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    Chiapas Le diacre tzeltal, secondé dans son ministère par son épouse, pourrait être ordonné prêtre © Jacques Berset

    Quand Joseph Ratzinger questionnait le célibat sacerdotal

    Le pape émérite Benoît XVI, 93 ans le 16 avril 2020, prétendument "co-auteur" du livre du cardinal Sarah intitulé "Des profondeurs de nos cœurs", fait le buzz avec son opposition à l'ordination sacerdotale d'hommes mariés. Des prêtres mariés qu'il avait pourtant acceptés en 2009. Mise en perpective.

    Le moment de la publication de l'ouvrage du cardinal

    Sarah – qui ne cache pas ses divergences avec le pape François - n'est pas

    innocent: c'est à l'évidence une pierre jetée dans le jardin du pontife

    argentin, qui va publier ces prochaines semaines son exhortation post-synodale

    suite au Synode sur l’Amazonie. Un synode qui a plaidé majoritairement pour

    l'ordination sacerdotale de diacres mariés.

    Prêtres mariés au sein de l'Eglise latine

    Benoît XVI avait, n'oublions pas, ouvert la porte de l'Eglise catholique romaine à de nombreux prêtres anglicans mariés, par le biais de la Constitution apostolique Anglicanorum coetibus du 4 novembre 2009. Il existait déjà le cas de pasteurs luthériens ou réformés mariés, pères de famille, ordonnés prêtres dans l'Eglise catholique latine, avec l'octroi d’une dispense concernant le vœu du célibat.

    Plus de 220 dispenses de célibat avaient, par exemple, été délivrées en vingt ans par le pape Jean Paul II. "C’est bien le cardinal Ratzinger qui signait, en tant que préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, une grande partie d’entre elles", notait le journal catholique La Croix dans son édition du 14 février 2014.

    Le mémorandum du 9 février 1970

    Il n'est pas inutile de rappeler, à propos du

    célibat sacerdotal, le chemin parcouru par le pape émérite. Le 9 février 1970, un

    cercle de neuf théologiens germanophones progressistes – dont l'éminent Joseph

    Ratzinger - envoyait "avec tout le respect dû" un mémorandum aux

    évêques allemands pour demander, face à la "situation de détresse"

    que vivait déjà à l'époque l'Eglise, de soumettre le célibat sacerdotal à

    examen.

    Leurs réflexions portaient sur "la nécessité d'une révision approfondie et d'un

    examen plus détaillé de la loi du célibat dans l'Eglise latine, en Allemagne et

    dans le monde". Ces théologiens écrivaient au titre de

    conseillers de la Commission

    doctrinale de la Conférence épiscopale allemande. Aujourd'hui, il

    est utile de rappeler ce mémorandum, dont les auteurs étaient alors des

    théologiens de renom comme Karl Rahner et Otto Semmelroth, mais aussi de jeunes

    pousses comme Karl Lehmann, Walter Kasper et... Joseph Ratzinger.

    Manque criant de vocations

    Si, avec leur pétition ces théologiens ne voulaient

    pas préjuger de la décision d'abolir le célibat sacerdotal obligatoire, le

    simple fait qu'ils se soient sentis obligés de faire une intervention écrite

    détaillée montrait clairement qu'ils doutaient du sens du célibat obligatoire.

    Les pétitionnaires mettaient notamment en avant le

    manque criant de vocations sacerdotales – en pointant en particulier l'absence de

    jeunes prêtres - et demandaient aux évêques  d'étudier si une telle obligation du célibat était

    réellement nécessaire.

    Exactement la problématique soulevée, 50 ans après, par les membres du Synode pour l'Amazonie. Va-t-on encore attendre un demi-siècle pour répondre à la soif d'eucharistie de populations qui ne voient un prêtre qu'une ou deux fois par an, au risque de laisser ce troupeau abandonné sans pasteurs, avidement convoité par des sectes aux pratiques souvent très éloignées du message évangélique ? (cath.ch/be)

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