Tsahal a quitté la bande de Gaza. Enfin... L’armée israélienne a annoncé, ce 5 août, mettre un terme à l’opération «Bordure protectrice». Résultat: près de 2000 morts, des attaques contre des écoles de l’ONU, des quartiers entiers détruits: ce mois d’enfer compte parmi les plus violents vécus dans le petit territoire palestinien. Trente-deux tunnels du Hamas ont été dynamités, justifiant l’intervention de l’Etat hébreu.La trêve décrétée par Israël apaise une population meurtrie, qui a vécu durant des semaines dans l’angoisse des frappes de l’artillerie et de l’aviation. De l’autre côté, la population israélienne a tremblé et tremble encore contre les missiles non détruits par le «Dome de fer»... La mort règne sur Gaza. Triste constat d’un mois de juillet aussi morose sur le plan international que la météo.«Arrêtez-vous», a lancé le pape François à propos des conflits au Moyen-Orient, en Irak et en Ukraine. «Arrêtez-vous, s’il vous plaît, a-t-il dit en faisant référence «aux enfants morts, blessés, mutilés, aux enfants qui ont pour jouets des débris d’armes, des enfants qui ne savent pas sourire». Mais la mort ne s’arrête pas. A peine l’assaut sur Gaza achevé, voici que se prépare le siège de Donetsk. Autre région, autre problème. Le pourrissement de la situation entretient l’illusion d’un règlement par la violence. L’assaut sur Donetsk risque de provoquer des morts par dizaines. Et comme en Palestine, vainqueurs et vaincus se retrouveraient meurtris, en ne sachant comment gérer l’avenir.L’assaut est rassurant. Il donne l’illusion de la maîtrise. «Vous allez voir ce que vous allez voir»: le discours des «va-t-en guerre» conforte la vision d’un avenir différent. En Ukraine comme au Moyen-Orient, l’assaut marque l’échec des négociations. La loi du plus fort va régner. Et chacun se sent le plus fort: le Hamas ou Tsahal, les séparatistes du Donbass ou l’armée ukrainienne. «Vous allez voir...»Mais à Gaza comme à Jérusalem, à Kiev comme à Donetsk, que «voit»-on? Des perspectives sombres, un sentiment de gâchis, un goût de cendre, un fossé élargi entre adversaires. Et des populations déchirées, fatiguées, revanchardes. Et nous, spectateurs impuissants, nous nous sentons blessés de ces assauts répétés de violence. «Tout est perdu avec la guerre et rien n’est perdu avec la paix»: la terrible leçon de la Première Guerre mondiale, réaffirmée avec force par le pape, n’a pas produit tous ses effets. Pas encore.
Bernard Litzler