J’ai eu le bonheur de participer la semaine dernière à un festival de chant choral en Toscane et de profiter de ce voyage pour faire un crochet par Assise. Lors de la visite de la Basilique, un père franciscain nous a livré une réflexion magistrale sur la pauvreté que j’aimerais vous faire partager. Il nous a rappelé la différence entre la misère, qui met en danger la vie et que tout chrétien devrait combattre, et la pauvreté que François avait choisie. Celle-ci implique partage et sobriété.
Il s’agit de partager ses richesses. Dans notre pays, au niveau de vie moyen élevé, cela implique de développer des solidarités au sein de nos familles et de nos communautés. La solidarité veut dire aussi contribuer à aider les pays du Sud à développer leurs propres capacités. Je suis toujours admiratif de toutes les initiatives prises par nos compatriotes dans ces domaines et j’en rends grâce au Seigneur mais il ne faut pas se satisfaire de la situation présente. Dans nos communes, dans nos paroisses beaucoup de personnes sont encore soumises aux aléas de la maladie, d’un décès ou de la perte d’un emploi. Dans la tradition de l’Eglise, ce service rendu aux plus pauvres s’appelle la diaconie et il devrait être un axe pastoral majeur comme nous le suggère le pape François.
La sobriété est chez nous une valeur plus difficile à mettre en œuvre que le partage. Il s’agit de modifier notre style de vie en faisant des limites de notre condition humaine une chance pour la vie et la rencontre. Les ressources naturelles sont limitées. Voyons-y une opportunité de mieux respecter la nature et de mieux apprécier ses bienfaits à l’image du Cantique de Créatures de François. Notre temps de vie est limité. Apprenons à mieux le gérer pour profiter de nos amis et de notre famille. Nos budgets sont limités. Sachons en faire une juste répartition entre nos besoins actuels et ceux des générations futures. L’utilisation positive de nos limites est donc une clé de la sobriété. Il ne s’agit pas de faire Carême tous les jours ou de s’appauvrir volontairement mais de faire une meilleure utilisation des ressources à notre disposition, une utilisation plus en accord avec l’avenir de nos enfants et du monde naturel.
Après ce détour par Assise, le choix du nom de François par notre pape m’a paru plus évident. Notre Eglise comme celle du 13è siècle est confrontée à un changement de civilisation. Au 13è siècle, il s’agissait de la fin de la féodalité et d’un univers purement agricole. C’était l’apparition d’une nouvelle catégorie d’hommes d’affaires, actifs dans le commerce international vers le monde musulman, l’Orient et l’Europe du Nord. Il s’agissait également de la confrontation avec l’Islam dans les croisades. Saint François a souhaité renouveler le regard et les pratiques de l’Eglise sur ces nouvelles réalités en partant de l’Evangile. Il nous ferait certainement la même demande aujourd’hui.
Jean-Jacques Friboulet