Aux yeux de chacun (v. première partie) proposait au lecteur une réflexion sur l’être humain, unique, créature présente à quelqu’un, quelqu’une, et la nécessité de ne pas oublier ce dont il est doté. La seconde partie, notamment, invitera à pratiquer le direct, sans intermédiaire de poche ou hautement performant techniquement. Afin que être et humain demeurent associés dans la vie et le langage.La chronique "Les autres" n'a pas pour objet d'explorer la théologie ou plus largement l’univers de la spiritualité. Mais un peu soi, les autres. En empruntant aussi, de temps en temps, des pistes à Dieu vat.Réelle? L’adjectif le plus naturel, dès lors le plus recherché par l’être humain. Présence? La confirmation que la vie est bien là. Une réelle présence confirme l’existence de chacun.Aux yeux d'autres, l'absence de réelle présence équivaut à une relation impersonnelle, à savoir indépendante de toutes particularités individuelles (Note: voir impersonnelle 3, Le Robert). Ce pourrait être une forme d'inhumanité dans la mesure où la sincérité, l'émotion, le courage, la compassion, l'affectivité et d'autres qualités propres à la personne humaine, tel le message de vive voix ou celui écrit de sa main, sont écartés de son comportement.Prendre le temps de regarder, écouter, lire autrui, lui parler, mais aussi le temps de partager ce qui apparaît bon entre des êtres vivants face à face ou côte à côte, c’est simplement vivre en humain. Fût-il inventé par les plus grands ingénieurs spécialisés en communication, aucun objet portable ou fixe, aucun appareil en vérité n’émet de la chaleur humaine, du respect, de la bienveillance, finalement n’aime. Car il est, et reste un dispositif matériel. La joie, la méditation, le soutien moral, le cheminement intellectuel, l’amour humain, tout ce qui a trait à l’intimité de la conscience, aux émotions, à l’éthique et à la philosophie morale, à tant d’autres petits et grands univers de l’être humain, fait partie de la vie humaine. Aussi utiles soient-ils, les appareils de communication sont et demeurent des assemblages de pièces, des instruments, machines, outils ayant des fonctions, leur mode d’emploi et de recyclage. Ils font partie des choses et non du genre humain. Les utiliser peut rendre service, voire heureux. Mais ils n’ont rien d’humain à proprement parler.A défaut de la pratiquer spontanément, exercer de temps en temps la relation directe, d'humain à humain. Renouer avec les yeux dans les yeux, la main dans la main, la parole et l'écoute par voie directe, naturelle. Ainsi humaniser la relation. Il est dans la nature humaine, dans l'ordre des choses du vivant, d'être présent physiquement et mentalement à autrui. Renouer avec le regard vrai, le geste spontané, l'écoute attentive. Mais aussi le "parler nu": directement, clairement, franchement, ouvertement. Retrouver ainsi ce qui fait l'homme, sa réalité physique, mentale, sociale. Oser ajouter spirituelle. Ce faisant être. Ici même. Maintenant. Ensemble. Corps, cœur, esprit, âme.Conjuguer "être là" au présent. S'exprimer de vive voix. Voir de ses propres yeux. Ecouter ce que dit chacun. Prendre, serrer dans la sienne la main de l'autre. Ainsi vivre la vie en direct. La poursuivre. La régénérer. L'honorer. Remercier.Libérer les doigts de leurs mouvements incessants sur des touches de claviers d'appareils de toute sorte. Libérer les oreilles de casques, d'écouteurs. Libérer les yeux fixés sur un écran. Rendre aux doigts, aux oreilles, aux yeux leur fonction humaine: la perceptibilité, ses différents degrés. Rendre à l'humain sa sensibilité profonde. Non seulement aux heures des repas.S'interroger. Qu'est-ce qui est de nature à favoriser une rencontre véritable entre les êtres humains? Ou un approfondissement de la relation entre semblables? De nature, également, à s'ouvrir à des mondes de plus en plus écartés de la vie quotidienne: la fraternité, la gratuité, la spiritualité, la réflexion à propos, par exemple, de la bande des "i" (indésirable, incontestable, indéchiffrable, indescriptible, indéniable, mais encore inconstance, indifférence, indépendance) ou d'une autre bande.Nourrir l'esprit, à plusieurs autour d'une table, lieu de partage. En explorant ce qui est vital, aujourd'hui, pour un humain de toute taille. Ainsi, en quoi l'absence de contact réel entre vivants vivant leur réalité déshumanise-t-elle l'homme, la femme, l'adulte en devenir, l'enfant? La privation occasionnelle ou fréquente de relation visuelle, verbale, auditive, de main à main, d'âme à âme - ce principe de la sensibilité et de la pensée - entrave-t-elle le fonctionnement de la société?Entre communier et communiquer, deux mots seulement : communion, communiqué. Trop peu pour oublier que communier (au 2e sens) signifie être en union spirituelle, intellectuelle avec quelqu'un ou encore le monde physique, la nature. Trop peu car communiquer c'est immense: faire connaître, faire savoir, partager, être ou se mettre en relation, annoncer, confier, expliquer, livrer, révéler, échanger… Communier, communiquer, donc recevoir. A la source, donner. Mais aussi s'interroger. Ainsi, cette question: - Est-il donné à l'humain d'être réellement là, tout entier présent à la "présence réelle"?Oser. Entré dans la langue française il y a fort longtemps (vers 980), ce verbe des plus légers - quatre lettres - pèse lourd sur la balance de marque PJFD (penser juste-filer droit) et peu sur la SPNM (santé psychologique: nécessité morale). Oser s’interroger sur la réelle présence des humains tout entiers (corps, cœur, esprit, âme) dans la société d’aujourd’hui peut indisposer les uns. Leur tendant la main, d’un mouvement léger de la bouche, des yeux et des oreilles, les autres souriront. Insensé?
Phil'obs
Avec l'agence pro info