Avec le centenaire de la Première Guerre mondiale et les 70 ans du débarquement en Normandie, l’été 2014 sera chargé en commémorations internationales. Mais combien de jeunes y seront sensibles, eux qui n’ont connu ni la guerre ni ses répercussions, et à qui on présente la mémoire de ces événements comme un «devoir», ce qui peut décourager l’intérêt de certains? Ils liront par contre probablement plus volontiers des bandes dessinées qui relatent les guerres les plus terribles de notre passé. La BD s’impose ainsi aujourd’hui comme un moyen évocateur et authentique de problématiser notre rapport à l’Histoire et à la mémoire.Le débarquement, par exemple, a représenté un tournant décisif dans la Seconde Guerre mondiale. La série Opération Overlord transporte ses lecteurs sur les plages de Normandie. A peine les personnages et leur histoire découverts que beaucoup périssent. Les auteurs redonnent un passé à ces visages flous, découverts sur les images du débarquement.Mais que serait devenu le monde si cette opération n’avait pas eu lieu? L’uchronie est un genre de fiction qui se développe autour de la modification d’un événement du passé et imagine le monde qui en aurait résulté. Les lecteurs de BD en sont friands, ainsi qu’en témoigne la popularité de la série Jour J, dont deux tomes touchent à la guerre de 39-45. L’un imagine que les Allemands se sont trop attardés en France, ce qui a pour conséquence que la Seine remplace le mur de Berlin comme frontière entre l’Ouest et le bloc soviétique. L’autre propose un monde où la Deuxième Guerre mondiale n’a pas eu lieu, même si une guerre est sur le point d’être déclenchée.La série Wunderwaffen, pour sa part, présente un monde dans lequel le débarquement a échoué. Les nazis ont repoussé les alliés et le cours de la guerre s’en est trouvé complètement modifié. Leur victoire a donné du temps supplémentaire aux Allemands, ce qui leur a permis de mener à bien leurs projets militaires secrets et de produire les Wunderwaffen, leurs «armes miracles».Il ne s’agit pas ici uniquement d’imaginer quelle arme serait supérieure à telle autre, ni quelles tactiques elles rendraient possibles, mais de se demander quelle aurait pu être l’évolution du régime nazi. Qu’auraient-ils fait des camps et de leurs occupants? Que cherchaient-ils vraiment à détruire et quelle société voulaient-ils créer?Cette œuvre, comme bien d’autres qui pourraient encore être citées, est un exercice de raisonnement contrefactuel, qui pousse à s’interroger sur le monde dans lequel nous vivons, comme sur son origine.
Amanda Garcia
Un article plus étoffé sur ce sujet pourra être lu dans la revue choisir du mois de juin.