Que va-t-il sortir du prochain synode romain
sur l’Amazonie? Les Mexicains parlant de leur pays ont coutume de se lamenter:
"Pauvre Mexique! Si loin de Dieu et si proche des Etats-Unis". Je
traduis: "Pauvre Amazonie! Si loin de Rome et si proche de
Bolsonaro!"
Sans doute, le Synode va-t-il pérorer sur les
dérèglements climatiques causés par l’exploitation éhontée de la forêt
amazonienne, sur l’expulsion des peuples autochtones, menacés de disparition.
Mais ce discours suffira-t-il à émouvoir les seigneurs de la guerre et du
dollar au pouvoir à Brasilia, ainsi que leurs émules qui font la loi dans les grandes
capitales de la planète? A coup sûr, ces responsables politiques et financiers se
moqueront des doléances ou des exhortations formulées par un parterre d’évêques
réunis à Rome, si loin des brûlis d’Amazonie.
C’est pourquoi, je suppose que les évêques
préféreront donner attention à une question interne à leur Eglise. Elle
concerne précisément l’activité pastorale auprès des catholiques disséminés
dans ce sous-continent. Un missionnaire français, le Père François Glory ,
rentré dans son pays après trente ans de présence en Amazonie, constate que
dans le seul Brésil 70'000 communautés catholiques vivent sans eucharistie,
donc sans présence sacerdotale régulière. Et il ajoute avec amertume que celles
qui ne peuvent résister à cet isolement ou à cet abandon se font
"avaler" par les groupes évangéliques ou pentecôtistes qui tendent à
devenir majoritaires au Brésil. Il se pourrait donc que, pour pallier ce manque
de prêtres, le Synode ouvre la voie à l’ordination d’hommes mariés.
"Ce n’est pas de prêtres que le Brésil a d’abord besoin"
On imagine déjà, je n’ose dire l’empoignade,
mais la vigueur des débats synodaux et le tollé des intégristes qui s’affichent
en ennemis du pape François. Débat d’autant plus vif que cette dérogation
locale à une loi canonique universelle, si elle était envisagée, déborderait
inévitablement l’espace amazonien pour inonder d’autres régions - la nôtre? - qui
souffrent de la même pénurie.
Curieusement, notre missionnaire émérite n’est
pas favorable à cette mesure. Ce n’est pas de prêtres que le Brésil a d’abord
besoin, convient-il, mais de communautés vivantes que la Parole rassemble et
dynamise. Ne commençons donc pas à construire la maison par la cheminée.
Construisons d’abord des communautés qui au moment opportun présenteront à leur
évêque un homme ou une femme issu de leur milieu, pour qu’il ou elle puisse
présider l’eucharistie.
On imagine assez bien que cette feuille de
route serait aussi valable pour nos régions. Les prêtres n’auraient plus à
voltiger de clocher en clocher, parachutés dans une église où les attend, non
pas une communauté, mais une poignée de "fidèles" éparpillés dans un espace
démesuré. Il est permis de rêver!
Guy Musy
9
octobre 2019