2011 Année internationale de la forêt
En, sur, autour de soiPour l'Abbaye, située entre Posieux et Fribourg, frère Henri-Marie répond aux questions du chroniqueur.- Quels arbres accueillent le pèlerin et tout un chacun ?Quand on arrive à l’abbaye depuis la route, l’arbre le plus proche est un noyer. (Note du chroniqueur : nommé «arbre de naissance», bois précieux, selon la symbolique de l’arbre exposée par Edith Montelle dans Histoires d’arbres - des sciences aux contes, éd. Delachaux et Niestlé). Au-delà de l’allée d’érables (le sycomore est nommé «arbre aux mains» en raison de ses feuilles en forme de main, mais également «arbre repère») qui conduit à l’église, quelques cyprès.- L’égliseLes stalles dans le chœur sont au nombre de quarante-quatre, en bois de chêne ; elles datent de 1470 environ. Dans la nef, quatorze bancs en bois de sapin, en deux rangées.- Quelques repères…Le Père Abbé a été élu par la communauté le 14 septembre 2010. Il a reçu la bénédiction abbatiale le 13 novembre 2010 des mains de Dom Mauro-Giuseppe Lepori (ancien abbé d'Hauterive, devenu abbé général de l’Ordre cistercien le 2 septembre 2010). Dom Marc est ainsi le 60e abbé d'Hauterive, abbaye fondée en 1138 ; une interruption de la vie monastique s’est produite entre 1848 et 1939.- La crosse ?Elle est remise solennellement au nouvel abbé lors du rite de la bénédiction abbatiale (pour Dom Marc, le 13.11.2010). Cette crosse-ci est la sienne propre. Elle a été sculptée selon ses indications personnelles, pour illustrer symboliquement le sens de son projet abbatial. Sa première utilisation date du samedi 22 octobre 2011 à Hauterive, pour la messe précédant l’assemblée générale de l’Association des amis de l’Abbaye d’Hauterive. Elle a été offerte par l’association précitée, la Fondation d'Hauterive et, pour un dernier tiers, la communauté.monastique du lieu.
C’est du chêne, de provenance inconnue. L’œuvre a été fournie par M. Rochus Lussi, artiste originaire de Nidwald.- Que représente l'étendue des forêts, ainsi que la part des feuillus et des résineux des forêts dont l'Abbaye est propriétaire à Hauterive et ailleurs ?
73 hectares. La répartition approximative des essences indique 62 % de feuillus et 38% de résineux.Moine et artisan du boisFrère Pierre-Yves travaille tous les bois qu’il trouve dans les forêts des alentours de l’abbaye. Surtout le frêne, l’érable, le chêne, le hêtre, le merisier, le tilleul, l’aubépine. Plus rarement le noyer, l’acacia. Mais aussi du bois provenant du verger (pommier, cerisier, poirier, prunier) ou de parcs (platane, cèdre, buis, houx, if, cytise).Il fabrique des objets utilitaires (coupes à fruits, saladiers) ou décoratifs (bougeoirs, vases, champignons, boîtes, notamment).
Avec le frère Claude, il pratique aussi la sculpture, essentiellement sur tilleul.Autour de soi
Les arbres
Interview du Père Philippe Lefebvre O.P, professeur à l’Université de Fribourg, à la suite de sa conférence «Il a parlé par les arbres. Dieu avec nous : un tronc commun», donnée le 22.10.2011 à Posieux au terme de l’assemblée générale des Amis de l’Abbaye d’Hauterive.- Ce qui appelle un dominicain à s'intéresser à la relation homme-arbre dans la Bible, qu'est-ce au juste : un goût personnel pour la nature prise ou non dans son entier (l'humain; le monde physique dans lequel il vit) ? Un appel à découvrir un domaine (les arbres) auquel on ne pense guère en lisant la Bible ? Une envie de traiter un sujet qui pourrait rapprocher de la Bible M. et Mme Tout-le-monde ? Quoi donc ?J'aime les arbres dont je me sens proche. Cette affinité personnelle m'a poussé à explorer dans la Bible ce que l'on dit des arbres, comme j'y explore tout ce qui parle du concret (nourriture, rochers, ustensiles etc). Je me suis aperçu que, du buisson au chêne, les végétaux sont bien davantage que des éléments du décor : ils situent des expériences des humains avec Dieu et les inscrivent dans un réel que tout le monde connaît.- L'arbre (surtout, d'abord, pourquoi pas...) feuillu ou résineux, portant ou non des fruits comestibles, un compagnon de route en spiritualité, pour tout un chacun ?Il y a des arbres pour les moments essentiels d'une vie. Dans la Bible, quand Dieu apparaît à Abraham et Sara pour leur annoncer un fils, ce vieux couple campe sous les chênes de Mambré. Un vieil Adam, une vieille Ève, une modeste chênaie, et pourtant un parfum de paradis. Si on est dans le désert comme Moïse, un buisson suffit pour que Dieu apparaisse. Le buisson épineux était le signe de la malédiction du sol (Genèse 3, 17) ; il devient lieu de Dieu.- Dans la vie quotidienne, comment l'homme, la femme, l'enfant, chacun peut-il se rapprocher de l'arbre par "temps calme" comme par "perturbations atmosphériques personnelles" ?Chacun est différent : l'un se sentira plus proche des rocs ou de l'eau des rivières. Il y a en tout cas un élément qui correspond à la " complexion " de chacun de nous. J'ai eu très tôt un ami arbre, un saule, à qui je vais rendre visite deux fois par an. Dans les situations difficiles, il y a toujours eu un arbre à ma fenêtre ou dans un champ qui m'a consolé et revigoré.- L'arbre, certes, mais lequel pour chaque lecteur ?Un jour, dans un groupe réunit pour une session biblique sur les arbres, j'ai demandé à chaque participant, s'il le voulait, de parler d'une rencontre qu'il avait faite avec un arbre. Contre toute attente, chacun avait quelque chose à raconter, de concret et d'intime tout à la fois. Le roi Salomon " parla des arbres, depuis le cèdre du Liban jusqu'à l'hysope qui sort du mur " (Premier Livre des Rois 5, 13) : chacun peu trouver son arbre, sa plante dans ce large éventail !Note : Le conférencier est l’auteur de «Comme des arbres qui marchent» - L’homme et l’arbre dans la Bible. Collection Connaître la Bible, no 24. Ed. Lumen vitae, Bruxelles