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    Le politicien catholique Barthélémy Dias est controversé au Sénégal © capture écran YouTube

    Sénégal: un élu accusé d'inciter à la discorde religieuse

    Barthélémy Dias, politicien catholique du Sénégal, a suscité une vague d'indignation dans le pays en déclarant que l'emprisonnement d’un activiste local était lié à son appartenance chrétienne. Il est accusé de fomenter la discorde entre musulmans et chrétiens.

    Guy Marius Sagna, un fonctionnaire de l’Etat lancé dans une

    démarche de contestation, avait bravé, le 26 novembre 2019, une interdiction de

    manifestation émise par le Préfet de Dakar devant la présidence de la République,

    considérée comme un domaine militaire. A la tête d’un groupe de huit personnes,

    il s'était agrippé aux grilles entourant le Palais, créant un précédent dans le

    pays. La manifestation dénonçait une hausse du prix de l’électricité, décidée

    par l’Etat quelques jours auparavant.

    La France ciblée

    Au moment de cette manifestation, Guy Marius Sagna était en

    liberté conditionnelle depuis le 19 août 2019, après une première

    interpellation le 19 juillet pour "fausse alerte au terrorisme". Il

    avait publié un communiqué accusant la France de "préparer

    psychologiquement les populations à vivre avec l’idée de la menace

    terroriste". L'activiste dirige un mouvement de contestation nommé le "Front

    pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine" (FRAPP),

    qui prend la France pour principale cible.

    Les partisans de Guy Marius Sagna ont organisé en vain

    plusieurs manifestations pour réclamer sa liberté. Alors que ses co-détenus ont

    tous été libérés.

    Une instrumentalisation de la religion?

    Dans ce contexte, Barthélémy Dias, qui a eu lui-même maille

    à partir avec la justice dans une affaire de meurtre en 2012, a déclaré le 21

    février 2020 à la télévision, que "c’est parce qu’il (Guy Marius Sagna)

    est catholique qu’on le garde". Face à cette situation jugée

    "injuste", l'ancien député et maire de la commune de Fann-Mermoz, à

    Dakar, a annoncé que dans les prochains jours, les partisans de Guy Marius

    Sagna passeraient "aux actes".

    Dans un pays où les relations interconfessionnelles sont

    pacifiques, ces propos ont été considérés comme malvenus. Ils ont suscité une

    levée de bouclier, tant chez les musulmans que chez les catholiques.

    Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les réactions ont

    été virulentes. De nombreux Sénégalais condamnant l’amalgame entre religion et

    société. Barthélémy Dias est notamment accusé d'instrumentaliser la religion,

    une manœuvre jugée dangereuse pour la cohésion sociale.

    Pour l’abbé Jacques Seck, prêtre à la retraite engagé dans

    le dialogue islamo-chrétien au Sénégal, les déclarations de Barthélemy Diaz

    sont "une bêtise qui n’engage que lui".

    Une minorité sans soutien

    Visiblement surpris par le ton des réactions, le politicien

    catholique est toutefois revenu sur ces propos, en assurant, le 25 février 2020,

    qu’il n’avait jamais été question pour lui de mettre à mal les relations entre musulmans

    et chrétiens dans le pays. Il ne voulait pas, selon lui, insinuer que Guy

    Marius Sagna avait été arrêté et gardé en prison à cause de son appartenance

    religieuse en tant que telle, mais parce qu'en tant que membre de la minorité

    catholique, il ne bénéficiait pas de soutiens puissants que peuvent apporter

    les confréries musulmanes. Barthélémy Dias a toutefois réitéré sa demande de

    libération de Guy Marius Sagna, appelant l'Eglise catholique à lui apporter son

    aide dans cette démarche.

    Le 26 février, le cardinal Théodore Sarr, archevêque émérite

    de Dakar, a reçu des membres du comité de soutien à Guy Marius Sagna. Le prélat

    s'est déclaré "inquiet" de la situation du militant.

    Au Sénégal, les musulmans constituent 94% de la population. Les catholiques seraient environ 5%.

    (cath.ch/ibc/ag/rz)

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