…ou avant tout une voix pleinement humaine, deux yeux véritablement présents, une écoute attentive, par vents et marées comme par grand calme le même sourire, quoi donc ? Autre en raison d’une particularité, tel un regard profondément vrai. Autre, car bonne bouille au point de se fixer pour toujours dans notre mémoire ?Quoi donc, chez l’autre : une démarche assurée, une attitude pacifique, cette qualité morale que l’on appelle douceur tout en ayant à l’esprit l’un ou l’autre nom masculin ou féminin que les dictionnaires présentent depuis des décennies : humanité, affabilité, gentillesse, mansuétude, aménité, bienveillance, indulgence, patience, notamment ?- Qu’est-ce qui fait que chez telle ou telle personne, chez tel être humain - femme ou homme de toute taille, toute nature, toute présence - quelque chose d’intense m’imprègne, voire me marque durablement, se demande Antoinette…- Depuis mon plus jeune âge, le regard que je porte sur autrui laisse des traces dans ma mémoire, constate Dominique, quinquagénaire. Je suis fasciné par la paix qui se dégage du visage de Claire, livre Paul, d’ordinaire silencieux. Moi, annonce la superactive Olga, je suis sensible à la bonté que je lis dans les yeux des uns, des autres ; elle me calme pour deux à trois quarts d’heure.A tout âge, l’être humain explore le visage d’autrui. Ce qu’il découvre, ce qu’il reçoit pour un temps, ce qui se fixe durablement dans son être et de ce fait s’ajoute à son savoir, prend une dimension immatérielle. Il y a du sacré là-dedans, murmure Jo, adepte de l’écoute sans relâche. C’est incroyable, dit à voix basse Pierre, je suis fait d’autrui, ne serait-ce qu’un peu.Dans le visage de chacun, estiment Maurice et Valérie, se tiennent à la fois l’inexplicable et le merveilleux. Du réconfort et de la joie, ajoute Michèle. De l’impressionnant et du paisible, assure Stéphanie. Quelques secondes de silence autour de la table, puis s’élève la voix si particulière de Patrice, généralement silencieux.- Dans le visage de chacun, un rien de paix, parfois beaucoup comme on le découvre dans la méditation, cette marche intérieure préparant à la contemplation, «cette fin dernière de l’âme humaine» (Léon Bloy).L’autre ? Un citadin «entré en information» presse écrite et radio il y aura cinquante ans ce printemps, ne cache pas que même un journaliste observant strictement l’une des principales règles professionnelles (Qui-quoi-où-quand-comment-combien-pourquoi-mais encore) parvient difficilement à le décrire. Avec un brin d’humour et un rien d’humanité, il l’appelle Respectus, au sens latin d’égard, de considération.L’autre ? En question depuis 2014 ans. Motif d’admiration et parfois de rejet devant des scènes de l’existence humaine. L’autre ? En route vers ses semblables, mais il se refuse désormais à prononcer «les autres» sur un ton n’ayant rien, absolument rien d’humain.PhilGo