La chronique "Les autres" n'a pas pour objet d'explorer la théologie ou plus largement l’univers de la spiritualité. Mais un peu soi, les autres. En empruntant aussi, de temps en temps, des pistes à Dieu vat.Réelle? Oui, car apparente, claire, manifeste, avérée, patente, indéniable, effective, visible, vraie, évidente. Mais encore éclatante aux yeux de tous. Réelle, qui existe dans les faits. Donc flagrante, niable aucunement.Dans une partie de la population, réelle semble accompagner de moins en moins le mot présence. L'adverbe réellement perdrait-il aussi du terrain dans les conversations, les relations humaines? De mauvaises langues avancent que les moyens de communication modernes - commodes, légers, petits, transportables, aux qualités quasiment innombrables - font lentement oublier l'usage de certains mots, voire l’existence de vivants à côté de soi ou ailleurs, avancent même des trublions.Un point de départ est offert à cette chronique-ci par le Dictionnaire historique de la langue française (éd. Le Robert). L'ouvrage précise que le sens général de réel est apparu d'abord en théologie, au XVIe siècle, "en parlant de la présence réelle de Dieu dans le pain et le vin de l'Eucharistie." L’arrivée? Une question au terme de la seconde partie, ou ce qui semblera bon au lecteur.«Mettre en route» la vue, l'ouïe, le toucher se produit à maintes reprises quand on est éveillé. Ainsi - un exemple parmi d’autres - quand on s’arrête sur le trottoir pour saluer un ami, puis s’attabler ensemble au café du coin, l'odorat et le goût entrant à leur tour en action. Ici, comme dans d’autres circonstances, la rencontre, le rôle joué par ces sens permettent d'éprouver les impressions qu’une réelle présence produit. De vivre pleinement en être humain au côté d’un semblable. De partager le trésor que constitue un instant de silence quand, à deux, on entre dans les profondeurs de la vie.Présence. Maintenant. Ici. Avec nos seuls yeux, nos seules oreilles et mains, nos seules paroles, tout ce qui finalement permet d'être, là, vraiment. Présence à soi, à autrui. Parce que disponible, tel que - vivant - l'on est en ce moment. Corps et esprit libres. Ce faisant, en état de pure communication. Dépourvu de matériel et pourvu de cet immatériel que représente l'entièrement soi doublé d'un tout entier à autrui.Pleine et entière, une réelle présence porte en elle l'humain nature, unique. Son existence à côté d’autres uniques le dispose à penser large : nous sommes tous en chemin. Cheminer ensemble a parfois, voire souvent de l'attrait, "du bon" comme disent encore, ici et là, des pères et des mères. Ainsi, ce qui est effectif, visible, vrai, évident, apparent, palpable, manifeste, porte à éviter les pierres de toute taille, les fossés, les ronces. A extraire de la mémoire, diront les plus attentifs, le verbe abominer.Aux yeux d'aucuns, l'humain perd peu à peu sa réelle présence - entière, non seulement de chair et d'os - quand dans ses contacts, ses relations avec autrui, ce vivant en vient à oublier d'utiliser spontanément Sa vue, Son ouïe, Son verbe, Son toucher. Ou lorsqu'il ne laisse plus son visage dire son être, ses bras et ses mains transmettre ce qu'il destine à autrui, son esprit et son cœur recevoir ce qui lui est destiné. Il perd ainsi ce qui lui est propre : être, humain, unique, créature présente à quelqu'un, quelqu'une.Aux yeux d'autres? (voir 2e partie)