Quatre cents places. Entrée libre. Ce 19 mai 2014 en fin de journée, le grand auditoire du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV, Lausanne) est bondé. Le thème de la conférence du professeur Gian Domenico Borasio, chef du service des soins palliatifs du CHUV, tient en six lettres : Mourir. Le professeur s’est spécialisé dans la médecine de la fin de vie. D’où cette précision dans le titre de la conférence publique : «Ce que l’on sait, ce que l’on peut faire, comment s’y préparer».La conférence va bientôt commencer. Dans le haut de l’auditoire, une personne s’interroge : Mourir…Ce que l’on sait, ce que l’on peut faire, comment s’y préparer ? C’est bien la première fois que j’entends cela dans une enceinte publique ! Sa voisine opine du chef, puis livre le fruit de son observation : Les femmes occupent les deux-tiers de l’auditoire…Je suis là parce que j’ai lu dans le journal (réd. 24 Heures) «Soins palliatifs - Tout ce qu’il faut savoir sur la mort».Le directeur général du CHUV prend la parole : La mort est l’échec d’une certaine médecine… Le CHUV a été le premier hôpital universitaire à ouvrir les soins palliatifs en ambulatoire (en 2006) ; il faut les développer aussi à la maison… Le psychosocial et la spiritualité ont une dimension humaine, d’où une aumônerie pour les soignants et les patients, souligne P.F. Leyvraz.L’exposé du prof. G.D. Borasio passionne manifestement le public.Arrêt sur quelques-uns de ses propos.Le conférencier est favorable à une approche humaniste de la médecine. Bientôt aura lieu une mise au concours de la première chaire au monde concernant les soins palliatifs. La mort est grande, juge l’orateur ; pour R.M. Rilke, elle était une compagne omniprésente. Etudier la finitude de l’existence s’impose. Mourir ? Il y a trois voies différentes : la mort subite (crise cardiaque, pour la majorité des gens) ; la mort moyennement rapide (maladie grave et évolutive, tel le cancer;) la mort lente après une démence de huit à dix ans. Il ne faut pas perdre le contrôle de sa propre mort. Moins de 15% de la population parvient à mourir à la maison.Au nombre des remarques et réflexions du conférencier, celles-ci : développer la méditation ; être présent ; avoir, gagner la pleine conscience que je vis. Glissé dans l’exposé, ce propos d’Ignace de Loyola : Nous ignorons ce qui est bon pour nous.
Le prof. Borasio voit deux domaines de vie déterminants : la santé, la famille. Face à la mort, les humains semblent découvrir ce qui les concerne vraiment. Plus on s’approche d’elle, plus on se tourne vers l’altruisme, la spiritualité.La pluridisciplinarité de la médecine palliative s’impose; améliorer la qualité de vie plutôt que prolonger l’existence, estime l’orateur. La médecine palliative dispose à faire des adieux dans de bonnes conditions. Le prof. Borasio se déclare pour les alternatives thérapeutiques et non pour des soins palliatifs précoces.Parmi les notes prises au cours de la conférence, celles-ci encore : - Comment faire pour vivre sans crainte jusqu’à la mort ? - Donner la parole au malade, y compris à l’enfant qui en sait souvent beaucoup plus que les adultes : que souhaitez-vous ? - Être maître de sa propre vie, le plus possible jusqu’au bout. - Ceci encore : La spiritualité joue un grand rôle (le prof. Borasio invite à lire le psaume 90, relatif à la fragilité humaine). L’assistance spirituelle concerne non seulement le pasteur, mais toute l’équipe de soins.Au cours des conclusions, le prof. Borasio cite Dürrematt (« C’est la conscience de la finitude qui nous rend humain») ; Montaigne («Vivre, c’est apprendre à mourir…»). Mais encore cela : Porter un regard lucide et serein sur la finitude ; atteindre le but le plus important pour nous tous : soigner chacun sa propre mort.Dans le public, d’aucuns auront retenu un principe important selon l’orateur : ne jamais sous-estimer les mourants ; ils ont une expérience de vie. Et ces recommandations : en fin d’existence, donner quelque chose à faire, des tâches, un rôle actif dans la gestion de leur thérapie et des médicaments.A ces quelques échos d’une remarquable conférence, préférer évidemment le contenu entier de l’ouvrage MOURIR Ce que l’on sait, ce que l’on peut faire, comment s’y préparer (*), de Gian Domenico Borasio (Presses polytechniques et universitaires romandes). En librairie.
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(*) Quelques extraits de la table des matières :
- Que savons-nous sur la mort ?
- La fin de vie entre désir et réalité
- Malades en fin de vie : comment s’organise la prise en charge en Suisse
- Les besoins des personnes en fin de vie
- Les problèmes les plus fréquents en fin de vie et comment les éviter
- Prendre des dispositions pour sa fin de vie
- «Euthanasie» et aide au suicide : la médecine en fin de vie entre
autonomie et bienveillance