Un chemin ? Pas vraiment, plutôt une piste offrant à qui l’emprunte une rencontre immédiate avec la terre. D’ordinaire, les semelles des chaussures sont en contact avec le bitume, des pierres, le béton, un gravier plus ou moins fin, ou encore un revêtement inidentifiable. Le bruit des pas informe tout un chacun: un individu se déplace quelque part… Ici, dans la réserve naturelle des Grangettes, à l’extrémité orientale du Léman, on marche silencieusement. Le sol de la piste est souple, accueillant, nature, idéal. Planète, sol : un marcheur totalement sur terre.Avancer tranquillement sous la voûte végétale. Se surprendre à ressentir des présences naturelles, dont celle du lac. Ici, le silence n’est pas un silence, mais le calme. Dans la vie, nombre de personnes en ont peur, car il interpelle. Pour l’éviter, des hommes, des femmes tempêtent, lancent contre lui le bruit, oubliant que le calme habite les profondeurs de l’être humain, fait partie des nécessités absolues.Parfois, tout en marchant, l’énumération à voix basse de ce que l’on voit et vit au fil du cheminement cesse subitement, entraînant un arrêt immédiat. Des lèvres tombe un constat : - Mon Dieu, tant d’années passées dans l’action, l’agitation, et si peu d’heures accordées à la contemplation, la réflexion, la paix… Troublé, remué même, l’adulte s’accorde quelques minutes sur place. Puis repart.De chaque côté de la piste, des arbres debout ou renversés par le gros temps, en pleine forme ou en état de décomposition; de l’eau gagnant le Léman; une végétation guidée par personne. Le désordre, le cheni (avec ou sans t), la pagaille…Aux yeux d’aucuns, le danger menace ! La piste cependant, devant soi. Et sans les voir, mais les sachant là, le ciel, le lac.Dans l’humain entièrement présent au monde, quelque chose travaille. De bon matin, il a choisi de se rendre aux Grangettes depuis Villeneuve ou Noville. Choisi et décidé d’y passer une, deux, trois heures, le temps qu’il faudra pour être, en ce jour-ci, soi dans son corps, son esprit. Nature dans la nature.Dans un passé récent, il lui est venu d’un coup, après une longue balade en solitaire : - Seul importe l’état de créature, la relation à la création, aux créés, et - ajouta-t-il du bout des lèvres, car en ce pays on naît et demeure immensément discret sur ces choses-là - chez d’aucuns au Créateur.La simplicité, la solitude en des lieux paisibles permettent à l’humain, s’il est capable d’écarter de son esprit l’heure, le boire et le manger, et de ses mains des appareils de toute sorte, de retrouver son être profond. Cette subite conscience de redevenir nature, soi vraiment, ouvert à toute vie, ne serait-ce qu’un instant, se manifesterait souvent le dimanche. Cela tient-il au chemin intérieur sur lequel l’humain s’est un jour engagé, à la lumière dominicale présente par tous les temps de son existence, chemin et lumière conduisant à la Source ?Dans la nature, sur les pistes dûment tracées dans les réserves naturelles, mais encore sur les lieux de rencontre de la terre et de l’eau, du corps et de l’âme, de soi et d’autrui, la nature humaine reprend des couleurs. Celle du respect de toute vie est particulièrement fascinante.PhilGo