Les évêques suisses veulent "lutter ensemble pour renouveler l’Eglise", a déclaré Mgr Felix Gmür, président de la Conférence des évêques suisses (CES), lors d'une conférence de presse le 5 décembre à Berne. Mais ce ne sera pas une "voie synodale" comme en Allemagne.
Présentant les travaux de la 326e assemblée ordinaire de la CES, qui s'est tenue du 2 au 4 décembre 2019 à la Casa Santa Birgitta à Lugano, l'évêque de Bâle a expliqué que les évêques suisses ont mené une intense discussion sur le processus "En chemin ensemble pour renouveler l’Eglise".
Un "aggiornamento"
Ce ne sera pas la même démarche
qu'en Allemagne – pas question de susciter de faux espoir et de renouveler le processus
du Synode 72 – mais ce sera tout de même un "aggiornamento".
Le président de la CES a relevé
que les diverses réalités des diocèses et régions linguistiques de Suisse représentent
notamment un grand défi pour réaliser d'un coup un projet national.
"Les cultures ecclésiales et
les mentalités sont trop différentes dans les trois régions linguistiques. On ne
veut pas mettre en place une structure centralisée - un groupe de pilotage - qui
ne fonctionnerait pas ! Il n'y a pas de recettes toutes faites, et cela prendra
du temps, les rythmes sont différents selon les régions".
Respecter les diverses mentalités et cultures ecclésiales
C’est pourquoi le processus
débutera à l’échelon local, diocésain et par région linguistique. Il semble que
le diocèse de St-Gall a pris de l'avance, et que d'autres régions ne démarrent
pas à la même vitesse. Les diocèses auront la tâche d’engager des démarches
concrètes.
Mais, poursuit Mgr Gmür, "la
volonté de parcourir ce chemin avec tous les fidèles de Suisse reste intacte".
La discussion avec la personne prévue pour ce groupe de pilotage a confirmé que
la CES elle-même avait des visions différentes sur le contenu à donner. "La
recherche d’une procédure commune prendra encore quelque temps. Il s’agit aussi
ici de trouver une manière de se battre ensemble. C'est un gros défi !"
Mgr Alain de Raemy, observateur de la "voie synodale" allemande
Sur invitation de la Conférence
épiscopale d’Allemagne et du Comité central des catholiques allemands (ZdK), la
CES envoie Mgr Alain de Raemy, membre du présidium, comme observateur aux
quatre assemblées synodales qui se tiendront à Francfort au cours des deux
prochaines années.
Elargissement de la norme pénale contre le racisme à l’orientation sexuelle
Le 9
février 2020, le peuple votera sur l’extension de la norme pénale antiraciste
(art. 261bis CP), dont il avait été décidé par le Conseil national et le
Conseil des Etats qu’elle devait également protéger contre les discriminations
fondées sur l’orientation sexuelle. Une décision contre laquelle a été pris le
référendum. A l'instar de l'Eglise réformée, la Fédération suisse des
communautés israélites (FSCI) se prononce pour l’extension.
L'Eglise ne veut pas se laisser "instrumentaliser"
De son
côté, la CES rappelle que la doctrine de l’Eglise catholique
se prononce "sans exception contre tout appel à la haine et à la
discrimination de personnes ou de groupes". Mais pas question pour elle de
donner un mot d'ordre pour la votation du 9 février 2020. "Ce sera aux
citoyennes et aux citoyens de juger si ce principe est déjà suffisamment ancré
dans la législation en vigueur ou s’il faut l’élargir".
Pour Mgr Gmür, la CES ne doit pas se prononcer sur chaque projet de loi, c'est l'affaire du législateur. "Ce n'est pas une question de foi, c'est une question politique de savoir comment on règle le problème dans le code pénal... Cependant la doctrine de l'Eglise est claire: pas question de discriminer qui que ce soit. Mais on ne va pas se laisser instrumentaliser par ceux qui sont favorables à la loi ou par ceux qui y sont opposés. Nous ne sommes pas un parti politique, mais une Eglise !". Quant à savoir comment ce principe est traduit dans la législation, c'est aux politiciens de faire leur travail, estime-t-il.
Abus sexuels
Depuis 2002, la CES, soutenue par la commission d'experts "Abus sexuels dans le contexte ecclésial", a pris d’innombrables mesures et collecté des données. "Il est cependant indispensable de pouvoir examiner le passé sans filtre afin de mieux le comprendre, si l’on veut prendre les décisions requises pour protéger désormais les mineurs et les adultes".
Une telle étude est due avant
tout aux victimes d’exploitation sexuelle de toute sorte. C’est pourquoi la CES
a l’intention de mandater une étude scientifique indépendante sur la violence
sexualisée dans les rapports de dépendance pastorale depuis 1950. Un groupe de
travail lui soumettra, à cet effet, des propositions concrètes de projet. Cette
étude concernera tous les diocèses de Suisse et également toutes les
congrégations religieuses, a assuré Mgr Gmür.
Commandes d'hosties: priorité aux communautés religieuses locales
Depuis quelque temps, des
maisons laïques et étrangères essayent de pénétrer le marché des hosties en
Suisse en cassant les prix. La CES exprime son estime et son soutien aux
communautés religieuses locales qui dépendent de la production et de la vente
d’hosties pour vivre. C’est pourquoi, elle réitère sa recommandation de se
procurer les hosties auprès des communautés religieuses qui se trouvent en
Suisse. (cath.ch/be)