Devant la table ovale, l’homme sans âge s’est assis sur la chaise faisant face au mur de la cuisine. A posé ses mains sur le marbre de la table comme on n’en fait plus, puis levé les yeux. Là, depuis des lustres coincée dans la garniture de la prise électrique, une carte blanche sur laquelle, un jour, l’homme a collé le bout de papier découvert parmi les affaires de son père, après sa mort.Le bout de papier annonce «pour la pendule» puis, au-dessous, «cuisine». L’homme sans âge se souvient : cela se trouvait sur une petite boîte de carton comprenant deux piles de secours au cas où la pendule viendrait à ne plus fonctionner. Les piles disparues, la petite boîte également, reste le message.Les lettres écrites en script attestent la réalité d’un homme. Discret, parlant et écrivant peu, particulièrement attentif aux autres. Sa vie à la fois de croquemort, de protestant ayant épousé une catholique, de citadin, d’observateur de l’existence, d’homme doté d’une disposition à l’écoute, à rendre service aux êtres en difficulté, sa vie assurément véhiculait des questions en nombre.Subitement, l’homme sans âge assis face au mur, en ce temps d’Ascension prononce quelques mots, puis se demande si son père établissait un lien entre le «Vous ne connaissez ni le jour ni l’heure» (la pendule ?) qu’il rappelait en cours d’année aux siens, et l’Ascension - pour lui jour de garde ou de congé, selon les années - qui semblait le régénérer (cuisine ?).On ne fait pas des rapprochements pareils ! Bah…Un homme sans âge est toujours étrange. Comme la mort, diront les uns ; les cieux, glisseront les autres.PhilGo