Un parcours illustrant les trente dernières années de création de l’artiste Miro, Joan de son prénom, offre dans les salles et le sous-sol de la Fondation de l’Hermitage (Sauvabelin, Lausanne) plus de cinquante peintures à l’huile, des sculptures en terre cuite et en bronze, des assemblages d’objets, des œuvres sur papier. On comprend qu’un parcours de ce type peut sans hésitation inciter une visiteuse en robe blanche à dire à haute voix, le plus spontanément du monde : - Miro, c’est non seulement culturel, c’est aérant. Et d’ajouter, alors que d’autres visiteurs la dévisagent : - Si quelqu’un cherche un but de sortie détente, l’envoyer à l’Hermitage, il y a de l’humour dans les peintures et les sculptures; les œuvres sont bonnes pour le mental et le moral.Conquise par l’exposition Miro - quatre lettres magiques - la dame en blanc poursuit son monologue : Miro, un enfant qui s’amuse, un maître en bonne humeur, qui explique : - J’étale la couleur avec mon poing (…) en frottant en rond. Et donne ici et là des façons de voir et d’œuvrer. A voir absolument, dans la tonalité humour, la pièce signée Miro, mais sans titre. A savoir, pour le recto, une huile sur toile (1908), et le verso (1960) une autre, recouverte d’une page de journal ici et là en partie déchiré, dont les articles sont parcourus d’une signature à la plume d’encre noir : Miro 29/ 11/60. L’art est du bonheur pur et l’amusement un art autant qu’un plaisir, n’est-il pas ? glisse la dame en blanc à son voisin… journaliste (il ne cesse de prendre des notes, ce doit être ça). Se rendre aux pages 70 à 72 du splendide catalogue de l’exposition.Dans un court métrage projeté à la Fondation de l’Hermitage, Miro dit avoir commencé telle œuvre «comme un pianiste, avec mes dix doigts, les pieds, un doigt.». Selon lui, «la peinture est en décadence depuis l’âge des cavernes». L’artiste paraît jouer avec tout, aime beaucoup l’eau et le feu. Quant au titre, «C’est commencé comme ça, il vient après !». Mais encore : «Je travaille de bon matin, plongé dans un profond silence». «Je puise au fin fond du passé» précise-t-il.Poésie et lumière. Humour et santé ajouteront des visiteurs impressionnés par telles œuvres. «Le tableau doit être fécond. Il doit faire naître un monde» lit-on en page 68 du catalogue. Dix pages auparavant : «Perdez contact avec le peuple et vous vous perdez». L’exposition et le catalogue - ce précieux élément - parlent aux visiteurs, conduisent certains (en tout cas une dame en robe blanche, un dimanche) à faire de la poésie et de la lumière des compagnons de route en humanité.PhilGo