Les évêques catholiques de France disent leur inquiétude devant le projet de révision des lois de bioéthique qui va être discuté à la chambre haute du Parlement français. Dans un communiqué publié le 13 janvier 2020, ils estiment qu'"aucun être humain ne peut en traiter un autre comme un objet".
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France (CEF), réuni du 6 au 8 janvier 2020, "tient à exprimer son inquiétude devant le projet de révision des lois de bioéthique dont la discussion au Sénat se prépare".
Des contradictions insolubles
Dans l’état actuel du
projet de loi, trois points particuliers engageraient encore davantage la
société française dans des contradictions insolubles, estime le Conseil permanent
de la CEF. "S’ils étaient adoptés définitivement, ils témoigneraient d’une
grave méprise quant à ce qu’est l’éthique, méprise qui, si elle n’était pas
clarifiée, serait de l’ordre de l’insouciance pour l’avenir".
1. Soumettre, comme le
veut la loi, l’engendrement par procréation médicalement assistée (PMA) d’un
nouvel être humain à un "projet parental" est, pour les évêques,
"discutable". Le pouvoir ainsi reconnu aux parents ne risque-t-il pas
de devenir absolu ? Comment le projet de loi va-t-il exprimer la pleine
reconnaissance du droit de l’enfant qui est une "personne" ?
La considération première, le respect de l’enfant
En effet, établir des
critères applicables aux adultes qui veulent devenir parents pour autoriser ou
non ceux-ci à bénéficier d’une technique d'Assistance médicale à la procréation
(AMP) ne suffira pas à garantir une prise en compte suffisante de la dignité de
l’enfant. Le respect de l’enfant devrait être la considération première.
2. La légalisation de la
filiation sans père ni ascendance paternelle et de la maternité par simple
déclaration de volonté, devant le notaire, sans que la femme vive la gestation,
met en œuvre "l’invraisemblable", ont pu dire certains.
Un engrenage
Est-il juste d’entraîner
la société dans cet engrenage ?, demandent les évêques. "Notre République
est basée sur le respect de la conscience. Cela ne commande-t-il pas de prévoir
le recours à la l’objection de conscience pour ceux et celles, les notaires par
exemple, qui se refuseraient, en conscience, à être engagés malgré eux dans la
réalisation de cet 'invraisemblable' ? Cette clause de conscience s’impose
aussi à propos de l'interruption médicalisée de grossesse (IMG). Sans une telle
expression dans la loi du respect de la conscience de chacun, n’irions-nous pas
vers la mise en place d’une police de la pensée, contraire à notre liberté
démocratique ?"
3. L’extension du
diagnostic préimplantatoire ouvre la voie à une sélection accrue des enfants à
naître, "sélection que notre pays professe pourtant de refuser en
souhaitant une société inclusive. Un 'eugénisme libéral', dépendant de la
décision des parents potentiels ou du parent potentiel, serait ainsi toléré.
Des parents ayant un enfant portant une maladie génétique nous alertent
publiquement sur la 'déshumanisation' que produirait un tel tri sélectif.
Vouloir l’enfant sans aucun variant génétique est non seulement une illusion,
mais ce serait aussi 'déshumaniser' notre humanité !", selon le Conseil
permanent de la CEF.
Fuite en avant
"Ces trois points
sont significatifs de la fuite en avant dans laquelle sont prises nos sociétés
occidentales, soumises au libéralisme et aux lois du marché: les désirs
individuels y sont exacerbés par l’apparente satisfaction que la conjonction
des techniques médicales et juridiques semble promettre".
La CEF remercie toutes
celles et tous ceux qui prennent au sérieux les enjeux de la loi en discussion.
Ils saluent en particulier les parlementaires qui travaillent à mettre "de
la lucidité et du bon sens éthique" à propos de l’humain dans le texte de
la loi.
"Nous encourageons
les citoyens inquiets à faire connaître leurs réserves et à exprimer leurs
points de vue. Nous redisons que tout enfant humain est appelé à grandir dans
le déploiement de sa liberté et dans le respect de sa dignité, en communion
avec tous les autres, et cela tout au long de sa vie, quelle que soit son
origine ethnique ou sociale, sa religion ou son absence de religion et son
orientation sexuelle. Aucun être humain ne peut en traiter un autre comme un
objet", conclut le Conseil permanent de la Conférence des évêques de
France (cath.ch/cef/be)
Le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France est composé de Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la CEF, de ses deux vice-présidents, Mgr Dominique Blanchet, évêque de Belfort-Montbéliard, et Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Amiens, ainsi que Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, Mgr Jean-Pierre Batut, évêque de Blois, Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen, Mgr Philippe Mousset, évêque de Périgueux, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, et Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers.