Si Jésus raconte cette parabole, c’est pour répondre à la question de son interlocuteur: «Qui est mon prochain?» Et voilà une question qui hante notre conscience et met quelquefois notre cœur à nu. Comme souvent, nous avons travesti les paraboles en leçon de morale sans percevoir suffisamment l’enjeu qui se profile derrière chacune d’elle.
D’abord, remarquons que cette parabole provocante ne parle pas de Dieu. L’histoire se passe comme s’Il était absent. Le prochain pourrait même ne rien avoir avec Dieu. Il suffit de suivre le lévite et le prêtre qui, sans s’arrêter, passent de l’autre côté du chemin. Scandale! crieront certains. Encore eux! Décidemment, les gens de l’institution, à cause de leur stricte observance de la loi, semblent méconnaître le sort du blessé anonyme, étendu sur le chemin. La loi leur interdit tout contact avec le sang. Ils sont fidèles à la Loi et honorent ainsi le Dieu qu’ils servent assidûment. Prendre soin de ce blessé les rendrait impurs selon la Loi et ils ne pourraient plus exercer leur fonction cultuelle au Temple de Jérusalem. Pour eux, devant ce blessé, la question ne se pose pas au niveau de la morale, mais bien plutôt dans la manière de servir le Seigneur.
«Il ne s’agit pas de savoir qui est mon prochain, mais de découvrir de qui suis-je le prochain»
Arrive ce Samaritain. Lui, sans savoir qui est ce blessé, (est-il juif, samaritain ou étranger?) lui s’arrête et lui porte les premiers secours. Il prend soin de cet homme abandonné en allant jusqu’à le confier à l’aubergiste. Bien plus, il va lui payer les frais pour les soins qu’il prodiguera à cet homme meurtri et, plus encore, il lui remboursera ce qu’il aura dépensé en plus lors de son prochain passage. Nous sommes au cœur de cette parabole. St Luc apporte une précision décisive dans le portrait qu’il dresse de ce samaritain. En voyant cet homme étendu sur le chemin, il est «saisi de compassion».
Dans l’Ancien Testament, ces mots «saisi de compassion» évoquent l’attitude de Dieu envers son peuple qui est dans la misère. C’est la tendresse de Dieu qui est ici révélée. Cela peut ressembler à ce qu’une mère ressent devant la souffrance de son enfant. Ici, il s’agit de questionner notre représentation de Dieu. En Jésus, Dieu s’est fait proche de tout homme pour le prendre en charge, lui porter secours et le soigner en lui donnant sa vie.
Du coup, la question posée à Jésus par le docteur de la loi trouve une réponse inattendue. Il ne s’agit pas de savoir qui est mon prochain, mais de découvrir de qui suis-je le prochain. A la manière de ce samaritain qui «sauve» en quelque sorte cet homme que les bandits ont dépouillé, notre manière d’être le prochain de chacune et de chacun, sans conditions et quel que soit le prix, trace de nouveaux chemins de fraternité, signes infaillibles de la foi. Le samaritain est le Christ lui-même, si proche pour porter nos histoires vers leur accomplissement.
L’été et les vacances sont des temps favorables pour vivre la rencontre avec les autres, les proches et les lointains. En devenant le prochain de celles et de ceux que nous rencontrerons, nous laisserons Dieu lui-même leur manifester sa tendresse.
Bernard Miserez | Vendredi 8 juillet 2022
Lc 10, 25-37
En ce temps-là,
un docteur de la Loi se leva
et mit Jésus à l’épreuve en disant :
« Maître, que dois-je faire
pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus lui demanda :
« Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ?
Et comment lis-tu ? »
L’autre répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur, de toute ton âme,
de toute ta force et de toute ton intelligence,
et ton prochain comme toi-même. »
Jésus lui dit :
« Tu as répondu correctement.
Fais ainsi et tu vivras. »
Mais lui, voulant se justifier,
dit à Jésus :
« Et qui est mon prochain ? »
Jésus reprit la parole :
« Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho,
et il tomba sur des bandits ;
ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups,
s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ;
il le vit et passa de l’autre côté.
De même un lévite arriva à cet endroit ;
il le vit et passa de l’autre côté.
Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ;
il le vit et fut saisi de compassion.
Il s’approcha, et pansa ses blessures
en y versant de l’huile et du vin ;
puis il le chargea sur sa propre monture,
le conduisit dans une auberge
et prit soin de lui.
Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent,
et les donna à l’aubergiste, en lui disant :
‘Prends soin de lui ;
tout ce que tu auras dépensé en plus,
je te le rendrai quand je repasserai.’
Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain
de l’homme tombé aux mains des bandits ? »
Le docteur de la Loi répondit :
« Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. »
Jésus lui dit :
« Va, et toi aussi, fais de même. »
– Acclamons la Parole de Dieu.