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    Le cardinal Kurt Koch a eu 70 ans le 15 mars 2020 © Georges Scherrer - kath.ch

    "En de bonnes mains": comment le cardinal Koch vit la crise sanitaire

    Comme responsable de l'œcuménisme du Vatican le cardinal suisse Kurt Koch s'occupe du dialogue avec les Eglises du monde entier. Mais les restrictions de contact liés à la lutte contre la pandémie du coronavirus, rendent ce dialogue difficile. La vie quotidienne d'un cardinal de Curie entre mode de crise et espérance de la foi.

    Burkhard Jürgens, cic / Traduction et adaptation

    Maurice Page

    Un

    Vendredi-Saint prolongé: c'est ainsi que le cardinal Kurt Koch décrit ces jours

    à Rome. Au milieu du printemps, une étrange torpeur s'est installée sur la

    ville. Sur la Via della Conciliazione, sous les fenêtres de son bureau, où des

    milliers de touristes se promènent habituellement, les boutiques de souvenirs

    sont barricadées, les bars fermés.

    "Vous ne pouvez pas dialoguer tout seul."

    Et le

    cardinal, qui en tant que président du Conseil pontifical pour l'unité des

    chrétiens passe habituellement la moitié de son temps à voyager à travers le

    monde, ne fait plus que la navette à pied entre son appartement, près de la

    basilique Saint-Pierre, et son bureau. Bloqué par le coronavirus.

    'Flash mob' spirituel

    La

    situation est paradoxale. L'essence de l'œcuménisme réside dans le dialogue,

    mais "le dialogue ne peut se faire seul", note le cardinal suisse.

    Les visites de l'étranger sont annulées, les réunions de travail reportées sine die. Mais d'autre part, les Eglises

    manifestent leur solidarité précisément dans cette crise. Pour Kurt Koch, la

    réponse à l'idée du pape d'un Notre Père commun, à travers les différentes

    confessions, dans le monde entier en est un exemple frappant.

    Le

    cardinal s'est assis à son bureau et a écrit une lettre invitant les chefs d'Eglise

    du monde entier à participer à cette "flash mob" spirituelle.

    "Presque tout le monde a répondu par retour de courrier".

    Depuis

    près de dix ans, le Lucernois dirige le Conseil pontifical pour la promotion de

    l'unité des chrétiens au Vatican. De nature plutôt silencieuse et discrète, l'ancien

    évêque de Bâle est néanmoins quelqu'un qui va volontiers vers les gens. Il n'a

    jamais vécu une telle situation, ni depuis qu'il est cardinal de curie, ni au

    cours de ses 70 ans de vie.

    "Le virus montre que nous n'avons pas tout en main."

    Selon lui,

    la crise actuelle touche à la fois aux attitudes sociales et au cœur du message

    chrétien. "Le virus montre que nous n'avons pas tout en main." C'est un

    appel "à reconsidérer nos priorités de vie". D'un point de vue théologique,

    il établit une comparaison avec le tremblement de terre de Lisbonne en 1755.

    Cette catastrophe naturelle a soulevé plus radicalement que jamais dans

    l'histoire intellectuelle occidentale la question de savoir comment parler de

    Dieu face à une telle souffrance.

    Messe uniquement dans la maison

    Pour Kurt

    Koch, qui autrefois a enseigné la théologie dogmatique à Lucerne, une approche de

    réponse réside dans le fait que Dieu en Jésus participe lui-même à la

    souffrance humaine. "C'est le message le plus puissant que le christianisme

    puisse donner, surtout actuellement." Mais proclamer ce message par la

    parole et les sacrements est l'une des difficultés du moment. Le cardinal est

    également soumis à l'interdiction des célébrations publiques. Pour l'heure, il ne

    célèbre la messe qu'avec les deux religieuses indiennes qui s'occupent de sa

    maison dans la chapelle privée de son appartement, dans le palais de la

    Congrégation pour la doctrine de la foi.

    "Vous remarquez que vous vivez seul"

    Les

    habitants y ont toujours été plutôt réservés, cela vaut d'autant plus en

    période d'évitement des contacts. "Maintenant où tout est calme, vous

    remarquez mieux que vous vivez seul", admet Mgr Koch. Pas de visites

    spontanées, pas d'activités dans la communauté germanophone au Camp Teutonique.

    Et surtout une présence exceptionnellement stable à Rome.

    Ses

    journées s'étendent de la messe du matin à une heure de méditation tranquille

    dans la chapelle en fin de soirée. Entre les deux le travail, dans la mesure du

    possible dans ces conditions, sans pause. Le Suisse ne s'est jamais vraiment

    habitué au rythme de vie méridional. "Une sieste ne ferait que me fatiguer".

    Deux fois par semaine, il se promène dans les jardins du Vatican. Un petit

    privilège après la fermeture des parcs publics à Rome.

    "Triste mais sûr"

    Même pour

    un homme d'Eglise, le ralentissement forcé de ces semaines est une chance pour

    la méditation. "Le temps libéré qui vous est accordé est mieux investi

    dans la prière". Il décrit son état d'esprit actuel comme "triste,

    mais sûr". "Nous sommes en de bonnes mains". Confiant et tranquille

    entouré de forces supérieures bienfaisantes. Le cardinal évoque un poème du

    théologien protestant Dietrich Bonhoeffer, écrit quelques mois avant son

    exécution par les nazis, qui exprime l'espoir de Pâques, en disant "que la

    mort n'a que l'avant-dernier mot - Dieu se réserve le dernier mot, et cela

    signifie la vie". (cath.ch/cic/bj/mp)

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