Mise au pied du mur par le synode pour l’Amazonie, l’Eglise doit "rendre visibles" les autochtones, ont expliqué plusieurs participants le 7 octobre 2019. Ceux-ci s’exprimaient au cours d’un point de presse tenu au Vatican après l’ouverture des travaux synodaux.
Pour ce premier
briefing de cette 11e assemblée spéciale du synode des évêques, les différents
membres ‘amazoniens’ présents – deux évêques et une religieuse – ont souligné
leur joie d’être présents à Rome. "Vous n'imaginez pas la joie si grande
que j'ai dans le cœur de pouvoir être là", a ainsi lancé Sœur Alba Teresa
Cediel Castillo, religieuse colombienne représentante de l’Union internationale
des supérieures générales.
Trouver de nouveaux chemins
En convoquant
cette assemblée, a souligné Mgr David Martínez De Aguirre Guinea, un des deux
secrétaires spéciaux de ce synode, le pape François veut "rendre visibles"
les indigènes et les habitants de l’Amazonie. Le chef de l’Eglise catholique a
lui-même fait cette démarche en se rendant à Puerto Maldonado, au cœur de la
forêt amazonienne, a considéré celui qui est aussi vicaire apostolique de cette
ville péruvienne.
Pour le
dominicain, l’évêque de Rome est ainsi venu écouter les autochtones, a entendu
leur demande d’accompagnement et leur répond en leur demandant d’aider le
synode à "trouver de nouveaux chemins".
Pour Mgr
Emmanuel Lafont, évêque de Cayenne, en Guyane française, cette assemblée
synodale met l’Eglise – "beaucoup trop absente" en Amazonie – au "pied
du mur". Les Amazoniens, a insisté celui qui a affirmé se rendre chaque
année dans chacun des villages les plus reculés de son diocèse aux dimensions gigantesques,
attendent beaucoup de ce synode. Selon lui, ils sont en effet convaincus que
l’Eglise catholique peut les accompagner et les soutenir sans la "tentation
de prendre le pouvoir".
Des populations abandonnées par les institutions françaises
Cela est, pour
ces populations autochtones, d’autant plus important qu’elles se sentent abandonnées
par les institutions françaises, a poursuivi le représentant du seul territoire
amazonien non indépendant. L’éducation imposée par l’Etat français, a-t-il
notamment dénoncé, "détachent" les jeunes de leurs parents et un immense
fossé se creuse tandis que les cultures amérindiennes ne sont plus transmises.
Séparés de leurs racines mais aussi inadaptés à la vie urbaine, un nombre
important de jeunes se suicident, a accusé Mgr Lafont.
Ce synode est
également une chance pour la France et les catholiques du 'nord', a encore
expliqué celui qui a également été missionnaire en Afrique du Sud. Pour la
saisir, il faudra apprendre à changer de point de vue et à se mettre à
l'écoute.
Le monde romain appelé à la modestie
"Le monde
romain et européen apprendra que d’autres cultures savent aussi parler de la
vie et de bien-être", a-t-il lancé tout en déplorant une théologie parfois
à voix unique. L'important selon lui est d'apprendre à écouter la sagesse
amérindienne.
Celle-ci doit
être valorisée, a renchéri Mgr Martinez, pour que les autochtones s’approprient
l’Evangile et apportent leur "couleur spécifique" à l’évangélisation.
Ainsi, a-t-il détaillé, il ne suffit pas qu’un missionnaire adopte les signes
et langages des peuples autochtones, il est plutôt nécessaire à ces derniers d’assumer
eux-mêmes le message évangélique pour en être protagonistes.
Réalités féminines
Dans son
intervention, Sœur Alba Teresa Cediel Castillo a également souligné la réalité
très triste de la vie de nombreuses femmes amazoniennes, forcées à l’exil dans
des grandes villes où la situation est très dure. Elle a donc confié espérer
que cette assemblée spéciale du Synode des évêques permettra de montrer une
Eglise proche de ces femmes.
Autre réalité
féminine de l’Amazonie évoquée par la Colombienne: les religieuses. Celles-ci
assurent une présence constante dans de très nombreuses communautés où les
prêtres sont en revanche absents.
En l'absence de prêtres, les sœurs baptisent
Ainsi, a-t-elle
développé, lorsque le prêtre n’est pas disponible, elles peuvent donner
elles-mêmes le sacrement de baptême. Elle a également confié que les
religieuses pouvaient aller jusqu'à écouter les confessions en cas de nécessité
– par exemple celle d’un mourant – sans "bien sûr" donner pour autant
l’absolution. Pour elle, ce synode doit aussi permettre de reconnaître cette
présence.
Enfin, Paolo
Ruffini, préfet du Dicastère pour la communication, a assuré que l'Instrumentum laboris – le document de
travail du synode - était né des demandes des peuples amazoniens consultés en
amont du synode.
"Ne pas
écouter serait une erreur", a-t-il ainsi commenté en référence aux viri probati. De plus, cette question de
l'ordination d'hommes mariés respectés d'âge mûr est "une des solutions"
au manque de prêtres, mais "sûrement pas la seule". (cath.ch/imedia/pad/xln/be)
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