2011 Année internationale de la forêt
En, sur, autour de soi… les arbres. La cime de celui-ci, celle de celui-là vers laquelle j’élève, tu élèves, il élève, nous élevons les yeux. Puis, parfois, de laquelle nous recevons une réponse. Tout en étant surpris de ce qui se passe, l’émerveillement saisit qui vit l’instant. La gratitude quitte le cœur pour la parole. C’est ainsi que l’on voit dans les forêts, assez rarement il faut le dire, un homme, une femme les yeux tournés vers le ciel.Disposer l’humain à l’émerveillement, la joie ? L’humilité prépare le terrain. Signal dans le temps présent, le S.E.S. (silence, espace, solitude) fonctionne. De l’étonnement, de l’enchantement gagne l’être. Seul dans la société des arbres, le voici tirer des profondeurs de sa personne ce Je suis capable d’admirer vraiment, et ce que je vis en ce moment me porte à la joie. Victor Hugo l’avait constaté : il y a quelque chose de «fortifiant» dans l’étonnement, l’enchantement, l’émerveillement. Oser le S.E.S. de temps en temps.Tant de S.O.S sont lancés au long des jours et des nuits. Peut-être en irait-il un rien autrement si l’homme recherchait la compagnie des arbres.Peuvent-ils se comprendre ? Certainement, dirait un sage, car l’humain et les arbres ont un vocabulaire commun : croissance, blessure, lumière, danger, oxygène, protection, santé, prévention, empoisonnement, régénération, température, soins, transpiration, vitalité, respiration, substances nutritives. Ajouter luttes, racines, enveloppe extérieure (peau, écorce), cellules. Cernes ? Les cercles concentriques de l’aubier d’un arbre n’ont aucun lien avec ceux qui entourent parfois les yeux. Sauf si, en constatant notre état, l’on décide de se rendre sans délai en forêt pour améliorer notre santé.Un arbre souffre-t-il lorsqu’on le coupe ? Comment le savoir, se demandent Philippe Domont et Nikola Zaric (Guide des curieux en forêt, p. 203) «Ce qui est sûr, c’est que nous devons récolter nos grands compagnons végétaux avec respect, conscients que nous leur devons beaucoup.»La forêt a-t-elle besoin de l’homme ? Oui, pour conserver ses différentes fonctions. Non pour son existence même, ajoutent Philippe Domont et Nikola Zaric. L’homme a besoin d’elle car ses fonctions économiques, sociales, de protection biologique (faune et flore, environnement) ou contre les dangers naturels sont uniques. Les auteurs du guide ne manquent pas de signaler ceci : «incapable de se déplacer pour fuir et de remplacer ses tissus blessés, l’arbre est la mémoire fidèle de ce qu’il a vécu dans son environnement immédiat : les traces innombrables de sa croissance et de ses luttes sont à la portée des yeux de tous les curieux.»Quel nom portez-vous ? Question au nouveau voisin de palier, mais aussi aux essences les plus fréquentes du Jorat, pour prendre une région bien connue des Lausannois. Jean-François Métraux, inspecteur cantonal des forêts vaudoises (30% du territoire cantonal) les connaît par cœur : épicéa, sapin (ou sapin blanc) chez les résineux fréquents. Mélèze, douglas, divers pins chez les moins fréquents. Pour la famille des feuillus : hêtre, érable, frêne chez les fréquents. Merisier, sorbier, verne noire (ou aulne noir), chez les autres.Autour de soi des arbres, des humains. En chacun la vie. Entre eux, «quelque chose de fort» confiait l’un des professionnels de la forêt et du bois venu à titre d’expert à une conférence de presse dans les bois (septembre 2011 : chances et défis de la forêt vaudoise) à l’occasion de l’Année internationale de la forêt. «Entrer à l’Ecole forestière, pour plusieurs, c’est comme si l’on entrait dans les ordres» a-t-il ajouté. Tous l’ont entendu, mais personne n’a vu le sourire de l’ange debout sur le seuil de la maison forestière, à quelques pas des journalistes.