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    Le chanteur de gospel rwandais, Kzito Mihigo est mort le 17 février 2020 © capture d'écran Youtube

    Rwanda: mort suspecte en détention d'un chanteur de gospel

    La mort suspecte en détention dans un poste de police de Kigali, le 17 février 2020, du chanteur populaire rwandais Kizito Mihigo suscite les interrogations des organisations de défense de droits humains. Selon la police nationale du Rwanda, le chanteur, âgé de 38 ans, se serait suicidé.

    Deprose

    Muchena, directeur régional d'Amnesty International s'est dit choqué et

    profondément attristé d’apprendre le décès du chanteur de gospel Kizito Mihigo.

    "Cette affaire ne doit pas être étouffée. L’enquête doit faire la lumière

    sur tous les faits, notamment sur l’implication possible d’autres personnes, et

    doit déterminer si les pratiques et les conditions de détention ont causé la

    mort de Kizito Mihigo ou y ont contribué", a-t-il déclaré. Selon les

    médias locaux, Mihigo se serait servi de draps pour s’étrangler. Son corps aurait été transporté à l’hôpital

    de Kacyiru pour une autopsie.

    Les

    autorités rwandaises ont confirmé que Kizito Mihigo avait été arrêté le 14

    février dans le district de Nyaruguru, près de la frontière avec le Burundi. Il

    a été accusé de corruption, d’avoir tenté de franchir illégalement la frontière

    burundaise, d’avoir rejoint des groupes terroristes, et d’avoir enfreint les

    conditions de sa libération en 2018.

    Un proche du pouvoir devenu opposant

    Kizito

    Mihigo était auparavant proche du parti au pouvoir, le Front patriotique

    rwandais (FPR). Toutefois, en avril 2014, il a été arrêté après la sortie d’une

    chanson dans laquelle il priait pour les victimes du génocide mais aussi celles

    d’autres violences.

    En

    février 2015, il a été déclaré coupable de complot contre le gouvernement, de

    création d’un groupe criminel et de conspiration en vue de commettre un

    assassinat. Il avait été condamné à 10 ans de prison.

    En 2018,

    il a été libéré à la faveur d’une grâce présidentielle, à condition de se présenter

    au bureau du procureur local une fois par mois et de demander une autorisation

    à chaque fois qu’ils souhaitait se rendre à l’étranger.

    Compositeur de chants liturgiques

    Rescapé tutsi du génocide rwandais, organiste et

    chanteur de gospel, Kizito Mihigo avait tout pour plaire au régime de Kigali. De

    2011 à 2014, le chanteur était devenu une vedette incontestée du show-business

    au Rwanda.

    Né à Kibeho, Kizito Mihigo a été élève au petit séminaire de Butare. Il est devenu

    rapidement un des compositeurs de chants liturgiques les plus populaires de

    l’Eglise catholique locale. Le fait que Kizito Mihigo soit un rescapé tutsi

    d’une part et catholique d’autre part, le rendait particulièrement attrayant

    pour la propagande du président Paul Kagame. Dès lors, le jeune chanteur était

    présent à toutes les manifestations de commémoration du génocide de 1994 durant

    lesquelles, à maintes autres occasions, il a chanté l’hymne national. Grâce à une

    bourse octroyée par le président rwandais lui-même, il avait fait des études au

    Conservatoire de Paris.

    Mais si le chanteur a rapidement grimpé les échelons du succès, au point

    d’animer des émissions hebdomadaires à la télévision nationale, il est brutalement

    tombé en disgrâce, en 2014, pour avoir diffusé une chanson dans laquelle il

    réclamait la compassion pour toutes les victimes rwandaises, celles du génocide

    mais aussi celles des vengeances. Ce qui lui a valu son arrestation et sa

    condamnation en 2015.

    La capacité de pardonner

    Victoire Ingabire, une des opposantes au régime de Kigali, libérée en même temps que lui, était proche de Mihigo. "Le questionnant un jour sur sa capacité de pardonner, il m’a répondu que le message du pardon et de réconciliation dépasse les hommes; ce message vient de Dieu.La musique de Mihigo est remplie de réminiscences spirituelles. Quand on lui demandait ce qu’il aimerait qu’on écrive sur sa tombe, il renvoyait à la formule de l’Abbé Pierre: ‘Il essayé d’aimer’", a-t-elle relevé.

    Autres morts suspectes

    Selon Human

    Right Watch, Mihigo n’est pas la première personne décédée sous la garde de la

    police au Rwanda. En avril 2018, 10 jours après son arrestation, Donat Mutunzi,

    un avocat, s’est, selon la police, pendu dans sa cellule au commissariat de

    Ndera. En février 2015, Emmanuel Gasakure, un cardiologue et ancien médecin

    personnel du président Paul Kagame, a été abattu par un policier de garde alors

    qu’il était en détention au poste de police de Remera, à Kigali.

    Human

    Rights Watch a documenté de nombreux cas d’arrestations arbitraires, de

    détention, de poursuites en justice non fondées, de meurtres, d’actes de

    torture, de disparitions forcées, de menaces, d’actes de harcèlement et

    d’intimidation contre des opposants et des détracteurs du gouvernement au

    Rwanda. (cath.ch/com/cathobel/mp)

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