Et le Mur tomba… comme un fruit mûr. Le système communiste, pourri de l’intérieur, vivait ses dernières heures. Finies les Spartakiades, les «Thälmann-Pionniere» (jeunesse communiste), finie la propagande qui vantait des mérites indus, finies les médailles d’or d’athlètes dopés, l’Allemagne de l’Est allait mourir. Depuis que l’URSS, sous la férule de Gorbatchev, vivait sa perestroïka, tous les «Etats frères» du Pacte de Varsovie se sentaient rattrapés par le vent de l’Histoire.Quel souffle accompagna la chute du Rideau de fer! Le Mur était tombé, une ère nouvelle s’ouvrait. Les Polonais, les Tchécoslovaques (encore unis), les Hongrois, les Bulgares, les Roumains, tous aspiraient comme les Allemands de l’Est à une liberté refusée depuis 1945. Et le miracle – car c’en fut un – est que ce passage hautement périlleux se déroula sans heurts notables, sans effusion de sang, sans crispations notables. L’Ouest applaudissait, l’Est respirait. Le fruit était mur et le Mur tomba. Presque naturellement.Vingt-cinq ans après, nous n’avons pas encore perçu totalement combien ce partage de l’Europe, qui a marqué les générations d’après-guerre, a pu se résorber presque par magie. Il a fallu la longue crise des Balkans, dans les années 1990, pour réaliser combien le dégel du camp communiste ne se passait pas toujours sans déchirements. L’artificielle Yougoslavie, découpée en camps antagonistes, passa très mal l’après-Tito.Le recul d’un quart de siècle nous révèle aussi combien ce monde ouvert de 1989 a été suivi d’une mondialisation accrue des échanges, sources de tensions et de replis de tous ordres. Les réflexes protectionnistes, notamment sur le Vieux-Continent, ont succédé aux élans de la chute du Mur. Les jeunes d’aujourd’hui, qui n’ont pas connu l’affrontement entre les deux blocs, ces jeunes qui connaissent la planète comme leur poche savent aussi que les murs s’érigent ailleurs: en Israël, aux Etats-Unis, en Europe. Ces murs ont nom: exclusion, ostracisme, mise à l’index.Avant d’être physiques, ces barrières sont aussi mentales. Le monde ouvert, né en 1989, accoucherait-il d’un monde divisé en cellules fermées? L’humanité a gagné un espace il y a vingt-cinq ans. Mais l’ouverture d’un monde doit s’accompagner de l’ouverture sur le monde. Le combat continue…Bernard Litzler