte résonance. «D’un point de vue psychologique, social et éducatif, nous savons qu’il est important et nécessaire de promouvoir la résilience. Mais ce concept est-il utilisé correctement?» s’interroge Stefan Vanistendael sociologue et ancien responsable de l’Unité Recherche et Développement du BICE.
La diffusion rapide du concept derésiliencedepuis les années 1980 n’a pas toujours été en adéquation avec son essence complexe et profondément humaine. Une trop grande simplification conduit à une mauvaise compréhension. Beaucoup d’images sur la résilience illustrent des perspectives erronées. Une première étape consiste donc à les démentir, souligne le BICE.
Ni unexploitni unmiracle
La résilience n’est pas une action héroïque, un exploit réputé impossible, un miracle, note Stefan Vanistendael. Elle se développe jour après jour, grâce aux petits gestes et aux actions quotidiennes de la personne et de sa communauté. Une personne résiliente à un moment difficile de sa vie voit plus tard cette situation d’un œil différent. Lui donnant un sens d’apprentissage et de croissance.
Pas seulement pour les super-héros
La résilience est une capacité que tous peuvent développer. Cela ne signifie pas pour autant que son développement dépend uniquement de la force de volonté ou de l’attitude optimiste de la personne. La résilience ne croit pas aux super-héros. Pour que le processus de résilience se développe, il faut l’intervention d’au moins une personne de l’entourage qui croit en nous et qui a le désir désintéressé d’aider. Le BICE a forgé le terme de «tuteursou facilitateurs de résilience»: des personnes qui, consciemment ou non, aident les autres à devenir résilientes.
Une question de force et de résistance
Très souvent, la résilience est associée aux concepts de force ou de résistance, avec des expressions telles que «résister avant toute chose» ou «survivre à cette période difficile». En fait, cette vision est le contraire même de la résilience, relève Stefan Vanistendael. Car elle laisse la personne dans une situation de passivité face aux événements contre lesquels elle ne peut rien faire d’autre que résister. A contrario, la résilience invite à mettre en action toutes les ressources de la personne et de son environnement en faveur d’un changement qui permet de donner du sens à la douleur, qu’il ne s’agit pas de nier.
Une autre fausse interprétation de la résilience consiste à penser que les personnes résilientes sont celles qui, après l’épreuve, connaissent le succès ou la notoriété. Mais les véritables personnes résilientes sont celles qui sont en harmonie avec ce qu’elles sont, se sentent utiles dans leur communauté et sont reconnues socialement. Associer la résilience au succès est donc très réducteur.
Résilience des systèmes
Depuis quelques années, le terme résilience est sorti du cadre des sciences humaines et sociales. Il s’utilise aussi en économie, urbanisme, biologie, etc. «La résilience est la capacité d’un système à s’adapter, avec succès, face aux menaces et aux risques qui mettent en danger sa fonction, son développement ou sa viabilité… Le concept peut être appliqué à divers types de systèmes, avec différents niveaux d’interaction: un micro-organisme, un enfant, une famille, un système de sécurité, un système économique ou le changement climatique», note Anna S. Masten de l’Université du Minnesota.
Concevoir la résilience comme un schéma voire une formule magique est aussi une erreur fréquente. Les processus de résilience peuvent être renforcés ou limités par des facteurs personnels, culturels et contextuels. Ainsi, la résilience ne vise pas à éliminer les problèmes, la vulnérabilité ou les risques. Elle se concentre sur le renforcement des ressources qui existent déjà chez la personne et dans son environnement pour renverser les situations difficiles. Chaque personne étant différente, les processus de résilience s’adaptent à chacune, rappelle Stefan Vanistendael.
La personne résiliente cherche, au-delà de la simple réparation, les ressources positives, même modestes, qui l’aideront à reconstruire sa vie. Pour le BICE, cela passe par une série d’attitudes et de comportements.
Apprendre, croître et se transformer
La résilience implique un apprentissage de la part de la personne et de son environnement. Dans ce processus le sujet (re)-devient actif, développe sa capacité de croissance et découvre de nouvelles compétences ou de nouveaux talents.
L’image de la chrysalide qui se transforme en papillon est un des symboles les plus marquant de la résilience. Elle rappelle que la vie est dynamique. Elle ne s’arrête pas et ne revient jamais au point de départ, note Stefan Vanistendael. La résilience ne consiste pas à repartir de zéro ou à revenir au point de vie antérieur à la situation difficile. C’est impossible. C’est une projection dans l’avenir et non un recommencement à zéro.
Valoriser les plaies
Une autre image est celle de l’art japonais dukintsugi, qui consiste à réparer les pièces de poterie cassées en recouvrant les fissures d’or. Les fêlures et les cicatrices ne sont pas cachées mais au contraire rendent chaque pièce unique et précieuse. La résilience ne cherche pas à nier la douleur, elle en cherche le sens.
Changer de regard
L’essentiel semble être un changement de regard. «La résilience nous invite à aller au-delà de nos préjugés, de notre vision négative des choses. Cela consiste à porter un regard réaliste, mais plein d’espérance», souligne Stefan Vanistendael. Certaines personnes peuvent être résilientes en un an, d’autres en dix. C’est un processus subjectif, il ne faut donc pas mettre de dates ou de limites de temps. (cath.ch/mp)
La Casita ou petite maisonCe modèle explicatif de la résilience, conçu en 1995 par Stefan Vanistendael, est né avec l’objectif d’expliquer les facteurs les plus importants de résilience. Il visualise les ressources comme s’il s’agissait des parties d’une maison. La résilience est construite à partir du sol, des fondations, puis la structure et les pièces sont ajoutées.Le sol représente la satisfaction des besoins fondamentaux (logement, nourriture, vêtements). Les fondations, le sentiment d’être accepté par les autres tel que nous sommes et les réseaux de soutien. Le rez-de-chaussée est la capacité à donner un sens aux événements qui se produisent. Le premier étage laisse la place à l’estime de soi, au sens de l’humour et à d’autres compétences. Enfin, le grenier est l’espace pour les objectifs que nous nous fixons pour l’avenir. Ce modèle prend en compte les aspects individuels et environnementaux. Et il peut être utilisé dans divers contextes (éducatif, psychologique, clinique) avec les enfants, les adolescents, mais aussi avec les adultes. MP
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