”Devant un enfant en train de mourir”, le titre ”n'est pas ce qui compte”, a lancé Sœur Alba Teresa Cediel Castillo, auditrice durant le synode pour l'Amazonie, le 28 octobre 2019, lors d'une conférence de presse au siège de l'Union internationale des supérieures générales (UISG) à Rome. Avec d'autres religieuses présentes dans l'aula, celle-ci a effectué un bilan de ces trois semaines de synode, quelques jours après la publication du document final.
Pas moins de 23 religieuses ont participé à ce synode. Le
document de travail issu de cet événement est donc aussi ”le fruit de leur
présence”, a souligné la présidente de l'UISG, Sœur Jolanda Kafka, religieuse
de la congrégation de Marie Immaculée. Cet événement a permis de faire entendre
la ”réalité concrète” de l'Amazonie vécue par bon nombre de religieuses, a
quant à elle noté Sœur Zully Rosa Rojas Quispe, missionnaire dominicaine du
rosaire.
"Le titre n'est pas ce qui compte"
Par le service qu'elles rendent auprès des populations
délaissées, ”les religieuses sont diacres” de fait en Amazonie, et ce ”bien que
l'Eglise ne les appelle pas de la sorte”, a déclaré la salésienne Sœur Alba
Teresa Cediel Castillo. ”Devant un enfant en train de mourir”, le titre ”n'est
pas ce qui compte”, a pointé la Colombienne, pour qui la question du diaconat
féminin s'avère ”secondaire” face au ”cri” de ces peuples. ”Pourquoi ne
travaillons-nous pas ensemble à ce monde qui est en train de mourir?":
telle doit être la question qui, selon elle, doit habiter les croyants après ce
synode.
Pour la Péruvienne Sœur Zully Rosa Rojas Quispe, il demeure
cependant crucial que l'Eglise change ses structures, sans quoi celle-ci risque
de s'enfermer dans le cléricalisme. Si elle-même ne souhaite pas spécifiquement
voir advenir un tel changement dans l'Eglise, elle dit comprendre ceux qui en
font la demande. Les sacrements ont été établis à une certaine période et ne
”correspondent plus” à la réalité ecclésiale dans sa dimension internationale,
a pour sa part jugé Sœur Bernadette Reis, religieuse américaine de la congrégation
des Filles de saint Paul. La tradition vivante de l'Eglise doit donc s'adapter
car aucune culture n'est supérieure à une autre, a-t-elle noté.
Le synode, ”une école de formation” pour toute l'Eglise
Pour la Française Sœur Nathalie Becquart, consulteur au
Synode des évêques, ce synode pour l'Amazonie a constitué un ”instrument”, une
”école de formation” pour ”transformer” toute l'Eglise. Le thème des femmes
comme celui de la synodalité – évoqués également lors du synode des jeunes –
sont selon elle ”revenus avec force” durant ces trois semaines. Il reste à
présent à ”connecter” ces deux synodes. Avec cet événement, l'écologie
intégrale est également devenue ”le GPS de la mission”, explique-t-elle. Pour
effectuer ce changement, les jeunes demeurent ”le moteur”.
Ce synode a encore permis de mettre en lumière la nécessité
d'œuvrer en ”réseau”, ont déclaré plusieurs religieuses auditrices. Sur le plan
pastoral, pour poursuivre le travail effectué en Amazonie, il s'agit d'opérer
une ”conversion” pour apprendre à regarder ces peuples différemment. Plus que
de s'intéresser à leur culture, il revient également aux missionnaires
d'apprendre la langue de ces peuples. C'est seulement ainsi que l'on se
laissera ”enseigner” par ces populations autochtones.
Une lettre remise au pape
Par ailleurs, une lettre signée par l'ensemble des participantes au synode a été remise en ”main propre” au pape François, a confié à l'agence I.MEDIA la Sœur Maria Carmelita de Lima Conceição. Dans cette missive, elles ont demandé une participation au vote pour ce synode. Si le pape n'a pas répondu à ce courrier, a poursuivi la religieuse, ces femmes sont heureuses d'avoir pu partager avec le pontife argentin une requête venue du ”fond du cœur”. Cette décision n'est pas facile à prendre, a reconnu la Brésilienne, et doit être abordée ”avec le temps, avec beaucoup d'intériorité et en dialoguant”. (cath.ch/imedia/cg/rz)