"L’Association suisse des libres penseurs" annonce qu’elle déposera une dénonciation pénale contre Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF), le 19 février 2020, à Fribourg, indique le quotidien La Liberté du 17 février. L'association estime que l'évêque "a entravé l'action de la justice" dans l'affaire d'abus sexuels concernant Paul Frochaux, curé de la cathédrale de Fribourg.
"Il y a de bonnes raisons de penser que la hiérarchie
catholique était au courant de certaines choses sur ce prêtre, même s’il reste
présumé innocent", assure Valentin Abgottspon, vice-président des
"Libres penseurs". "L’Evêché agit visiblement sur la pression
des médias et nous ne pouvons pas tolérer que l’Eglise se comporte comme un
Etat dans l’Etat", ajoute-t-il. "Nous estimons que l’évêque de LGF a
entravé l’action de la justice dans une affaire d’abus sexuel", explique Valentin
Abgottspon, confirmant une information de l'hebdomadaire alémanique SonntagsZeitung.
Trois enquêtes en cours
L'activiste fait référence aux accusations portées depuis fin décembre 2019 contre Paul Frochaux. Le curé de la cathédrale est soupçonné d’avoir eu une relation sexuelle avec un jeune de dix-sept ans en 1998. Il est également visé par une plainte pour harcèlement sexuel de la part d'un autre prêtre du diocèse, Nicodème Mekongo.
Après l’agression présumée, le jeune homme de dix-sept ans n’a
pas porté plainte jusqu’à ce qu’une amie l’aide à reconnaître son statut de
victime. En 2001, il a contacté l’évêque de l’époque, Mgr Bernard Genoud, pour
dénoncer le cas. Une audition a alors eu lieu à l’évêché en présence de Paul
Frochaux, du vicaire général, de lui-même et de l’amie en question. Mais
l’affaire n’a pas été plus loin.
Début février 2020, Mgr Morerod a assuré qu'il ne connaissait pas les accusations portées contre Paul Frochaux. Il a affirmé avoir découvert le procès-verbal de l'entretien de 2001 à l'occasion de l'enquête actuelle. "Ce PV est assez peu explicite car je crois qu’il présupposait une connaissance des accusations", a indiqué Mgr Morerod. L'évêque a aussi révélé qu’une rencontre avait eu lieu entre le plaignant et Mgr Genoud mais qu’elle n’a pas été protocolée.
Pas de commentaire du diocèse
Alors qu’une enquête de police est en cours, ainsi qu’une
enquête canonique, l’évêché a annoncé avoir ouvert également une enquête
interne sur d’éventuelles pertes et dissimulations de documents.
Interpellé par cath.ch, le diocèse de LGF indique qu'il ne
fera pour l'instant aucun commentaire sur l'annonce de la plainte des
"Libres penseurs".
Valentin Abgottspon avait déjà fait parler de lui il y a 10
ans pour avoir refusé d’accrocher un crucifix au mur de sa classe, alors qu'il
enseignait en Valais. Il avait été licencié avec effet immédiat. Le Tribunal
cantonal valaisan lui avait donné raison en 2015, en déclarant la sanction
abusive. Considérée comme le plus grand mouvement "laïciste" du pays,
"l’Association suisse des libres penseurs" comptait 1'700 membres
actifs en 2017. (cath.ch/lib/arch/rz)