Celui de Chagall. Tellement petit qu’en entrant dans la salle du Vitromusée de Romont (Fribourg) le visiteur porte les yeux partout faute de le voir aussitôt. Assez rapidement, le propos d’un philosophe en herbe lui vient à l’esprit: Un artiste humble donne à voir son œuvre quand le visiteur est habité par le silence et le respect d’une humaine création (A.Sabin).«Le bouquet»! Tellement impressionnant, quand enfin on se trouve proche de lui, que l’émotion tarde à se dissiper. L’émotion? Celle que la modestie, plus encore l’effacement fait naître chez le visiteur on ne peut plus silencieux.Plus tard, bien après un face à face comme il s’en produit rarement, l’homme, la femme, l’adulte en devenir, en état de disponibilité totale se rend compte de quelque chose: le bouquet de Chagall diffuse des ondes. Saisissant!Ce n’est qu’après, bien après avoir quitté le Vitromusée que l’être humain mettra un nom sur ces ondes dont il a ressenti l’arrivée dans sa personne: l’humilité. Bien après aussi que le visiteur se souviendra de cette petite phrase venue du film diffusé sur les lieux: «Chagall disait quelquefois aux compagnons, à l’atelier: «Vous travaillez pour le Bon Dieu!».Au fond, il faudrait s’arrêter là. Ne plus rien écrire au sujet du bouquet, même s’il est au cœur de la nouvelle exposition temporaire du Vitromusée de Romont. Même si ce remarquable lieu culturel a pu acquérir cette pièce unique, exceptionnelle, ce bouquet sur verre, un des rares vitraux de Chagall à ne pas être intégré dans un bâtiment, explique le guide. Mais, venue on ne sait d’où, une voix glisse à l’oreille du lecteur: «N’attendez pas, allez voir, la parole est partout dans les formes et couleurs de l’œuvre. Allez écouter cette pièce, elle a des choses à vous dire, à vous en personne car l’être humain se nourrit aussi de messages portés par des œuvres, telle ce bouquet sur verre. Saviez-vous que, durant les trente dernières années de sa vie, Chagall a réalisé plus de huitante vitraux faisant date dans l’art millénaire du vitrail? Oui, répondez-vous, car vous avez lu un article ou le communiqué de presse diffusé par La Liberté ou tel autre quotidien de Suisse romande. Mais les communiqués ne transportent pas ce que l’on ressent jusqu’au fond du cœur, ni les dialogues entre certaines œuvres et l’âme du visiteur.«Le bouquet de Chagall» là, devant soi. Les 112 pages de Chagall le vitrail, La Couleur de l’Amour (éd. Vitromusée Romont), là, à l’exposition entre terre et ciel, à Romont. Là aussi, laissée par Marc Chagall, la phrase qui vous concerne parce que vous faites partie du monde: «Un vitrail représente la cloison transparente entre mon cœur et le cœur du monde» (page 70 de l’ouvrage précité, avec le visage du maître).Bouquet, sept lettres. Chagall, sept lettres.
Vitrail, sept lettres. Bonheur, sept lettres. Couleur, sept lettres. Pour former un tout au sujet de cette exposition, pour la placer dans ce qui est beau, bon, grand, vivant et apporte un plus en toute circonstance? Le h de humanité. Chagall l’avait en son nom et sa personne. «Le bouquet» et plus largement ses œuvres l’attestent.
PhilGo/pro info