Les paysages intérieurs s’offrent à la lecture avant d’inviter à contempler sur les terrestres lieux les composants de leur nature.
ABCD comme
Arbre pour point de départ vers mille et un d’entre eux dans le grand Lausanne. B pour balade. C pour croix dans une église. D comme divin au sens sublime.Un jour de congé, dame M. et son conjoint L. décident de se rendre à pied à l’autre extrémité de la cité, l’une des plus grandes de Suisse romande. Objectif premier : emprunter des cheminements insolites. But second : découvrir une vingtaine, voire une cinquantaine d’arbres, tous différents, au fil des rues et des parcs, comme le suggère en quarante pages Pierre Corajoud, auteur de «La balade des 1001 arbres».Le tracé que les époux se fixent va leur permettre - ils en sont persuadés - d’avoir une vue magnifique sur l’espace citadin, le Léman, les préalpes vaudoises, quelques sommets valaisans et français. En fait, de séjourner au paradis terrestre. En quittant l’avenue du Belvédère pour emprunter le chemin de la Tour-grise et plus tard celui du Languedoc, ils ne savent pas encore qu’ils sortiront non seulement d’un lieu boisé mais du monde.Ici, sous leurs chaussures, une petite prairie d’un vert parfait. Puis à trente mètres deux grandes tables en bois. Plus bas, mais oui, une petite vigne soigneusement cultivée par la commune. Droit en face de M. et L., le ciel, l’eau du Léman ici suisse, là-bas français. Sur les sommets et quelques forêts lointaines, des espaces encore enneigés. Un doux soleil accompagne les marcheurs dans un calme à surprendre les anges. Subitement, l’envie vient à l’un d’eux de lancer Nous avons découvert l’antichambre du paradis !La balade des 1001 arbres se transforme en silencieuse découverte. Pas un bruit de moteur ou autre, aucun vent, pas même une brise légère. Ici prend place ce midi la paix intérieure, la joie profonde. Au point, chez l’un des marcheurs, de murmurer Je te sais là, toi qui es, qui était et qui vient. ABC…D ? A Bord de Chacun, qui d’autre que… Même le plus respectueux des poètes cesse d’écrire quand il prononce le Nom de Celui qui, au commencement, créa le ciel et la terre.
Deux jours après la balade
Empruntant une autre voie d’accès, guidé par un courant d’une force dont il n’a pas cherché immédiatement à connaître l’origine, L. retourne seul sur la petite prairie au bord de la colline. Montant puis descendant jusqu’aux rues et avenues à bonne distance, partant sur la gauche puis la droite, il emprunte tous les itinéraires possibles. Finalement se retrouve à la petite vigne. Le voici décider de se rendre à proximité d’un clocher, tout là-bas dans le paysage, sur sa droite, celui d’une église proche d’un cimetière. L. se met en chemin, croise deux africains puis un jeune à vélo et un gendarme à l’arrêt sur sa moto. Au-dessus de ce petit monde, le soleil est à l’heure pile : midi !Dix minutes plus tard, L. pousse la porte de Ste Thérèse, à Montoie. Il ne remarque pas que le Christ placé dans le chœur est e n b o i s, fixé sur une croix de métal. Cette précision viendra plus tard, lors d’un bref entretien téléphonique avec la dame oeuvrant à la cure.Le Christ, en bois… au terme de ma balade des mille et un arbres… Ces mots en tête, L. rentre à pied à la maison, à l’autre extrémité de la commune. Combien d’heures de marche en tout ? La paix intérieure, le bien-être général qu’offre la marche, la joie profonde ressentie… Ce qui vient et demeure un temps au cœur, à l’esprit, à l’âme, rien de cela ne se mesure.Merci à l’auteur de «La balade des 1001 arbres» invitant à se rendre auprès d’eux. Merci du renseignement donné par la dame de la cure. Merci à M. qui a lancé l’idée de se rendre dans le lieu. Une nature humaine a gagné en humilité ; les fruits qu’elle porte en elle ont tous une origine. «C’est divin, glisse une voix (un ange, un archange ?) par-dessus l’épaule du chroniqueur, cela te fera du bien.»PhilGo