«T’es n’importe quoi !» a dit la dame à l’homme qui l’invitait ce jour-là au restaurant pour le repas de midi.Cela provient-il de la maîtrise de soi exercée au fil des années de jeunesse et longtemps encore à l’âge adulte : quand un homme invite une femme à déjeuner dans un établissement public, il met en oeuvre son éducation et respecte les usages ; manger dans le calme figure sur la liste. Certains se dotent également d’une attitude ad hoc, de façon à non seulement faire bonne impression, mais surtout conserver la maîtrise de sa propre personne, quelles que soient les circonstances, le ton de la conversation, l’humeur du moment.A la vigoureuse annonce «T’es n’importe quoi !», le sexagénaire (réd. peut-être un septuagénaire) n’a pas bronché. On aurait dit qu’il avait l’habitude de subir cet affront et d’autres. Au fil des décennies, les observateurs des choses humaines en milieu public savent que l’exclamation «T’es…» ceci cela, ou celles du même acabit, provoque chez le destinataire une réaction immédiate. Qu’il tente de maîtriser - on est en public! - le mieux possible.Il n’est cependant pas donné à tout le monde de garder le contrôle de sa nature, de ses émotions. Parfois, l’émotion l’emporte, une larme apparaît, mais la personne touchée s’attache sur-le-champ à reprendre le contrôle de soi. Dans le restaurant fort fréquenté, les choses se sont passées trop rapidement pour que les consommateurs - à l’exception de l’un d’eux, attentif tout en mangeant - dévisagent une femme et un homme en état de conflit et s’entretiennent de celui-ci.Peut-on être n’importe quoi en 2014 ?Si l’on se réfère à l’histoire de la langue française, non, car elle montre que «n’importe qui, quoi» fait partie des locutions pronominales indéfinies (v. Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert). Non toujours, car aussi misérable puisse être tel humain, encore faut-il s’entendre tous sur la signification des mots employés en 2014. Il appartient probablement à aucun humain de dire… n’importe quoi. Un sujet de conversation au repas de midi ou du soir ? Pourquoi pas !PhilGo