2011 Année internationale de la forêtEn, sur, autour de soiEn soi, «en dedans de moi» disent parfois des lecteurs d’ouvrages récents, voire anciens, les livres laissent des traces qu’une gomme de bonne qualité ne parviendrait pas à effacer. Certaines demeurent longtemps, car l’auteur a offert le meilleur de sa nature. Cela marque profondément. Certes, chacun s’arrête en chemin sur quelques mots, une phrase, selon la relation établie avec le texte et la personne de l’auteur. Mais la traversée d’un livre entraîne parfois une seconde lecture, un va et vient entre des éléments de l’œuvre.Ainsi dans Le cueilleur d’arbres (textes Gil Pidoux, photos et édition Anne-Lise Vullioud), ceci en pied de page 32: «(L’arbre) appartient autant au ciel qu’à la terre, à l’immobile qu’à la leçon du temps». Puis cela en page 71: «De l’arbre, on connaît le désir de lui ressembler pour dépasser le temps de l’humain...». Les illustrations montrent l’homme à l’action dans ses pensées autant que ses actes. Ce complément au texte enrichit le lecteur lors de chaque «lecture» du visage, des mains, de la position du cueilleur de l’arbre.Histoires d’arbres, des sciences aux contes (Philippe Domont, Edith Montelle; éd. delachaux et niestlé, Office national des forêts) laisse également de profondes traces. Peu avant la moitié du livre, l’une des dix-huit espèces présentées, le mélèze - l’arbre d’or - s’offre au lecteur sur une dizaine de pages, ne cachant rien, ou si peu de sa nature, de son rôle dans la société des humains, «Axe du monde, unissant le ciel, la terre et le pays des morts, il est un arbre initiatique qui entraîne la méditation. Echelle pour aller visiter les puissances divines, centre du monde qui pousse sur le «nombril de la terre», porte d’accès à l’au-delà, il est un symbole du voyage à réaliser pour devenir un homme lucide, qui se connaît lui-même» constatent les auteurs.La vie est une interminable liste de questions, assurent d’aucuns. La forêt également. Dans le Guide des curieux en forêt, Philippe Domont et Nikola Zaric répondent à 301 d’entre elles. Ce guide (édité par l’Association suisse des forestiers, collection Les guides du naturaliste, Delachaux et Niestlé) fait le bonheur des pères de famille qui, on le sait, doivent avoir réponse à tout. Ici et là, le rapprochement entre la forêt et les humains est touchant: Les arbres ont-ils froid en hiver? Respirent-ils aussi en hiver? Pourquoi sont-ils serrés ici alors qu’il y a de la place à côté? D’où vient cette cicatrice? Transpirent-ils? Peut-on soigner les blessures? On parle de la mort des forêts, comment vont-elles aujourd’hui? Le lecteur attentif découvre même le mot respect, et sa raison d’être, dans l’une des 240 pages. Le contenu de nombre d’entre elles marque.En soi, «en dedans de moi» la société des arbres parmi les hommes. En soi, ces «autres» vivants dont on ne connaît souvent que l’aspect extérieur pour les voir - et encore, en vitesse - en promenade, ou lors d’une grande randonnée. La biodiversité, chez les arbres? Pages 190, 191, 216, 225, 249, 278. La diversité, chez nous autres? Le grand livre de l’humain compte lui aussi des pages dont le contenu laisse des traces qu’une gomme de bonne qualité ne parviendrait pas à effacer.
Phil'obs
Avec l'agence pro info