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    Soeur Rose Mary (à g.) visite le quartier défarorisé d'Altamira deux fois par semaine. © J. C. Gerez

    Un synode pour sauver l’Amazonie et l’Église (2/3)

    Le Synode pour l’Amazonie se tiendra à Rome du 6 au 27 octobre 2019. Plus de 200 évêques de la région vont évoquer le destin d’une Eglise catholique en perte de vitesse dans une zone plus que jamais menacée par une destruction irréversible. Dans la ville d’Altamira, au cœur de l’Etat du Para, face à l’avancée des évangéliques, l’Eglise catholique s’appuie sur les laïcs, en particulier les femmes, pour reconquérir les fidèles.

    Sœur Rose Mary vient de quitter la route goudronnée pour emprunter à

    pied un chemin de terre rouge pentu, rendu glissant par l’écoulement d’un

    ruisselet d’eau verdâtre et malodorante. De part et d’autre, s’alignent des

    maisons aux briques apparentes, couvertes de toits de tôle ondulée.

    «Nous venons dans ce quartier défavorisé d’Altamira en moyenne deux

    fois par semaine, explique cette religieuse franciscaine. C’est important de

    visiter les personnes dans leurs maisons car les gens ont soif de Dieu et ils

    veulent qu’on aille à leur rencontre. Ces dernières années, poursuit la religieuse,

    beaucoup de fidèles se sont éloignés de l’Eglise catholique parce qu’elle s’est

    éloignée d’eux. Quant aux prêtres, ils sont trop peu nombreux pour couvrir

    tous les besoins de la ville».

    C’est pour toutes ces raisons que depuis août 2018, six religieuses de la congrégation des  franciscaines d’Ongolstadt, se sont vues confier la gestion d’une aire pastorale composée de deux quartiers - « Ayrton Senna 1 et 2 » - et regroupant près de 8000 personnes. Outre la gestion et la dynamisation pastorale, les sœurs peuvent également administrer les sacrements du baptême et du mariage.

    Cette initiative est une première dans une région amazonienne où l’Eglise

    catholique est à la recherche de nouvelles manières d’évangéliser. Un thème qui

    sera largement évoqué lors du prochain Synode pour l’Amazonie qui se tiendra début

    octobre à Rome.

    Deux prêtres pour 120’000 habitants

    Bienvenue à Altamira, située dans l’état du Para, à 800 kilomètres au

    sud du delta du fleuve Amazone. Cette ville de 120’000 habitants a vu sa

    population croître de plus de 30% avec la construction, en 2012, du méga

    complexe hydroélectrique du Belo Monte, le 3ème le plus important au

    monde. Attirés par des

    promesses de vie meilleure, des milliers de personnes, venues de coins reculés

    de l’Amazonie et d’autres états du Brésil, vivent pourtant aujourd’hui dans des

    conditions de misère et de violence.

    Altamira abrite également le siège de la prélature du «Xingu», du nom

    de l’affluent du fleuve Amazone. «Ce diocèse est l’un des plus vastes du monde

    puisqu’il s’étend sur plus de 370’000 km2, rappelle Mgr João Muniz Alves, l’évêque nommé en

    décembre 2015 en remplacement de Mgr Erwin Kräutler, désormais évêque émérite.

    Or pour l’ensemble de ce territoire, nous ne disposons que de 30 prêtres et

    d’une cinquantaine de religieuses». Une absence de missionnaires qui se ressent

    cruellement à Altamira, puisque la ville ne compte que deux curés et une petite

    dizaine de religieuses.

    «Ici, l’Église c’est le peuple»

    Le Père Rodolfo est l’un de ces prêtres. Ce missionnaire de la Société

    du Verbe divin, originaire du Timor oriental, n’est présent que depuis deux ans

    dans la région, mais il a déjà une idée très claire de la spécificité de l’Eglise

    catholique en Amazonie. «C’est une région avec une très forte religiosité

    populaire, assure-t-il. Ici, l’Eglise c’est le peuple. Un peuple qui

    s’organise, se célèbre, à sa manière». C’est cette perception de ce contexte

    singulier qui a poussé Mgr João Muniz Alves à lui confier rapidement la

    responsabilité d’une vaste aire pastorale, composée de deux zones de

    relogements urbains collectifs (RUC) et abritant environ 15’000 personnes.

    «Ces quartiers ont été érigés dès le début de la construction du barrage pour y reloger les familles qui vivaient jusqu’à lors sur les bords du Rio Xingu, et qui se trouve désormais sous les eaux, détaille le prêtre. Aujourd’hui, les RUC sont pauvres et gangrenés par le trafic de drogue et la violence. Dans ce contexte, les besoins de spiritualité sont réels et les gens attendent essentiellement un accueil pastoral, que ce soit à travers la célébration, une visite ou la catéchèse». Quitte, en l’absence de missionnaires prêtres ou religieuses, à confier certaines missions à des laïcs.

    «Des églises évangéliques à chaque coin de rue»

    Quartier de «Notre Dame de Fatima-Agua Azul», RUC de «Jatoba», dans le nord d’Altamira. Derrière un imposant portail métallique abritant une maison modeste, s’élèvent des chants d’enfants. Sous la véranda, chapelet en main, une quinzaine de catéchistes âgés de sept à douze ans sont assis en arc de cercle face à Maria da Conceiçao, la quarantaine, visage doux et regard souriant. «Je suis catholique, impliquée dès mon plus jeune âge dans la vie paroissiale, explique cette enseignante de profession. Comme beaucoup, j’ai dû quitter ma maison qui se trouvait au bord du Rio Xingu lorsqu'a débuté la construction du barrage. Le quartier était insalubre mais il y avait une chapelle en bois construite par les riverains et un prêtre y venait tous les dimanches pour célébrer la Parole».

    Aujourd’hui, le contexte a changé. «En l’absence de missionnaires et avec une chapelle éloignée des maisons, l’immense majorité des habitants du quartier préfèrent fréquenter les églises évangéliques, car il y en a une à chaque coin de rue, souffle Maria da Conceiçao. En plus, les pasteurs de ces églises n’hésitent pas à organiser des opérations de ramassage avec des mini-vans pour aller chercher les fidèles chez eux. Du coup, il devient même difficile de convaincre les parents de nous confier leurs enfants pour le catéchisme».

    Féminisation du ministère

    Dans le quartier récent d’Ayrton Senna 1 aussi, l’Eglise part de

    loin. J’habite ce quartier depuis six ans, explique Luzia da Costa, une

    sexagénaire aux mains noueuses. Et pendant cette période, l’Eglise catholique

    n’a rien fait. D’ailleurs, on entend souvent dire: «j’ai cessé d’être

    catholique parce que je ne sais pas où aller. Donc je fréquente l’Eglise

    évangélique près de chez moi». Pourtant, depuis que l’aire pastorale a été

    confiée aux sœurs franciscaines, «Dona Luzia», comme l’appellent ses amies, a

    vu le changement. «Avec les visites des religieuses qui viennent célébrer la

    Parole dans les maisons, le nombre de fidèles a nettement augmenté». En

    particulier, les femmes, qui voient d’un très bon œil cette féminisation du

    ministère.

    "On entend souvent dire: «j’ai cessé d’être catholique parce que je ne sais pas où aller. Donc je fréquente l’Eglise évangélique près de chez moi»

    Il suffit d’observer l’accueil chaleureux dont bénéficie Sœur Rose

    Mary, à son arrivée dans la maison d’une des fidèles du quartier, pour y prier

    la Vierge Marie. Avant de s’asseoir en cercle sur des chaises en plastique, la

    vingtaine de femmes venues des rues voisines donnent une chaleureuse accolade à

    la franciscaine. «Avant, tout passait par le prêtre. Or, c’est bon de voir que

    le leadership peut être assumé par une femme. Parce qu’on s’identifie. Et puis

    on parle le même langage. Si on a des problèmes, une religieuse vient nous

    voir, on se parle… C’est une mère, une amie, une partenaire.  Que les sœurs aient plus de responsabilités

    c’est vraiment très bien!», conclut Dulce, sous les applaudissements de ses

    camarades.

    «Altamira, un laboratoire»

    Pour beaucoup de fidèles comme pour la hiérarchie, féminiser l’Eglise

    catholique constitue l’une des clés de l’avenir de l’institution en Amazonie. «Que

    ce soit dans les zones reculées ou en milieu urbain, les femmes, notamment les

    laïques, sont souvent celles qui assurent l’évangélisation», assure Mgr João Muniz Alves.

    Le prélat est d’ailleurs convaincu qu’Altamira pourrait constituer une sorte de

    laboratoire ecclésial pour certaines nouveautés dans l’Eglise. C’est en tout

    cas ce qu’il exprimera lorsqu’il se rendra à Rome, en octobre. En attendant,

    Sœur Rose Mary va continuer d’arpenter l’aire pastorale. «L’Eglise s’est

    longtemps reposée sur ses lauriers. Aujourd’hui, il faut que nous reprenions

    notre bâton de pèlerin et que nous allions porter la parole de Dieu à ceux et

    celles qui en ont besoin». Quitte à emprunter les chemins de terre pentus et

    glissants. (cath.ch/jcg/bh)

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