"Le cri d′alarme lancé par Laudato si′ [l'encyclique du pape François de juin 2015 sur la protection de l'environnement, ndlr] est juste et urgent", a affirmé Frédéric Van Heems. Le directeur général de la multinationale française VEOLIA EAU l'a assuré au cours d′une conférence organisée au Vatican le 8 novembre 2018.
D′après les chiffres fournis par l′ONU, 850 millions de personnes n′ont pas accès à l′eau, plus de 2 milliards ne disposent pas de service d′eau potable sûr et 2,3 milliards de personnes n′ont pas accès au service d′assainissement de l'eau. "Chaque jour, entre 1'000 et 10'000 enfants meurent d′une maladie liée à l′eau", a asséné le responsable français.
Les plus pauvres sont prétérités
C′est donc "à juste titre" que Laudato si′ "pousse un cri d′alarme" en en faisant un problème crucial, a expliqué Frédéric Van Heems. "Tout est lié", affirme-t-il, en reprenant à son compte le refrain de "l′encyclique verte" du pape François: le manque d′eau et la pauvreté notamment. En général, a-t-il illustré, les pauvres d′un bidonville payent leur eau "au moins dix fois plus cher" qu'un individu moyen raccordé à un réseau de canalisation.Si rien n′est fait pour la contrer, la crise de l′eau risque de s′amplifier, s′est-il inquiété n′hésitant pas à le qualifier de "bombe à retardement". Il faut donc lutter selon lui contre certaines causes telles que l′urbanisation trop rapide, la pollution ou le changement climatique, mais aussi la surexploitation agricole, le "courtermisme" ou la "cupidité" de certains acteurs.
Un "serment d'hydrocrate"
De grands principes de la doctrine sociale de l′Eglise – comme le bien commun, la dignité de la personne humaine, la destination universelle des biens, ou l'option préférentielle pour les pauvres et la subsidiarité – sont au cœur des enjeux et des solutions pour donner accès à l′eau à tous, a plaidé Frédéric Van Heems. Pour lui, il est devenu urgent de prêter le "serment d′hydrocrate", c′est-à-dire une capacité collective à bâtir une véritable "écologie humaine", à servir le bien commun et à remettre au centre la personne humaine.Le directeur général de VEOLIA EAU s'est exprimé à l'occasion de la conférence internationale "La gestion de l'eau est un bien commun" organisée par le Dicastère pour le service du développement humain intégral en collaboration avec les ambassades de France, d’Italie, de Monaco et des Etats-Unis près le Saint-Siège. Leur objectif commun était en particulier d'examiner la situation mondiale concernant l'accès à l'eau potable et d'évaluer les progrès réalisés ainsi que les échecs des politiques dans ce secteur. (cath.ch/imedia/pad/be)