A l'heure où la Suisse dénombre quelque 200 morts du coronavirus, Simon Peng-Keller professeur de Spiritual Care à l'Université de Zurich en appelle au respect de la dignité des morts. Les cadavres ne sont pas contagieux. Il n'est pas nécessaire de les emballer dans des sacs en plastique noir ni de les incinérer immédiatement. Encore moins de renoncer à toute cérémonie.
Les rapports et les photos de certains centres hospitaliers,
notamment en Italie, indiquent que les corps des victimes du coronavirus sont
emballés dans des sacs en plastique sans que leurs proches puissent les revoir.
Ils sont placés dans des halls anonymes jusqu'à ce qu'ils soient transférés
dans des camions militaires vers un crématorium éloigné. La mise en terre de
l'urne est souvent anonyme, sans la présence de la famille, sans célébration
religieuses, sans bénédiction.
Le professeur zurichois s'inquiète de voir bientôt de telles
scènes en Suisse. Faut-il renoncer à un adieu digne, à la dernière bénédiction,
pour protéger les vivants des morts? S'interroge-t-il? Jusqu'à présent, aucun
cas d'infection n'a été signalé qui aurait pu se produire par contact avec un
cadavre. Autant des précautions et des mesures de protection sont nécessaires,
autant il n'y a guère de raison de passer outre les formes habituelles d'adieux
dignes. L'OMS l'affirme clairement, "la dignité des défunts, leurs
traditions culturelles et religieuses et leurs familles doivent être respectées
et protégées à tout moment".
Dans une fosse commune sans cérémonie?
Il n'est pas nécessaire de mettre les morts dans des sacs en plastique, et la crémation n'est pas obligatoire. Il n'est pas non plus nécessaire de désinfecter les corps. Ils doivent être lavés, habillés et disposés comme d'habitude. Les familles devraient avoir la possibilité de dire au revoir au défunt, de l'enterrer dignement, selon leur tradition. La seule chose à éviter est de toucher ou d'embrasser le cadavre.
Pour le professeur Peng-Keller d'un point de vue médical, il est irrationnel de violer la dignité des morts par crainte d'une infection et de mettre ainsi en danger la santé psychique des personnes endeuillées. "Les défis auxquels nous sommes confrontés à cet égard ne sont pas d'ordre médical, mais organisationnel. Il s'agit maintenant de s'y préparer", conclut-il. (cath.ch/kath.ch/mp)