Les sorties de l'Eglise catholique ont atteint un niveau record dans le canton de Fribourg en 2018. Pour tenter de contenir l'hémorragie, une commission spéciale a été créée. Le sociologue des religions Jörg Stolz estime toutefois que les Eglises n'ont que peu de marge de manœuvre face à ce phénomène.
1007 personnes sont sorties de l'Eglise catholique dans le
canton de Fribourg en 2018. Un chiffre presque deux fois plus élevé qu'en 2014.
Une tendance à la hausse qui se confirme également dans les autres cantons du
diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), d'après les dernières
statistiques disponibles.
Et un constat qui s'étend également au-delà des frontières
suisses. "Les sorties d'Eglises sont un phénomène de fond dans toute la
zone occidentale", souligne Jörg Stolz, professeur de sociologie des
religions à l'Université de Lausanne. "A une certaine époque, l'on pensait
que les Etats-Unis faisaient figure d'exception, mais les dernières données
confirment que la situation y est la même qu'en Europe ou qu'en
Australie".
A la recherche de solutions
L'expert remarque que le profil type de la personne qui sort
de l'église est un jeune, au style de vie urbain, qui ne ressent pas de lien
particulier avec la religion. Une catégorie de la population qui a tendance à
croître dans les pays occidentaux. "Ces personnes décident généralement de
sortir de l'institution suite à un déclencheur. Ce peut être lorsqu'elles
s'aperçoivent qu'elles payent des impôts ecclésiastiques, quand elles se
ressentent en désaccord avec un point de morale, ou lors de l'éclatement d'un
scandale, par exemple la déposition d'un prêtre rebelle ou un cas de pédophilie",
explique Jörg Stolz.
Dans le canton de Fribourg, les autorités de l'Eglise ont
décidé d'agir pour endiguer cette tendance. La Corporation ecclésiastique
cantonale (CEC), l'instance chargée de la gestion des deniers de l'Eglise, a
récemment créé une commission forte de cinq membres, dont le vicaire épiscopal
Jean Glasson, avec pour objectif de réfléchir à des solutions, rapporte le
quotidien La Liberté du 26 octobre
2019. L'une des pistes serait de solliciter une rencontre avec la personne
désireuse de quitter l'Eglise pour déterminer les raisons de sa démarche. Le
dialogue permettrait d'expliquer la mission de l'Eglise et la destination des
impôts.
Des tendances lourdes
Des dispositifs qui pour Jörg Stolz peuvent être utiles,
mais qui ne devraient pas changer radicalement la tendance actuelle. "On
voit que le phénomène des sorties d'Eglise touche de la même façon les protestants.
Donc l'Eglise catholique et son fonctionnement ne peuvent pas être considérés
comme les causes principales."
Selon le sociologue, les Eglises font déjà beaucoup pour
améliorer leur offre, pour se rendre plus attractives et plus proches des
personnes. "Mais il existe des tendances lourdes liées à la
sécularisation. On observe déjà depuis le 19e siècle que chaque
génération est un peu moins religieuse que la précédente. Il est probable que
cela se poursuive". Jörg Stolz remarque qu'il s'agit essentiellement d'un
problème d'identification, où les personnes ne se sentent plus liées à une
communauté religieuse. "Finalement, la désaffiliation n'est qu'une
concrétisation de l'état déjà effectif de distanciation de la religion",
conclut le professeur. (cath.ch/lib/rz)
Les sorties d'Eglise parfois sources de malaise
Avec l'augmentation des sorties d'Eglise, des ecclésiastiques mettent en garde contre la multiplication des situations litigieuses liées aux services rendus par l'Eglise. Il arrive par exemple que des familles demandent des funérailles religieuses pour un défunt qui avait quitté l'Eglise. Dans de tels cas de figure, les prêtres ne savent souvent pas comment réagir. "Lorsqu'on me demande un sacrement, j'estime ne pas avoir le droit de refuser, surtout face à des personnes qui vivent des moments de deuil et de peine. Mais il est très blessant pour un prêtre de devoir monnayer un sacrement", explique à La Liberté Claude Deschenaux, curé modérateur de l'unité pastorale de l'Evi, en Gruyère. Il souhaite que les familles soient conscientes des coûts de fonctionnements pour les paroisses. Celles-ci ont d'ailleurs fixé des montants pour leurs services, mais qui ne compensent que très légèrement les impôts non payés, parfois pendant de nombreuses années, par les personnes sorties de l'Eglise. RZ/LIB