Un dimanche d’hiver en fin de journée. Concert à l’église du village. Ni chœur ni orchestre, mais deux musiciens (1) d’exception. Tout est réuni pour renouer avec le calme, le bien-être profond. Ah! nourrir le cœur et l’esprit en vue d’affronter, dès demain, les petites et grandes choses, les misères de toute taille, le quotidien, quoi!Sur les bancs de l’église, en grande partie, l’avant-dernier quart des âges de la vie.
Au programme distribué à l’entrée, connu déjà d’une partie du public (les abonnés): sonate no 2 en ré mineur op. 75 de Camille Saint-Saëns (photo); poème pour violon et piano, d’Ernest Chausson; sonate pour violon et piano dédiée à Ysaÿe, de Guillaume Lekeu. Les compositeurs sont tous nés au 19e siècle, et décédés aux 19e et 20e siècles. Ce qui fait dire à une dame assise là, à droite, «Eh bien, ça va être du moderne…».Dès les premières minutes, la virtuosité des musiciens subjugue qui a choisi de venir au calme (la campagne), en un lieu (l’église) où l’on retrouve la sérénité et bien davantage, un jour et à une heure (dimanche, 17h30) où la paix d’un début de nuit d’hiver s’installe dehors et en soi.Saint-Saëns, Chausson, Lekeu… Les œuvres du et hors programme sont données ce dimanche-là par une violoniste et un pianiste qui ne savent rien encore du poids des âges. Et dont «la classe, la grande classe» - confient des personnes à l’entracte - impressionnent. Une maîtrise quasi parfaite des instruments favorise l’interprétation de pièces de nature, dans l’ensemble, roboratives, assure à la sortie un venu d’ailleurs, à entendre sa voix.Qui est entré de jour à l’église de Corpataux FR ce deuxième dimanche de l’an 2012, et parti dans la nuit un rien glaciale de janvier, entré en s’imaginant qu’il ferait ici ample provision de calme, celui-ci est sous le choc. Car compositeurs et musiciens peuvent «déranger», comme l’on dit en ce pays, interrompre le traintrain, bousculer l’esprit au point de… remettre debout dans sa tête tout venu là pour goûter gentiment aux joies apaisantes d’un programme musical tip-top, sensé mettre un frein aux ires de l’existence.Debout dans sa tête? En quelque sorte. Comme si un coup de cymbales vous rafermissait, vous débarrassait de vos soucis. Oui, certaines œuvres musicales données par certains musiciens permettent de faire table rase d’inquiétudes et de comportements; on s’en rend compte dans les heures qui suivent les applaudissements au terme du concert. Et même le lendemain, le surlendemain, quand un sang de belle qualité circule partout en soi.Les choses de la vie tantôt indisposent voire irritent au plus haut point; tantôt ouvrent les yeux et le cœur en éjectant le bon ordre des choses nommé confort. Un concert dans une église de campagne plutôt qu’en un lieu «réputé pour» peut bousculer ce que l’on pense être bien, juste, parfait pour retrouver l’équilibre, la santé, la joie profonde. Se garder d’oublier l’ailleurs, l’autrement. En cours de journée quitter son cosy chez soi en ville, faire deux heures de route alors que l’hiver manifeste son bon droit et, sur les ondes, le présentateur de la météo invite à une grande prudence, c’est de la folie? Evidemment.Enfin, pas pour tout le monde.PhilGo
(1) 08.01.2012, 1730h, Corpataux FR, Rachel Kolly d’Alba, violon, et Christian Chamorel, piano.