La scène se passe dans un bureau. Nous sommes le 309e jour de l’année, selon le quotidien La Liberté, chronique Le carnet, mardi 5 novembre 2013, Saint Zacharie et Sainte Elisabeth, parents de saint Jean Baptiste. Le carnet, ce jour-là, propose quatre lignes à la rubrique «Bible»: Rm 12, 5-16 Frères, dans le Christ, tous, tant que nous sommes, nous formons un seul corps, tous et chacun, nous sommes membres les uns des autres.Albin lit, puis poursuit son travail. Subitement, il revient à l’extrait biblique (Note: puisé dans la Bible de la liturgie, édition Desclée de Brouwer, c’est une traduction correspondant au Missel, précise une religieuse fournissant à La Liberté des extraits bibliques pour Le Carnet) qu’il relit maintenant à haute voix. Etonnement de qui le connaît: Albin perd assez rapidement son calme légendaire au fil de la lecture du message biblique du jour: - Quoi, «nous formons un seul corps, tous et chacun, nous sommes membres les uns des autres.»… alors que tout ce que je dis, j’entreprends, est aussitôt l’objet de remarques sèches venant d’une telle, d’analyse critique, de propos acerbes, de reproches incessants tenus par un tel? Non mais quand même!… Membres les uns des autres alors que madame P. met systématiquement en question ce que j’avance, pratique l’intimidation, discute chacun de mes actes et même, parfois, porte atteinte à mon honneur?Albin n’en revient pas: livrer cet extrait biblique aux lecteurs de l’an 2013, c’est non seulement de l’histoire ancienne, mais une mauvaise traduction française, ou alors des propos dont l’auteur n’a pas relu son texte. Cela ne tient pas debout! Emporté, il cherche une bible, la découvre sur une étagère, constate que le texte publié ne correspond pas exactement à Rm 12, 5-16. Puis, prenant un peu de distance, se demande comment il se fait que «nous sommes membres les uns des autres» alors que la méchanceté, l’agressivité, la désapprobation systématique, les critiques virulentes, les coups de toute sorte se succèdent au fil des mois, quand ce n’est pas des jours.Le bon homme retrouve finalement le calme tout en poursuivant son analyse de l’extrait biblique: Nous formons un seul corps? Cela peut se discuter. Tous et chacun membres les uns des autres? Manifestement troublé, Albin quitte son siège, se rapproche de la fenêtre, cherche des yeux des passants dans la rue, ces «membres les uns des autres». Vrai de vrai: personne en vue.PhilGo