En Suisse, les cartes topographiques au 1:25 000 - la présentation la plus exacte - font partie des sources d’information auxquelles nombre de randonneurs tiennent beaucoup, tant elles sont utiles, voire passionnantes de A à Z.Envie ou carrément besoin de partir ailleurs, à la découverte ? Alors choisir la lettre A, par nature point de départ. Combien s’en trouve-t-il dans le rectangle central de la couverture 1305 Dent de Morcles, 1285 Les Diablerets, 1304 Val-D’Illiez, 1287 Sierre, ou encore 1328 Randa, 1329 Saas ? Qui prend en main l’une ou l’autre de ces cartes, toutes publiées par swisstopo (un office de la Confédération) ne se pose pas la question. Il la déplie, jette un premier œil à la nouvelle édition (note : les cartes susmentionnées sont sorties de presse en juin 2012) et découvre des ailleurs qu’il pourra parcourir le prochain week-end, cet été ou plus tard.A comme ailleurs, un mot issu notamment d’un dérivé du latin «alius», autre.A ? Sur la couverture de la carte «Dent de Morcles», les a du Grand Muveran et de localités connues dominent. Tout petit sur le papier, le a de St-Pierre-de-Clages; impossible de visiter l’église sans être marqué par l’architecture, l’histoire et ce que d’aucuns nomment respectueusement l’ambiance, le climat. En fait, tous les a invitent à se rendre sur le territoire que l’on a pour l’instant sous les yeux. Le Tabary, près des Moines (angle inférieur gauche de la carte)… Ninvoya, en haut à droite…La Croix près de la Tour de Duin, pas loin de Bex…Tous des lieux de vie humaine ? S’y rendre pour le savoir.A sur la carte «Les Diablerets», chaque fois signe d’un commencement. Serez-vous le marcheur quittant La Vare, à 1758 m d’altitude, pour gagner le col des Essets (2029 m) en traversant un paysage dépouillé, sauvage, étrange, saisissant ou encore… de moine attaché à l’essentiel, vivant l’instant présent, celui qui dans la nature dispose à une relation totale au Créateur ? Ou foncerez-vous tête baissée afin d’annoncer aux amis, le lendemain, un chrono exceptionnel ?A comme celui de la Croix de l’Aiguille (1867 m), près du Pas de Croisette (carte «Val d’Illiez») ou d’un nom célèbre, au bord du Rhône : St-Maurice… et les sœurs de l’Oeuvre St Augustin, engagées corps et âme dans l’information, l’édition, la diffusion, entre autres domaines.A toujours, en nombre, découverts sur la carte «Sierre», parfois dans des lieux difficiles d’accès, mais desquels on revient l’âme en paix : le Pas de l’Illsee, l’église St Maurice de Laques, dont la façade est visible de fort loin. Et encore ici, là, de part et d’autre du Rhône.A présent deux fois dans le nom figurant au cœur du rectangle central de la couverture de la carte tenue en main par les voyageurs à destination de Zermatt : «Randa». Ah ! les 4000 de la région, dont l’Allalin ou Allalinhorn…Vous avez le temps, pour une histoire ?Il y a plus de cinquante ans, bien avant le lever du soleil, un jour d’été, l’aumônier et un chef du groupe scout de la paroisse la plus grande paraît-il du diocèse LGF, à l’époque, quittent la cabane Britannia pour entreprendre l’ascension de l’Allalin par la face sud, rocheuse et plutôt casse-cou. Tout se passe bien jusqu’à une corniche de roche et de glace, à franchir délicatement à quelque 3900 mètres d’altitude.Du prêtre ou de l’adulte en devenir, lequel des deux encordés se roulera sur la pente raide, face nord, afin de maintenir un équilibre avec le second, invisible, car resté sur la face sud de façon à adopter de part et d’autre la meilleure position pour gravir ensuite la montagne en même temps, sur une quinzaine de mètres,et par la suite gagner le sommet ?Expérimenté, assumant sa responsabilité d’aîné, l’aumônier J.C. (tiens ! des initiales célestes) s’est lancé dans l’aventure. Médusé, tout scout et chef qu’il était, le jeune l’a vu disparaître, puis entendu, et retrouvé. En guise d’applaudissement, deux sourires sur les visages tout de même tendus.Suite et fin de l’histoireA comme aujourd’hui. Deux questions demeurent présentes à l’esprit du jeune de l’époque : le franchissement de cette corniche de roche et de glace aurait-il pu entraîner la cordée vers un ailleurs définitif ? Quel aurait été l’accueil dans cet ailleurs auquel tout humain songe de temps en temps ?
PhilGo
Note: Après avoir rédigé son papier, le chroniqueur fut soudain pris d’un désir profond : terminer son texte par deux A, ceux d’Amen et d’Alléluia, en ajoutant un point d’exclamation en relation avec l’issue positive de l’histoire racontée. Mais les deux mots appartiennent au vocabulaire du clergé. Le web-éditeur de cath.ch a cependant accepté qu’il soit fait mention, ici, du désir exposé. Merci.