Jean-Jacques FribouletAbsurde nous dit le dictionnaire: qui est contraire à la raison, au sens commun. Cette définition convient parfaitement aux taux d’intérêts négatifs imposés par La Banque Nationale depuis quelques mois. Les taux d’intérêts négatifs contreviennent aux lois les plus élémentaires de la logique économique.Les penseurs ont mis longtemps à comprendre pourquoi les taux d’intérêt devaient être positifs. Il fallut attendre la fin du 19è siècle et un auteur autrichien, E. von Böhm-Bawerk, pour que les économistes possèdent une compréhension profonde des taux d’intérêt. E. von Böhm- Bawerk expliqua que les taux d’intérêt positifs avaient trois raisons. En premier lieu les personnes ont tendance à surestimer leurs ressources futures en prolongeant les tendances passées. Il faut donc les inciter à épargner. La seconde raison est la sous- estimation des besoins futurs. L’avenir est opaque et notre penchant naturel est de négliger les investissements qui seront nécessaires dans l’avenir. La troisième raison concerne l’équité. L’emprunteur doit partager les gains de son investissement avec le prêteur sauf à ne plus trouver un jour de capitaux à emprunter. Il est juste que l’épargnant bénéficie d’une partie des progrès de productivité liés à l’investissement de son argent.Ces trois raisons gardent aujourd’hui leur pertinence. Nous vivons une période de profondes transformations qui nécessite la mise sur pied de nouveaux processus de production pour le développement durable. Et nous avons toujours la même tendance à sous-estimer nos besoins futurs, que l’on songe par exemple au coût du démantèlement de nos centrales nucléaires. Quel est alors la justification de taux d’intérêt négatifs? Elle n’est pas économique. La Banque Nationale sait qu’en agissant ainsi, elle met en danger la rentabilité et la viabilité de nombreuses caisses de pension et de fonds d’investissement qui sont contraints de garder des liquidités en francs suisses. Elle sait aussi qu’elle ne pourra pas, pour cette raison, prolonger cette politique au-delà de quelques mois. Elle le fait quand même dans une vision à très court terme parce que le franc est soumis à une concurrence féroce des autres monnaies.Elle est confrontée aux conséquences du système des changes flexibles qu’elle a promu et qui fut adopté par les grands pays au début des années 70. Ceux-ci ne défendent plus la parité de leur monnaie et la laisse fixée par le marché. Ce système est mauvais. On voit à quelles aberrations il conduit. Le taux de change d’une monnaie est un bien public. Il n’est approprié par personne et s’impose à tous. Il relève du bien commun et est donc de la responsabilité de la collectivité représentées par sa Banque centrale. La Banque Nationale finira par le reconnaître. En attendant elle usera d’expédients comme les taux négatifs. L’étape suivante sera une forme déguisée de contrôle des changes parce que la concurrence des monnaies ne fera que s’amplifier. Les épargnants vont malheureusement continuer à être prétérités tout en sachant qu’à long terme les taux d’intérêt redeviendront nécessairement positifs.