Oui, c’est une victoire internationale. D’ordinaire, les victoires ont un caractère national. La Commission européenne a désigné un projet suisse visant à réunir toutes les connaissances actuelles sur le cerveau humain. Afin de le reconstituer, pièce par pièce, dans des modèles et des simulations informatiques.Les médias ont accordé une large place, fin janvier, à cet Human Brain Project (HBP) qui a gagné la compétition du plus grand fonds scientifique européen. Comme ils étaient heureux les Suisses en charge des grandes institutions (Ecoles polytechniques, Centres hospitaliers, Universités), en particulier les Lausannois et Genevois! Heureux certes d’avoir obtenu des fonds impressionnants, mais surtout reconnus pour leurs compétences dans le domaine de la recherche scientifique, et leur capacité d’opérer groupés. La presse a fait connaître noms et qualités, institutions et lieux, sommes et buts visés. L’Europe est fière de ses chercheurs. Le HBP regroupera, assure le communiqué de l’EPFL, les scientifiques de tout le continent autour de l’un des plus grands défis de la science contemporaine: comprendre le cerveau humain et les maladies neurologiques. Le HBP compte devenir un nouveau CERN dédié au cerveau.Pouvoir, notamment, développer des techniques de diagnostic objectives pour les maladies neurologiques, comprendre leurs mécanismes en profondeur, fournir un outil permettant d’accélérer la mise au point de nouveaux traitements: au travail!La presse, la radio, la télévision, fin janvier, ont largement couvert l’événement. Les journalistes conviés à l’EPFL ont vu des scientifiques joyeux. Ils ont entendu parler de mobilisation des compétences, d’abolition des frontières, d’une médecine qui ne va pas progresser sans la science ; elle mènera une bataille contre les grands fléaux. Les journalistes ont aussi entendu parler de la création d’un centre lausannois du cancer.Lors de cette conférence de presse, un cri de joie est même venu du président de l’EPFL, Patrick Aebischer : «C’est ici que l’on peut faire quelque chose d’unique!».Hors partie officielle, un agencier a glissé à l’oreille de son voisin, actif de longue date au sein de l’EPFL: -Après le cerveau, quoi donc? Le cœur artificiel, lui a-t-il répondu, c’est la deuxième fonction importante!Dans les transports publics empruntés pour retourner à la rédaction, puis le soir chez lui, l’agencier a répété plusieurs fois cette phrase entendue à la conférence de presse sur le site de l’EPFL : «Réunir toutes les connaissances actuelles sur le cerveau humain». La plupart des gens - les bonnes, les petites, les jeunes, les braves, les distantes, les drôles, les étranges, les aimables, les humbles, les graves, les étonnantes, les expérimentées en vie humaine, et combien d’autres - savent que le cerveau désigne surtout le siège de la pensée, de l’intelligence. De leur propre cerveau, du cœur (organe, mais également siège des sentiments, de la vie intérieure) des gens, de leur vécu pourraient venir des connaissances dont les scientifiques sauraient tirer parti? Qui sait, en y mettant de l’âme…Le savoir, l’humain, c’est mondial. Groupés, le savoir des uns et celui des autres, c’est plus qu’une victoire: du bonheur.PhilGo