Les abus sexuels sur les enfants et les adolescents sont de toutes les époques et de tous les lieux. Mais ils choquent particulièrement quand ils apparaissent dans des institutions créées pour les protéger et les préserver. Plus encore quand ce sont des institutions religieuses auxquelles l’Etat lui-même à confié cette tâche. Il semblerait que, dans ces conditions, les pensionnaires devraient être particulièrement à l’abri, or ce n’est pas le cas, des exemples nombreux en Irlande et récemment en Suisse montrent le contraire. Comment est-ce possible?Dans l’Antiquité, les maîtres avaient pouvoir de vie et de mort sur les esclaves, donc aussi l’usage sexuel des femmes, des hommes et des enfants. La pédérastie avait même une fonction éducative dans la haute société grecque. Dans les périodes hédonistes et libertines des 18e au20e siècles, les amours enfantines étaient chantées sans retenue par des écrivains et philosophes célèbres et célébrés. Il est plus étrange de voir ces pratiques apparaître dans des milieux religieux plutôt rigoristes, hostiles aux manifestations de la sexualité et fort sévères dans leurs prêches et leur catéchèse envers tout dérapage dans ce domaine. On ne peut y voir un éloge de la valeur éducative du plaisir alors que leur morale est orientée tout entière vers le devoir, l’austérité et le sacrifice.
Les petits chefs sont souvent les maîtres les plus cruels.
Il s'agit, au contraire, de l’effet de passions plus puissantes encore, et plus secrètes: le goût du pouvoir et la revanche des frustrations subies. Les petits chefs sont souvent les maîtres les plus cruels. C’est le syndrome du cycliste. Dans l’effort le coureur baisse la tête et fait le dos rond, c’est pour appuyer davantage encore vers le bas, sur les pédales. C’est la position du petit chef qui se courbe face au patron mais écrase d’autant mieux les subordonnés. Comme dans les viols de masse, il ne s’agit pas de plaisir mais d’humiliation. Atteindre un enfant dans son intimité, c’est le toucher plus profondément que par une réprimande ou un coup. C’est montrer davantage son pouvoir et sa supériorité.Mais, en même temps, directeurs ou éducateurs ne se montrent guère rebelles envers l’autorité supérieure. Dénoncés, ils s’excusent, lénifient et promettent de s’amender. C’est pourquoi les évêques temporisent, déplacent, camouflent. Et le scandale se poursuit, car les structures de pouvoir demeurent et le silence règne. On voit bien aujourd’hui que la publication rend difficile ce petit jeu obscur. Merci à ceux qui y mettent fin.Jean-Blaise Fellay | 28.01.2016